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V. — Mycélium intra-pilaire des Microsporums. — Nous avons

vu en étudiant le Microsporum Audouïni que les filaments myeéliens descendant au long' du cheveu, lorsqu'ils sont parvenus au 1/3 supérieur de sa partie radiculaire, soulèvent les cellules cuticulaires, et passent dans le corps même du cheveu. Os filaments continuent alors à descendre dans l'intérieur du cheveu en se multipliant par dichotomie. C'est surtout avec le Microsporum lanosum que cette disposition du parasite est visible, et surtout dans le poil du Cobaye, comme nous le verrons. Mais déjà, avec le cheveu de l'enfant, on peut obtenir des préparations probantes, lorsqu'on étudie des cheveux nouvellement atteints par le parasite. Ce sont de tels cheveux que montrent les trois figures suivantes.

Une chose frappante est de voir, sur des préparations colorées, le parasite, sitôt qu'il a pénétré sous la cuticule, échapper à la coloration. Le mycélium prend alors une physionomie particulière que la figure il représente très exactement.

On peut le voir sous d'autres aspects.

Mais celui-ci est plus ordinaire. Ce mycélium est assez gros, un peu plus gros (pie les éléments de l'écorce sporulaire. Sa direction est descendante comme l'indique le sens des bifurcations (G. fig\ 41). Enfin il ne parait septé qu'à de très longs intervalles.

A la vérité, beaucoup de ces caractères ne sont qu'apparents. Quand on parvient à colorer ces filaments myeéliens, ils paraissent divisés par des septa beaucoup plus proches, en cellules quadrangulaires, environ deux fois plus longues que larges. En outre le contenu proto-

Fig. il). — Cheveu envahi par le mycélium du Microsporum lanosum. (Acide formique, glycérine, sans coloration, x 260.) A, filaments mvcéliehs descendants; B, ses bifurcations.

plasmique de ces cellules est un filament mince dans une enveloppe cellulosique épaisse. Ce sont des faits que plusieurs des préparations suivantes démontreront.

La forme et la disposition du mycélium que je viens de décrire sont celles qu'on peut dire normales, et qu'on observe le plus fréquemment.

En certains cas, assez rares, on peut observer, sur une certaine longueur d'un ou deux filaments, des subdivisions transversales très proches, découpant le mycélium en éléments carrés, qui prennent alors un aspect trichophyloïde assez marqué. Mais ce fait ne peut devenir la cause d'une confusion, parce que jamais tous les filaments microsporiques intra-pilaires ne prennent cet aspect, qui ne s'observe même que par places, sur une brève longueur d'un seul filament. L'examen attentif des autres points de la môme préparation suffit donc à faire éviter une erreur de diagnostic.

En d'autres cas, principalement lorsque la maladie tend à la guérison, les filaments intra-pilaires microsporiques deviennent rares, on n'en observe plus que quelques-uns, dans le cheveu. Alors, leurs septa très distants, leur forme presque rectiligne, leur donnent un aspect faviforme très remarquable. C. Fox et F. Blaxall ont insisté sur cet aspect rare du parasite. Et, dans un cas, ces auteurs hésitaient à faire un diagnostic, en l'absence des cultures qu'ils n'avaient pas réussi à obtenir. Cependant celte confusion sera presque toujours évitable si l'on examine d'autres points de la préparation ; on retrouvera, par places, l'écorce sporulaire qui est si caractéristique du cheveu microsporique et qui écartera d'emblée l'idée d'un favus.

Dans un cas analogue, j'ai vu des infiltrations d'air suivre les boyaux

Fig- -il. — Cheveu d'enfant envahi par le Microsporum lanosum. — A. Débris désagrégés de l'écorce sporulaire. B. Mycéliums intra-pilaireSj qui paraissent septés à des intervalles 1res espacés. C.

Bifurcations des mycéliums intra-pilaires. Leur sens indique la direction descendante des filaments B (Bleu de Sahli. x 2(50)

MICROSPORIES.

creusés au travers du cheveu par les filaments mycéliens, exactement comme dans le cheveu favique, quand des bulles d'aspect argenté dessinent la forme des filaments parasitaires. Presque toujours, cet aspect s'observe lorsque la maladie est vieille de plusieurs années ; et

on l'observe sur des cheveux dont le parasitisme est amoindri et qu'une traction ménagée parvient à épiler sans fracture. Ces cas rares ne sont à mentionner que pour permettre d'éviter les erreurs qu'ils pourraient faire commettre à des observateurs non avertis.

Un aspect autre du mycélium microsporique est l'aspect en têtes de méduse qui a été spécialement décrit par Fox et Blaxall et dont voici une figure assez précise. On peut l'observer à la surface du cheveu au stade d'invasion; on peut l'observer aussi dans Vintêrieur du cheveu, ce qui est le cas ici. Je n'ai observé ces figures que sur le cheveu microsporique. Elles me paraissent caractéristiques du stade d'invasion et du début du parasitisme (fig. 42).

Laissons de côté ces faits de détail et qu'on observe rarement, pour chercher ce que deviennent, dans le cheveu, les filaments microsporiques intrapilaires. On ne peut le savoir que d'une façon imparfaite par l'examen des cheveux de l'enfant; car les cheveux sont pigmentés, et les mycéliums incolores; leur diaphanéité les cache, au point qu'on a pu faire de très nombreux examens de cheveux microsporiques sans même les apercevoir. Et quand on veut pousser plus loin la dissociation du cheveu et la dissolution de son pigment, par le chauffage dans les solutions potassiques, on dilacère, en même temps, le cheveu et les mycéliums intra-pilaires, dont on ne peut plus voir que des débris. Il faut que l'examen de ces filaments microsporiques intrapilaires soit vraiment difficile pour que les au-

Fig'. 42. — Cheveu d'enfant envahi parle Micvosporum lanosum. — En A, mycéliums microsporiques normaux. En B, têles de méduse. C est une cellule épidermique.

leurs qui les ont décrits en aient dit au total si peu de choses et de choses fausses. Je ne m'excepte pas des autres en ceci.

C'est sur le Cobaye inoculé d'un Microsporum vivace que cette étude doit être poussée. Alors on peut obtenir de merveilleuses figures, tout à fait claires et démonstratives, telles, par exemple, que la figure 45.

Ces figures démontrent d'une façon évidente 9| i ; ;

et indiscutable, d'abord que les filaments mi- i ,\

crosporiques intra-pilaires sont tous descendants,

tant

3 i il

car toutes leurs bifurcations sont dirigées dans le même sens, vers la profondeur. Ces bifurcations aussi bien chez l'homme (fig. il) que sur l'animal (fig. 45) s'effectuent suivant un mode assez particulier. L'issue d'une branche hors d'un tronc se fait presque à angle droit, mais la branche se recourbe anssitôt en décrivant un quart de cercle, et devient parallèle au tronc dont elle est issue. Elle reste d'ailleurs sensiblement de même diamètre.

Ainsi de bas en haut, dans l'épaisseur du cheveu microsporique, les filaments se multiplient. D'abord ils n'étaient que quelques-uns et, dans certains cheveux, ils restent assez peu nombreux. Dans d'autres cas, ils remplissent le cheveu en totalité (i).

Dès mes premières études sur la microsporie

(*) « En même temps, des filaments pénètrent le cheveu et croissent à travers ses fibres, mais ils n'arrivent jamais à l'extension qu'ils prennent chez les endothrix et ectothrix. » C. Fox and Blaxall. Some remarks on ringworm with especial référence to the early stage of attack of the hair, etc.. British médical Journal, 2 décembre 1899.

Cette opinion n'est exacte qu'en général, comme le montrent plusieurs des figures ci-contre; les filaments intra-pilaires microsporiques peuvent remplir le cheveu, mais, même dans ce cas, ils sont bien moins apparents que les filaments trichophytiques.

Fig. 45. — Mycélium intra-pilaire du Microsporum lanosum. Poil de Cobaye 8 jours après l'inoculation. — En A, filaments rares. Un point coloré en B montre 2 septa, les parties non colorées n'en montrent pas. En C, le mycélium intra-pilaire remplit le

cheveu. En D, audessus du collet du bulbe, le contenu protoplasmique des filaments esl coloré (Bleu de Sahli. x260).

MICROSPORIES.

humaine f1), j'avais indiqué le mode de croissance de haut en has du Microsporum Audouïni. Un an plus tard f2) j'avais décrit le mycélium

représenté 'ci par la ligure 4"> dans un passage dont les auteurs anglais n'ont pas reconnu la vérité (5j : « Nous verrons dans l'intérieur du cheveu, disais-je, de minces filaments à

\}'i ' / double paroi, serrés les uns contre les autres,

,'lfjf ; ) comme des sarments de vigne liés ensemble

en fagot, en javelle. Us occupent le centre du cheveu et suivent sa direction. Ils ne sont coupés que de cloisons intercellulaires très espacées et minces. Ce sont de longues tiges qui ont chacune la largeur des spores environ (i) ». Ce texte pourrait s'appliquer, il me semble, sans aucun changement, à la ligure précédente (fig. 45).

De haut en bas de sa portion radiculaire, le cheveu microsporique est donc de plus en plus rempli de filaments mycéliens. Ces rameaux subdivisés sont devenus plus fins, et leurs divisions cellulaires se sont espacées (fig. 44). Des préparations appropriées montrent l'exacte homologie qui existe sur ce point entre le cheveu de l'enfant (fîg. 44) et le poil du Cobaye (fig. 45). Cependant, dans le poil du Cobaye, les rameaux extrêmes du mycélium intra-pilaire ne diminuent pas de diamètre.

Lorsqu'on arrive à l'extrémité radiculaire du cheveu, au niveau du collet du bulbe, point ordinaire de fracture du cheveu, et qu'on examine des cheveux après coloration,

il. — Cheveu d'enfant rempli par le mycélium in- Ira-pilaire du Microsporum lanosum, non coloré en A, coloré en B. En C, mycélium rubané géant. En D, filament grêle (Bleu polychrome, x 260).

(') R. Sabouraud. La teigne tondante spéciale de Gruby (Microsporum Audouïni). Annales de VInstilut Pasteur, février 1894, p. 9."».

(2) R. Sabouraud. Diagnostic et traitement de la pelade et des teignes de l'enfant. Paris, 1895, note de la page 16(3.

(r') « Sabouraud a donné, dans ses derniers écrits, une description de ce mycélium que nous n'avons pu arriver à confirmer. » C. Fox and F. Rlaxall, toc.

cit.

(*) Ce texte de 1895 continuait ainsi : « Enfin, en écrasant le cheveu complètement, on pourra voir que de ces tiges mycéliennes sortent de fins rameaux, lamifiés à l'infini et se dirigeant irrégulièrement vers la surface du cheveu ». Ce dernier texte n'est exact qu'au niveau de la frange dAdamson, au-dessus du collet du bulbe du cheveu. De plus, la figure schématique à laquelle le texte s'appliquait ayant été placée la tète en bas, la part de vérité qu'elle contenait était peu reconnaissable.

le colorant a pénétré par le point de fracture, et les mycéliums inlrapilaires se trouvent en grand nombre colorés jusqu'à une certaine hauteur. On peut vérifier ainsi l'extrême finesse des filaments protoplasmiques, la rareté de leurs sep ta et l'épaisseur relative de leur enveloppe (fig. 44 ).

VI. — Frange d'Adamson. — En somme, si l'on a bien suivi ce que montrent nos figures, et ce qu'explique notre texte, on comprendra le mycélium intrapilaire du Microsporum Audouïni, ainsi que je l'ai dit plus haut., comme les racines d'une plante qu'on aurait contraintes de se développer dans un tube de verre. Plus bas oh examinera le tube (c'est-à-dire le cheveu), plus le mycélium sera abondant, plus ses filaments seront nombreux, serrés et fins. Ils s'arrêtent tous à un même niveau, très peu au-dessus du bulbe et, comme la gaine de spores n'existe plus à ce niveau (elle s'arrête un peu au-dessus), les extrémités terminales et verticales de ce mycélium intrapilaire sont assez visibles. C'est elles qui constituent ce qu'Adamson a bien vu et décrit sous le nom de frange et qui doit conserver le nom de frange <ÏAdamson (*) (fig. 45).

Cette frange a plus tard été bien étudiée de nouveau par Colcott Fox et Blaxall dans leur travail si

Fig. i5. — Extrémité inférieure d'un cheveu microsporique, cassé au collet du bulbe, montrant les terminaisons du mycélium intrapilaire B : frange d'Adamson. En A,

■- certains filaments vus par leur extrémité apparaissent comme des spores. (Potasse, 50 pour 100, glycérine éosinée, x 260.)

(') La première étude de l'extrémité radiculaire du cheveu microsporique a été faite par Adamson dans son premier et excellent travail histologique : Observations on the parasites of ringworm. British Journal of Dermatology, 1895, t. VIII, p. 201 C'est lui qui a dit le premier que la cuirasse de petites spores ne recouvrait le cheveu que jusqu'au niveau du collet du bulbe à peine, tandis que la frange mycélienne continuait plus bas sans toutefois envahir le bulbe lui-même. Adamson ajoutait qu'on observe sur le cheveu microsporique, épilé entier, des traînées de petites spores dispersées jusque sur le bulbe. A mon. avis, ceci résulte d'un artifice de préparation. Adamson doutait lui-même de l'interprétation à donner de ce fait, ayant constaté qu'il ne s'observai jamais sur le bulbe du cheveu microsporique quand le poil est extrait avec sa gaine.

MICROSPORIES.

souvent cité (''). Ils complétèrent fort bien les descriptions d'Adamson.

Ce que nous avons su d'abord de plus exact, sur ce sujet, provenait

de leurs travaux.

La frange d'Adamson se présente sous des aspects quelque peu différents suivant les cas. Tantôt il s'agit moins d'une frange que d'un trousseau filamenteux compact remplissant la totalité du cheveu, c'est ce que montre la figure 45. Tantôt le centre du cheveu paraît sain et la frange d'Adamson est constituée par une mince épaisseur de radicules sous-cuticulaires (fîg. 46) adhérentes à la cuticule du cheveu et accompagnant ses débris quand on la dilacère.

Enfin lorsqu'on examine la portion radiculaire profonde d'un cheveu microsporique, très peu plus haut que la frange d'Adamson, on trouve, sous la gaine de spores de fins rameaux mycéliens, flexueux, sigmoïdes, qui sont les premiers mycéliums microsporiques que j'aie vus et décrits (2).

Fig. 46. — Fragment de la cuticule d'un cheveu microsporique au niveau de la frange d'Adamson. Eu A, filaments, dont on voit, en divers points, la section ronde comme une spore. B. (Acide formique, x 260.)

(') Les deux auteurs insistent d'abord sur ce fait que si l'on extirpe un cheveu microsporique avec sa racine, l'examen du cheveu au niveau du collet du bulbe est plein d'enseignement, car on y voit très bien le mycélium, moins distinct partout ailleurs. Ce mycélium, long, délicat, branchu, est tout à fait caractéristique du Microsporum. Le texte continue ainsi : « About the junction of the shaft with the bulbous portion, a remarkable terminal fringe of long, plain, narrow, délicate, sometimes branched mycelial threads corne into view, and is, I believe, quite characteristic of Microsporum. The threads run parallel with, and extend up the hair beneath the dense mosaïc spore-sheath and they terminate towards the bulb in slightly swollen ovoïd endings at a distinctly deeperlevel than the spores.... The fringe appeared to be situated in the hair structure. This fringe already described by Adamson bas long been a familiar object to those accustomed to examine ringworm hairs in this country and lias been figured by Thin in his vvork on « Ringworm » and I believe by Aldersmith. » Les auteurs ajoutent qu'il est curieux que cela n'ait pas été décrit à Paris, probablement, ainsi que le suggère Adamson, parce que les spécimens ont été préparés avec une solution de potasse trop forte, ou montés dans la glycérine. En réalité c'est qu'en France on n'avait jamais attaché une suffisante valeur à l'examen des cheveux teigneux entiers. On décrivait les tronçons obtenus par épilation incomplète. J'ai dit que lors de mes premiers travaux, la quantité de faits nouveaux que les méthodes bactériologiques apportaient dans le sujet m'avait empêché de donner, à chacun des points étudiés, un temps d'étude suffisant, pour ne pas laisser clans l'ombre beaucoup de détails importants.

(2) « Ouand on dissocie le cheveu, on trouve, entre les spores désagrégées el flottantes, de minuscules tronçons de rameaux n'ayant guère que 2 y. de large sur 6 à 10 u. de longueur, et ordinairement sigmoïdes. De même, quand le cheveu a été, par un hasard de préparation, décortiqué de son enveloppe de spores, on voit à sa surface quelques tronçons de rameaux semblables... » Sabouraud. Sur une mycose innominée de l'homme. La teigne tondante spéciale de Gruby. Microsporum Audouïni. Annales de V Institut Pasteur, février 1894.

Un an plus tard, Adamson les observait de nouveau et les décrivait mieux que moi, parlant en ces termes : « Par une mise au point attentive, on peut voir que le mycélium s'étend sous la cuirasse de spores pour former une gaine interne entre les spores et le cheveu ('). » Cette même description avait d'ailleurs été faite déjà par Gruby lui-même dès son premier texte (1845)... « Les branches prennent naissance dans le tissu des cheveux, et constituent la couche interne de la gaine, tandis que les spores forment la couche externe.... »

Ainsi se termine, près de la région bulbaire du cheveu, à la surface du cheveu, et dans son épaisseur, le mycélium intrapilaire du Microsporum Audouïni.

Mais le tableau que nous venons d'en présenter n'est pas constant, à bien loin près ; le nombre des filaments mycéliens intra-pilaires peut subir de considérables variations. Un cheveu en renferme quatre ou cinq brins, d'autres trente et plus.

Il semble que quand l'infection marche vers la guérison spontanée, le nombre des filaments mycéliens intra-pilaires décroisse peu à peu. Car sur les cheveux qu'on parvient à épiler entiers, ce nombre est toujours restreint; ceci est presque une tautologie d'ailleurs, car on ne peut épiler entiers que les cheveux qui gardent une certaine résistance ; et ils la gardent précisément parce qu'ils sont moins complètement envahis. De tels cheveux semblent devenir de plus en plus nombreux quand la maladie va guérir.

Un autre fait mérite de fixer l'attention, concernant la durée de vie des éléments qui constituent la frange d'Adamson. Elle et le mycélium sarmenteux sous-sporulaire ne s'observent que dans le tiers inférieur de la partie radiculaire du cheveu. Comment ne voit-on pas aussi ces formes au niveau de la portion aérienne du cheveu et dans les deux tiers supérieurs de sa portion radiculaire? Puisque tous les éléments parasitaires arrivent peu à peu hors de la peau, en montant de la profondeur, avec le cheveu lui-même, comment ne trouve-t-on pas aussi le cheveu microsporique, tout plein des ramilles de la frange d'Adamson, qui, elle aussi, doit monter dans le follicule avec le cheveu qui pousse? Cela ne me semble possible que si certains des éléments mycéliens des Microsporums n'ont qu'une vie transitoire au niveau du collet du bulbe du cheveu, à l'endroit où le parasitisme se reconstitue perpétuellement et montre sa plus grande activité; et il semble que beaucoup des éléments mycéliens des Microsporums subissent assez promptement une résorption plus ou moins complète, dont

(') C'est un fait que le point D de la figure 68 montre très exactement. Voici le texte d'Adamson : « By careful focussing, it can be seen that the mycélium extends upwards, beneath the sheath of spores, to form an internai sheath between it and the hair. Adamson, loc. cit., p. 209.

196 microspd.ri.es.

nous avons vu déjà d'autres exemples, dans la constitution de la gaine sporulaire du cheveu, et dont nous verrons d'autres exemples plus frappants dans le développement des chlamydospores et des conidics externes des mômes parasites en culture.

VII. Rapport du mycélium intra-pilaire et de la gaine des spores. — Jusqu'ici nous avons étudié le mycélium intra-pilaire des Microsporums et la gaine péri-pilaire de sporules comme deux systèmes indépendants et sans lien commun. Il nous reste à chercher s'il en est bien ainsi et si le mycélium intra-pilaire, bien qu'il ne contribue pas visiblement au premier établissement de la gaine, ne contribue pas. par la suite à son entretien.

La tondante microsporique, livrée à elle-même peut durer trois àns,; cinq ans, et, dans des cas rares, sept ans et plus, et, pendant toute sa durée, les cheveux malades ne cessent pas de croître comme s'ils étaient sains. En quatre ans la croissance du cheveu équivaut à 40 centimètres environ. Or pendant toute la durée de la maladie, à quelque moment qu'on examine le cheveu, on le verra toujours entouré de la gaine grise qui pousse avec lui et qui est le caractère objectif de la tondante des Microsporums. Si le cheveu microsporique était protégé contre sa propre fragilité, comme il arrive quelquefois, au milieu de chevelures à cheveux longs, il garderait sa gaine sporulaire dans toute sa longueur. J'ai vu ainsi des cheveux qui l'avaient gardée sur 12 à lo millimètres au-dessus de la peau. On peut donc conclure de ce qui précède, que, si une microsporie vit trois ou quatre ans, chaque; cheveu malade a donné lieu à une gaine sporulaire ininterrompue de 50 ou 40 centimètres de longueur. Il est intéressant de chercher comment se fait le renouvellement perpétuel de cette gaine parasitaire. Lors de l'invasion du cheveu, l'écorce sporulaire se constitue par division et subdivision des rubans mycéliens géants descendus au long du cheveu. Mais nous avons vu le mycélium intra-pilaire — qui n'existe pas encore lorsque se constitue la première écorce sporulaire — remplir peu à peu le cheveu jusqu'à venir ramper sous son écorce et môme à sa surface : on peut donc se demander si la gaine sporulaire des Microsporums se perpétue par la naissance, au-dessus du collet du bulbe, de nouveaux articles sporulaires, se produisant indéfiniment au-dessous des précédents; ou bien si ce ne sont pas les rameaux terminaux du mycélium intra-pilaire qui, en affleurant la surface du cheveu, donnent lieu, à leur extrémité, à de nouveaux groupes de sporules articulées entre elles, reconstituant et perpétuant la gaine parasitaire au fur et à mesure que la croissance du cheveu fait monter celle-ci dans le follicule.

Voici d'abord (fig. 47) un poil de cobaye très instructif en ce qui

concerne la question. Il est envahi par le Microsporum lanosum. Sur ce poil l'origine mycélienne de la gaine sporulaire est évidente, mais ce n'est plus de cela qu'il s'agit. Beaucoup de ces îlots sont sans lien commun visible entre eux. Ils sont discontinus. On peut, pour plusieurs d'entre eux, admettre la résorption de leur mycélium d'origine. On peut, pour quelques autres, croire que les manipulations de coloration et de montage ont décollé et fait disparaître le mycélium d'origine qui a donné naissance à chacun d'eux. Mais après l'examen total de la préparation, il est difficile de ne pas penser que certains de ces filaments, qui surgissent ainsi tout à coup, sont la terminaison visible, extérieure, d'un mycélium intrapilaire.

Ne semble-t-il pas également, dans la fi g. 48, que les îlots sporulaires, tels que A, soient l'émanation et la résolution de filaments intra- pilaires tels que C, par exemple?

Fig. 48. — Poil de Cobaye 8 jours après l'inoculation du Microsporum lanosum. Acide formique. Bleu polychrome, x "2&K En A, ilôts sporulaires.

en B, mycélium intrapilaire non coloré; en C, terminaisons colorées du même mycélium intrapilaire : frange d'Adamson.

D'autres figures en-

core sont suggestives à ce sujet. Sur le cheveu vivant, à bulbe creux, le parasite n'envahit

Fig. i". — Formation de la cuirasse sporulaire du Microsporum lanosum sur le poil du Cobaye 10 jours après l'inoeulalion. Bleu de Sahli, x260. A, filaments visibles; B, îlots sporulaires constituant la gaine.

MICROSPORIES.

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jamais la région bulbaire. Tl s'arrête au collet du bulbe en formant la

frange d'Adamson.

Mais, ainsi que Fox et Blaxall l'avaient vu d'ailleurs, il n'en est pas de même lorsque le parasite s'attaque à un cheveu à bulbe plein. Alors il l'envahit jusqu'au bout. Il l'envahit si bien qu'il arrive à le remplir complètement. Et alors ses filaments terminaux à extrémité bulbeuse sontseptés à de très courts intervalles, B, comme ceux qui font l'écorce de sporules (fig. 49).

Sur ces follets à bulbe plein, la gaine des spores, A, s'arrête d'ordinaire très peu au-dessus du collet du bulbe. Et à ce niveau on peut croire, d'après ces préparations, que les rameaux intra-pilaires terminaux contribuaient pour une part à créer la gaine de sporules.

La fig. 49 semble montrer sur le fait la formation de la gaine sporulaire par des filaments mycéliens terminaux

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Fig. 49. — Bulbe plein d'un follet envahi en totalité par le Microsporum lanosum. En A, terminaison de l'écorce sporulaire. En B, nombreux filaments mycéliens intrapilaires septés se terminant, en C, par une extrémité massuée. (Acide formique. Bleu deSahli,x260).

issus du mycélium intrappilaire.

Les préparations de Suis et Suffran sont venues après coup renforcer cette opinion de faits qui semblent bien probants.

Voici l'une d'entre elles (fig.

50) qui représente le corps d'un poil de Chien dilacéré dans sa longueur, et. entre les deux fragments dissociés, on aperçoit deux lilaments mycéliens intra-pilaires qui se divisent, à leur extrémité, en un pinceau de ramifications rappelant de très près l'organe de fructification des Penkillums.

Fig. 50. — Poil d'un Chien atteint de microsporie et divisé dans sa longueur. Entre ces deux fragments, on aperçoit les terminaisons pénicillées du mycélium intrapilaire. Préparation Suis et Suffran. Dessin de Bessin, x 2(î0.

Fig. 51. — Extrémité inférieure fracturée d'un poil de Chien atteint de microsporie. Les filaments mycéliens intrapilaires se terminent en massues couvertes de bouquels d'éléments sporulaires. x 260. Préparation de Suis. Dessin de Bessin.

Sur d'autres poils, l'extrémité inférieure fracturée laisse passer des filaments mycéliens renflés en massue, exactement semblables à ceux qui terminent le mycélium intrapilaire, au-dessus du bulbe, dans le cheveu microsporique de l'enfant, et chacune de ces massues porte sur de courts supports mycéliens, qui ressemblent à des stérigmates, un bouquet de spores tout à fait analogue à la fructification des Aspergillus et Pénicillums (fig-. 51).

Or c'est précisément à ce niveau que naît l'écorce microsporique du cheveu, c'est là qu'elle se constitue.

De tous ces faits, il semble bien résulter que la cuirasse des sporules du cheveu microsporique, qui est certainement constituée au début de l'infection, par des subdivisions de filaments mycéliens

descendants, restés externes au cheveu, peut être rénovée et continuée par les rameaux terminaux du mycélium intra-pilaire arrivant à affleurer la cuticule, et venant s'y terminer par des ilôts sporulaires plus ou moins proches les uns des autres.

VIII. Schéma général de la structure des Microsporums. — Pour terminer cette étude, il me semble utile de présenter en les résumant les diverses théories morphologiques qu'on a données des Microsporums; ce qui précède nous permettra de voir en quoi elles étaient vraies et en quoi elles étaient fausses.

Les rapports réciproques des différents éléments constitutifs des Microsporums, particulièrement des éléments de la gaine sporulaire et des mycéliums intrapilaires ont donné lieu à quatre théories différentes.

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