‹ Les teignesChapitre 36 sur 155 · III. — TRICHOPHYTON VIOLACEUM · texte numérisé non relu

III. — TRICHOPHYTON VIOLACEUM

Le troisième Trichophyton que nous étudierons sera le Tricliophyton violaceum. Le nombre de ses inoculations — à Paris — est notablement moindre que le nombre de celles des Tr. acuminatum et cratériforme, mais il paraît, en certains pays, avoir un rôle prédominant et tenir précisément la place de ceux que nous venons d'étudier.

En outre, l'existence de ce Trichophyton en des pays très divers, la possibilité qu'on a de le retrouver dans les quatre localisations trichophy tiques humaines : sur la peau glabre, au cuir chevelu, à la barbe et aux ongles, l'importance des problèmes généraux concernant toutes les teignes et que son étude a permis d'élucider, toutes ces raisons doivent faire faire du Trichophyton violaceum une étude très attentive.

Tondante . — La tondante déterminée par le Tr. violaceum peut ne se différencier en aucune manière de celle que détermine le Tr. acuminatum. C'est même le cas le plus ordinaire à Paris. En pratique on peut présumer, non pas affirmer, à laquelle de ces deux espèces appartient un cas donné. Les deux tondantes ont la même lésion élémentaire, le même cheveu cassé, ayant perdu toute consistance, et contourné dans l'orifice pilaire, ou bien couché sous l'épi-

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derme corné qui le laisse voir par transparence comme un sigma grec pu comme une boucle de point d'interrogation.

Cependant le Tr. violaceum peut présenter une tondante de développement considérable auquel le Tr. acuminatum arrive rarement. Ce sont de grandes plaques de déglabration, criblées de points noirs qui sont les restes des cheveux malades. Dans ces cas, la plaque première a créé autour d'elle d'innombrables points d'infection secondaire qui, en se développant, se sont réunis. Alors la plaque maîtresse peut dépasser les dimensions de la paume de la main. Alors aussi, sur la plaque malade, il reste très peu de cheveux sains; au centre on peut n'en plus voir. A la périphérie, au contraire, il reste de petits groupes de cheveux sains, qui deviennent déplus en plus nombreux etimportants à mesure qu'on examine la tête plus loin de la plaque-mère. Dans presque tous les cas, le cuir chevelu montre beaucoup de points d'infection seconde. Chacun est fait de deux, trois, dix cheveux malades se présentant sous le même aspect (').

Le Tr. violaceum peut donner lieu à des tondantes bien moins graves, de lésions moins étendues et plus discrètes; mais, dans ces cas même, le nombre des points d'infection seconde reste ordinairement considérable. Quelquefois certains cheveux malades, au lieu d'être cassés dans la peau, la dépassent de un ou deux millimètres. Ils sont tout au moins très courts, tout noirs, hérissés en sens divers, et plus ou moins nombreux parmi les points noirs inclus dans la peau, décrits tout à l'heure.

Les auteurs italiens ont signalé une tondante en forme de kérion due au Tr. violaceum. Je n'ai observé que trois fois ce Parasite dans des lésions suppurées. En France, cette tondante du Trichophyton à culture violette est d'évolution lente et de durée longue, qui se compte par années. Un fait assez typique accompagne souvent sa régression spontanée et en hâte la terminaison. Après plus ou moins longtemps, lorsque la guérison va se produire, il est ordinaire de voir chaque orifice folliculaire, contenant un cheveu malade, s'entourer d'un liséré rouge à peine perceptible ; en examinant la tête à une certaine distance, on aperçoit chaque point malade comme une petite tache d'un rouge sombre, punctiforme. Si alors on cherche à épiler les cheveux qui occupent ces follicules, on réussira assez souvent à les épiler entiers, avec leur racine et leur bulbe noir, et toute la racine pourra être entourée d'une gaine vitreuse tout à fait analogue à celle que le cheveu favique montre si souvent. Tout ceci indique un pro-

(') Dans sa toute récente étude (voir p. 5(15) Xicoulau signale avoir, quoique assez rarement, rencontré dans cette tondante des cheveux ayant à l'œil nu un aspect analogue à celui que présentent les cheveux atteints de Tr. crateriforme, mais l'aspect qu'ils lui ont montré d'ordinaire est celui que nous décrivons.

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cessus sourd de folliculite expulsive, non pas suppurée mais nettement inflammatoire. A partir de ce moment, la maladie régresse, rapidement; en quelques mois, tous les cheveux malades sont expulsés; tout cheveu expulsé est guéri. De ces cheveux, beaucoup repousseront et repousseront sains, mais certains aussi ne repousseront pas et seront remplacés par une cicatrice punctiforme. Il est bien rare, quand la guéri son est survenue, que la tête ne garde pas la trace visible des principales plaques de tondante qu'elle a présentées, sous la forme dune alopécie cicatricielle par petits points, alopécie qu'on croit à tort avoir été causée par le traitement, et qui résulte d'une évolution spontanée de la maladie.

Herpès circinë. — J'ai vu deux t'ois seulement le Tr. violaceum créer une lésion épidermique. Dans les deux cas, cette lésion était vésico-pustuleuse et de réaction inflammatoire marquée.

Dans un cas, l'épidémie corné du bord cubital de la main était soulevé par de grosses vésicules en cercle, vésicules remplies d'un liquide louche assez abondant; chaque vésicule était cernée d'une aréole rouge. Le pus, très liquide, séreux, ressemblait au pus des phlyctènes streptococciques de l'impétigo. Le cercle formé de ces éléments était oblong, les vésico-pustules étaient disséminées sur toute la surface du cercle et presque juxtaposées sur ses bords. La lésion très active, qui grandissait rapidement, était fort douloureuse. Une deuxième lésion commençait au long du petit doigt.

Dans le second cas observé, il s'agissait, sur une de nos infirmières épileuses, d'une lésion ayant le siège et presque l'aspect d'une tourniole, d'un panari péri-unguéal à l'index gauche, qui entraîna l'infection trichophytique de l'ongle.

Dans les deux cas, ces lésions furent arrêtées et guéries par les traitements ordinaires, abrasion parfaite de l'épiderme décollé, et nettoyage de la cavité vésiculaire avec une solution alcoolique iodée faible, en attouchements répétés.

Barbe. — J'ai décrit la trichophytie à culture violette dans le poil, de la barbe, en 1895, dans un texte que je puis répéter aujourd'hui, car il reste vrai. Décrivant en ce siège les trichophyties sèches je disais : « Il y a d'abord un type exactement semblable au point de vue objectif à la tondante trichophytique vulgaire de reniant. Ce sont les mêmes petits placards disséminés en maints endroits. Chaque placard, irrégulier, comprend de deux à dix poils cassés. Les poils cassés ne font pas de saillie sur la peau. Ils sont incurvés dans l'épaisseur de l'épiderme, où ils forment une demi-boucle visible par transparence. Ces lésions excessivement torpides peuvent durer plusieurs années, huit ans et

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davantage. Le Trichophyton causal de cette espèce morbide est caractérisé par une culture violet foncé. »

Les lésions superficielles de l'épiderme sont banales, tantôt l'épidémie de surface est légèrement squameux, blanc, tantôt les squames plus grosses s'accumulent davantage sur des segments de cercle rouge très incomplètement tracés. Le plus souvent, les lésions épidermiques sont très peu marquées, et les lésions pilaires constituent toute la maladie. J'ai vu cette trichophytie s'accompagner de lésions plus actives; les follicules envahis marqués d'un point rouge ou même suppuré sous-épidermique ; quelquefois même, les plaques sont légèrement infiltrées en totalité, mais le l'ait est exceptionnel.

Onychose. — L'onychose trichophytique est rare en France. Le seul cas que j'en aie observé depuis trois ans est celui dont j'ai parlé lout à l'heure. Le traitement fut aussitôt pratiqué rigoureusement. Décortication de l'épiderme péri-unguéal et frictions répétées avec

Alcool à 90° W gr.

Teinture d'iode fraîche 100 gr.

rugination de l'ongle et pansement humide permanent à la solution iodo-iodurée au 1/1000. Il n'y eut pas de propagation de la maladie aux autres ongles, et l'ongle envahi guérit après six semaines de traitement.

Culture. — Les premières cultures du Tr. violaceum sur milieu d'épreuve maltosée sont d'un beau violet, arrondies, légèrement bombées, avec un centre marqué parfois d'un petit bouton. La surface luisante est assez régulièrement unie, souvent partagée par des plis radiés en cinq ou six secteurs assez réguliers (PL X, fîg. i). Mais, après un ou deux renouvellements sur le même milieu, la teinte violettetend à disparaître, la culture un peu plus vivace et abondante devient d'un gris jaunâtre, plus humide, moins régulière, avec une tendance aux plissements en forme de circonvolutions (PL X, fig. i2 etn2) : souvent la coloration violette n'occupe plus qu'un segment très nettement délimité de la culture. Dans certains cas, on voit sur de vieilles cultures se développer un duvet blanc, très court, occupant exactement un tiers ou la moitié de la culture et quelquefois respectant le centre violet (PL X, fig. i').

Le Tr. violaceum est un Trichophyton à culture lente, à développement assez pauvre. Quand on ensemence ensemble un Tr. crateriforme et un Tr. violaceum, le premier aura toujours pris, dans le même temps, un développement double du second. A son maximum de développement, la culture ne dépasse pas trois centimètres de diamètre. Avant

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que sa surface ne devienne bosselée et contournée, la culture violette est acuminée mais non très saillante. L'aspect humide que prend d'abord et que garde presque toujours cette culture la rapproche des cultures l'aviques et faviformes et la ressemblance se poursuit jusque dans les formes mycologiques des cultures en goutte. Si donc on prenait exclusivement la forme culturale pour guide, nul doute qu'il ne fallût faire, du Tr. violaceum, le premier des Trichophytons faviformes, que nous aurons à étudier par la suite ; mais comme mœurs cliniques, comme origine, comme forme microscopique, cette espèce se rapproche trop étroitement des Trichophytons banals et s'éloigne trop des Trichophytons à culture faviforme pour être décrite avec eux.

En ce qui concerne la naissance à la surface des vieilles cultures d'un duvet blanc, que l'une même des figures de la PL X démontre, il faut distinguer deux ordres de faits très différents tantôt le report de ce duvet sur milieu d'épreuve le ramène au type de la culture primaire plus ou moins altérée; dans ce cas, il s'agit d'altérations de^ sénilité ; tantôt ce duvet est fixe et, reporté sur milieu neuf conserve sa forme duveteuse, l'activité de son développement est dans ce casi très supérieure à celui de la culture primitive et il prend un aspect des plus analogues à l'aspect du duvet pléomorphique du Tr. crateriforme (fi g. 101). Il s'agit dans ce cas d'une véritable transformation pléomorphique.

Histoire. Bibliographie. — J'ai découvert et cultivé pour la première fois le Tr. violaceum en 1892, dans un cas de trichophytie cutanée, chez! un homme qui revenait du Soudan ({). Je décrivis sa culture sur gélose maltosée : culture acuminée, violet lilas, dont la surface dorsale noire est incisée profondément. Ces seuls caractères, si spéciaux dans la série des Trichophytons, suffiraient à faire reconnaître cette espèce. Toutefois, jeJ je la décrivis plus exactement en 1895 (2).

Le premier auteur qui retrouva cette espèce fut Mibelli (3), de Parme, qui compléta son histoire. Il observa ce parasite dans la barbe de l'Homme et dans l'ongle, montrant que, contrairement à la règle ordinaire en France, un Trichophyton peut s'observer avec les quatre localisations trichophytiques : tondante, herpès circiné, trichophytie de la barbe et onyxis. Il observa que cette tondante ressemblait à ma tondante peladoïde (Tr. acuminalum), ce qui est tout à fait véridique. Il décrivit la trichophytie de la barbe, à laquelle cette espèce donnait lieu sous la forme sycosique, et nota que cette trichophytie pouvait s'observer avec des caractères plus inflammatoires que ceux que je lui avais d'abord assignés.

(') Contribution à l'étude de la Trichophytie humaine. Annales de Dermat. cl de Syph., 1892, nov. Cf. aussi : Trichophyties humaines, p. 128-129.

(2) Sabouraud. Traitement de la pelade et des teignes de l'enfant. Rueff, édit., 1895, p. 202.

(5) V. Mibelli. Sur la pluralité des trichophytons. Annales de Dermat. et de ■Syph., 1895, p. 753. Cf. p. 749.

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