TRAITEMENT DU FAVUS
Avant même qu'on eùl appris à distinguer le l'avus, cliniquement, d'une façon sûre, parmi toutes les dermites chroniques du cuir chevelu, on savait déjà, empiriquement, le traiter et le guérir. Et on le guérissait par Yépilation.
Je ne sais si le procédé remonte aux temps antiques, comme le voulait Cazenave (') citant Héliodore, et je n'en serais pas surpris, car nos plus anciens textes médicaux disent fort explicitement que quand on a épuisé contre lu vraie teigne tous les procédés de thérapeutique (et c'était toute la polypharmacie des Arabes) il fallait en arriver à l'avulsion du cheveu. On y procédait, comme le rapporte Guy de Chauliac (2), « avec un dépilatoire, avec un chapeau de poix ou avec des pincettes ».
Aussi loin qu'on se reporte, le chapeau de poix, le capellus piceits, déjà mentionné par Roger de Parme, est déjà en usage et c'est le procédé d'épilation vulgairement dénommé en France, la calotte (•').
Depuis le moyen âge au moins, et jusqu'à nos jours, le procédé resta
(') Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu, 1850, p. "266. (-) Guy de Chauliac. La grande Chirurgie restituée par Laurens, Joubert, etc., Lyon, 1641, p. 398.
(3) Bell. Traité des ulcères, traduit par Bosquillôn qui y ajoute des Recherches
sur les teignes. Paris, I7K.N.
TRAITEMENT DU FAVUS. 743
en usage ('), et comme il est né de l'empirisme et de la pratique médicale, comme il réussissait et peut réussir encore, comme tous les traitements valables du f'avus sont sortis de lui, je crois qu'il est juste d'expliquer en quoi il consistait, et les services qu'il a pu rendre.
1. La calotte est un emplâtre résineux, très adhésif, qu'on applique sur un cuir chevelu pour qu'il englobe les cheveux sains et malades de telle manière qu'en le retirant. on enlève les cheveux avec lui.
Voici l'une des nombreuses formules de la calotte, telle qu'on la trouve, par exemple, dans Valleix("2) et dans Devergie(3).
Farine île seigle 125 grammes.
Vinaigre blanc 1 litre.
Délayer dans une bassine, mettre sur le feu et agiter continuellement jusqu'à cuisson de la farine, puis ajouter :
Deuto-carbonate de cuivre en poudre 15 grammes.
Faire bouillir doucement pendant une heure puis ajouter :
Poix noire / ~ .ot
.... \ aa 125 grammes.
Kesine )
Poix de Bourgogne 1X0 grammes.
Quand tout est mêlé et parfaitement fondu, on ajoute :
Ethiops minéral en poudre (4) 180 grammes.
On continue d'agiter jusqu'à consistance convenable et on étend sur une toile résistante, en couche un peu épaisse (s).
(') Pour l'historique de l'épilation par la calotte, consulter d'abord :
Henri Feularo. Teignes et teigneux. Th. de Paris, 1886, et aussi : Guyon (sieur de la Nauché). Le cours de médecine en françois. Chap. VI. Guy de Chauliac. La Grande Chirurgie. Édit. française, de Laurens Joubert.
Baumes. Nouvelle Dermatologie. Paris-Lyon, 1842, t. I, p. 431.
Barraud. Du favus, sa nature, son traitement. Th. de Paris, 1854.
Diday et Rollet. Annuaire de la Si/pli. et des mal. de la peau. Paris-Lyon, 1858, p. 451.
De Brabant. Traitement de la teigne faveuse au moyen de la calotte (Bull, de la Soc. de méi. de Gand, 1845).
Lombard. Acad. de méd. de Belg., 1852.
Richard. Traitement de la teigne faveuse à l'hôpital extérieur de Berne (Écho médical de Neufchâtel, 1859, n° 10).
Hénon. De la teigne faveuse, considérée spécialement au point de vue du traitement. Th. de Montpellier, 1864.
Gette bibliographie est forcément très incomplète.
Sur l'histoire des hôpitaux de teigneux au xvr, xvnc et xvme siècle, à Paris consulter Tenon. Mémoires sur les Hôpitaux de Paris, 1788. IIe mémoire.
(*) Valleix. Guide du médecin praticien, t. V, p. 611.
(3) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, p. 535-34.
(4) Sulfure noir de mercure.
(3) Chaque centre de traitement avait sa formule pour confectionner la calotte.
Ikk TRAITEMENT DES TEIGNES.
Le sparadrap ainsi préparé, on en découpait une surface ronde pouvant recouvrir la tête du malade, on l'entaillait sur les côtés, de façon qu'il pût se mouler sans faire de plis sur sa convexité, et on l'appliquait avec grand soin, de façon qu'il s'adaptât de tous points à la peau malade. Après cette application j'ai vu passer sur l'emplâtre un fer à repasser à peine tiède, pour bien assurer l'adhésion de la matière emplastique à la peau.
Avant d'appliquer la calotte, on avait, bien entendu, nettoyé le cuir chevelu de ses croûtes et coupé les cheveux de façon qu'ils n'eussent que cinq à six millimètres de longueur. On laissait la calotte en place au moins deux jours et souvent trois. Ensuite on procédait à son avulsion. Pour cela, on décollait un bord de l'emplâtre pour le prendre solidement avec les doigts, des deux mains, et, le malade étant immobilisé, on enlevait la calotte par une traction verticale vigoureuse et sans secousse. La calotte emportait la presque totalité des cheveux malades, d'un seul coup.
Ce procédé paraît barbare. Il l'est beaucoup moins cependant qu'on pourrait le croire à lire les diatribes de Richerand, d'Alibert et de beaucoup de modernes comme Shoemaker ('), qui, sans doute, ne l'ont jamais vu employer. J'ai vu des enfants de quatre ans le supporter sans un cri ni une larme, sur la seule promesse d'une friandise. Mais il faut distinguer les cas.
1° Les cheveux faviques résistent beaucoup moins à lépilation que
Voici celle de Tours expérimentée par Bretonneau et Trousseau, et citée par Feulard (p. 129).
Farine de seigle 110 grammes.
Poix de Bourgogne 124 —
Poix de résine 9ii
Résine de térébenthine (colophane?) i8
Vinaigre blanc 12511
Voici la formule de Lyon employée par Diday et Rollet :
Bon vinaigre 1000 grammes.
Gomme ammoniaque en petits grains 250 —
faire dissoudre, filtrer, évaporer à feu doux et étendre sur la toile. Voici la formule employée et préconisée par A. Bertarelli en 1890.
Résine de pin 50 parties.
Poix noire 8 —
Térébenthine de Venise 2 —
Graisse de porc 1 —
On pourrait ajouter beaucoup de formules à celles-ci que je donne pour exemple. Tous nos vieux hôpitaux de province avaient la leur, et croyaient avoir des raisons de la préférer.
(') J. V. Shoemaker. Du traitement des maladies cutanées causées par les parasites végétaux (Journ. of cutaneous and vener disrase*, juillet-août 188i).
TRAITEMENT DU FAVUS. Ikb
les cheveux sains. L'épilation des cheveux sains par la calotte sur une tête entière serait infiniment plus douloureuse que celle d'un cuir chevelu favique.
2° La première épilation à la calotte est, de l'aveu de tous ceux qui l'ont pratiquée, beaucoup plus douloureuse que la seconde et les suivantes. La douleur de l'avulsion de la calotte est variable surtout suivant la proportion relative des cheveux malades et des cheveux sains sur la tète qu'on traite. De là cette pratique de raser les parties saines sauf une petite bordure autour des plaques malades avant d'appliquer la calotte.
5° Suivant la proportion de poix dans l'emplâtre on le rend plus ou moins adhésif et épilant. Ainsi, dans la formule de Devergie, en augmentant le taux de la poix de Bourgogne de 180 à 190 grammes, on épilera la plupart des cheveux sains; avec 1 70 ou 180 grammes seulement, on verra ce phénomène curieux que les cheveux faviques, moins résistants, seront presque tous épilés et les cheveux sains presque tous resteront en place. Avec une matière ainsi dosée la calotte devient un procédé plus aisément maniable. Beaucoup d'hôpitaux au lieu d'appliquer la calotte en une seule pièce, y substituaient des bandes d'emplâtres imbriquées dont l'enlèvement était moins sensible.
Enfin Unna a proposé de remplacer la calotte par un crayon adhésif fait de cire jaune (10 0/0) et de colophane (90 0/0) qu'on chauffe, qu'on applique sur la peau et qu'on enlève avec les cheveux qui y restent attachés ('). C'est un procédé que beaucoup de jeunes femmes emploient tous les jours pour épiler le duvet de leur lèvre. Ce n'est qu'une modification du procédé de la calotte.
Lorsqu'on a enlevé avec la calotte la plupart des cheveux malades, il est souvent utile de renouveler l'opération presque de suite pour enlever les cheveux échappés à la première application. Ou bien on complète cette première épilation par une seconde, faite à la pince. Puis on attend que les cheveux épilés repoussent, environ cinq ou six semaines, et on recommence.
En cinq ou six opérations semblables, on arrive assez constamment à la guérison.
Ce procédé ne mérite pas. les anathèmes dont on l'a chargé. Comme beaucoup d'autres, il vaut ce que vaut la main qui l'emploie. Je n'hésite pas à dire que si je me trouvais avoir à traiter un grand nombre de faviques avec un personnel restreint, et de qualité inférieure, c'est à lui que je recourrais. Tous ceux qui ont employé ce procédé convenablement s'en sont loués, et se sont étonnés des atta-
(') P. G. Unna. Harzstifte (stili resinosi) /.uni Enthanien (Monats-h /'. prakt. Dermat.i 1898, t. XXVI, p. 2ti).
ques dont il avait été l'objet. Ainsi Diday et Rollet, Bretonneau et Trousseau; ainsi plus récemment A. Bertarelli (')., qui y revient après avoir tout essayé, et J. A. Van den Wijk(2), dans le service de Mendès da Costa, à Amsterdam. Leurs résultats sont identiques, ils guérissent un l'avus en 6-10 mois. Je voudrais voir tous les favus guéris aussi régulièrement dans les services qui emploient d'autres méthodes.
En l'ait, jusqu'au dernier tiers du dernier siècle, ce procédé était sans rival, et alors les auteurs se partageaient en deux camps, ceux qui ne voulaient pas l'aire de mal aux enfants et n'employaient pas la calotte : les Richerand, les Alibert, etc.... Ceux-là ne guérissaient pas leurs malades. Les autres, suivant la tradition intelligente des Sauvage, des Astruc, et de tant d'autres, voulaient guérir les malades et employaient pour cela le capellus piceus de Roger de Parme et de Guy de Chauliac.
11. L épilation. — Ce n'est pas à dire que l'épilation à la pince ne constitue pas un réel progrès sur la calotte dans le traitement du l'avus. Rien manié, il lui est incontestablement supérieur, mais il demande plus de personnel, un personnel plus intelligent et mieux dressé. Lui aussi est d'une grande antiquité. Mercuriali, qui en expose, en 1577, la technique en même temps que le reste du traitement du l'avus, et avec une très grande précision, s'exprime à ce sujet presque comme Bazin devait le l'aire en 1855, sans savoir peut-être que sa méthode avait d'aussi lointains ancêtres (r>).
Au commencement du xixe siècle, les Mahon avaient compris l'utilité de l'épilation, mais ils épilaient avec les ongles et ils étaient parvenus à le faire avec une extrême habileté. C'est que l'épilation à la pince était tombée en oubli depuis Guy de Chauliac, Ambroise Paré, Astruc el Sauvage.
C'est Samuel Plumbe qui remit le premier en honneur l'épilation à la pince des cheveux faviques. Cette méthode fut mise au point et énergiquemenl patronnée par Razin, qui put à bon droit revendiquer comme sien le progrès dans la guérison des favus que ce procédé fît réaliser.
(') A. Bertap.klli. Cura e profilassi délia tigna (Bollet. del Poliambulazza di Milano, 1890.
(2) J. A. v. d. Wijk. Sur le traitement du favus capitis... etc.. dans les écoles (Nederlandsch Tijdschrift v. Geneeskunde, 1904, n° 19).
(5) « Duo primo semper sunt cogitanda, primum est ut pili, si qui sunt, aul'erantur; auferuntur autem vel volsellis vel etiam aliquo psilothro; alterum est an affeetio sit recens et mitior, an vero sit vetusta et contumacior.... Modus quo mitioram tineam euro féliciter hic est : quod primo jubeo volsellis avelli pilos corruptos... altéra quaque die abluo caput et altéra quaque die frico et depilo.... In tinea vetere soleo uti medieamentis variis factis ex calce, aère, vitriolo, sulphure et hujus modi aliis, sed haec omnia administranda sunt partibus ipsis depilatis. » (Texte cité par M. Trufti).
TRAITEMENT DU FAVUS, 747
C'est que Bazin le premier comprit pourquoi et comment l'épilation guérissait. Si le favus guérit par l'ablation de la racine pilaire, c'est que la racine est malade. Bazin examine et retrouve le Parasite dans toute la partie radiculaire du cheveu et c'est alors qu'il public ses Recherches sur la nature et le traitement des Teignes.
C'était la première lois que la nécessité de l'épilation et de la réépilation méthodique des cheveux, dès leur repousse, était indiquée par un auteur conscient du mécanisme de guérison de la maladie. « On doit, écrit Bazin, pratiquer l'épilation secondaire dès que les cheveux peuvent être saisis avec la pince. » Tel est, en effet, le moyen de (aire le plus de travail utile dans le minimum de temps.
L'opinion de Bazin et sa méthode rencontrèrent d'abord des oppositions. Et parmi ses contradicteurs, les uns soutenaienLqu'on guérissait le favus sans épilation, les autres qu'on ne le guérissait pas, même par l'épilation. Car il fut un temps, il y a cinquante ans, et cela est bon à dire, où le favus paraissait à tous aussi difficile à guérir que l'est encore le lupus aujourd'hui.
D'autres, comme Devergie, toujours jaloux de Bazin, soutenaient qu'on peut guérir sans épilation, mais que l'épilation avance la guérison. Devergie rattachait d'ailleurs tout le mérite de la méthode à Samuel Plumbe (l).
De temps à autre, on a vu surgir dix méthodes de guérison du favus sans épilation, par la teinture d'iode et la pommade boriquée (s), par les épilatoires (s), par le rasage au rasoir, etc. On en verra d'autres encore. Pourtant on peut dire que l'adhésion de la Dermatologie à l'opinion de Bazin est désormais générale et universelle. A Saint-Louis, la génération médicale qui suivit Bazin admit cette vérité sans opposition. Les Lailler, les Vidal, les Besnier eurent leur service d'épilation et les f'aviques y furent soumis méthodiquement. A l'étranger, tous ceux qui ont écrit sur ce sujet ont admis le même principe, aussi bien en Angleterre ('•)
(') Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, 1857, p. 535.
(2) O. Petersen. Ueber die Behandlung des Favus der behaarten Kopfhaut {Arch. fiir Dermat. u. Syph;, 1898, t. XL1V, p. 17).
(5) Cazenave préconisait une gelée dépilatoire au sulfhydrate de sulfure de calcium (sulfhydrate calcique vert). « On l'obtient en faisant absorber de l'hydrogène sulfuré jusqu'à saturation par une bouillie faite avec deux parties de chaux éteinte, ou hydratée sèche, et trois parties d'eau; cette matière se présente sous forme de gelée d'un brun verdàtre. On applique ce corps semiliquide sur la partie malade; il se concrète très rapidement à l'air. Au bout de dix minutes à 1/4 d'heure on enlève avec une spatule cette croûte peu adhérente d'ailleurs et qui laisse souvent la peau au-dessous d'elle entièrement dénudée » (Cazenave. Traité des maladies du cuir chevelu, 1850, p. 274.)
(4) En dehors des classiques anglais, consulter : Prince A. Morrovv. Remarques sur le traitement des teignes, à propos d'un cas de favus (Jourt}. o.f culaneous and venereal diseuses, novembre 1886).
qu'en Amérique ('), en Russie (s), en Italie (s) ou en Hollande (v) En ce qui concerne les règles à suivre pour l'épilation du favus, voici celles que je donnais en 1895. Je ne vois rien à y changer.
« L'épilation de la totalité des cheveux [situés sur les surfaces malades] doit être pratiquée minutieusement, poil à poil, et sans casser les cheveux par une traction trop brusque. L'épilation d'une tête entière, dont tous les cheveux existent et sont malades, demande environ douze heures. Elle ne peut être pratiquée que par séances de deux à trois heures et doit toujours être terminée en une semaine. Tout retard est du temps perdu pour le traitement. Cette épilation aura forcément cassé dans la peau un certain nombre de cheveux dont la racine malade reste dans le follicule. Après quelques jours, une semaine au plus, ils apparaîtront à la surface. Alors l'épileur doit reprendre, un par un, les cheveux restés en place. Ils sont cassants et doivent donc être extraits avec lenteur. Cette revision et cette épilation lente des racines d'abord cassées est une opération de la dernière importance, celle que le médecin doit surveiller davantage ; ce sont des fautes dans cette partie du traitement qui sont l'origine des récidives ultérieures; c'est parce qu'elle est mal faite que les meilleurs auteurs indiquent pour la guéri son du l'avus des délais approximatifs trop longs, ou bien signalent des insuccès partiels et des échecs dont ils ne peuvent comprendre la cause. La cause en est simple. En effet, si l'on peut dire, d'une façon générale, que le favus ne rend pas les cheveux fragiles, néanmoins les cheveux faviques sont plus fragiles que les cheveux normaux, et une épilation brutale les casserait en quantité. Sur une tête épilée deux ou trois fois, un épileur maladroit aura donc cassé à la pince, deux ou trois fois, des cheveux, qui, en fait, n'auront jamais été épilés. C'est là toute la clef de l'énigme et l'explication des récidives après trois mois de traitement. Ces récidives ne doivent jamais se produire. Elles ne résultent que d'une épilation défectueuse. »
Néanmoins il existe des cas rares où le favus fragilise beaucoup les cheveux qu'il a envahis (favus à cheveux cassants), et ce sont presque toujours ces cas qui alourdissent les statistiques des auteurs. Dans ces cas l'épilation doit être particulièrement lente et attentive.
(') En dehors des classiques américains consulter : Geo. Th. Jackson. Traité pratique des maladie* du poil et du cuir chevelu. New- York, 1887.
(2) Soc. russe de Syph. et de Dermat. de Saint-Pétersbourg. Séance des 28 fév. et 28 mars 1898. Tous les médecins russes qui prennent la parole sont partisans de l'épilation, ainsi Yakimovitch, Polotebnoff.... excepté Petersen.
(3) C. Calderone. Resistenza dell'Achorio Schonleinii ai comuni agenti medicamentosi (Giorn. ital. délie malat. vener. c délia pelle, 1899, p. i9).
(4) J. A. van der Wijk. Reschon wingen over de menig viildigheitl van favus te Amsterdam (Nederlandsch Tijdschrift voor Geneeskunde, 1902, n° 21).
TRAITEMENT DU FAVUS. 7W
« Donc, après une première épilation rapide, suivie d'une revision patiente, minutieuse, les lésions d'un favique sont devenues complètement glabres. Pendant trois mois entiers, il faudra maintenant, par une épilation renouvelée chaque semaine, les maintenir rigoureusement privées de tout cheveu visible. Et ces épilations ne doivent plus être faites grossièrement et rapidement, comme la première, mais lentement et patiemment, cheveu à cheveu. Tout cela est nécessaire. »
En résumé l'épilation est le traitement du favus. Pour que son action soit parfaite et définitive, elle doit être répétée un certain nombre de fois, au moins trois mois. Si elle a été imparfaite ou insuffisamment renouvelée, cinq et six mois sont nécessaires. Les cas dont la guérison demande plus longtemps ont été des cas mal traités.
III. Action des topiques externes. — Sur l'action des topiques externes dans le traitement du favus, Besnier a dit un mot définitif : « Ce que nous recommandons avant toute chose, c'est de ne pas croire qu'un favus se guérit avec une pommade ou une lotion » ('). Pvien n'est plus vrai. Le traitement du favus c'est l'épilation. Et l'on peut presque dire que le reste est accessoire. Où le traitement externe a une valeur c'est dans la destruction des godets, et la préparation à l'épilation. Lorsqu'on veut traiter un favus, on procède d'abord à une mise en état préalable qui est une nécessité : On coupe les cheveux ras, on applique un pansement huileux ou humide, de façon à ramollir les godets qui en deux jours de ce traitement seront mous comme du carton mouillé ; alors par un raclage à la curette mousse, on les fera tomber en masse, sans en laisser même un débris enchâssé dans la peau. Les pansements humides sont renouvelés jusqu'à ce que tout ce travail soit accompli. Le mieux est alors de stériliser la surface nettoyée par de bons badigeons de teinture d'iode étendue de 10 fois son volume d'alcool à 90°. Et qu'on ne s'arrête pas à l'idée que ce traitement sur une surface d'apparence ulcéreuse est douleureux. Il est très bien supporté et la surface ainsi traitée change d'aspect de jour en jour. A cela se borne l'antisepsie externe et le rôle des topiques. On peut y ajouter ce qu'on voudra, mais c'est inutile.
Je le répète, il faut assurément mettre au rang des fables les observations, fréquentes, de favus guéris, sans épilation, par des topiques variés. Ces observations émanent toujours d'hommes insuffisamment avertis des erreurs possibles en ce sujet, et particulièrement de la différence à faire entre la guérison apparente et la guérison réelle du favus.
(M Besnier et Doyon. Notes de Knposi, t. II, p. 795.
Ainsi le traitement de G. Peroni, qui consistait en pulvérisations d'acide acétique sur tout le cuir chevelu, suivi d'un pansement à l'onguent de Hebra et qui aurait donné la guérison en lO(') et 45 jours....
Cç traitement a été contrôlé par Realo, qui l'a pratiqué avec des insuccès constants (2).
Que dire du traitement à l'huile résorcinée au 1/8, et qui guérit sept cas sur huit de favus entre les mains d'Esteves (3) et encore mieux de la pommade de Pirogoff ('') avec laquelle Tsitrine guérit le favus en .14 jours (3)....
Si l'on veut maintenant résumer ce qui précède, on peut dire que le traitement du favus est facile à codifier.
1. — Nettoyer le favus de ses godets par les pansements humides, le raclage, les badigeons d'alcool iodé.
2. — Epiler et renouveler l'épilation des cheveux malades de telle manière que tous les cheveux faviques aient été enlevés cinq ou six fois de suite, en pratiquant àla surface du cuir chevelu desapplications périodiques d'alcool faiblement iodé.
Tel était, avant l'introduction de la radiothérapie dans le traitement des teignes, et tel reste partout où la radiothérapie n'est pas applicable, le traitement du favus du cuir chevelu.
J'envisagerai plus loin ce que peut être la radiothérapie du favus.
IV. Surveillance du cuir chevelu favique à la période de la guérison. -- L'une des plus grandes difficultés dans le traitement d'un favus est de savoir quand il est guéri. Les symptômes objectifs disent bien qu'on marche vers la guérison ; la rougeur diminue, on ne voit presque plus de points rouges aux orifices folliculaires, la surface épidermique se montre de plus en plus saine. Mais quand le Champignon est-il totalement détruit?
Un théoricien répondrait : quand on n'en trouve plus à l'examen
(') G. Peroni. Di un nuovo metodo pratico per curare la ligna favosa (Giornale délia H. Accadenia di medicina di Torino, janv. 1891, p. 33).
(2) A. Reale. Intorno al « Nuovo metodo pratico per curare la tigna favosa » proposto dal D. G. Peroni di Torino (La Riforma mediea, 11 janvier 1893, p. 87).
(3) J. Esteves. Tratamiento del favus por la resorcina (Annales de la Asistencia publica. Buenos-Ayres, 1891, p. 54b).
(4) La pommade de Pirogoff a pour formule :
Carbonate de potasse 8 grammes.
Fleur de soufre. . 30
Teinture d'iode ) .,,,,
,^ , ,•,•,, . > aa 100 —
Goudron distillé )
Axonge 200 —
(s) Tsitrine. Traitement du favus (Rous, med., 189i, n" '28, p. 437).
TRAITEMENT DU FAVUS. 751
microscopique. Mais cette règle ne donnerait guère de sécurité, car en général si, en quelques examens microscopiques, on trouve des cheveux encore visiblement parasités, on peut affirmer que la guérison est encore lointaine.
En fait, il arrive un moment où plusieurs examens microscopiques bien faits ne montreront plus de Parasites, et où l'événement prouve qu'il peut, de-ci de-là, en rester quelques débris, capables de reconstituer la maladie. C'est alors que la question devient difficile. On a donné pour ce diagnostic certaines règles : si le médecin appuie la main sur la nuque du patient en lui disant de faire effort pour se redresser, malgré elle, le cuir chevelu se congestionnera ; diffusément si la maladie est guérie, et, par points isolés, s'il reste des points malades. Mais ce moyen utile à connaître ne peut que rarement donner une assurance. Ce qu'on peut dire de plus vrai et de plus simple, c'est que la guérison d'un favus ne peut être certifiée que par la clinique et demande un temps d'épreuve. Après plusieurs examens microscopiques négatifs, et lorsque la rougeur siégeant au niveau des anciennes lésions a disparu, on peut réputer guéri un cas de favus, mais à condition de continuer à le surveiller et à condition que le malade se représente lui-même au médecin dès qu'il voit survenir quoi que ce soit d'anormal au niveau des anciennes lésions.
Deux cas alors peuvent se présenter : ou bien la place de la lésion ancienne (qu'elle ait créé ou non des cicatrices) est lisse et belle, les cheveux repoussent normaux partout où il n'y a pas cicatrice, et, dans ce cas, il y a besoin de très peu de soins d'hygiène locale. Ou bien, ce qui est fréquent, la peau reste furfureuse, le placard anciennement malade garde une rougeur diffuse plus ou moins marquée. Cet état peut durer longtemps, des mois après la disparition du Parasite dans le cheveu. Dans ce cas quelques applications de pommade cadique au 1/5 ou au 1/4, et des savonnages quotidiens, répétés pendant des mois, m'ont semblé le plus simple et le meilleur moyen d'obvier à cette dermite chronique durable. Si ces soins ne sont pas donnés, on voit se constituer, sur les surfaces anciennement malades, un état pseudoeczématique sec, rappelant la fausse teigne amiantacée d'Alibert, et qui peut durer sur place de longs mois, avec ou sans complication de folliculite.
Ordinairement, lorsqu'on juge un favus guéri, on reverra le cuir chevelu trois ou quatre fois, à un mois ou 6 semaines d'intervalle; s'il apparaît un point malade, dénoncé par une folliculite ou un godet, on pratiquera soigneusement l'épilation répétée du ou des cheveux encore contagieux, jusqu'à guérison définitive. C'est faute d'avoir pris ces soins spéciaux que plusieurs auteurs ont réputé certains favus inguérissables.
75l2 TRAITEMENT DES TEIGNES.
Quand on connaît bien ce qu'est cette période de guérison probable, mais non certaine du l'avus, et qu'on sait l'étroite surveillance qu'il en faut faire, on parvient à la guérison des cas même les plus difficiles. Il faut seulement au malade de la patience, une bonne direction médicale, et un bon épileur.
Traitement du favus des régions glabres. — Lorsque le l'avus des régions glabres se traduit seulement par quelques taches érythëmateuses ou desquamatives, une ou deux applications de teinture d'iode ou de pommade à la chrysarobine au 1/10(1" suffisent à le faire disparaître. A partir du moment où se sont formés des godets, et surtout lorsque ces godets confluents existent sur place depuis longtemps, le traitement est un peu moins simple, quoique toujours bien moins difficile que le traitement du favus du cuir chevelu. Le décapage des lésions, l'abstersion des godets s'impose d'abord. Après un ou deux jours de pansement humide, en curetant les godets on les aura enlevés en totalité. On fera alors de larges applications de teinture d'iode pure, toujours moins douloureuses que l'aspect ulcéré des lésions ne semblerait le faire prévoir. Quelques jours plus tard et l'épidémie reconstitué, la peau semblera nette et guérie. Mais il faut le dire; il n'en est rien. Dans les services hospitaliers où de tels cas se voient encore, souvent le malade reçoit ainsi un <\tc«1 hâtif qui le rend, non guéri, à la vie ordinaire. Sans doute le Parasite demeuret-il au sein des follicules et suffit-il à reconstituer la lésion en quelques mois. Il m'a semblé que lépilation des follets des régions malades s'impose absolument, au même titre que lépilation minutieuse du cuir chevelu. Cette épilation renouvelée deux fois et des applications de teinture d'iode diluée alternées avec une pommade antiseptique cadique et mercurielle ou chrvsophanique au 1/1 00e seront nécessaires, et l'on avertira le malade de se représenter mensuellement à la visite pendant un trimestre. On évitera ainsi ces récidives qui surviennent toujours au lieu et place des lésions anciennes, indiquant par conséquent et de la façon la plus nette que leur cause est un premier traitement insuffisant et imparfait.
Traitement du favus des ongles. — Le traitement de l'onychose favique étant exactement semblable à celui de l'onychose trichophytique, nous exposerons ensemble e traitement de toutes les dermophyties unguéales par la radiothérapie.
Erreurs faites sur la profondeur de pénétration des médica ments. — Beaucoup d'auteurs ont cru très sincèrement à la pénétration des médicaments externes jusqu'au fond des follicules pilaires. Tous les essais de topiques externes ont été faits dans ces conditions, mais aucun d'une façon expérimentale.
« Le parasiticide à employer, dit Aubert, doit être volatil, soluble de préférence, et il faut lui donner une forme pharmaceutique qui permette à ses vapeurs d'arriver librement sur une tête sèche, propre, bien nettoyée et nullement barbouillée d'onguents ni de pommades ('). »
Et c'est en partant de la même idée que Unna faisait brûler du soufre dans une cassolette au-dessus de la tète d'un teigneux sous une cloche (2). J'ai refait ces expériences en 1895, en maintenant, sur la tête du teigneux, une calotte de caoutchouc et 500 grammes d'eau saturée d'anhydride sulfureux. Or, après deux jours, la tète étant nettoyée, des cheveux malades épilés lentement et portés sur un milieu de culture ne se montraient stériles que dans la partie qui dépassait la peau et leur partie radiculaire donnait lieu~à une culture comme avant le traitement. Si on fait, sur une plaque de teigne, pendant plusieurs minutes, une friction avec un colorant d'aniline comme la fuchsine de Ziehl dont on connaît le pouvoir de pénétration, et qu'on épile ensuite les cheveux teigneux, ils ne sont pas colorés à plus d'un millimètre de profondeur.
Et les mêmes essais, pratiqués avec n'importe quel topique, donnent toujours les mêmes résultats. Dans ces conditions on peut presque passer sous silence rémunération des topiques proposés par les différentes générations médicales et auxquels presque tous les auteurs attribuaient une vertu quasi magique.
Ce qu'a dit Besnier (') à propos d'eux : « Aucune de ces substances (parasiticides divers), employée seule, à une dose compatible avec la vie des tissus et la survivance de l'appareil pilaire, n'est capable de guérir le favus, quels que soient le mode d'application et la forme physique adoptés » est vrai non seulement pour le favus mais pour toutes les teignes.
Le traitement du favus permet d'établir toute la théorie du traitement des teignes.
Suivant les lésions qu'il détermine, le Parasite du favus est tantôt superficiel (érythème f a vi que, favus herpeticus), tantôt profond, caché dans la partie radiculaire des cheveux.
(l) P. Aubert. Des conditions que doit remplir un parasiticide pour le traitement des teignes.
(2J Schuster. Ueber Favus behandlung (Monalshefte /'. prakt. Dermat., 1X89, t. IX, n° 1).
(3) Besnier. Notes au Traité de Kaposi, t. II. note de la ]>. 79'2.
Dans le premier cas, la maladie est de guérison facile et n'importe quel traitement antiseptique y peut suffire.
Dans le second cas, aucun topique externe ne parvient à sa guérison, et la maladie serait inguérissable, si l'on n'avait réussi à tourner la difficulté par l'épilatiôn du cheveu malade. Puisqu'on ne peut aller détruire le Parasite dans la profondeur, on l'amène à la surface. Eh bien, pour toutes les teignes, le problème est identique. Dans le traitement des teignes tondantes, il ne diffère pas. « Le parasite est tantôt superficiel et alors facile à tuer (herpès circiné), tantôt profond et alors intangible », teignes tondantes (').
Certains auteurs ont cru que si les tondantes résistaient aussi longtemps aux antiseptiques appliqués en surface, ce n'était pas que l'antiseptique ne touchât le Parasite, mais parce que le Parasite était dans un autre état physiologique que dans un tube de culture, où n'importe quel antiseptique le tue (Besnier). Mais cela est une erreur, car on stérilise très bien un cheveu malade lorsqu'il émerge de la peau, et on ne le stérilise pas en profondeur. C'est ce que Bazin avait compris intuitivement lorsqu'il fut conduit à l'épilatiôn méthodique du favus (?). Il aurait guéri de même les tondantes si celles-ci n'avaient différé du favus par un point essentiel : le Parasite dans la tondante rend le cheveu fragile, et par conséquent l'épilatiôn impossible. L'épilatiôn casse le cheveu des tondantes, elle le casse naturellement au point où la racine est le plus malade, et laisse, dans la profondeur, une partie du cheveu parasité. Le cheveu continue de croître et de croître malade. Et les tondantes seraient restées des maladies tout à fait incurables si la nature ne leur avait assigné
(') Sabouraud. Sur une mycose innommée... (Annales de l'Institut Pasteur, février 1893).... « Les tondantes comme le favus montrent avec une précision extrême les limites de l'antisepsie externe.... Tantôt le parasite pullule dans les couches épidermiques qu'il est loisible au médecin d'exfolier sans nuire au malade; le parasite est à notre portée comme dans une culture; aussi l'application médicamenteuse est-elle toujours suivie d'un plein succès. Mais que le parasite descende le long du cheveu jusqu'à sa racine, 3 ou 4 millimètres le sépareront à peine du médicament, la maladie restera livrée à elle-même et ne guérira plus que spontanément. Voilà le résumé succinct et tout à fait exact de ce que peut la thérapeutique dans la guérison des tondantes ».
>< Telle est la raison, la raison unique de l'impuissance du traitement externe des tondantes. Tous les parasiticides seraient suffisants pour tuer leur champignon causal, mais aucun médicament quelconque ne peut l'atteindre » (Teignes de l'enfant, 1895, p. 221). Cf. également R. \V. Taylor. Note sur le traitement de l'eczéma marginé et de la trichophytie en général (Journ. of. Cul. and Vener. diseuses, février 1884, p. 42).
(2) <■ Je soupçonnai que la véritable cause de l'imperfection des méthodes thérapeutiques et de l'inefficacité des agents employés (parasiticides) tenait à ce que le siège des teignes n'était pas parfaitement connu et que par conséquent l'agent destructeur n'avait pas été mis partout en contact avec toutes les ramifications des cryptogames ». (Bazin. Recherches sur la nature et le traitement des teignes, p. 56-57),
une limite. Ce sont des maladies de l'enfance que la puberté guérit. Les tondantes se distinguent donc du favus en ce qui concerne leur traitement par deux différences essentielles : parce que leur cheveu est fragile, et parce qu'elles guérissent spontanément à un certain âge. Il s'ensuit deux conséquences. L'épilation ne les guérit pas. C'est ce que Devergie ne manqua pas d'objecter à Bazin (') qui la préconisait, même dans les teignes tondantes. On prescrivait l'épilation, sans réussite, et on appliquait des pommades sans résultat; mais, comme la maladie guérissait toujours, on attribuait cette guérison au médicament appliqué quand elle était survenue.
Ces quelques faits aujourd'hui démontrés expliquent toute l'his-
tore du traitement des teignes tondantes et les innombrables erreurs
dont elle est faite. Ils expliquent de même comment on a pu traiter
le favus et le guérir, tandis qu'on ne guérissait pas les tondantes
jusqu'à la Radiothérapie.
Très souvent une plaque d'herpès circiné de la peau glabre guérit seule. Comme elle est venue, elle s'éteint et disparaît. Mais souvent aussi elle demeure et se multiplie. Dans tous les cas la thérapeutique en est simple et heureuse. Il faut donner très peu d'aide à la peau pour qu'elle s'en débarrasse. L'usage populaire d'une application de cendre délayée dans du vinaigre y suffit souvent.
Le plus usité des remèdes, le plus simple et le meilleur est la teinture d'iode; quelques bonnes frictions répétées tous les jours ou tous les deux jours y suffisent presque toujours. Pour qu'elles soient mieux supportées on a été conduit à diluer d'alcool la teinture d'iode qui, même au l/5e ou au 1/1 0e garde encore une très grande efficacité. Ainsi diluée on peut l'appliquer plus souvent et sur de plus grandes surfaces.
Dans l'intervalle des applications on peut conseiller des pommades antiseptiques au tannin et calomel ( 1/50'), par exemple. Quand il s'agil de trichophyties des épidémies cornés épais, on est amené à décortiquer l'épiderme sous lequel le Parasite végète, un ponçage, bien fait, avant chaque application de teinture d'iode, y peut suffire, ou bien une pommade salicylée au l/20e dans l'intervalle des applications. On peut
(') «J"ai vu, dans le service de notre collègue Bazin, des enfants affectés d'herpès tonsurant et qui sont là depuis huit ou neuf mois avec des herpès pourvus des mêmes cheveux cassés et garnis de trichophytons aussi ahondants que le premier jour, malgré les avulsions de poils et les applications de lotions et de pommades parasiticides. «"(Devergie. Loc. cit., p. 501).
toutefois rencontrer des dermatophyties épidermiques très étendues, quelques-unes exotiques, particulièrement rebelles aux moyens ordinaires et contre lesquelles on sera amené à user d'une thérapeutique différente. Dans ce cas, on aura recours aux pommades à la chrvsarobine à 1 ou 2 pour 100. C'est le vrai traitement des trichophyties généralisées, et, peut-on dire, de toutes les dermatophyties épidermiques tenaces. On guérit ainsi des lésions parasitaires qui ne sont encore ni bien connues ni bien classées.
En beaucoup de nos possessions d'Extrême-Orient existent des teignes cutanées chroniques à cercles multiples; ainsi au Siairi, en Indo-Chine, auTonkin, en Haïti; contre ces dermatomycoses la chrysarobine est le médicament spécifique .
L'histoire du Tokelau est à ce point de vue tout à fait schématique.
Cette teigne (tinea imbricata de Patrick-Manson) infestait les îles Salomon et les îles voisines au point que presque tous les indigènes en étaient atteints. Quelques-uns vinrent figurer à l'Exposition universelle de Paris en 1889. Reconnus teigneux et envoyés dans le service de E. Besnier, à l'hôpital Saint-Louis, ils y furent soignés et guéris en quelques semaines par une pommade à la chrysarobine. De retour dans leur pays ils en répandirent la formule et depuis lors cette teigne, réputée incurable, a presque disparu. Tribondeau (') qui a vu ce qu'était le Tokelau à Haïti avant 1889, dit qu'on n'y reverra jamais plus ce qu'a été cette maladie avant l'introduction de la chrysarobine dans son traitement.
La pommade à 7 1/2 pour 100 est du reste trop forte et ne devrait pas être employée, à ce taux; pour les trichophyties de nos pays une pommade à 1 ou 2 0/0 est déjà extrêmement active et peut donner lieu à de l'érythème chrysophanique en certains cas.
De ïépilation. — D'après ce que j'ai dit plus haut, le rôle de l'épilation dans le traitement des teignes tondantes est extrêmement limité. La génération médicale postérieure à Bazin a continué de la préconiser dans les tondantes mais sans beaucoup y croire (2). Besnier faisait épiler le pourtour des plaques de teigne, mais il s'en servait comme d'un moyen de prophylaxie locale, pour empêcher les plaques de s'étendre, et il ne voyait dans l'épilation de la surface des plaques qu'un moyen de les tenir propres et d'empêcher les cheveux fragiles de disséminer des graines autour d'eux.
(M Thibondeau. Le lokelau, dans les possessions françaises du Pacifique oriental (Arch. de méd. navale, t. LXXII, 1899).
(2) Du vivant même de Bazin, Devergie nie très justement la valeur de l'épilation des surfaces malades, inutile puisque la base du cheveu malade reste en place. Et il préconise très judicieusement l'épilation circonférentielle propre à on circonscrire l'extension (Devergie, i" édit., 1857, p. 285).
Tout à fait au début des tondantes microsporiques, on peut encore épiler entier des cheveux déjà très parasités, avant qu'ils ne soient tout à fait fragiles. Ce sont ces cheveux qui donnent, à l'examen microscopique, les notions exactes que nous avons maintenant sur le mode d'envahissement du cheveu par le Parasite. De môme, lorsque les tondantes en arrivent à la période de la guérispn, on peut de nouveau, par une traction lente et ménagée, épiler entiers des cheveux qu'on casserait par une traction brusque, et j'ai montré que « tout poil enlevé une fois en totalité (avec son bulbe pilaire) peut être compté comme guéri ». Mais c'est un fait exceptionnel et, dans le traitement des tondantes, presque négligeable.
A côté de l'épilation nous placerons les moyens physiques et mécaniques dont on a tenté d'obtenir quelques résultats dans la cure des teignes.
Quinquaud et Butte ont essayé du raclage à la curette mousse qui est une épilation un peu brutale et plus aveugle que l'épilation à la pince ('). En combinant à ce traitement des applications de pommade à la chrysarobine ils ont cru diminuer de moitié le temps de traitement des tondantes. Mais Tenneson a bien montré les illusions de ces statistiques globales en recherchant le temps passé effectivement par chaque enfant à l'hôpital Saint-Louis. Malgré la thèse apologétique de Carrère, les teigneux de l'hôpital Saint-Louis ne guérissaient pas en trois mois (i).
Du môme ordre est le traitement au collodion iodé que Butte substitua bientôt au traitement de Quinquaud (3). C'était une transformation du vieux procédé de la calotte. Des couches épaisses de collodion étant étendues successivement sur un cuir chevelu atteint de tondante, lorsque le collodion est sec on le déchire par bandes dont l'avulsion entraîne les cheveux malades et fragiles. Ce procédé est ingénieux mais ne permet pas plus que les autres l'épilation de la racine, et par conséquent ne fournit pas plus que les autres la solution du problème.
Je mentionnerai à côté de ces procédés, le raclage des plaques de teigne avec un rasoir denté proposé par Colombini. C'est un procédé très analogue à celui de Quinquaud. D'ailleurs Colombini (4) passait les surfaces ainsi rasées à la teinture d'iode et les recouvrait d'un collodion.
(*) Quinquaud et Butte. Ùoc. de Dermat. du 2 avril 1891.
Butte. Les teignes, leur traitement (in-12 cartonné, 1*23 pages. Paris, Soc. d'édit. scienlif., 1 893) .
("-) J. Carrère. Étude sur te traitement de la teigne tondante. Bésultats obtenus à l'école des teigneux de l'hôpital Saint-Louis (ThJde Paris, 22 juillet 1890).
(3) L. Butte. Du collodion iodé dans le traitement des teignes (Annales de Dermat. et de Syph., 1891, p. -455).
(*) P. Colombini. Nuovo raspatore per la cura délie tricofitie (Atli délia. H. Academia dei Fisiocriti di Sientt, 1896).
Les essais de stérilisation des plaques de teigne par la chaleur, tentés par Zinsser, ne donnèrent pas de résultat pratique plus certain (').
Impuissance de la thérapeutique dans les teignes tondantes. — Henri Martin a bien [montré, dans une thèse sceptique et spirituelle (-), la complication du problème que les teignes tondantes proposent à la thérapeutique. Les difficultés de leur traitement sont multiples mais elles ont été aggravées par nombre d'erreurs doctrinales.
Lorsqu'on examine les différents traitements préconisés contre les teignes par d'innombrables auteurs, on ne peut pas ne pas être frappé de l'incompétence évidente du plus grand nombre. Ils ne connaissent évidemment pas ce dont ils parlent. Quand un auteur affirme avoir guéri en trois semaines une tondante banale, comment ne pas lui répondre qu'il en faut au moins six pour affirmer qu'elle est guérie.
Deux erreurs sont faites le plus communément, très différentes, mais dont le résultat est identique. Ou bien on traite un impétigo ou un eczéma séborrhéique pour une teigne, et on peut le guérir en six semaines. On a guéri quelque chose mais non pas une teigne. Ou bien on croit guérir une teigne qu'on a blanchi superficiellement sans la guérir. La première erreur est une erreur dans le diagnostic de la maladie ; la seconde est une erreur dans le diagnostic de la guérison (3). Ces deux erreurs sont plus faciles à faire pour les tondantes que pour le favus, ce dernier ayant, de par ses godets, des lésions trop typiques pour qu'on se méprenne aussi souvent. Aussi a-t-on proposé beaucoup plus de remèdes prétendus souverains contre les tondantes que contre le favus. La démonstration de leur inanité était trop facile dans le
(') Zi.vsser. Ueber behandlung dss Favus mil Warme (Archiv. /'. Dermat. u. Syph., 1894, t. XXIX, p. 12).
L'auteur a vérifié qu'à 50°, les cultures de favus ne poussaient pas, même quand après 5 jours on les replaçait ;'i 37". Même résultat à 45" et peu à peu l'auteur réduit ïe passage à 45°, de 6 à 9 h. A 50°, en 2 heures, tout ce qui surfiage d'un bouillon est tué. Quatre essais de circulation d'eau à 52° sur des plaques faviques furent faits sur [l'homme. L'auteur enregistre 5 succès (?) et 1 échec.
(-) Henri-Alex. Martin. Les difjizultéi d'< traitement des teignei tondantes. Th. de Paris. Steinheil 1894.
Pour lui, ces difficultés sont :
1° La multiplicité des traitements proposés ;
2" Li confusion faite jusqu'à ce jour entre des espèces morbides distinctes;
3° La certitude d'une guérison spontanée à longue échéance ;
i" La profondeur du siège anatomique de la lésion;
5" La difficulté du diagnostic différentiel surtout précoce ;
<i° La difficulté du diagnostic de la guérison;
'" Les difficultés de la prophylaxie.
(3) « La confusion que l'on faisait de la teigne véritable avec les pseudoeignes avait pour résultat de faire croire à l'efficacité de certains remèdes, qui, de fait, réussissaient le plus souvent contre celle-ci. mais venaient échouer contre celle-là. » (H. Feulard. Teignes et teigneux, 1886, p. 113).
favus, La seconde erreur fut encore plus fréquente que la première. Combien de fois les meilleurs cliniciens onl-ils cru avoir guéri un teigneux dont ils ont vu renaître les lésions sous leurs yeux quelques semaines plus tard. Ceux qui ne veulent pas s'être trompés annoncent une rechute de la maladie ; ils pensent que le malade s'est contaminé de nouveau. En fait la maladie n'a pas repris, elle a continué.
Cette impuissance de n'importe quels topiques externes contre la teigne tondante, si aisée à comprendre quand on a suivi ce qui précède, a trouvé maintes fois son expression sous la plume des meilleurs maîtres et des plus consciencieux. En ce qui concerne le traitement de la trichophytie, écrit Tôrôk ('), les médecins anglais avouent avec désespoir que tous les remèdes sont également bons, ou mieux également mauvais. Ils emploient les parasiticides les plus divers, les composés mercuriels, l'iode, l'acide salicylique, la chrysarobine, l'ichthyol, etc., et n'ont de confiance absolue clans aucun. »
C'est la même note dans une étude de Brocq de la même époque (2). Au fond tous les auteurs savent que les traitements qu'ils appliquent ressemblent de bien près à une expectation déguisée. D'autres, qui préconisent un traitement quelconque, s'aveuglent involontairement sur ses mérites et ont pour lui les yeux d'un père. C'est ce que H. Martin montre si évidemment dans sa thèse. C'est ce que Tenneson, réfutant Ouinquaud, avait déjà dit (3) .
Topiques externes préconisés contre les teignes tondantes.
Les goudrons protègent la kératose, agissent contre les pellicules et nettoient très bien la surface d'une tête teigneuse. Leur rôle dans l'hygiène locale d'un teigneux n'est pas négligeable, nous nous servons d'eux constamment. Et de môme ils ont fait partie d'un très grand nombre de pommades préconisées contre la teigne. Devergie se servait de l'huile de cade (*) ; de Amicis, de l'ichthyol (s) ; d'autres,
f1) Torok. La Dermatologie à Londres (Revue) in Annales de Dermat. el de Syph., 1891, p. 423.
(2) L. Brocq. Annales de Dermat., 1890, p. 147.
(3) A moins de consacrer un volume à l'étude rétrospective des traitements préconisés jadis contre les teignes, il est impossible de les passer tous en revue. A peine pourrait-on en dresser la nomenclature complète. Je vais en parler et très brièvement, mais je notera ici, pour les lecteurs que ces questions intéresseraient, les auteurs qui en ont écrit plus spécialement. Ce sont particulièrement : Feulard. Teignes et teigneux, 1886. L. Brocq. Annales de Dermat. et de Syph., 1890, p. 147. Malcolm Morris, fhs Rïngworm, 1896 Voyez aussi : Venegas y Canizares. Contribution à l'étude du traitement des teignes. Th. de Paris, 1885 ».
(4) Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, 2e édit., 1857, p. 283. (5).M. de Amicis. Uso délie ittiolo nelle \ricoCuAe (Ciorn. internat délie sciehse
mediche, 1897).
du goudron de pin, de bouleau, de houx; l'action de tous est analogue et malheureusement ne dépasse point la surface (').
Les mercuriaux ont été employés sous toutes formes et de toutes manières. Et beaucoup d'auteurs ont eu l'illusion que leur emploi était suivi de succès durables.
Van Harlingen (2) préconisait l'oléate de mercure à 6 0/0, il en mélange 7 parties à une d'éther acétique et croyait à la pénétration rapide de ce mélange jusqu'aux racines (r>).
Les Oléates. — Souvent les auteurs ont attaché de l'importance à la forme du médicament employé autant qu'à sa nature. Plusieurs, comme Van Harlingen, Shoemaker(4), Lesiéur (s), ont donné ainsi la préférence aux oléates auxquels ils attribuaient un plus grand pouvoir de pénétration : l'oléate de cuivre, l'oléate de mercure ont été les plus employés. Leur emploi, pourtant, ne s'est pas généralisé.
Emploi de la cataphorèse . — Peu à peu, devant les insuccès thérapeutiques répétés, plusieurs auteurs, comprenant l'insuffisance de pénétration des antiseptiques dans la peau, essayèrent de les faire pénétrer plus profondément par cataphorèse. Ces essais, commencés par Reynolds, furent poursuivis par Gharon et Gevaert(6). Les résultats obtenus par eux semblaient encourageants, mais la surveillance ultérieure des cas traités fut insuffisante pour permettre d'affirmer la guérison des malades. Boccolari et Manzieri (7) puis Ciarrocchi (8) se
(') Sheffield, publie : An easy and effective method of treatment of tinea tonsurans par :
Acide phénfque ) ,,.
Huile de pétrole )
Teinture d'iode „ ..„
TT .. , . . ( au 11(1
Huile de ricin )
Oleum rusci (h. de houx)<{. s. pour faire 500 grammes.
Au boni de 5 ou 4 semaines on ne trouverait plus de cheveux malades (!); on termine le traitement avec une pommade soufrée et une lotion salicylée. L'auteur est enchanté de ces bons résultats....
(2) A. Van Harlingen. Comment on doit diriger le traitement de la teigne tondante (Médical news, 17 et 24 mars 1883, p. 297 et 525).
(3) Zinsser a vu 60 frictions d'onguent gris guérir un favus rasé, sans épilation. ('*) J. V. Shoemaker. Du traitement des maladies cutanées causées par les
parasites végétaux (Journ. of eut. and vener. diseases, juillet-août, 1884).
(5) Lesieur Weir. Emploi de l'oléate de cuivre dans 500 cas de maladiesparasitaires de la peau (Neiv-York med. Journ., 50 août 1884). L.-W. obtenait la guérison des mauvais cas en trois semaines! Mais dans le favus ses résultats étaient moins bons....
(6) Charon et Gevaert. D'un nouveau traitement de l'herpès tonsurant (Journ. de méd. de la Soc. des Se. méd. de Bruxelles, 20 novembre 1887).
(7) Boccolari et Manzieri. Giom. liai. de/, mal. ven. e del pel, 1888. p. 244. (H) Ciarrocchi. Gaz. med. di Roma, 1890.
servirent d'une solution de sublimé au l/100e dont était imprégnée l'électrode positive placée sur la plaque trichophytique. Bellini (') substitua l'argentamine (combinaison d'argent et d'éthyl-diamine) au sublimé et se servit, pour la cataphorèse, du courant interrompu. Aucun de ces procédés ne parait avoir donné de résultat très encourageant.
Les essences ont été très employées. Leven préconisait l'huile de térébenthine (r) ; Foulis les massages dans l'essence de térébenthinesuivis de savonnage, de frictions de teinture d'iode et d'applications d'huile phéniquée. Il guérissait ainsi généralement les pires cas de trichophytie en l'espace (Vune semaine (3).
L < acide phénique, de 18X0 à 181)0, a guéri beaucoup. Van Harlingen croyait qu'une glycérine phéniquée au 1/5 (?) pénétrait facilement jusqu'à la racine des cheveux teigneux (*). Harrison l'associait à la potasse caustique dans une pommade avec laquelle on obtenait la guérison en trois mois(3). L'huile phéniquée à 5 0/0 entrait aussi dans le traitement de la tondante qu'avait préconisé Foulis. Les phénols complexes ont eu aussi leur heure de succès : ainsi le monochlorophénol, entre les mains de Barbe, en 1898 (6).
L acide pyroligneux a de même toute une littérature. Il a été étudié dans le service de Lailler par Monique qui s'en servait avec succès (7j, étudié de nouveau par L. Thomas qui l'accuse de provoquer des dermites, des suppurations et des cicatrices (*), préconisé par
(') A. Bellini. Studio sulla profilassie la cura délie tigne (Giorn. liai, del mal. ven. c del pell., 1899, fase. I).
(2) !.. Leven. Oleum terebinthinae rectif. bei Dermaiomykoseh speciel bei Pityriasis versicolor und herpès tonsurans (Monatshefte fur prakt. Derrnat., 1901, t. XXXII, p. 197).
(3) J. Foulis. Traitement de la trichophytie du cuir chevelu (Brit. med. Journ. 14 mars 1885).
(*) A. Van Harlingen. Comment on doit diriger le traitement de la teigne tondante (Médirai news, 17 et 24 mars 1883, p. 297 et 325). (5) La pommade d'Harrison était ainsi composée :
Potasse caustique 0,58
Acide phénique 1,55
Lanoline Vaseline
ia 15 srrammes.
A. J. Harrison. Further researches on the treatment of tinea tonsurans (The Brit. med. Journ., 2 mars 1889, p. 465).
(G) Soc. de Derrnat. et de Syph:, 1898.
(T) Monique. L'acide pyroligneux rectifié dans le traitement de la teigne tondante et de quelques autres affermions cutanées (24 déc. 1883. Thèse de Paris).
Monique se servait de solutions à 6 pour 100 appliquées par frictions rudes.
(s) L. Thomas. Contribution à l'étude du traitement de la teigne tondante (24 mai 188 L Thèse de Paris).
Gramoisy(') et rejeté de nouveau par Besnier (2). Lui aussi est tombé en désuétude.
L iode, comme les mercuriaux, comme le soufre a l'ait partie de mille préparations complexes préconisées contre la teigne. Il faisait partie de la fameuse pommade de PirogofT (3) qui guérissait le favus en 34 jours, du collodion iodé de Butte qui guérissait les teignes tondantes en quelques semaines. Sans se laisser convaincre par ces affirmations, on peut utiliser la teinture diode pure ou diluée dans le traitement externe des teignes.
Nul doute que l'action antiseptique de la teinture d'iode en surface ne soit très puissante, tous les dermatologistes l'ont proclamé bien avant que les chirurgiens ne s'en servissent pour la désinfection de leur champ opératoire. Il me paraît certain que tout élément trichophytique ou favique touché par la teinture d'iode est stérilisé. Mais cette action, comme celle de tous les topiques externes, reste limitée à la surface et n'atteint point le Parasite dans la profondeur. Néanmoins l'iode comme l'huile de cade méritent d'être conservés dans le traitement de la teigne, leur rôle, dans l'hygiène locale du teigneux en traitement est très efficace, nous l'avons dit.
La chrysarobine (résine de l'Ara roba, poudre de Goa, etc...), a eu aussi dans le traitement des teignes son heure de célébrité, et du moins ce médicament n'était-il pas sans valeur. Il avait été introduit en thérapeutique par les médecins de marine témoins de son action sur les Dermatomycoses épidermiques des régions équatoriales (i).
Mis à l'essai dans le service de Lailler à l'hôpital Saint-Louis, ce nouveau produit ne donna pas dans le traitement des teignes les résultats qu'on en attendait (s).
(') La formule de Cramoisy était :
Acide pyroligneux 1000 parties.
Acide salicylique 2 —
Oxyde rouge Hg 1 —
(2) E. Besxier. Considér. sur les affect. parasit. en général et sur leur traitement (Bull, de l'Ac. de mél., 8 janvier 1884).
(3) Pirogoff. Behandlung des favus (Themp. Woclienschrift, 1894, p. iô), propose pour le traitement du favus une pommade :
Fleur de soufre 15 grammes.
Carbonate de potasse i
Poix liquide ) En
teinture d iode )
Axonge 100 —
Qui rendrait l'épilation inutile et guérit le favus en 5i jours.
(4) Arch. de méd. navale, avril 1875.
(5) ■• Je devais vous signaler cette médication pour vous éviter les déceptions par lesquelles nous avons passé nous-mêmes : la poudre de Goa ou Araroba ne
Ces essais furent repris en 1890 dans le service de Unna (') et lui firent croire que la chrysarobine guérissait la teigne tondante en quatre semaines. Ce trop beau résultat s'appuyait sur les cultures négatives de V. Schlen qui, après ce laps de temps, avait trouvé les cheveux malades stériles (2).
Mais il est très facile d'ensemencer un cheveu sain provenant d'une tête de teigneux. Une culture négative n'est pas une preuve, surtout si l'on sait combien un cheveu teigneux peut être difficile à distinguer des cheveux sains, sur une tête en traitement.
Les résultats de Unna ne convertirent pas la dermatologie entière à sa méthode, témoin les discussions d'Eddowes et de Kromayer au Congrès de Halle, 24 septembre 1891.
Néanmoins plusieurs auteurs, sans partager l'optimisme de Unna, adoptèrent le traitement à la chrysarobine comme le meilleur qu'on connût alors. Ainsi A. Durhing à Philadelphie (3), Du Castel, à l'hôpital Saint-Louis (4).
Dès 1890, Marianelli avait mis au point cette question et jugé le traitement à la chrysarobine comme, à mon avis, il le doit être. Ce traitement réussit admirablement contre la trichophytie des régions glabres, mais il n'est pas efficace contre les teignes tondantes (3).
nous a pas paru faire mieux contre la trichophytie cutanée que contre les teignes du cuir chevelu. - Lailler. Leçons cliniques sur les teignes, 1878, p. 72.
(') P. G. Unxa. Zur Behandlung der Trichophytia capitis. {Monatsheftc f. prakl. DermaL, 1889. n° 12).
Voici le détail du traitement : Tenir les cheveux courts. Protéger le front, les oreilles, la nuque, avec une colle de zinc. Ensuite appliquer la pommade à la chrysarobine.
Chrysarobine 5 grammes.
Acide salicylique 2 —
Ichthyol 5
Onguent simple 100 —
Et recouvrir d'un bonnet imperméable. Toutes les 24 heures, on enlève le bonnet; on essuie et on remet de nouvelle pommade. Du 4e au 7e jour, repos, avec application de pommade faible à l'ichthyol; après une semaine, nettoyage complet avec de l'huile et du savon. En quatre semaines de ce traitement serait survenue la guérison vérifiée par les cultures.
(*) V. Schlex. Ergebnisse der bakteriologischen untersuchung bel der chrysarobin behandlung der Trichophytie (Herpès tonsurans) (Monatshefte f. prak. Dermat., 1889, n° 12), raconte les expériences de culture qu'il ht après le 1er, 2e, ù--, 4e cycles du traitement à la chrysarobine de Unna et sur lequel le travail de Unna appuie ses conclusions.
(3) Louis A. Duhring. Expérience in the treatment of achronic Ringworm in an institution ( The américain, Journal of médical Sciences, février 1892, p. 109).
('*) Du Castel. Traitement de la trichophytie du cuir chevelu par la chrysarobine (Soc. de Dermat., 5 août 1894).
(5) A. Maiuanelli. Sulla cura délia tigna tonsurante del capillizio con la crisarobina secondo il metodo del doltor Unna (Giomale italiano délie malattie reneree e délia pelle., cléc. 1890, p. 359).
Il est impossible de passer en revue tous les médicaments préconisés contre les teignes, depuis l'urine de vache et la cendre de crapaud, jusqu'aux préparations complexes auxquelles la plupart des auteurs modernes s'étaient arrêtés.
Chaque année surgissait un nouveau médicament, quelquefois tout à fait nouveau ('), dont on disait grand bien ; il allait rejoindre la liste déjà trop longue des médicaments inutiles et on cessait d'en parler.-
Chaque année m'est adressé un empirique qui guérit les teignes avec une mixture ou une pommade de sa composition. En règle absolue il appelle teigne toutes les maladies du cuir chevelu et les traite comme telles, et il ne guérit pas les vraies teignes : favus et trichophyties. Mais le phénomène se reproduit chaque année avec une périodicité régulière.
De même dans les journaux médicaux lit-on chaque année, sous la même rubrique, des textes qui annoncent la guérison des teignes par un topique ancien ou nouveau dont ils disent merveille (2).
Henri Martin plaçait la multiplicité des traitements proposés contre la teigne tondante au nombre des difficultés de leur traitement. Et en effet, nous avons vu les plus grands maîtres conclure seeptiquement à leur complète et universelle inefficacité.
En fait, les cliniciens avertis, faisaient, un choix parmi ces médica-
(') Ainsi la teinture de Sièges/, eckia orienta/As, préconisée par J. Hutchinson et dont il aurait eu de bons résultats dans les tondantes et le sycosis, H. l'employait, diluée de moitié glycérine,"en frictions énergiques plusieurs fois le jour. J. Hutchinson. De la teinture de Siegesbeekia oriéntalis dans la trichophytie (Brit. méd.journ., 1SS7, 1384).
{-) Au basard en voici un de l'an passé qui nous vient d'Amérique (Lu Presse médicale, 15 mai 1909.)
Sutton, de Kansas City (mémoire inédit), ayant remarqué les effets antiseptiques marqués des associations iodo-mercurielles, a eu l'idée d'appliquer cette méthode au traitement de la teigne. Les expériences faites sur des lapins ont été tellement encourageantes, que l'auteur n'a pas hésité à traiter de la même manière plusieurs petits teigneux, dont un surtout portait plusieurs plaques ayant résisté jusque-là à tout traitement. Les résultats cliniques ont été des plus satisfaisants, la guérison ayant été obtenue dans la majorité des cas, après une on, deux applications [(!).
Voici la technique employée par Sutton :
La zone malade, ayant été épilée, est frictionnée avec la pommade suivante
Iode 1,75
Iodure de potassium 1,25
Graisse d'oie 25 grammes.
Une demi-heure plus tard, on badigeonne avec une solution aqueuse de sublimé à 2 pour 100. Il se produit une réaction locale qui est le plus souvent de faible intensité.
Il faut avoir soin de ne pas traiter à la fois une trop grande surface cutanée; 30 centimètres carrés constituent une zone suffisamment grande pour une seule application.
ments hétéroclites ; ils avaient pour la plupart retenu, entre tous, ceux dont l'efficacité était réelle contre les lésions superficielles des teignes, et ils en continuaient l'usage sur les tondantes pendant toute leur durée. Ils obtenaient par cette antisepsie superficielle ce résultat au moins positif d'arrêter le progrès des lésions, et d'attendre, sans autres dégâts, leur terminaison spontanée. C'était une expectation déguisée, mais elle servait à quelque chose.
De ce type est la pommade dont je me sers depuis dix ans et plus et qui suffit à maintenir les tètes de teigneux en parfait état extérieur. Voici sa formule :
Huile de cade 10 grammes.
Soufre précipité \
Turbith minéral > ââ 1
Résorcine j
Lanoline 10 —
Vaseline jaune 10 —
C'est à peu de chose près la formule adoptée par Van der Wijk dans le service de Mendès da Costa (').
Mais beaucoup d'auteurs gardaient la chrysarobine dans leur arsenal thérapeutique contre les teignes, témoin Morrow (2).
D'autres comme Colcott Fox, comme Stelwagon (3) y adjoignaient l'huile de croton dont je parlerai en dernier lieu, car il mérite une place à part dans la thérapeutique des tondantes.
Du mode de guérison spontanée des teignes tondantes à évolution suppurative. — Toute une catégorie de teignes tondantes, après un premier stade où le cheveu seul est envahi, évoluent vers la suppuration folliculaire et constituent le Kérion. Dans ces cas, un afflux leucocytaire se produit dans le follicule, et provoque le décollement du cheveu qui se détache de la papille pilaire. Le cheveu devient ainsi un simple corps étranger. Il est expulsé spontanément ou bien la moindre traction l'enlève. Dans ce cas l'épilation est automatique, et la guérison assez rapide. Ce sont des teignes qui se guérissent vite. Je les appelle autophages; l'évolution même du Parasite provoquant la défense organique qui amène son expulsion. On voit
(') J. A. Vax der Wijk. Reschonwingen over de menig vuldigheid van favus te Amsterdam (Nederlandsch Tijschrift voor Oeneeskunde, 1902, n° '21).
(2) Discussion sur le traitement de la trichophytie, à la Soc. dermat. de New-York (Joum of L'ut. and. Vener. diseases, juin 1884, p. 177).
Pillard, Fox appliquent des lotions alcooliques de sublimé, en transformant l'alcool en teinture de benjoin ou de myrrhe pour assurer l'adhérence. Denslow se sert de lotions sulfureuses, et Morrow, de chrysarobine.
(5) H. Stelwagon. Treatment of Ringworm of the scalp (Journal of the American médical association, 23 nov. 1901, p. 1589). L'auteur traite par le soufre, le naphtol, l'iode, la chrysarobine et l'huile de croton, dont il se félicite, pour les petites plaques.
combien ce processus spontané vérifie ce que nous avons dit plus haut. Du moment que le cheveu teigneux est enlevé, la maladie est guérie. De même que le l'avus est guéri par l'épilation méthodique, de même les kérions se guérissent par une épilation spontanée.
Le traitement des kérions doit donc se borner à calmer par des pansements humides révolution suppurative, à nettoyer la surface des croûtes et des cheveux morts, en somme à régulariser un processus de réaction inflammatoire qui est utile. En deux semaines l'apaisement est obtenu. Plus tard, si la suppuration n'a pas été trop violente, la repousse se produira, complète ou partielle suivant le degré de l'inflammation passée.
Sans aller jusqu'au kérion, beaucoup de tondantes trichophytiques peuvent s'accompagner d'une réaction inflammatoire plus ou moins discrète, le plus souvent visible sous la forme de folliculites orificielles. Cet aspect trahit toujours une réaction inflammatoire folliculaire, qui est un processus de défense et rend plus facile l'épilation complète du cheveu en diminuant son adhérence à la papille. C'est un processus qu'on peut observer d'emblée, et la tondante qui s'en accompagne, sans guérir aussi vite que les kérions, guérira plus vite qu'une tondante banale qui ne s'en accompagne pas. Ce sont des cas où la guérison se compte par mois, tandis qu'avec les kérions elle se compte par semaines. Ce processus est fréquenta la barbe de l'homme adulte. Dans d'autres cas, ces folliculites discrètes qui se trahissent par un point rouge à l'orifice folliculaire ne s'observent que tardivement, à la fin d'une tondante ayant duré très longtemps. C'est ce qu'on voit souvent dans la tondante du Tr. violaceum.
Quoi qu'il en soit, on peut résumer les faits que nous venons de passer en revue, en disant que plus une tondante s'accompagne promptement et régulièrement de suppuration folliculaire, plus sa guérison surviendra vite, avec cette seule réserve que les suppurations en masse, quand elles sont très vives, peuvent se terminer par cicatrice folliculaire et déglabration définitive. Plus aucontraire cette réaction suppurative s'observera tardivement, et sous une forme atténuée, plus la guérison spontanée sera lente. Or la plupart des tondantes ne s'accompagnent d'aucune réaction inflammatoire favorisant l'épilation spontanée. C'est pourquoi leur durée indéfinie n'est limitée que par l'âge du malade.
Le traitement des teignes tondantes ne varie pas suivant les espèces cryptogamiques qui les causent, mais suivant la l'orme morbide qu'elles déterminent.
Traitement des tondantes par les irritants. -- C'est pourquoi les traitements les plus rationnels qu'on avait imaginés autrefois
contre les teignes tondantes étaient les traitements épispastiques. Lorsqu'on maintient, en permanence, sur une plaque de tondante épilée, un emplâtre de Vigo, par exemple, on peut, avec lui déterminer des i'olliculites, d'abord orificielles, ensuite plus profondes, semblables à celles que montrent spontanément les tondantes dont révolution vers la guérison est automatique.
Aucun traitement de ce genre ne copie mieux la natura medicatrix que celui qui emploie l'huile de croton ; ce traitement, préconisé par Ladreitde Lacharrière (*) qui ne se rendait point compte, d'ailleurs, de son mode d'action, est certainement parmi les meilleurs qu'on ait jamais proposés contre les teignes tondantes avant la radiothérapie.
Des applications ménagées provoquaient une pustulation folliculaire et l'expulsion d'un certain nombre de cheveux. On les répétait toutes les trois semaines environ, en calmant l'inflammation quand elle était trop vive. Ce procédé, quand on y joignait Tépilation lente et ménagée de chaque cheveu un par un, arrivait à guérir pluspromptement que tous les autres les tondantes torpides. Un cas bien traité par ce moyen pouvait arriver à la guérison en 6 à 7 mois. Mais lorsqu'on voulait traiter ainsi un grand nombre de cas, chacun ne pouvant être traité avec le soin qu'exige cette méthode, la moyenne de la guérison dépassait quand même un an (2). Besnier, Doyon condamnent sévèrement l'huile de croton dans le traitement du favus (Not<>* de Kapo*i, t. II, p. 788), comme cause de cicatrices définitives. Pour les teignes tondantes, c'était néanmoins, avant la radiothérapie, le traitement qu'avaient adopté la plupart des médecins qui s'étaient le plus adonné au traitement décevant de ces maladies (3).
(') Ladreit de Lacharrière. Note sur le traitement de la teigne par l'huile de croton tiglium (Bulletin général de thérapeutique, 15 août 1876). Cf. également :
E. Rolquayrol. Prophylaxie et traitement de la teigne tondante (Th. de Paris, 1879). Cette thèse raconte, expose, et met au point les résultats du traitement des tondantes par l'huile de croton de Ladreit de Lacharrière, et est plutôt favorable.
Alder Smith. Teigne tonsurante; son diagnostic et son traitement ( The Lancet, 10, -24, 51 janvier 1880).
Wyndham Cottle. Traitement delà teigne tondante ( The Lancet, 27 mars 1880)-
(2) Cf. sur ce sujet, Purdon. The treatment of favus (Arch. of Derrnat., New York, 1881, p. 158).
Cadet de Gassicourt. Du traitement de la teigne tondante par l'huile de croton (Bull, de thérap., 1877, p. 985), confirme les • résultats de Ladreil de Lacharrière sans obtenir la guérison en 6 semaines ou '2 mois toutefois.
(3) Kulisck a étudié histologiquement l'action de l'huile de croton sur la peau du Cobaye, du Chat, du Chien, et de l'Fomme. La lésion provoquée est faite de papules par infiltrât, de pustules, avec tuméfaction des parties avoisinanles. infiltration périfolliculaire de petites cellules fusiformes à gros noyau. La pustule entoure le poil. La ressemblance de ces lésions avec l'impétigo de Bockhardt est frappante. Je l'ai vérifiée.
Traitements des trichophyties de la barbe. — Le problème
que posent les trichophyties de la barbe diffère peu de celui des teignes tondantes du cuir chevelu, sinon en ce que les trichophyties suppurées sont plus fréquentes à la barbe, et nous savons que leur durée est moins longue ; c'est pourquoi les trichophyties de la barbe sont plus vite guéries en général que les tondantes de l'enfant. Mais quand une trichophytie de la barbe est sèche et ne suppure pas, sa durée redevient aussi longue que celle des tondantes. J'ai vu des trichophyties de la barbe, même bien traitées par les anciennes méthodes, durer deux ans et davantage. Contre elles on 'avait proposé, avec les mêmes résultats d'ailleurs, les mêmes moyens thérapeutiques usités contre les tondantes.
Traitement des onychoses. Devant les onychoses tricho-
phytiques et faviques, les cliniciens sont demeurés longtemps désarmés, car dans la profondeur de l'ongle, comme dans la profondeur du follicule, aucun antiseptique de surface ne pénètre. Alors on a proposé l'avulsion médicale ou chirurgicale de l'ongle.
C. Pellizari a proposé l'application 2 fois par jour d'une pommade faite de pyrogallol et d'huile par moitié. Ces applications déterminent une vive irritation suppurative de tout le pourtour de l'ongle. On les arrête quand l'ongle, serti de pus, est devenu mobile. Des pansements humides calment alors l'irritation, l'ongle tombe avec le Parasite et l'ongle suivant repousse généralement sain (').
Inutile de faire remarquer l'analogie de ce processus thérapeutique et du traitement des tondantes par l'huile de croton. C'est le même mécanisme de guérison.
Le procédé de Pellizari est bon, mais, ainsi que le remarque Dubreuilh, il est douloureux. Lespinasse essaya de lui substituer l'avulsion chirurgicale de l'ongle. Mais Dubreuilh fait remarquer que l'avulsion de l'ongle laisse dans la matrice un biseau de matière cornée qui peut être parasitée et renouveler l'infection de l'ongle neuf, et qu'on a observé des récidives même après l'arrachement de l'ongle. En général, pourtant, l'avulsion est suivie de succès. Si on la pratiquait, on devrait, aussitôt après l'opération et plusieurs fois par semaine dans la suite, faire sur le lit de l'ongle des applications iodées destinées à détruire ce qui pourrait subsister du Parasite dans les reliefs unguéaux.
J'ai préconisé autrefois, contre les onychoses, les bains permanents
(M ('.. Pellizari. Ricerehe sul Trichophyton lonsurans (Giorn. ital. <l. mal. veneree e d. pelle. Fasc. n° 1, 18X8).
Cf. aussi : Dudreuilh. Traitement de ronychomyeose par la pommade au pyrogallol (Journ. de Méd. de Bordeaux, 2H déc 189i, p. 569).
dans la liqueur iodo-iodurée de Gram, sous forme de pansements humides, continués chaque nuit pendant des mois. J'ai eu ainsi, à cette époque, deux cas de guérison avérée. Mais ce moyen est long- et à cause de cela pénible (').
Nous verrons plus loin que la thérapeutique de ronychomycose a été révolutionnée comme celle des teignes tondantes par la radiothérapie.
De ïutilité du traitement général dans les teignes. - Beaucoup d'anciens auteurs ont pensé qu'on ne pouvait guérir une teigne sans danger pour la santé générale du malade. Cette idée, qui nous fait aujourd'hui sourire, était générale au xvme siècle ; Gibert y tient encore (-). Il considère comme heureux que la nature se soit « mise en garde contre la rétropulsion de la teigne », car, « dans la plupart des cas, ce n'est qu'avec beaucoup de temps, de peine et de persévérance qu'on parvient à sa guérison ».
Gibert (3) a vu une femme devenir aveugle après la guérison de son favus. Aussi, « dans quelques cas de favus..., il peut être convenable d'appliquer au bras un exutoire ». Et il en donne la théorie. Avicenne avait déjà la même opinion.
Certains auteurs, autrefois surtout, croyaient à l'utilité du traitement général des enfants teigneux. Toute l'ancienne école, les Lorry (i), les Gibert (s), et même Lailler, étaient encore de cet avis.
D'autres soutiennent qu'ils ont vu guérir une teigne par une maladie générale intercurrente. Luton a vu une variole confluente guérir un favus (6), ce qui n'est pas très surprenant, puisque Lorry guérissait le favus par les caustiques provoquant la cicatrice. Mais on a pensé que la fièvre typhoïde avait pu guérir une teigne tondante, ce qui, même dans le cas de Balzer, n'est pas prouvé (7).
(') R. Sabouraud. Traitement de l'onychomycose trichophytique (Soc. de Dermat. et de Syph., 9 janvier 1896). Traitement par la liqueur iodo-iodurée
au ÏÔÔÔ5
(2J Gibert, loc. cit., p. 246.
(5) Gibert, loc. cit., p. 251.
(*) Lorry, De morbis cutaneis, p. 469.
(5) Gibert, loc. cit., p. 421.
(6) Luton. Bull, de la Soc. méd. de Reims, octobre 1872.
C) M. F. Ralzer a présenté, le 14 déc. 1899, à la Soc. de Dermatologie l'histoire d'une teigne guérie à la suite d'une fièvre typhoïde, mais, le 1er février 1900, l'enfant a de nouveau 10 placards de teigne de 4-5 millimètres carrés, un sur une ancienne plaque, les autres sur de nouveaux points, évidemment par guérison incomplète et rechute.
En IN96, quatre ans après avoir commencé l'étude des teignes, j'écrivais : « Non seulement aucun traitement connu n'est curateur des teignes tondantes, mais je me crois môme autorisé à prévoir qu'aucun traitement antiseptique quelconque ne parviendra, dans l'avenir, au but cherché. Car, si l'on peut varier la nature chimique des antiseptiques, cela change à peine leur pouvoir de pénétration, ils seront solides, liquides ou gazeux et se heurteront toujours au même obstacle qu'aucun des agents employés, quelle que soit sa nature, n'a pu franchir, à bien loin près. La racine du cheveu est inaccessible aux antiseptiques externes ».
Dès lors, tout essai de traitement des teignes par les antiseptiques fut abandonné par moi et toutes mes recherches eurent dorénavant pour but d'obtenir l'épilation intégrale des plaques de tondante. L'exemple du favus était là pour nous montrer que, si on parvenait à épiler en totalité une plaque de tondante, on la guérirait. L'obstacle était la fragilité du cheveu. Il fallait donc trouver un moyen de faire tomber spontanément le cheveu qu'on ne pouvait épiler parce qu'il est fragile. Dès cette époque, j'avais essayé de construire un appareil à traction lente et progressive qui enlevât en plusieurs heures une calotte emplastique du type de la calotte du favus; j'espérais arriver à épiler ainsi le cheveu, même fragile, en divisant la puissance de l'effort à faire par le temps mis à le faire, comme on voit une simple racine d'arbre soulever une pierre colossale. Mais les difficultés de construction de l'appareil m'arrêtèrent.
Ensuite je cherchai parmi les toxines microbiennes un agent capable de suspendre la fonction de la papille pilaire qui crée le cheveu. Trois ans se passèrent à étudier l'action du microbacille séborrhéique et de ses toxines dépilantes. J'aurais voulu faire tomber le cheveu autour d'un point où j'aurais inoculé une goutte d'un bouillon chargé de toxines. Mais ces expériences me montrèrent que, si on parvenait ainsi à obtenir des dépilations, ou bien elles étaient diffuses et tous les cheveux ne tombaient pas, ou bien les plaques alopéciques se produisaient à distance du point où on aurait voulu les produire.
Plus tard, ayant observé des alopécies presque totales produites par
l'acétate de thallium, je cherchai à produire l'alopécie, c'est-à-dire l'épilation automatique des plaques de teigne, par l'ingestion de ce médicament ou par l'application in situ d'une pommade qui en contenait. Mais les résultats furent encore mauvais. Je pus obtenir dans cinq cas une alopécie totale ou presque totale des cuirs chevelus atteints de tondante, et, comme je l'avais prévu, la guérison de leur teigne, mais, d'une part, il resta, dans un certain nombre de cas, des cheveux sains et malades qui ne tombèrent pas; d'autre part, l'acétate de thallium, donné à l'intérieur (5 milligr. par kilo d'animal) qui amène quelquefois la dépilation, ne l'amène pas toujours, et, si on remplace l'ingestion du sel toxique par son application en pommade au 1 / 1 0e , on ne peut pas mesurer la dose du médicament qui pénètre, ni limiter ses effets toxiques. Or ses effets toxiques sont redoutables, on peut voir survenir, avec la chute des cheveux, de la sialorrhée avec gingivite, de la tachycardie, des ecchymoses sous-cutanées et de l'albumine, ce qui rend impossible l'emploi pratique de ce médicament. Je suis convaincu qu'on pourrait parvenir à en régulariser l'emploi, et à obtenir avec lui, à peu près constamment, la chute curatrice des cheveux teigneux comme je l'ai obtenue dans quelques cas, mais on ferait courir de réels dangers aux premiers malades, et je ne me suis pas cru autorisé à passer outre.
J'interrompis donc ces recherches; elles m'avaient montré du moins que leur sens et leur direction étaient justifiés.
C'est la radiothérapie qui devait fournir la solution rêvée du problème.
Dès 1897, nous avions observé un premier cas d'alopécie radiothérapique sur une jeune fille qui s'était prêtée à des expériences de démonstration publique, et était restée, entre une ampoule et un écran, pour laisser voir sous son vêtement une chaîne de cou. Il en était résulté une chute de cheveux presque complète sur toute la région occipitale et la repousse que je surveillai fut normale quatre mois après la chute.
Mais, à ce moment, nous poursuivions nos recherches sur les toxines alopéciantes et sur l'acétate de thallium, et elles n'avaient pas encore démontré l'impuissance de ces deux moyens. En sorte que. quand nous commençâmes d'étudier l'application des rayons X à la guérison des teignes, nombre d'essais partiels avaient déjà été tentés dans cette voie.
Dès 1896, Freund et Schiff^) avaient observé la chute du poil, sur un naevus pilosus traité par les rayons X, et l'idée vint à plusieurs auteurs d'utiliser cette dépilation dans les teignes. Schiff s'en fit dès
f1) Freund et Schiff. Wiener Dermatologische Gesellschaft (Séance du 10 mai 1X99).
lors le partisan, mais, en raison de l'insuffisance de l'instrumentation d'alors, il fut amené à faire, sur les régions à dépiler, une série d'applications peu intenses. Il parvint dès lors à améliorer et à guérir quelques favus. Nous verrons toutefois que la guérison radioélectrique rapide et complète du favus n'est pas encore un problème aussi parfaitement résolu que celui de la guérison des teignes tondantes. En France, on avait aussi des espérances, mais les premiers essais furent timides et dépourvus de méthode ('). Partout, au lieu de borner les essais à un seul objet, et de se limiter par exemple à la recherche d'une méthode précise concernant les teignes, les divers auteurs appliquaient les rayons X à tous les patients qui présentaient des dermatoses chroniques : acné, sycosis, tuberculides, ainsi firent à Vienne, Spiegler (*.), Kienbôck(3) et Schiff(4); en France : Oudin et Barthélémy, Gastou, Vieira (:;) et Nicolau. Il s'ensuivit, parmi des faits intéressants, une quantité de faits confus dont on ne pouvait rien tirer.
Vienne ne pouvait guère fournir une méthode de radiothérapie des tondantes, parce que les tondantes y sont rares. Paris ou Londres pouvaient plus aisément y parvenir et cependant les premiers essais n'y furent pas meilleurs. Rien n'était déterminé, ni la puissance des machines dont on se servait, ni la distance où l'on devait placer le malade. Et, quant à la quantité des rayons X à faire absorbera la peau, ce facteur n'est jamais évalué ni même mentionné autrement que par le temps variable des expériences !
Tout cela ne pouvait mener à rien, et, en effet, après deux ans d'expériences, on ne voit, par exemple, dans les expériences de Gastou, Vieira (6) et Nicolau (7), aucune amélioration ni dans les techniques ni
(') J. Darier. Soc. de Dermat. et de Syph., séance du 9 février 1899. Sur l'alopécie consécutive à l'emploi des rayons X. « Comme M. Leredde, j'avais eu la pensée qu'on pourrait utiliser l'épilation radio-électrique pour le traitement de la tondante... mais, en constatant sur un cobaye la persistance de l'alopécie, j'y ai renoncé ».
(2) Spiegler. Wiener Dermatologische Gesellschaft. Séance du 14 novembre 19(1(1, présentation d'un sycosis rebelle depuis 10 mois, traité par les rayons X.
(3) Kienbôck présente un cas d'herpès tonsurant et deux favus ayant été guéris relativement vite par les rayons X.
(4) Schiff dit avoir obtenu sur un sycosis une guérison deux ans plus tôt.
(5) Gastou et Vieira. Cas de favus soumis aux rayons X (dépilation et repousse) (Soc. deDermat., 16 juin 1902. Annales de Dermat. et de Syph., 1902, p. 601). Les cheveux tombent après vingt séances. Les auteurs annoncent que des tondantes ont été traitées de même et ont commencé à dépiler à la septième séance.
(B) Gastou et Vieira. Note sur la technique de l'emploi des rayons X en dermatologie (Soc. de Dermat., séance du 5 juillet 1902).
(7) Gastou, et Nicolau. Soc. de Dermat., du 3 juillet 1902. Suite aux essais de radiothérapie dans les affections pilaires (teignes, sycosis, folliculites) et les tuberculoses cutanées.
Gastou, Vieira et Nicolau. Soc. Dermat., 6 novembre 1902. Annales de Do-mal. et de Syph. 1902, p. 1021.
dans les résultats. On compte des séances innombrables laites sur le même point : jusqu'à 52 séances sur deux plaques de tondantes! Trente séances dans un autre cas n'amenèrent qu'une amélioration, etc....
Les recherches de Belot dans le service de Brocq, quoique bien mieux conduites, n'aboutirent pas davantage à l'établissement d'une méthode à cause du petit nombre (6 cas) des malades traités en un an et malgré l'incontestable valeur de leur auteur. Et c'est alors, en 1905, que Noire et moi nous prîmes en main la question.
Il nous parut d'abord nécessaire de n'étudier qu'un seul sujet, les teignes tondantes, et de rechercher avant tout si l'on ne pouvait obtenir la dépilation sur un point donné en une seule séance. Car un traitement qui aurait demandé de nombreuses applications sur le même point serait resté sans valeur pratique. Comment, sur cent enfants, traités ensemble, repérer exactement les régions traitées, comment compter sans erreur le nombre et la valeur des séances faites, leur dosage, leur intervalle, si l'on ajoute que la tête d'un teigneux doit être dépilée entièrement dans un très grand nombre de cas, et que la rondeur de la tête s'oppose à ce que sa surface reçoive des doses égales d'un seul coup. Pour nous, le procédé restait sans valeur si on ne parvenait à obtenir la dépilation après une seule application sur un point donné.
C'est à quoi nous arrivâmes en quelques mois de recherches précises ayant porté successivement sur la puissance de l'instrumentation à employer, la dislance à laquelle placer la région à traiter,^/ le dosage île la quotité des rayons X qu'elle doit recevoir.
Le 4 janvier 1904, alors que les auteurs qui nous avaient précédé dans ces recherches publiaient toujours leurs expériences tâtonnantes et leurs résultats incomplets, je pus annoncer à la Société de Dermatologie la guérison de 100 teigneux, et la formule technique permettant d'obtenir avec sécurité et sans accidents la guérison de chaque plaque malade par une xeule application (Tune dose mesurée de rayons X.
Le même mois, Noire et moi publiions, dans les Annales de l'Institut Pasteur, le détail de ce procédé ('j.
Notre rôle dans la question a donc été de prouver qu'on pouvait obtenir, et de montrer comment on obtenait, en une seule séance et à coup sûr, la guérison d'une plaque de teigne par une dose définie de rayons X, ce que personnen'avaitdit et ce que personne n'avaitobtenu.
(*) Sabouraud. Les teignes cryptogamiques et les rayons X (Annales de Vlnstitut Pasteur, janvier 1904).