PRATIQUE DE LA RADIOTHÉRAPIE DES TEIGNES
Ayant examiné l'ensemble des appareils dont nous nous servons,
Fig. 424 — Avant la radiographie, on dessine sur la tète de l'enfant la série des opérations
à faire.
dans tous leurs détails, comment nous en servons-nous? C'est ce que je vais dire maintenant.
L'enfant teigneux étant examiné, on reconnaît toutes ses plaques de teigne, et deux cas peuvent se présenter.
Ou bien les plaques sont peu nombreuses et isolées ; on fera pour chacune, et séance tenante, une application de rayons X.
Ou bien les plaques sont nombreuses, et on doit faire dépiler la tête entière. Dans ce dernier cas on fera d'abord le plan des applications (fig. 424).
On se sert pour cela des localisateurs de diamètres divers, en veillant seulement à ce que ceux qu'on emploiera ne soientpas assez grands pour que la tête puisse faire une trop forte convexité au dedans d'eux. Avec les localisateurs appliqués à la main, sur la tête, on dessine au pinceau et à l'encre le tracé des opérations qu'il faudra faire, en s'efforçant de restreindre le nombre de ces applications au minimum, sans qu'il reste toutefois un seul point malade de la tête qui n'ait reçu sa dose d'irradiation.
Peu importe d'ailleurs que les cercles empiètent les uns sur les
Fis.
Dispositif du recouvrement des plaques déjà opérées.
autres, et nous allons de suite voir pourquoi : une première séance est faite, et aussitôt on marquera sa place d'un signe convenu pour ne pas risquer de faire sur la même place une deuxième séance. Aussitôt, la plaque opérée étant recouverte d'un disque de plomb, maintenu avec une bande élastique, on commence la deuxième. Ainsi de suite (fig. -425).
On peut faire les dix ou douze séances nécessaires à l'épilation d'une tête entière, sans mettre aucun intervalle de temps entre elles. Le patient ne risque même pas un mal de tête.
Vers la fin des opérations nécessaires, la tête du petit teigneux se trouvera bardée de lames de plomb qui ne laisseront libres entre elles que les espaces de toutes formes non irradiés.
L'opération ainsi toute terminée (et mieux vaut la faire sans inter-
Fig. 426. — Cheveux sains atrophiques tombés d'une tête de teigneux 18 jours après la séance radio-électrique x 20.
valle pour ne pas perdre de vue, d'une séance à l'autre, le travail l'ait et celui qui reste à Caire), le cuir chevelu n'a nullement changé d'aspect, et il en sera ainsi pendant quinze jours.
A partir de ce moment, les cheveux tombent sous l'influence de la plus minime traction. Tous ont leur extrémité radiculaire effilée en pointe d'aiguille et atrophique (fig. 426 et 427).
Au 18e jour nous avons l'habitude défaire nettoyer la tête par savonnage, raclage et épilation aux doigts et à la pince de tous les cheveux caducs qui l'encombrent. Nous évitons ainsi la dissémination des germes, car on sait que les Parasites des teignes ne sont nullement tués par les rayons X aux doses employées. Cette opération doit être minutieusement faite et l'expérience nous a montré qu'elle est indispensable. C'est que, lorsque la tête est dénudée, on voit encore, souvent, pendant 10 à 15 jours, les racines de cheveux trichophytiques incluses dans la peau. Elles tombent les dernières, et il ne faut pas les laisser en place, car elles pourraient, comme nous l'avons vu, contaminer les cheveux nouveaux. Des savonnages quotidiens aussi sont nécessaires. Au 30e jour une tête opérée doit être chauve et ne plus garder un cheveu malade (fig. 428).
Chez tous nos enfants, à partir du jour de l'opération, la tête entière est frictionnée quotidiennement avec de la teinture d'iode très faible.
Teinture d'iode fraîche. ... I partie. Alcool à Sll« 9 —
Cette application assure la prophylaxie locale et, quand un cuir chevelu ne doit pas être dépilé entièrement, elle empêche toute inoculation nouvelle aux parties demeurées saines.
La tête opérée reste chauve deux mois, puis elle se recouvre de duvet et de cheveux adultes, quelquefois d'une façon d'abord irrégulière. D'autres fois les cheveux sains repoussent par
Fig. 427. — Cheveux atteints de microsporie atrophiés dans leur partie radiculaire et tombant spontanément dix-huit jours après la séance radio-électrique x 20.
îlots, marquant exactement la place des îlots trichophytiques.
Quoi qu'il en soit la repousse doit être terminée normalement, après 4 mois. Quand la teinte B du radiomètre a été dépassée, la repousse peut être retardée, par places, d'un mois, de six semaines, mais il faut bien savoir que tout ce qui n'est pas repoussé après six mois ne repoussera jamais.
Des applications insuffisantes conduisent d'ailleurs à des effets mauvais très différents. Les cheveux marquent l'irradiation par une atro-
Fig. -128. — Régions teigneuses épilées par la radiothérapie, 25 jours après l'application
des rayons X.
phie qui copie l'atrophie peladique exactement. Les cheveux s'effilent en aiguilles et prennent la forme de points d'exclamation d'imprimerie, considérée comme caractéristique de Yalopecia areata. Dans ces cas on peut voir la dépilation poussée assez loin pour que la guérison de la teigne s'ensuive. Dans d'autres, il restera des cheveux teigneux et tout sera à recommencer. Disons, à ce propos, qu'une nouvelle séance ne doit pas être faite sur la même place avant un mois. A cette date elle peut être faite suivant les règles données plus haut sans risquer, plus que la première, la non-repousse.
L'action des rayons X tue le cheveu, mais non pas son Parasite. — ■ On sait par quel mécanisme tombe le cheveu lorsque sa repousse pourra demeurer possible.
La papille pilaire est dune extrême sensibilité; nombre de causes connues ou inconnues suspendent sa l'onction créatrice du cheveu. Et toute suspension totale de sa l'onction implique la mort et la chute du cheveu. Ainsi est-il fréquent de voir tomber autour d'un furoncle, par
exemple, une couronne de cheveux, qui d'ailleurs repousseront. On dit que les papilles ont subi une sidéo-ation momentanée . Il est certain que les rayons X produisent une semblable1 sidérât ion des papilles qu'ils ont touchées. Elles cessent pro-
gressivement leur fonc-
i\ ^fecV^â^^^^--" ~ tion. Les cheveux qu'elles
• <.4f s)J créaient enregistrent
celle mort lente, par un ef'filement progressif de leur partie radiculaire.
Quand la papille cesse tout travail, le cheveu cesse d'être (fig\ 426). Ce n'est plus qu'un corps étranger : le doigt de gant épidermique qui le contient l'élimine alors peu à peu, en s'effaçant audessous de lui. Après un
Fig. 429. — Renaissance du cheveu nouveau, au-dessous temps, 1111 OOlirg'eon epi-
du cheveu mort envoie d'expulsion (.d'après Ranvier). théli'll massue se re-
p, papille du nouveau poil. .. ■ ,• . , ,
i, sa gaine épithéliale interne. lorme obliquement a la
e, sa gaine épithéliale externe. place du follicule atl'Oi-, bourgeon èpithélial au niveau du muscle redresseur . , '
,iu poil m. plue, bon renflement de-
vient une nouvelle papille sécrétant un nouveau cheveu (fig. 429).
Mais lors même que la repousse du cheveu nouveau suit de très près l'expulsion du cheveu mort, l'un reste, séparé de l'autre, Ordinairement, par une épaisseur d'épiderme complet, interposé. Ainsi peut-il se faire qu'un parasite spécialisé à l'épiderme coiné, habitant un cheveu mort en expulsion, soit rejeté hors de la peau par un processus physiologique d'élimination, sans que le cheveu nouveau qui pousse au-dessous du cheveu mort soit contaminé. Les cheveux teigneux sont
éliminés comme les cheveux sains, par atrophie momentanée totale de leur papille. Eux aussi s'effilent peu à peu, se séparent de leur papille et sont expulsés (fig. 427 J.
Il ne faudrait pas croire du reste que les rayons X agissent comme parasiticides. Ils ne tuent pas le Trichophyton, du moins dans les conditions expérimentales précisées plus haut. Les dernières parcelles de cheveux malades qu'où recueille, à la surface de la peau, au moment de leur expulsion, sont encore infiltrées de parasite vivant. Les cultures pratiquées avec ces débris sont positives.
Ainsi la radiothérapie des teignes a-t-elle justifié, jusque dans le détail, ce que j'avais annoncé d'avance, dès 1896, quon ne guérirait pas la teigne par un parasitieide, mai* par un moyen physique ou mécanique qui parviendrait à Fépilation parfaite des cheveux malades.
Méthode de Kienbôck-Adamson. — Récemment Adamson(') a mis en usage, avec un succès complet et régulier, une méthode de
Fig. 450. — Schéma de la méthode Kienbôck-Adamson.
dépilation du cuir chevelu entier en cinq applications, méthode apph-
(') H.-G. Adamson. A simplifiée! méthod of X Ray application for thè cure of ringworm of the scalp. The Lcmcet, 15 mai 1909, p. 1379.
Jb
quée pour la première ibis par Kienbôck, de Vienne, aux l'avus et à quelques cas de tondante. Adamson a traité ainsi les 75 derniers cas de tondante qu'il a observés. Cette méthode n'est qu'une modification
de la nôtre en ce sens que, comme elle, chaque application est mesurée par la teinte B du radiomètre X. Le procédé diffère en ce qu'il n'utilise pas de localisateurs et que cinq expositions en des points choisis suffisent à provoquer la dépilation de la tète entière.
Voici en quoi il consiste :
Étant donnée une ligne sagittale tracée du front à la nuque sur un cuir chevelu à cheveux courts, on marque sur cette ligne trois points : A, B, C; A est situé au-dessus du front, à 3-4 centimètres du bord du cuir chevelu; C à 5-4 centimètres de la nuque et B à égale distance entre eux deux (fig. 450).
Si l'on examine la distance qui sépare chacun de ces points de l'autre, elle correspond à T2- 15 centimètres environ. Ces trois points étant établis, on en repérera deux autres, au-dessus de chaque oreille, D D , situés, de part et d'autre, à douze centimètres de B sur une ligne perpendiculaire à la ligne fronto-occipitale tracée d'abord.
Si l'on repère au compas
chacun de ces points, on verra
qu'ils sont sensiblement tous
équidistants.
Si l'on suppose une séance de radiothérapie faite normale au point
A pris comme centre, et sans localisateur, le point A recevra la pleine
dose correspondante à la teinte fixe du radiomètre, et la dose reçue
Fig. 451. — Disposition de la tête du patient dans l'application de la méthode de Kienbôck.
par les régions voisines sera d'autant moindre qu'elles recevront des rayons plus obliques et qu'ils seront plus loin situés de l'anticathode. Mais ces points périphériques qui n'auraient par conséquent pas reçu leur dose nécessaire de rayons X en recevront le complément lorsque sera faite une seconde séance normale au point B, ainsi de suite, la seule règle étant, pour que les opérations soient exactes, que les lignes A A', B B', C C soient bien perpendiculaires au cuir chevelu et perpendiculaires deux à deux. A A' par rapport à B B' et celle-ci par rapport à C C. C'est ce que la figure ci-jointe montre clairement. Pour que l'exécution de ce plan soit possible, il faut pratiquer les
Fig. 13:2. — Nos « griffes » pour l'application de l;i méthode de Kicnbock.
séances sur une tête couchée et immobile, maintenue à une distance fixe de l'anticathode. Pour cela Adamson se sert de deux pointes de bois fixées à la chape de l'ampoule, appuyées sur la tête de l'enfant. Elles suffisent à éviter qu'il ne se rapproche de l'ampoule. Pour plus de sécurité nous utilisons un système de trois griffes articulées à glissières, de façon à s'adapter à toutes les têtes. En son centre est une tige mobile avec laquelle on détermine la direction perpendiculaire des rayons sur le point repéré de la tête, qui doit en être le centre. On enlève cette tige lorsque les 5 pointes ont été amenées à contact et fixées contre la tête du patient (fig. 452).
Quant à l' orifice de la chape de l'ampoule il est calculé de façon que l'aire irradiée ait sur la tête, placée à une distance de 15 centimètres de l'anticathode, un diamètre de 13 centimètres.
Après cinq opérations faites aux cinq points A, B, G, D, D', tout le cuir chevelu aura également reçu une dose de rayons X correspondant à la teinte fixe du radiomètre sans qu'aucun d'eux ait pu en recevoir ni moins, ni plus. Et la dépilation s'ensuivra égale sur toute la surface.
Ce procédé parait excellent et simplifie les opérations à faire pour dépiler la tête entière. Il faut naturellement protéger le visage par un
Fig. -155. — Applicalion de la méthode de Kienliôck.
masque pendant la première opération, le cou pendant la 5e et les oreilles pendant les applications latérales. Mais ce sont là détails faciles.
La détermination des cinq points centraux est l'affaire de quelques minutes. On les marque d'une tache d'encre. Les difficultés pratiques sont l'exacte immobilité du patient qui exige l'attention continuelle de l'opérateur et surtout ce fait que, sans localisateur, l'ampoule laisse passer, autour de la tète, et sur la tète du patient, des rayons X dont l'opérateur a plus de peine à se garantir que lorsqu'on opère suivant notre méthode qu'on pourrait dire : en vase clos.
Malgré ces inconvénients, et peut-être avec des perfectionnements
de détail, cette méthode d'application pourra devenir par la suite la méthode de choix pour la dépilation des têtes entières.
CRITIQUES FAITES A LA RADIOTHÉRAPIE DES TEIGNES ET ACCIDENTS OU ELLE PEUT CAUSER
On a l'ait à la radiothérapie des teignes trois griefs principaux. On a dit qu'elle pouvait provoquer, chez le patient, des troubles cérébraux plus ou moins sérieux. On lui a reproché d'avoir déterminé des alopécies définitives par radiodermite. Enfin on a même dit qu'on pouvait causer, avec elle, des alopécies définitives sans radiodermite. Nous allons examiner ces trois points l'un après l'autre.
I. La radiothérapie peut-elle causer des accidents cérébraux chez les patients? — Je ne sache pas que personne en France ail soutenu cette opinion : que la radiothérapie du cuir chevelu peut déterminer des accidents cérébraux. Mais, en Angleterre, on a présenté sur ce sujet quelques observations tendancieuses, et c'a été, paraît-il, un bruit public dont quelques journaux quotidiens se sont fait l'écho.
Il existe aussi une observation allemande de Bloch, dans les Archiv. fur Dermatologie und syphilis (XGII ; I et 2, 1908), observation concernant un cas de méningite survenue dix jours après une séance d'épilation par les rayons X. Ses symptômes furent alarmants, mais la guéri son survint.
De même, l'an passé, le professeur Rasch, de Copenhague, a publié l'histoire d'un petit teigneux qui fut pyromane après l'épilation parles rayons X, sans affirmer d'ailleurs que les rayons X fussent la cause de la pyromanie. Peut-être pourrait-on trouver, dans la littérature médicale, d'autres observations similaires. Ouel que soit leur nombre, il est fort important de savoir si, même d'une façon exceptionnelle, les rayons X appliqués aux teignes peuvent donner lieu à de pareilles suites.
Dans une série d'expériences que le D1' MacLeod, de Londres, vient de publier('), cet auteur a recherché quelle quantité de rayons X pouvait passer au travers du cuir chevelu et du crâne au cours des séances de radiothérapie, faites aux doses nécessaires pour amener la dépilation.
Pour établir ces mesures Mac Leod se servit du radiomèlre X.
Son premier but devait être d'apprécier l'obstacle que le cuir chevelu présente par lui-même à la pénétration des rayons X. Pour cela, à côté de la pastille du radiomètre, il suffit d'en placer une autre.
(') J. M. H. Mac Leod. The X Ray Treatment of Rîngworm of tlie scalp. (The Lancet, 15 mai 1909, p. 1373).
recouverte d'un fragment de cuir chevelu. Et Ton put mesurer ainsi que le cuir chevelu, à lui seul, intercepte un tiers des rayons X qu'il reçoit.
Dans une expérience similaire, Mac Leod plaça la pastille du radiomètre X sous un fragment de la partie la plus mince de l'os pariétal d'un enfant. Et il constata que le fragment laissait passer moins de moitié des rayons X qui venaient frapper sa surface.
Ainsi donc, le cuir chevelu absorbant un tiers des rayons X qu'il reçoit et le crâne arrêtant plus de moitié de ce qui reste, on pourrait conclure que le cerveau reçoit un peu moins du tiers de la dose des rayons X qu'il faut appliquer à la peau pour obtenir un effet perceptible. Mais cette évaluation même est bien au-dessus de la vérité, car ce calcul suppose le cuir chevelu, le crâne et le cerveau, placés à 15 centimètres de l'anticathode, tandis que seule la surface du cuir chevelu est placée à cette distance, et l'on sait que la quantité de rayons X, fournie par une source donnée, décroît comme le carré de la distance. Si donc on ramenait ces appréciations à la vérité, on verrait que le cerveau reçoit moins du quart de la dose que reçoit le cuir chevelu. Et l'on sait la résistance fournie aux rayons X par les viscères, les muscles, le tissu nerveux, etc....
Je ne fais que rappeler les expériences de Mac Leod parce que l'expérience de plus de deux mille cas, traités à l'école Lailler en cinq ans, donne une preuve encore plus solide de l'innocuité des rayons X pour le cerveau, dans le traitement des teignes. Depuis 1905 j'ai vu et suivi une moyenne annuelle de 500 enfants soumis au traitement de la teigne par les rayons X. L'âge de ces enfants variait de deux à quinze ans. Dans aucun cas, on n'a pu observer un trouble cérébral, ni même un retard intellectuel quelconque, à la suite des applications de rayons X, et comme les enfants en traitement continuent leurs classes, tout changement intellectuel eût été facilement appréciable chez eux.
Dans 17 cas, nous avons eu à traiter des idiots, des épileptiques ou des arriérés que nous avait confiés l'hospice de Bicêtrè. Aucune modification n'a pu être constatée dans leur état anormal après l'action des rayons X.
Beaucoup des enfants que nous avons traités nous sont venus de l'hospice de Berck-sur-Mer ou de l'hôpital des Enfants-Malades. Nous avons opéré ainsi sur quelques enfants tout à fait cachectiques, et sur d'autres plus ou moins atteints de maladies chroniques, sans qu'on ait pu observer que le traitement ait amené chez eux le moindre changement appréciable. Jamais nous n'avons surpris un symptôme nerveux, un état d'excitation, de dépression ou de torpeur, si peu marqué qu'il fût, aucune modification du pouls, pas même un mal de tête; inutile d'ajouter, je crois, ni méningite, ni méningïsme, ni pyromanie.
Je dois ajouter que, dans les premiers temps de ma pratique, la peur d'accidents possibles me fît refuser formellement de soumettre aux rayons X des enfants de deux ans, alors que la grande fontanelle venait à peine d'être ossifiée. Plus tard un enfant rachitique y fut soumis par inadvertance, et sans qu'on s'aperçût que la fontanelle n'était pas fermée. Aucune réaction nerveuse quelconque ne s'ensuivit. Et l'enfant fut observé, six mois et plus, sans que son état général ait cessé de s'améliorer. Depuis lors, bien des enfants de deux ans ont été traités et toujours sans incident.
Des faits encore plus démonstratifs se sont présentés. A diverses reprises, j'ai pu voir des enfants à qui on avait, par une erreur déplorable, fait absorber une dose de rayons X plus que double de celle qu'ils auraient dû recevoir. Et il s'ensuivit naturellement une radiodermite et une plaie qui mit des mois à se cicatriser. Cependant il n'y eut de phénomènes cérébraux chez aucun d'eux. L'un d'entre eux, à la vérité, resta un peu plus petit que son âge, et on aurait évidemment pu accuser les rayons X d'avoir entravé son développement. Mais ce retard de croissance resta dans la mesure où on l'observe journellement sans intervention de rayons X. Et, même dans ce cas, l'enfant ne présenta aucun amoindrissement cérébral, ni rien qui pût faire croire à une réaction du cerveau, à des doses certainement plus que doubles de celle qu'on ne doit jamais dépasser.
Dans ces conditions, après cinq années d'expérience, et un si grand nombre de faits concluant tous dans le même sens, je me crois autorisé à dire que l'action, sur le cerveau, du traitement des teignes par les rayons X est tout à fait nulle et ne doit en aucun cas être redoutée.
IL Les radiodermites et les alopécies quelles entraînent. — Par contre, il est absolument certain que le traitement des teignes par les rayons X est très délicat. Il faut le dire hautement, un médecin ne doit l'appliquer que quand il en connaît parfaitement la technique pour l'avoir vu pratiquer et pratiqué sous les yeux d'un moniteur, sans quoi il fera payer aux petits malades son apprentissage.
D'abord tous les médecins qui ont manié les rayons X ont eu avec eux un certain nombre d'accidents légers ou graves. Et, dans l'espèce, l'application des rayons X présente une difficulté particulière, car si elle est insuffisante, les cheveux ne tomberont pas tous, et la maladie ne sera pas guérie, et si elle est excessive, le cheveu ne repoussera pas, et le malade gardera, définitivement, une ou plusieurs plaques chauves.
Ce n'est pas, comme dans le traitement de l'épithélioma, par exemple, où une application trop forte ne peut guère nuire... ainsi que je le disais ailleurs, « pour la première fois, la dépilalion par la radiothé-
rapie a obligé de faire, avec les rayons X, de la besogne propre, des dosages précis et réguliers (') ». Avec l'insuffisance des moyens de mensuration d'autrefois, on ne pouvait manquer d'avoir des accidents. On en a encore aujourd'hui, quand on ne sait pas se servir des moyens qui existent de les prévenir.
Pour tous les opérateurs qui savent se servir du radiomètre X, ce moyen de mesurer la dose de rayons X que la peau peut recevoir, en une fois, sans dommage, est pratiquement excellent. C'est ce que dit à chaque page Mac Leod, en son travail précité. C'est ce que dit Adamson : « Par l'introduction de la pastille de Sabouraud et Noire, comme moyen de mesure des rayons X, en des mains exercées, les dangers du traitement ont disparu (2) ».
Par contre, tous ceux, qui, dans l'application des rayons X à la teigne, s'en sont tenus aux à peu près, ont eu des malheurs. Plusieurs ont alors accusé d'insuffisance la pastille du radiomètre X. Et sans doute la trouvera-t-on bien insuffisante quand on aura mieux. Pourtant, à ceux qui savent en user, elle rend sans danger la radiothérapie des teignes, qui serait impraticable sans elle.
Même lorsqu'on emploie le radiomètre X, on peut avoir des accidents. Je vais passer en revue ceux que je connais et leur mécanisme.
I. Il existe des radiomètres (j'en possède des exemplaires) qui s'annoncent comme étant faits d'après la méthode de Sabouraud et Noire, mais qui n'ont rien de commun que le principe, avec celui que Noire et moi avons établi. Ce sont des contrefaçons. La teinte-repère qu'ils contiennent est fausse, et comme couleur, et comme valeur. De tels instruments sont redoutables.
II. Les pastilles de platino-cyanure de baryum qui nous servent de mesure sont faites d'une couche de sel, incorporé à un collodion à l'acétate d'amyle, couche étendue sur une feuille de bristol. Mais il existe des pastilles analogues, dans lesquelles le platino-cyanure est incorporé à de la colle de gomme. Leur virage aux rayons X est tout différent. Et la teinte-repère de notre radiomètre ne peut servir à l'apprécier.
III. Lorsque nous avons fait notre premier radiomètre nous avions pensé utile que la teinte-repère qu'il porte indiquât exactement la dose extrême ou limite que la peau humaine peut supporter en une seule séance sans dommage. En dépit de l'avertissement que donnait la notice jointe à l'appareil, beaucoup d'expérimentateurs ont pris cette dose-limite pour une dose moyenne. Il s'en est suivi des acci-
(') Sabouraud. Rontgen behandling ved Trikofyti (Hospitalstidende', 1907. Copenhague, 25 décembre, p. 140(1).
(-) H. G. Adamson. A simplified method of X Ray application for the cure of ringworm of the scalp (The Lancet, 15 mai 1909, p. 1379).
dents de surexposition. Ceci nous amena, l'année suivante, à baisser de valeur la teinte-repère, de façon à en faire une teinte moyenne. C'est ainsi que sont construits ou repérés tous les radiomètresX qui se sont vendus depuis 5 ans.
IV. Il est entendu que la pastille du radiomètre doit être placée à la demi-distance entre l 'anti-cathode et la peau humaine pour que ses indications soient exactes, et sa place doit donc être déterminée rigoureusement pour chaque appareil, faute de quoi ses indications seraient faussées. Et si, surtout, la pastille se trouvait placée plus près de la peau que de l'anticathode, lorsqu'elle aurait viré jusqu'à la teinte-repère, la peau aurait reçu plus de rayons X qu'elle n'aurait dû en recevoir. L'erreur inverse, qui fausse également l'opération, serait, en tout cas, moins préjudiciable au patient.
V. L'anti-cathode est comme un miroir réflecteur. Les rayons X qui s'en échappent forment un faisceau divergent. Ce faisceau occupe une demi-sphère de l'ampoule ; néanmoins, comme l'épaisseur du verre de l'ampoule n'est pas identique en tous points, les rayons centraux peuvent être plus ou moins nombreux que les rayons périphériques. Il importe donc que la pastille du radiomètre soit placée tout près — le plus près possible — de l'étroit faisceau central qui impressionnera la peau du patient. Si elle en est trop écartée, elle pourrait recevoir un faisceau plus ou moins riche, et ici encore, le résultat pourrait être une erreur préjudiciable au malade.
VI. La pastille de platino-cyanure, que les rayons X font virer, dévire aux rayons du soleil. Il faut donc, ou bien qu'elle soit recouverte d'un papier noir pendant l'opération, ou bien que l'on opère dans la pénombre. Si on opérait au plein soleil, la pastille ne parviendrait à virer à la teinte-repère qu'alors que, dans l'obscurité, elle l'aurait de beaucoup dépassée. Il importe donc de noter encore cette autre cause d'erreur. A l'école Lailler, on opère toujours dans la pénombre.
VIL Cette teinte que les rayons X ont donnée à la pastille, dans l'obscurité, doit cependant être comparée à la teinte-repère du radiomètre, à la lumière du jour. Ceci encore est important. Si on essaie la même comparaison à la lumière artificielle, on se trompera grossièrement. De là la nécessité d'interrompre toute opération précise de radiothérapie lorsque la nuit tombe.
VIII. Lorsqu'un novice dirige seul, pour la première fois, une opération de radiothérapie, il ne peut pas, s'il est sage, ne pas avoir peur de mal faire, et il pourra examiner trop souvent la pastille du radiomètre. De là une autre cause d'erreur. Chaque fois qu'il ira comparer la teinte de la pastille à celle du radiomètre, à la lumière du jour, il se produira un dévirage léger de la pastille. En outre et surtout, l'opé-
ration continue quand on examine la teinte de la pastille, et, chaque lois, c'est quinze secondes au moins de perdues pour son virage. Si cet examen était répété dix fois, quand la pastille arriverait à sa teinte, elle aurait dû l'avoir dépassée.
Telles sont, à ma connaissance, toutes les erreurs que peut l'aire un opérateur connaissant mal le radiomètre X, ou sachant imparfaitement comment s'en servir. Mais il est toute une autre catégorie d'erreurs «pion peut faire, même en utilisant parfaitement le radiomètre X et ses pastilles, et, de ces erreurs, je dois encore dire quelques mots. Tous les accidents de la radiothérapie proviennent de surexposition, .le voudrais examiner nommément toutes les manières dont cette surexposition peut se produire.
I. La première erreur consiste à faire, sur la même région, deux applications, à dose entière, sans se rappeler, lorsqu'on fait la seconde, qu'on en a fait déjà une première. Ceci est une erreur qui ne doit jamais se produire, car dans un traitement par les rayons X, chaque application, aussitôt faite, doit être notée sur un carnet journalier ; et, en outre, toute plaque irradiée doit être marquée d'un signe convenu, par exemple, une croix à l'encre, ou à la teinture d'iode, aussitôt la fin de l'opération.
II. Dans la méthode que nous avons préconisée, toutes les opérations sont faites à la file, et toute plaque faite est non seulement marquée d'une croix, mais recouverte d'un disque de plomb, maintenu par une bande de caoutchouc. Car, étant donnée la forme de la tête, presque toutes les applications empiètent les unes sur les autres. Mais au cours de ces opérations, surtout lorsqu'on les pratique sur des enfants indociles, les plombs peuvent glisser et découvrir tout ou partie de la surface qu'ils protègent ; dès lors, il s'ensuivra que la région ainsi découverte recevra une double dose de rayons X.
III. Une autre cause de surexposition peut être le trop grand diamètre du localisateur contre lequel vient s'appuyer la tête de l'enfant. Si la convexité de la tête permet qu'elle y pénètre en partie, le centre de la région (qui déjà reçoit des rayons directs alors que sa périphérie reçoit des rayons plus longs puisqu'ils sont obliques) se trouvera, en outre, rapproché de l'anti-cathode de un et même deux centimètres. Or la quotité des rayons X croît, toutes choses égales d'ailleurs, comme le carré de la distance; lors donc que la périphérie de la région aura reçu la dose normale, son centre aura reçu bien davantage. Il s'ensuivra des accidents de radiodermite, ou une non-repousse au centre de la région irradiée...
IV. Ces accidents que je viens d'énumérer sont les plus importants. 11 en existe de moindres qu'il faut mentionner cependant. Si,
par exemple : on applique les rayons X sur un cuir chevelu irrité par des applications médicamenteuses trop vives, il peut s'ensuivre une radiodermite. Mac Leod insiste sur cet accident. Et, quant à nous, nous avons vu, maintes fois, une croix de teinture d'iode, faite avant l'irradiation, au centre de la plaque irradiée, déterminer un retard de trois semaines dans la repousse, suivant la forme même de la croix dessinée sur la peau.
V. — Je ne parle que pour mémoire de certains localisateurs construits en tube de lorgnette pour que leur longueur puisse être variée à volonté. Cette longueur fixée, on arrête tout mouvement possible avec une vis de pression. Si cette vis est mal serrée, la tête du patient se rapprochera de l'anti-cathode en appuyant sur le localisateur.
Telles sont les causes de surexposition que nous avons pu observer ou vérifier; leur résultat uniforme est la radiodermite et l'alopécie définitive.
III. L'alopécie définitive peut-elle se produire sans radiodermite? — J'arrive au troisième grief qu'on a fait à la radiothérapie des teignes. On a dit qu'avec elle on pouvait déterminer de l'alopécie définitive sans radiodermite. Je n'ai observé le cas que par deux mécanismes.
I. — Dans certains cas on avait pratiqué deux fois l'irradiation d'une même région à un trop court intervalle ; par exemple, on avait appliqué, à quinze jours d'intervalle, deux doses maxima sur le même point, soit par inadvertance, soit parce que la dépilation n'étant pas survenue, ou étant demeurée incomplète, on avait cru nécessaire de recommencer. Une deuxième séance sur un point déjà traité, à la dose pleine, ne doit pas être faite avant un mois d'intervalle.
II. — Dans quelques autres cas, des opérateurs, agissant avec des ampoules faibles, ou une source électrique insuffisante, avaient cru utile de raccourcir la distance entre l'anti-cathode et la tête de l'enfant pour diminuer la durée des séances. Théoriquement, on pourrait croire, en effet, que ceci n'a aucun inconvénient, et que, si l'on place la pastille du radiomètre à demi-distance, on sera toujours assuré de ne pas dépasser la dose limite. Mais, en pratique, ceci n'est pas vrai. Au-dessous de 15 centimètres de distance entre l'anti-cathode et le cuir chevelu, on peut obtenir, sans dépasser, apparemment, ia dose normale, une alopécie sans radiodermite, mais définitive.
Aujourd'hui, qu'on peut couramment utiliser des ampoules à refroidissement, capables de donner la dose maxima en sept minutes ou moins, il semblera certainement utile d'éloigner la peau du patient à 20 centimètres de l'anti-cathode, on évite ainsi beaucoup de rayons courts qui frappent la peau sans la traverser.
IV. Sensibilité propre à certains sujets, à certaines régions. Degré de radiodermite qui entraîne l'alopécie définitive.
Lorsque les auteurs ont eu à déplorer leurs premières radiodermites, ils ont eu une tendance naturelle à incriminer l'idiosyncrasie du sujet. Cette cause d'erreur est presque nulle. Je dirais nulle s'il était permis de nier un fait parce qu'on ne l'a pas observé. Toutes les fois que nous avons eu un accident, il a toujours été possible de retrouver sa cause, et l'idiosyncrasie du sujet n'y était pour rien. Cette constatation enlève une excuse commode à l'opérateur malheureux, mais il vaut mieux qu'il en soit ainsi, car, ainsi, tous les accidents possibles Sont évitables.
Certaines régions de la tète, spécialement les tempes et la nuque, sont un peu plus sensibles que les autres à la même dose de rayons X, différence qu'on peut évaluer à un cinquième ou un sixième, environ, et, en pratique, si l'on opère prudemment, négligeable.
Il est encore important de savoir à quel degré la radiodermite entraînera l'alopécie définitive. La moindre rougeur vive, durant cinq à six jours, et qu'on observe du treizième au dix-huitième jour après l'opération, suffira à retarder la repousse de deux mois, et, très souvent, la repousse sera déjà clairsemée et incomplète.
Si l'on détermine une rougeur vive de trois semaines, même sans la moindre ulcération, la repousse sera presque absolument compromise.
Il y a d'ailleurs tous les degrés entre la repousse totale et parfaite, et la non-repousse absolue. Lorsqu'on a dépassé la teinte B, on peut voir, à la place de l'ancienne chevelure lisse, naître une chevelure frisottante, laineuse, « assyrienne », dans laquelle quelques cheveux seront devenus blancs. D'autres fois, sur une région trop irradiée, les cheveux reviendront rares.
Or, il est très certain qu'on peut voir, après des séances d'irradiation trop fortes, une atrophie cicatricielle survenir qui entraînera une non-repousse définitive sans qu'il y ait eu trace de radiodermite. Cela même, quand on a bien agi, ne doit jamais arriver.
Aujourd'hui, on peut dire avec assurance que tous les cheveux qui ne seraient pas repoussés après six mois ne repousseront jamais.
V. Résumé. — Tout ce qui précède montre, très nettement et très simplement, les difficultés et la délicatesse de la méthode. Mais ce serait pure injustice de ne pas dire, par contre, à quel degré de précision, de perfection peut arriver un opérateur lorsqu'il en connaît bien la technique. C'est par centaines que nous comptons à l'Ecole Lailler les dépilafions normales sans incident.
Du reste, pour qu'une méthode aussi délicate et compliquée ait fait si rapidement son chemin à travers le monde, à ce point qu'on l'ap-
plique désormais presque partout, en Europe et en Amérique, et, en France, hors Paris, en vingt villes comme Gherboug, Rennes, Nantes, Tours, Angoulème, etc., il faut assurément que les avantages de cette méthode compensent bien hautement ses inconvénients, ou, ce qui est mieux, que les accidents qu'on peut causer avec elle soient évitables.
Pour les éviter il faut :
1° Se servir d'une source d'électricité de haute tension aussi constante que possible, et, maintenant que les interrupteurs des grandes bobines ont presque atteint à la perfection, la supériorité de la bobine sur la machine statique est indéniable ;
2° Vérifier le débit du courant dont on se sert, au moyen du milliampèremètre ;
5° Ne jamais opérer, même une seule fois, sans la pastille de platinocyanure, en connaître l'usage, et s'être entraîné à s'en servir pour bien savoir repérer la teinte de son virage à la teinte fixe du radiomètre ;
■4° Ne pas être timoré en opérant ;
5° Mais connaître la cause de chaque accident signalé plus haut pour les éviter tous.
Même en opérant, dans ces conditions, on pourra en voir survenir. On sait trop que l'ensemble des signaux et des moyens mécaniques qui semblent rendre impossibles les accidents de chemins de fer les laissent encore se produire quelquefois. Mais, dans la pratique, ils sont devenus si rares que la chance en est négligeable. Il en est de même pour les rayons X entre des mains consciencieuses.
Dès lors que les accidents d'une méthode ne sont pas dus au hasard, ils ne doivent ]>as se produire.
RÉSULTATS THERAPEUTIQUES ET FINANCIERS DU TRAITEMENT RADIO-ÉLECTRIQUE DES TEIGNES
Il ne nous reste plus qu'à établir le bilan des résultats obtenus par nous au moyen des nouvelles méthodes. Ces résultats sont multiples et d'ordre différent :
1° C'est d'abord l'augmentation du nombre des teigneux guéris sans hospitalisation ;
"2° La diminution corrélative du nombre des teigneux hospitalisés;
5° La diminution du temps de leur hospitalisation;
80i TRAITEMENT DES TEIGNES.
4° La suppression d'une partie des locaux hospitaliers concédés aux teigneux et leur attribution à un autre usage ;
5° La suppression des colonies provinciales d'enfants teigneux parisiens.
La teigne se guérissait en deux ans, elle se guérit en trois mois. Des parents, qui ne voulaient pas assumer pendant deux ans le souci du traitement de leur enfant et demandaient à le voir hospitaliser, acceptent ce même souci pour trois mois. Ils amènent l'enfant à heure fixe aux séances radio-électriques et aux quelques visites médicales de contrôle qui précèdent pour chaque teigneux l'obtention de son certificat de guérison.
Or un teigneux hospitalisé à Paris coûte 2 fr. 80 par jour à l'Assistance publique. Ainsi traité, il ne lui coûte rien que les séances radiothérapiques de une à douze, dont le coût est environ de 50 centimes l'une.
Le nombre des teigneux étant supposé le même, si le nombre des enfants guéris sans hospitalisation augmente, celui des teigneux hospitalisés diminue. Ce résultat s'est produit immédiatement. Dès le 1er janvier 1904, j'ai pu rendre à l'Assistance publique la moitié des bâtiments de l'Ecole Lailler, c'est-à-dire des salles capables de contenir 150 lits. Ces 150 lits font aujourd'hui deux services hospitaliers nouveaux, l'un de médecine et l'autre de chirurgie.
Or, un lit d'hôpital représente un capital de 10.000 francs. Cent cinquante lits représentent donc quinze cent mille francs que la radiothérapie des teignes a fourni d'un seul coup à l'Assistance publique, dès la première année de son fonctionnement.
Jusqu'en 1905, les enfants teigneux habitaient l'École Lailler, en moyenne, un peu plus de deux ans, car l'école avait 500 élèves et il s'y faisait environ HOguérisons annuelles, 110 sorties. Aujourd'hui le traitement demande trois mois. Le traitement nouveau raccourcit donc la maladie de plus des 5/6es de sa durée . Du 1er janvier au 51 décembre 1905, dans l'École Lailler entière, nous avions 104 guérisons. Depuis 1904, nous avons régulièrement plus de 500 sorties d'enfants guéris chaque année, l'école étant réduite à 100 lits.
Je viens de le dire, la journée d'un enfant à l'École Lailler coûte 2 fr. 80 ; une guérison coûtait donc en moyenne 2 000 francs pour un enfant hospitalisé : elle coûte maintenant 260 francs.
Enfin, lorsqu'un teigneux demandait deux ans de traitement, l'administration de l'Assistance publique avait créé, dans des hôpitaux de province, des colonies scolaires d'enfants teigneux, à Romorantin, à Frévent, à Vendôme, où 550 teigneux étaient placés. Ces colonies
n'existent plus, l'Ecole Lailler suffisant désormais à l'hospitalisation et au traitement de tous les enfants teigneux de Paris (l).
Ainsi, et pour résumer la question financière de ce sujet, sans multiplier les chiffres, on peut dire que, grâce aux nouvelles méthodes de traitement des teignes, V Assistance publique a récupéré, en -1904, un capital de plus de deux millions 1/2 de francs, sous la forme c/el50 lits à V hôpital Saint-Louis, et de 350 lits dans ses colonies de province, et quelle continue de faire, chaque année, une économie d'environ 400.000 francs, en guérissant annuellement cinq fois plus de teigneux qu'autrefois. Tel est le bilan du traitement radio-électrique des teignes.
Le problème de la griérison du favus par l'épilation radio-électrique est moins simple que celui que posent les tondantes, et il est facile d'expliquer pourquoi, si l'on tient compte des données expérimentales que nous connaissons déjà.
1° Nous savons que l'épilation radio-électrique n'est qu'une épilation automatique complète du cheveu, sans destruction aucune du parasite qu'il contient.
Cette épilation suffit dans les tondantes, parce que le parasite n'a que le cheveu pour substratum essentiel, car, lorsqu'il vit hors du cheveu, il provoque une réaction défensive de l'épiderme qui l'expulse spontanément.
Dans le favus, le parasite a deux centres de résistance : le cheveu et le godet. L'épilation radio-électrique, qui ne tue pas plus l'Achorion que les Trichophytons, agit sur le cheveu, mais non sur les éléments parasitaires du godet qui amèneront une reviviscence de la maladie, même quand l'épilation aura été complète.
Dans le traitement radio-électrique du favus, il faut donc distinguer deux cas. Ou bien le favus est sans godets, et les rayons X le guériront comme une tondante, ou bien il présente des godets, et une seule épilation par les rayons X ne le guérira pas plus qu'une seule épilation à la pince. La chose est simple, et d'ailleurs tout à fait logique.
Qu'on prenne un favus érythémato-squameux et pityroïde sans godets; si l'opération a été bien conduite, il sera guéri d'un seul coup.
Qu'on prenne un favus à godets et qu'on le traite de môme, il ne guérira jamais par une seule épilation.
Si, au traitement radio-électrique d'un favus à godets on a joint une
C1) Ces colonies comptaient 49.269 journées de présence en 190(1. En 1907 : 4 925, et ce n'étaient plus des enfants teigneux. (Rapport de M. le conseiller Patenne. Bulletin municipal officiel du jeudi 24 décembre 1908, p. 4747.)
antisepsie superficielle, le résultai peut sembler complet d'abord, mais, si on laisse les choses suivre leur cours, on verra, après 5 ou 4 semaines, reparaître, au niveau de beaucoup d'orifices pilaires, de petits godets naissants sous l'épiderme corné renouvelé.
La proportion des follicules qui restent parasités est très variable suivant les cas. On peut évaluer en moyenne le bénéfice obtenu par une première épilation aux trois ou quatre cinquièmes des lésions premières. Mais, comme dans les tondantes mal épilées du premier coup, ce qui reste à détruire demandera autant de temps et plus de peine que le premier résultat.
Et qu'on ne croie pas qu'une dose plus forte de rayons X eût fait mieux. Nous avons eu sous les yeux un cas de favus maladroitement traité par les rayons X et présentant, sur une plaie de radiodermite non refermée, des godets nouveaux en plein développement, sur une région où tous les cheveux étaient détruits et où il n'en est jamais repoussé un.
Ainsi donc, le favus sans godets se guérit par les rayons X comme une tondante et le favus à godets ne se guérit pas de même.
Certains auteurs pourront objecter qu'ils ont même vu des favus pityroïdes récidiver sur place, après une seule épilation électrique pourtant bien faite, mais cela est une erreur d'observation. Nous savons que beaucoup de favus, en apparence sans godets, présentent, sous leurs squames feuilletées, des godets miliaires. Ce sont des favus à godets, mais à godets non apparents. Ceux-là non plus ne seront pas guéris d'un seul coup.
La question ainsi posée devient très claire. Ce qui empêche la guérison radio-électrique du favus n'est pas la résistance propre du parasite, puisque les rayons X ne tuent pas non plus les Trichophytons ; ce n'est pas que l'épilation du cheveu favique ne puisse être aussi parfaite, c'est qu après elle il reste au sein de l'épiderme folliculaire des germes qui renouvelleront le godet, et alors, quand le cheveu repoussera, il sera de nouveau envahi.
Ceci indique d'emblée les règles d'un bon traitement radio-électrique du favus; il est facile de les déduire de ce qui précède. Tandis que l'antisepsie externe n'a plus maintenant, dans le traitement des tondantes par les rayons X, qu'un rôle minime de prophylaxie locale, pour empêcher les réinoculations de voisinage, et alors qu'on pourrait parfaitement guérir un cas de tondante, sans faire aucune antisepsie locale, cette antisepsie, dans le même traitement du favus, devient aussi importante que l'épilation elle-même.
Avant de pratiquer l'épilation d'un favus par les rayons X ou aussitôt après qu'on a irradié sa surface et avant que les cheveux ne tombent, il faudra pratiquer une désinfection rigoureuse minutieuse
des surfaces contaminées. L'antisepsie externe peut et doit guérir le godet, cest son rôle, comme le rôle des rayons X est de guérir le cheveu.
Pour cela, les soins les plus minutieux sont exigibles; en même temps qu'on traite un favus par les rayons X, on doit pratiquer sur sa surface le même traitement parasiticide qu'on emploierait contre un favus à godets du corps. C'est d'abord le décapage par les pansements humides, et les nettoyages répétés et prolongés au savon et à l'eau chaude. Ensuite de bons badigeons de teinture d'iode au 1/4 ou au 1/10. Enfin, après l'épilation obtenue, l'application permanente d'une pommade à la chrysarobine à 1 pour 100, dont l'action parasiticide extérieure n'est plus à démontrer. En donnant à l'antisepsie externe son rôle aussi important que celui de l'épilation, dans le traitement du favus, on diminue considérablement le nombre de points qu'une seule épilation aux rayons X n'aurait pas guéris. C'est ainsi que nous procédons à l'École Lailler et les résultats démontrent la vérité de ce qui précède.
Lorsque le cheveu va repousser, un mois et demi après l'application des rayons X, on interrompt l'antisepsie externe, on ne continue que des savonnages et on surveille.
Si, en un point, se reproduit un rudiment de godet, on le détruit à la teinture d'iode, et on renouvelle à la pince l'épilation du poil de ce follicule sitôt que cela est possible, pour éviter qu'il ne soit réinfecté.
Ainsi, après une seule épilation radio-électrique, nous complétons la guénson à la pince, par des retouches, partout où cela est nécessaire.
D'autres fois, quand les retouches à faire sont nombreuses, nous pratiquons une seconde épilation aux rayons X, qui suffit généralement. Ce que nous venons d'expliquer ne demande pas de commentaires plus prolongés. En se conformant aux règles que nous venons d'énoncer, on verra quelle proportion supplémentaire de succès et quelle rapidité plus grande dans la guérison on obtiendra.
Quand on a bien lu et bien compris ce qui précède, on comprendra aussi rétrospectivement que le traitement des teignes par une seule dose de rayons X n'ait pu être établi que dans un pays où les tondantes étaient plus nombreuses que les favus, car le favus incitait à multiplier les séances d'irradiation, puisqu'une seule, même bien faite, ne suffit pas à le guérir. C'est qu'en réalité on demandait aux rayons X, en dehors de l'épilation qu'ils causent, la destruction des éléments du godet contre lesquels ils ne peuvent rien.
Radiothérapie des onychomycoses. — J'ai dit combien les onychomycoses sont relativement rares en France, mon expérience sur ce sujet est nulle. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il n'y a près-
que pas une onychose, même non mycosique, que les rayons X n'améliorent, qu'elles soient dues à l'eczéma, au psoriasis, ou qu'elles fassent partie du groupe encore considérable des onyehoses de nature indéterminée.
Je ne connais que deux travaux sur la guérison des onychomycoses par les rayons Rôntgen, celui de Gelso Pellizari (') (1906) et celui de Cari Schindler(2) (1908); tous deux ont obtenu des résultats positifs. Les méthodes employées par Pellizari n'étaient point parfaites. Il est aisé de s'en rendre compte à la lecture de son travail. Jamais la dépilation de la tondante ou du favus du cuir chevelu des sujets ne fut complète en une séance. L'enfant affecté de favus eut un point de radiodermite, etc.... Néanmoins, le traitement des ongles fut suivi de succès dans les trois cas que l'auteur put suivre. Le texte dit que les ongles reçurent 4-7 unités H, ce qui manque de précision, et l'instrumentation ne permettait d'obtenir cette dose que dans un laps de 20 à 50 minutes, ce qui montre un outillage insuffisant.
Ouant aux résultats, ils sont précis. La guérison se produisit sans réaction inflammatoire apparente, sans chute totale de l'ongle, qui recommença seulement de croître sain derrière les parties malades, sans plus montrer ni difformité, ni rugosités, ni taches opaques, ce qui est parfait.
Dans les cas traités par Schindler, les méthodes suivies ne furent pas meilleures. L'irradiation fut pratiquée tous les deux jours, en cinq séances d'un quart d'heure, à 12 centimètres de distance avec une bobine donnant 7 centimètres d'étincelle, marchant à 1200 interruptions à la minute avec 5 milliampères au circuit secondaire, l'auteur sachant seulement qu'en agissant ainsi, après 8-10 jours, il obtenait un fort érythème.
Je ne me permettrai pas de critiquer cette technique que les résultats justifièrent, mais il faudrait mettre en garde contre une pareille façon d'agir s'il s'agissait de teignes tondantes, car on aurait à peu près autant d'accidents que de cas traités.
Dix jours après la dernière séance, juste au début de l'éclaircissement des ongles, il apparut un érythème de la peau dans la gouttière unguéale. « Cet érythème alla toujours en augmentant jusqu'à la troisième semaine après la dernière irradiation, pour disparaître à la fin de la cinquième. La peau était seulement tendue, très rouge, brûlante spontanément, sans être douloureuse à la pression. Une simple
(l) Celso Pellizari. Presentazione di casi di onomicosi guariti colla Rontgenterapia (Archivio di Biologia normale e patologica. Ann. LX, fasc. VI, nov. et déc. 190rt).
(-) Carl Schindler (de Berlin). Du traitement des maladies des ongles (Deutsche Medizin Wochenschriftt, 1.908, n° 21. La médecine scientifique, 2e série, n0 09, mars 1909, p. 36).
onction de vaseline suffisait à supprimer les douleurs. Durant cette période, jusqu'à la fin de la cinquième semaine, tous les ongles s'éclaircirent de plus en plus.
De ces guérisons d'onychomycoses et des résultats que j'ai obtenus sur des onychoses non mycosiques, on peut dire que les doses curatives de rayons X pour les mycoses des ongles peuvent être un peu plus élevées que celles que demande la guérison des tondantes. Pourtant je me garderai d'employer, sur des ongles tri chophy tiques ou faviques, des doses supérieures à la dose pleine du radiomètre X. Mais, sans attendre les résultats, je répéterais la dose pleine, un mois plus tard, ce que l'expérience 100 fois renouvelée nous a montré tout à fait innocent au cuir chevelu.
Je suis persuadé que cette méthode plus simple, plus précise, amènerait, avec plus de sécurité, les bons résultats obtenus par les auteurs précédents. J'ajouterai que la position à faire prendre au patient, pour que les cinq ongles soient irradiés du même coup, est de lui faire joindre tous les bouts des doigts autour de l'extrémité du pouce, et c'est sur les ongles placés ainsi en couronne autour de l'ongle du pouce que l'irradiation sera faite pour tous les ongles du même coup.
Il semble évident que l'action parasiticide des rayons X doive être aussi nulle, sur les parasites, dans l'ongle que dans le cheveu. Comment donc survient la guérison, puisque les ongles guérissent et ne tombent pas? Cette question n'est pas résolue. Pellizari croirait volontiers à l'action parasiticide des rayons X, mais elle est démontrée nulle dans le cheveu. Cela est donc peu croyable. Bien que le mécanisme de la guérison ne soit pas élucidé, on ne peut pas ne pas rapprocher cette guérison de celle des onychoses non mycosiques qui se produit semblablement, et, provisoirement, il faut admettre une transformation des tissus les rendant inattaquables aux parasites. Ceux-ci n'envahissant que les parties les plus kératinisées de l'ongle, peut-être les parties faites après l'irradiation subissent-elles une kératinisation incomplète, et de ce fait le parasite ne peut-il les envahir? Cela n'est qu'une hypothèse à vérifier. Quoi qu'il en soit, le fait de la guérison est certain.
La Radiothérapie des teignes en province et à l'étranger. -
Il est trop tôt d'exposer ce qu'est la radiothérapie des teignes en province et à l'étranger. L'expérience m'a maintes fois démontré la lente diffusion des faits scientifiques. Dans dix ans à peine, on pourra dresser le bilan des résultats partout obtenus. A Paris, de plus en plus, le traitement radiothérapique des teignes se trouve concentré à l'Ecole Lailler, les services hospitaliers d'enfants et les services de maladies cutanées préférant confier leurs teigneux au service commun qui les
traite en permanence, et qui se trouve, en décembre 1909, en avoir traité et guéri "2 500 depuis 1905, ce qui représente plus de 15.000 applications de la méthode.
En province, un certain nombre de chefs de service, encombrés d'enfants teigneux, commencèrent dès 1904 à appliquer la radiothérapie à la teigne. C'est ainsi que Bodin et Castex vidèrent en quelques mois le service des teigneux de l'Hôtel-Dieu de Rennes ('). De même. Hubert et Carré, à Cherbourg, installèrent un appareil qui traita et guérit, de 1900 à 1909, 310 cas de favus à godets, de favus pityroïdes. de tondantes et de sycosis (2).
En 1900, Gustave Bureau installa de même, à l'hospice général de Nantes, un service de radiothérapie des teignes qui fonctionne régulièrement (r'). Il fut fait de même à Brest par Colin. Je ne puis citer tous ceux qui s'organisent en ce moment, comme à Tours, ou les cliniques privées qui y suppléent, comme à Angoulême. Constamment nous voyons, à l'École Lailler, des médecins de province venir faire l'expérience de la méthode et repartir pour leur ville avec l'instrumentation nécessaire.
En Angleterre où la méthode a été acceptée d'enthousiasme, l'effort l'ait a été considérable et les résultats éclatants. Le nombre des enfants atteints de tondante, à Londres, était énorme. La plupart fréquentent les day-schooh élémentaires du London County CounciL Les autres se rencontrent dans les institutions connues sous le nom de Poor-law in/îwnaries, qui sont placées sous le contrôle d'un corps municipal différent, le Metropolitan asyluin Board. Au début, le traitement des enfants atteints de tondante, dans les London County Schools, a été laissé entièrement aux hôpitaux volontaires, et dans ces hôpitaux 150-200 cas ont été traités par les rayons X. En ce moment même, le London County Council discute un projet de traitement
(') Bodin (de Rennes) et Castex. Note sur la Radiothérapie des teignes (Soc. i/e Donnai, et de Syph., 1er déc. 1904).
(2) Voici le décompte des cas traités à Cherbourg, leur proportion n'est pas sans intérêt :
Favus à godets 61
Favus pityroïdes 91
Tondante trichophytique 157
Tondante microsporique 15
Sycosis trich. de la barbe 14
L'appareil se composait d'une bobine Rochefort de 55 centimètres d'étincelle, et d'un interrupteur à turbine de Drault. Ampoules grand modèle de Chabaud- Villars. Rayons nos 10-12 Benoist. Radiomètre X Sabouraud-Noiré. Toutes les li'uérisons ont été vérifiées à longue échéance (Communication écrite des auteurs).
(5) Gustave Bureau. La radiothérapie des teignes ;ï l'hospice général de Nantes (Gazette médicale de Nantes, 18 mai 1907).
systématique de tous les cas des écoles par les mêmes méthodes (').
Pour les cas de tondantes des Poor-law infirmaries, le Metropolitan asyliim Board avait établi, depuis quelques années, des écoles spéciales d'enfants teigneux semblables à l'École Lailler de Paris.
Ces écoles étaient sous la direction médicale de Colcott Fox qui depuis deux ans 1/2 y installa le traitement systématique par les rayons X, et depuis lors 1500 cas y lurent traités et guéris (2). Le bénéfice financier de la méthode [dans ce cas aussi fut évident, car on put supprimer une des écoles de teigneux et réduire l'autre ; la durée du traitement ayant passé, comme à Paris, de 18 mois à 5 mois 1/2 (3).
Très peu de pays offrent encore ce que peut déjà montrer l'Angleterre, ou du moins Londres. Autant que j'en sais, à Berlin la radiothérapie des teignes est encore au point où nos recherches l'avaient prises (l); j'ai vu des teigneux traités par des séances multiples et
(!) Je voudrais citer les médecins qui ont organisé ce service, mais j'en oublierai certainement. H. G. \damson au Saint-Pancrace Hospital et à Saint- Bartholomew's Hospital. Buncii au Oueen's Hospital. C. E. Iredell à Guy's Hospital, etc....
(-) The Lancet, may, 15, 1909, p. 1599. The Roentgen Rays Treatment of Ringworm (article très documenté sans signature).
Cf. également :
H. G. Adamson On the treatment of Ringworm of thé Scalp by means of the X Rays, 1905.
Bunch. Sabouraud's melhod of Ringworm treatment by X Rays (Rrilish joum. of Dermat., july 1904. Ibid. The Lancet, fb. 18,h p. 41i'. Ibid. Archives of the Roentf/en Ray. June, 1905). Modem methods of treatment of somme common skin diseases (The Lancet, ô april 1909, p. 964).
Dans les Metropolitan Board schools, les médecins chargés des services radiothérapiques ont été : Mac Leod, Adamson, Sale Baker, Sequeira, Critchley.
Nous avons reçu sur ces sujets de nombreuses notes manuscrites de plusieurs auteurs que nous sommes heureux de remercier : de H. G. Adamson, Mac Leod, C. E. Iredell. par exemple. Plusieurs contiennent de très intéressants détails. Certains auteurs ayant essayé la radiothérapie des teignes avant l'invention du radiomètre X et, par des expositions répétées, en ont connu les. inconvénients et les déboires. Tous se servent du radiomètre X et considéreraient comme dangereux d'opérer sans lui (Iredell, Mac Leod). Plusieurs ont traité 500 enfants et plus, sans un accident. En certains services le traitement est pratiqué par des nurses sous la surveillance d'une monitrice par qui la teinte de la pastille est vérifiée à chaque opération.
(5) Je crois utile de transcrire le propre texte d'une lettre que le Dr IL G. Adamson a bien voulu m'écrire sur ce sujet.... « J'ai toujours usé du radiomètre X et je l'ai trouvé un moyen de dosage des rayons X absolument valable. En deux cas, des aires d'alopécie définitive ont été produites par un sur-dosage accidentel, mais ce n'est pas la pastille du radiomètre qui fut à blâmer. Dans un petit nombre de cas, la dose fut insuffisante et la chute des cheveux incomplète, et les surfaces ont été traitées une seconde fois. En général, cette insuffisance a été due à un traitement fait le soir, ou dans un jour de brouillard, alors que l'expérience montre qu'il est impossible de comparer nettement la teinte de la pastille à la teinte fixe du radiomètre.
('') M. F. B. Berger (de Cologne). Traitement de la microspone, de la trichophvtie et du favus par les rayons Boentgen (Arch. fur Do-mal. a. Syph., janvier 1908, fasc. II. t. LXXXVHI).
courtes, sans mesure, ce qui rend faciles les surexpositions et les malheurs. Vienne, où la radiothérapie a pris naissance, vient d'imaginer le procédé nouveau pour obtenir en peu de séances la dépilation de la tête entière, dont j'ai parlé plus haut. En Italie le traitement des teignes par les rayons X tend à se généraliser de plus en plus : Steiner les applique à Rome depuis 1905, Respighi et Pellizari à Florence (1900), Vigano et Bertarelli à l'Ospedale Maggiore de Milan, Fini à Bologne, Ciarocchi à l'hôpital San Gallicano à Rome (1908) et d'Armann à Venise. Le même traitement est appliqué à l'hôpital des Incurables à Naples (').
En dehors de l'Europe peu à peu la méthode progresse : au Canada, aux Etats-Unis où elle est couramment appliquée en plusieurs villes ; à Buenos-Aires, la radiothérapie fonctionne pour le traitement des teignes; toujours d'après notre méthode, à l'hôpital Saint-Roque (Prof. Sommer); à l'hôpital Espagnol (Dr Valdiviero); à la Casa de Expositos (Dr J. Friburu). En outre, le prof. Costa, qui est passé à l'Ecole Lailler, installe en ce moment trois machines à l'hôpital des Cliniques et à la Casa de Aislamiento créée, comme l'École Lailler, pour l'instruction des enfants teigneux.
En peu de pays l'organisation de ces services sera d'ailleurs aussi nécessaire qu'elle l'était en France et en Angleterre où le nombre des teignes tondantes était énorme.
Cet aperçu très incomplet, et que j'arrêterai ici, montre le chemin déjà fait par le traitement radio-électrique des teignes et fait prévoir celui qu'il fera dans les aimées qui vont suivre.
(') C.ï. Giornale italiano délie malaltie veneree e délia pelle (Milano) 1906, 1907, 1908, 1909. Cf. également : Dermaïologischer Jahreshericht di Tammas-Ùnna (Wurtzburg, 1907-1909). Nous devons ces renseignements à M. le Dr Steiner, de Rome, que nous sommes heureux de pouvoir remercier ici.
Adamson. (H. G.), Observations on the Parasites of Ringworm. British Journal of Dermatology, July 1895, p. 201. — Cité p. 46, 77, 81, 52, 88, 95, 94, 95, 145, 193, 195, 255. 263, 264, 267, 271, 510, 523, 346.
— Further observations on the Parasites of Ringworm. Tram. Third International Congress of Dermatology, 1896, p. 555. — Cité p. 97, 195, 507, 571, 680.
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— A case of Pustular Ringworm of the horse in a child. British Journal of Dermatology, vol. XX, 1908, p. 127.
— A case of Favus of the glabrous skin (Achorion Quinckeanum). British Journal Dermatology, vol. XX, 1908, p. 365. — Cité p. 549.
— Also (with Photographs) : Trans. of Royal Society of Médecine, Dermatology Section, November 1908, p. 2. — Cité p. 549.
— Cultures of Achorion Quinckeanum from an infant, British Journal of Dermatology, vol. XXI, 1909, p. 117. — Cité p. 549.
— Cultures from Favus in a mouse (Achorion Quinckeanum). British Journal of Dermatology, vol. XXI. 1909, p. 153.— Cité p. 549.
— Also (with photograph of mouse and cultures). Trans. Royal Society of Médiane (Dermatological Section). May 1909, p. 105. — Cité p. 549.
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