CHEVELU
PEAU GLABRE
Ce parasite n'a été rencontré que dans une épidémie animale en province.
C'est la première fois que ces espèces sont différenciées, figurées et qu'on en présentera l'histoire.
Dès I80i, j'affirmais que les cultures trichophytiques permettaient « non seulement la différenciation d'un nombre d'espèces indéfini, mais le groupement de ces espèces par familles » ; et que le groupe devenu aujourd'hui celui des Gypseums prouverait mieux que tout autre combien l'établissement de ces groupes est naturel et « spontané ; combien sont évidentes à la fois la parenté et l'individualité propre des espèces d'un même groupe naturel, et enfin combien les espèces proches entre elles constituent cliniquement des trichophyties de symptômes objectifs analogues » (').
C'est qu'en effet la proche parenté des espèces qui composent ce groupe est affirmée par la parité de leurs mœurs cliniques, par l'analogie objective de leur culture, et celles de leurs formes mycologiques
(') Trichophyties humaines, p. 112.
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Fig. 137. — Poil de barbe envahi par un TV. : microïde (Tr. : astéroïdes). Les 2 figures représentent les deux segments du même poil. La figure de droite étant normalement placée audessous de celle de gauche, x 260.
338 TRICHOPHYTTES.
comme par la similitude de leur aspect microscopique dans la lésion humaine qu'elles déterminent.
Cultures. — La culture de tous les Trichophytons gypseums est parmi celles dont l'obtention est le plus facile. Duclaux le premier (l) avait signalé ce fait qu'on obtenait des cultures pures en ensemençant le contenu des vésico-pustules trichophytiques. Les pustules des kérions, comme je l'ai montré en 1895 (2), confirment pleinement cette règle qui a été vérifiée après moi par tous ceux qui se sont occupés de la question (3)'. Ces cultures sont aisément praticables sur tous milieux. Elles poussent à la température du laboratoire, à partir de 10 à 12° C. En ce qui concerne leur aspect, leur vitalité, leur résistance à la destruction, la constance de leurs altérations pléomorphiques, les cultures des Trichophytons que nous étudions en font le plus homogène des groupes dermatophy tiques '.
Les espèces qui le composent sont douées d'une vitalité, d'une rus-; licite très supérieures à celles des Trichophytons ordinaires. Leur rapidité de développement est frappante. Sur les tableaux d'ensemencement faits avec tous les Dermatophy tes, on les voit prendre et garder sur toutes autres espèces une avance qui les fait deux fois plus grandes que les autres (4).
La plupart de leurs cultures se ressemblent au point qu'on se de-i mande d'abord si elles ne sont pas identiques. Toutes sont caractérisées sur milieu d'épreuve d'abord parleur aspect plâtreux ou farineux.
Plusieurs étendent, autour du centre de la culture, des rayons flexueux immergés dont le dos, affleurant le milieu de culture, se couvre de poudre plâtreuse, ce qui donne à la culture une figure caractéristique. Certains diffèrent par leur couleur jaunâtre ou rose, mais dans l'ensemble l'analogie de leur dimension, de leur couleur, de la poudre de leur surface est plus frappante que leurs caractères différentiels.
Et cependant je n'ai jamais pu ramener à l'unité, môme les variétés de ce groupe qui à tous points de vue apparaissent comme les plus proches entre elles.
Pour bien mettre en lumière leur différenciation, il faut s'adresser à des milieux spéciaux. J'avais remarqué autrefois que les milieux
() Duclaux, in thèse de Feulard : Teignes el teigneux, p. 96.
(-) « Les cultures faites en strie sur gélose au moût de bière, avec le pus recueilli de vésico-pustules ou de pustules non ouvertes, peuvent donner des lignes ininterrompues de cultures sur tous les tubes ; pas un des tubes ensemencés avec la même lésion ne fournissant la moindre colonie d'une bactérie pyogène quelconque. Trichophyties humaines, p. 110.
(5) E. Bodix. Tondantes du cheval, 1895, p. Gu2.
M. Truffi. Sulletigne, 1902, p. 91.
(4) J'en excepte les Microsporums animaux les plus vivaces et les Trichophytons niveums, Var : radians et Var : denticulatum, très proches des Gypseums.
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LES TRICHOPHYTONS MÎCROIDES. 339
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C'est notre milieu de conservation (peptone 3 pour 100) non sucré, milieu sur lequel les cultures se gardent sans altération pléomorphique qui donne aux diverses espèces du groupe des Microïdes les caractères les plus spéciaux. C'est pourquoi j'en donnerai ici la figuration sur ce milieu (Planche XIV). Malheureusement, la photographie, si parfaite qu'elle soit, ne peut donner à ces figures ce qu'y ajoute le relief et la couleur, etc....
Sur ce milieu pourtant la différenciation de ces cultures est extrêmement nette. Leur ressemblance éclate au contraire sur les milieux sucrés d'épreuve, à ce point que cinq sur six pourraient y être confondues par un observateur superficiel.
Un caractère du groupe des Tr. gypseums est la facilité et la constance avec laquelle tous donnent lieu à des dégénérescences pléomorphiques. Dès le dix-huitième ou vingtième jour, le centre delà culture se couvre de duvet blanc. Plus tard ce duvet recouvrira la culture primitive complètement. On sait que tous les duvets blancs pléomorphiques se ressemblent entre eux. On ne s'étonnera pas que ceux des Tr. gypseums soient encore plus difficiles à différencier entre eux que leur culture mère. Pour nous cependant, qui suivons cette étude depuis si longtemps, nous pouvons très bien, sur leurs caractères objectifs, attribuer certaines cultures pléomorphiques de Tr. gypseum à leur culture d'origine, mais cela n'est pas possible' pour toutes, et certaines, sont indifférenciables entre elles.
VI. Inoculations. — Les inoculations des Trichophytons microïdes sont les plus simples et les plus aisément réalisables. Elles réussissent à coup sûr, à peu près sur quelque animal que ce soit : Chien, Chat, Lapin, Cobaye. Contrairement à ce qu'on observe pour beaucoup de cultures trichophytiques, la vieillesse de la culture ne défavorise pas l'inoculation, et des espèces maintenues en culture artificielle depuis des années restent toujours aussi facilement inoculables. Lorsqu'on veut réussir une inoculation à coup sûr, c'est toujours une culture de Tr. gypseum que l'on inocule.
Sur le Cobaye, ces inoculations pratiquées par piqûre ou par friction et grattage, sont d'évolution toujours identique. La lésion apparaît au 8e jour et disparaît au 28e. L'évolution de la lésion comprend un stade érythémateux de 3 jours. La lésion s'étend encore pendant 8 jours, et sa surface est recouverte d'une croûte épaisse, jaune-rougeâtre, englobant les poils. A ce moment, qui est le 19'' de l'inoculation et le 11e de la maladie, la croûte tombe avec les poils qu'elle englobe. L'animal, sous l'influence du prurit, enlève ses croûtes par morsure et
340 TRICHOPIIYTIES.
par grattage, la lésion devient alors ulcéreuse, et ce stade ulcéreux se termine par l'épidermisation de la plaie et la guérison complète, 6 à 8 jours plus tard. Il ne reste plus alors, autour de la lésion blanche et glabre, qu'un bourrelet périphérique sensible à la palpation et qui disparaît peu à peu, pendant que, lentement, le poil repousse.
Jamais je n'ai observé chez le Cobaye de lésions extensives, serpigineuses, comme j'en ai pu voir une t'ois sur le Lapin. Dans ce cas j'avais pu reprendre la semence, dans les lésions, après plusieurs mois, et le Lapin avait toute sa fourrure ravagée par l'extension de la maladie. Chez le Cobaye il n'en est pas ainsi; autant on aura fait de points d'inoculation, autant de plaques surviendront, mais pas une de plus et toutes guériront spontanément.
VIL Origine animale des Trichophytons microïdes. — Il est
prouvé pour la plupart, et probable pour tous, que les Trichophyionà ■microïdes sont des parasites ordinaires des Animaux et que l'Homme les reçoit de ses Animaux domestiques. L'origine équine de plusieurs d'entre eux est aujourd'hui un fait démontré, mais cette origine ne paraît pas devoir être unique. L'Ane, le Mouton, le Porc, le Chien, ont été plusieurs fois incriminés avec vraisemblance.
Chose remarquable, alors qu'on a souvent observé des épidémies animales nombreuses, causées par l'un ou par l'autre de ces Trichophytons, on n'en a presque jamais observé d'épidémies humaines de plus de deux ou trois cas. Ces Parasites sont donc des parasites animaux qui n'habitent sur l'Homme que par occasion. 11 est remarquable de voir ainsi des Dermatophytes, qui sont plus virulents sur l'Homme que ses propres Trichophytons, n'avoir pas réussi à s'acclimater sur lui, quand l'occasion leur en fut offerte.
VIII. Étude clinique. — Les Trichophytons microïdes ne donnent pas invariablement lieu sur l'Homme à une lésion identique, néanmoins, la lésion qu'ils causent diffère surtout d'aspect, suivant qu'on l'observe à son début, à sa période de maturité ou à sa période de déclin, car si on compare, au même âge, diverses lésions causées par ces mômes Parasites, elles diffèrent vraiment très peu d'une espèce à l'autre, et c'est ce qui permet d'en tracer le tableau clinique général.
1er Stade (de début). — Au début, c'est une lésion érythémateuse, très peu surélevée au dessus de la peau voisine, couverte de squamules adhérentes et assez épaisses, presque croùtelleuses. La lésion peut être petite (5 centimètres de diamètre), moyenne (4 centimètres), ou même très grande (10 centimètres), mais, dans ce cas, elle résulte de la fusion de plusieurs cercles.
Cette lésion, nos statistiques le prouvent, a deux sièges de prédilection : les mains et les poignets chez l'adulte, et le cuir chevelu chez
LES TRICHOPHYTOXS MICRGIDES. 341
l'enfant. Elle affecte les mêmes caractères sur les régions pilaires et sur les régions glabres.
A ce premier stade, au cuir chevelu, les cheveux malades sont très nombreux et très visibles. Certains sont cassés auras de la peau, mais les autres sont demeurés assez longs, gris et un peu décolorés; ceuxlà sont fragiles et cassent à l'extraction, très peu au dessous du niveau de leur émergence hors de la peau. Leur portion radiculaire est engainée d'une enveloppe grisâtre qui, au niveau où le cheveu sort de la peau, lui fait une collerette. L'aspect de la plaque et du cheveu n'est pas très loin de rappeler, à cette période, la plaque et le cheveu du Microsporum lanôhum. Mais la lésion va évoluer rapidement et ne gardera pas longtemps ses premiers caractères. Telle que nous l'avons décrite, elle comptait six jours environ depuis son apparition, mais six ou huit jours plus tard, des points jaunes de suppuration seront apparus, par ci par là, aux orifices folliculaires. On les aperçoit par transparence au dessous de la couche cornée. En même temps, la lésion, gardant son contour arrondi, se surélève et prend la forme exacte d'un macaron avec un bord talué et une surface plate. Elle est devenue douloureuse et un peu chaude, mais ordinairement elle retentit peu sur l'état général, et même elle s'accompagne de peu de symptômes fonctionnels.'
//'" Stade (d'état). — Au quinzième jour, le stade d'état est atteint complètement. Sur la lésion saillante, mais de surface à peu près plate, les pustules folliculaires se sont multipliées et ont évolué ; elles se sont ouvertes, et du pus s'effuse par les orifices pilaires considérablement dilatés. Ce pus effusé se concrète et va revêtir irrégulièrement la surface du kérion d'une croûte jaune, raboteuse, craquelée, incomplète, qu'on peut enlever sans grande douleur et qui entraîne avec elle, beaucoup de cheveux ou poils détachés de leur racine et morts sur place. Beaucoup de cheveux, dont le follicule ne suppure pas, sont mortifiés quand même, et la pince les enlève sans aucune résistance.
Lorsqu'on exprime la peau malade entre deux doigts, il sort de chaque orifice folliculaire un pus épais et d'un jaune verdàtre. Sous l'influence de pansements émollients appliqués en permanence, la lésion se déterge et marche peu à peu vers son stade de régression et de guérison.
Même détergée et nettovée, la lésion, gardant d'abord sa forme en macaron, et sa surface criblée d'orifices folliculaires dilatés, est tout à fait caractéristique, et aucun dermatologiste, sur son seul aspect, ne doit hésiter à reconnaître sa vraie nature.
IIIe Stade (de régression;. — Lorsque chaque follicule a évacué le pus qu'il contenait, il se rétrécit et ressemble à un trou de grosse épingle. Mais le processus inflammatoire n'évolue pas du même pas sur toute la surface malade, et quelques follicules suppurent encore
342 TRICHOPHYTIES.
lorsque les autres sont déjà vicies. Cependant, de jour en jour, la lésion s'affaisse, et comme elle s'affaisse inégalement, elle devient mamelonnaire, surtout au cuir chevelu, où des abcès folliculaires profonds, disséminés, existent encore çà et là.
A ce moment, il ne reste plus de cheveux sur toute la lésion; tous sont morts et ont été enlevés. Peu à peu, les orifices folliculaires se comblent et s'épidermisent; toute la lésion reste rose, et son épidémie vernissé. Les derniers abcès s'évacuent spontanément ou par quelques ponctuations galvaniques, faites sur chacun d'eux. Enfin la surface mamelonnaire et capitonnée de la lésion s'aplanit.
Lorsque le kérion est dû à l'un des Trichophytons microïdes, la repousse du cheveu s'effectue presque toujours, au moins partiellement. On voit d'abord naître un duvet blond irrégulier, qui grandit et dont la couleur s'accuse. Les cheveux se reproduisent ainsi sur toute la surface anciennement malade, sauf aux points signalés par une ulcération de la peau qui a détruit totalement la papille pilaire. Ainsi peut-on souvent reconnaître, après des années, la place d'un kérion ancien. Elle est signalée par un amincissement définitif de la peau et par des points cicatriciels disséminés sur toute sa surface. En outre, l'étendue d'un ancien kérion reste longtemps raboteuse, et sa surface, criblée de dépressions vermiculaires, ressemble à celle d'une peau sur laquelle a été appliquée de l'huile de croton à dose caustique.
Sur les régions non pilaires, longtemps aussi, la place d'un kérion reste signalée par une tache rouge, et, plus tard, par une tache pigmentaire qui, après des mois, s'atténue et disparaît.
Telle est l'évolution presque constante des kérions dus aux divers Trichophytons microïdes. Il va sans dire qu'une de ces lésions, prise et bien traitée à son tout premier début, n'évoluera pas, et s'arrêtera à son premier stade, sans arrivera faire un kérion proprement dit. Mais, à partir d'une certaine date, lorsque les premiers points pustuleux apparaissent à sa surface, le kérion ne peut plus être conjuré.
Il est bien remarquable de voir que l'évolution de ces lésions est presque toujours plus rapide que celle des trichophyties sèches; elle se compte par semaines et non par mois, sauf exceptions rares, car ce sont des trichophyties autophages : l'évolution des trichophyties ordinaires est chronique parce que le parasite se cantonne dans la racine du cheveu au fond du follicule; or ceci ne peut arriver avec les Trichophytons microïdes, puisque la suppuration du follicule détache le cheveu et l'évacué au dehors.
Les inoculations, sur l'Homme, des Trichophytons de ce type sont habituellement peu nombreuses. La lésion est le plus souvent unique, ou bien, autour d'une grande, quelques-unes, plus petites, peuvent évoluer. Rarement un cuir chevelu est pris à ce point qu'il reste moins
LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 343
de places nettes qu'il n'y a de places malades, ce que j'ai vu pourtant, après des traitements mal dirigés.
Dans tous les cas, au début, le traitement doit comprendre l'épilation totale de la région infectée, et des applications quotidiennes d'une teinture d'iode très diluée (au 1/10'). A partir du moment où la pustulation est apparue, le traitement doit être plus antiphlogistique qu'antiseptique; les applications iodées faibles restent utiles, mais les applications émollientes, cataplasmes ou pansements humides, le sont bien plus, ainsi que la détersion minutieuse des abcès folliculaires par expression, lavage à l'eau bouillie et épilation des poils morts.
IX. Histoire des Trichophytons microïdes. — Les Trichophytons gypseums ont été parmi les premières espèces trichophytiques rencontrées au cours de mes recherches de 1892-94. Comme tous les Parasites rencontrés étaient cultivés, il ne fut pas difficile de reconnaître la spécificité de leurs caractères culturaux, et de s'apercevoir que ces Trichophytons se rencontraient habituellement dans les kérions. Ils furent étudiés d'abord dans un mémoire sur les trichophyties de la barbe (*), puis dans une monographie consacrée plus spécialement aux folliculites agminées trichophytiques, c'est-à-dire au premier Trichophyton gypseum et à ses quatre ou cinci variétés (2). Enfin, dans les Trichophyties humaines, un chapitre est consacré à ces mêmes espèces parasitaires. Ce chapitre renfermait, à côté de plusieurs erreurs, l'essentiel des faits que les recherches ultérieures et. celles-ci, même, ont confirmés (5).
Rappelons d'abord les erreurs faites. Ces Parasites furent trop exclusivement pour moi les agents des kérions. D'autres Trichophytons sont capables de créer des lésions similaires. C'était peut-être trop s'avancer aussi, que d'écrire : L'origine équine de la maladie humaine paraît cliniquement indiscutable dans le plus grand nombre des cas(4) ». On l'établit souvent, on peut la supposer plus souvent encore, mais il reste des cas de contamination humaine qu'on ne sait à quelle origine attribuer. Ma plus grosse faute en ce sujet fut microscopique : je ne décrivis la petitesse des spores extra-pilaires que chez une des espèces de ce groupe, en attribuant de grosses spores aux autres, alors que toutes les espèces de ce groupe sont microsporides. Cette erreur ayant eu des suites sera étudiée tout à l'heure plus spécialement.
Mes premières statistiques montraient ces Trichophytons rares chez la Femme, ce que mes nouvelles recherches confirment tout à fait, mais elles les faisaient rares aussi au cuir chevelu de l'enfant, alors qu'ils se trouvent aussi fréquents, avec cette localisation, que sur les régions découvertes de l'homme adulte, où ils déterminent aussi un kérion. D'après mes statistiques anciennes, je croyais ce Trichophyton plus fréquent à la barbe que mon observation récente ne me l'a montré. Mais, il entre dans les cas que l'on rencontre une part de hasard.
(') Sabouraud. Contribution à l'étude des trichophyties humaines, IIe mémoire. Les trichophyties de la barbe. Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, juillet 1895.
(2) La i'olliculite agminée et son origine animale. Annales de VJnstitûl Pasteur.
(3) Trichophyties humaines, 1894, p. 9i et Atlas, p. '29.
('') La folliculite agminée et son origine animale. Loc. citât., p. 510.
3W TRICHOPHYTIES.
Tels sont les points de mon premier travail que les recherches ultérieures ont dû corriger. En revanche, ce travail établissait :
1° La fréquence et la spécificité du Trichophyton gypseum chef du groupe, et ce fait capital qu'on le retrouvait toujours dans une lésion de type inflammatoire et évoluant vers le kérion ;
2° Avec ce travail, j'établissais l'origine trichophytique du kérion des régions glabres, considéré jusque-là comme une maladie non trichophytique, sous le nom de folliculite agminée, et différencié à tort du kérion de la barbe;
5n J'établissais, par cet exemple, la spécificité des Trichophytons qui font les kérions, leur faculté pyogène, leur différenciation avec les Trichophytons vulgaires de nos tondantes et avec les Microsporums;
in Par l'inoculation à l'Animal et la rétroculture, je prouvais la spécificité du type trichophytique. Enfin, je démontrais positivement l'origine équine d'un certain nombre des kérions que ces Trichophytons déterminent.
Le premier auteur qui retrouva l'espèce principale du groupe et l'étudia fut Bodin, dans son travail sur les teignes du Cheval et leurs inoculations humaines (')• Comme moi, il vit le Parasite ectothrix, mais sans insister sur la petitesse des spores et l'apparence microsporique de leur disposition autour du cheveu (•-). 11 ne parle des spores que pour dire qu'elles sont disposées en chaînes plus ou moins longues, et aussi qu'elles sont irrégulières (3).
Bodin répéta aussi mes recherches sur la mycologie de ce Trichophyton et les vérifia (4). 11 répéta mes inoculations et crut, comme moi, que la maladie inoculée au Cobaye avait une durée indéfinie (5), ce qui est contraire à la règle, et, en tous cas, fort rare. Mais, où il apporta un fait nouveau et personnel, c'est quand il affirma que d'autres Trichophytons que le Gypseum pouvaient créer des kérions.
« Il ne faut pas, écrit-il, restreindre au seul Trichophyton pyogène à culture blanche, d'origine équine, la possibilité de créer la trichophytie en forme de folliculite suppurée. J'ai vu plusieurs Trichophytons des équidés, différents au point de vue botanique du Trichophyton à cultures blanches, donner sur le tégument des lésions identiques (6). »
Depuis cette époque, les Trichophytons gypseums ont été retrouvés un peu partout et en Angleterre dès 1895, par Adamson. Dans le premier et seul cas de kérion du bras qu'il eût étudié, le malade était cocher, et la culture décrite paraît bien avoir été celle d'un Tr. gypseum. Plus tard, en 1906, le môme auteur m'écrivait : « Ce Trichophyton n'est pas rare en Angleterre, et il y cause les li'iehoplnjties de la barbe les plus en /l animées ».
En 1901, un des meilleurs élèves de J.J. Pringle, Bunch fît paraître une
(') E. Bodin. Thèse de Paris, 1896.
(2) « Les Trichophytons d'origine équine, dit-il, ont un habitat intra- et péripilaire tout à la fois; ils forment au poil une gaine qui l'accompagne jusqu'à sa sortie de l'épiderme, mais contrairement à celle que les spores du Microsporum Audouïni constituent, la gaine végétale des Trichophytons endo-ectothrix s'arrête à l'orifice du follicule pileux et s'évase en collerette à ce niveau. •> E. Bodix. Loc. citai., p. 55.
(3) Loc. '■Uni., p. 55 et 56.
(*) Loc citât., p. 80.
(5) Loc. citât., p. 79.
(6) Loc. citât., p. 52.
LES TRICHOPHYTONS MICROIDES. 345
excellente étude sur l'infection trichophytique de l'Homme et des Animaux ('). Le premier Trichophyton cpi'il rencontra sur le Cheval fut un Tr. gypseum. 11 venait, d'ailleurs, de l'extraire de la lésion humaine qui en était dérivée. De même, Kryzstallowicz m'écrivait, l'an passé, de Cracovie, qu'il y a extrait d'une folliculite agminée de l'Homme et de la lésion causale d'un Cheval, une culture de Trichophyton gypseum.
Enfin, mon élève et ami, J. Uribiiru, de Buenos-Aires, vient de retrouver cinq fois le Tr. gypseum nst.eroïdes dans des trichophyties de l'enfance et dans des kérions de la barbe.
Ainsi, ces Trichophytons ont été retrouvés, sur les points du monde les plus différents, toujours avec leurs caractères, et dans des trichophyties à tendance suppurative.
X. Confusions faites entre les Trichophytons gypseum et les Microsporums banals. — Ma première étude générale des trichophyties réunissait dans un môme groupe les Trichophytons gypseums, les Trichophytons niveums que nous étudierons après eux, et quelques autres qu'il faut en séparer dorénavant.
Mêlant ces espèces en un seul groupe, je devais dire que certaines de ces espèces ont des spores grosses, et d'autres des spores, relativement petites. C'est ce que je fis, en attirant tout particulièrement l'attention sur la petitesse des spores qui pourrait faire attribuer à tort au Microsporum des lésions dues aux Trichophytons de ce groupe.
Je crois utile de reproduire mon texte de 1894 sur ce point.
« Enfin, quelquefois, dans un sycosis d'aspect ordinairement très bénin et peu végétant, on trouvera ces spores relativement petites, dont nous avons déjà parlé en étudiant les Trichophytons ectothrix dans le cheveu.... »
« — Elles simuleraient vraiment un Microsporum Audouïni aux yeux de celui qui ne connaîtrait pas cette espèce. Mais, là encore, ce n'est qu'une espèce différente du même groupe, et la culture évitera toute méprise. Elle redonnera le type si caractéristique et si spécial des cultures que je vais décrire. Du reste, un examen plus attentif montrerait par places, même pour cette espèce, des files de spores régulières et des spores à double contour. »
« Ces différences dans l'aspect microscopique du poil que je prends soin de signaler, pour qu'on ne cherche pas à tort à réfuter par elles ma description si je la faisais unique, ont une valeur grande en ce qu'elles correspondent à des espèces multiples du type trichophytique ectothrix à dermite profonde, à cultures blanches. J'ajoute une fois de plus que, pour un même cas, tous les poils de la lésion offrent à l'examen microscopique, un Parasite d'aspect morphologique identique (3) ».
Toutefois, à l'époque où j'écrivais, les Microsporums étaient à peine connus à l'étranger, et partout mal différenciés. Et comme à ce moment aucun dermatologiste, même micrographe, n'avait la pratique méthodique des cultures, ce point spécial du sujet fut pour presque tous une pierre d'achoppement.
(') Bunch. On ringworm infection in man and animais. British médical Journal, n» 2093, 1901, p. 323.
(2) Comparer dans l'atlas des Trichophyties humaines, les fig. 109 et 111 qui représentent les types mêmes des groupes niveum et gypseum.
(°) Sabouraud. Trichophyties humaines, p. 106-107.
346 TRIGHOPHYTIES.
A peine le texte de 1895 que je viens de rappeler était-il écrit, que paraissait dans la Gazette des hôpitaux de Copenhague, un article de H.- C. Slomann de Vejle sur deux cas de kérion dont un lui avait fourni des éléments d'étude microscopique^1).
Il y trouva des spores relativement petites, hors du cheveu, et il crut avoir affaire au Microsporum Audouïni.
« L'auteur en conclut que le Microsporum Audouïni, contrairement aux résultats de mes recherches, peut causer le kérion de Celse. Bien plus, le môme cas s'accompagnait d'une plaque de folliculite agminée du front. L'auteur conclut encore que, contrairement à mes observations, le Microsporum Audouïni peut s'accompagner de cercle tiïchophytique confirmé de la peau glabre (2).
De son examen microscopique, unique, et sans culture, l'auteur concluait naturellement que ces faits ne s'accordaient pas du tout avec les résultats de mes observations.
On comprend très bien l'erreur de l'observateur danois lorsqu'on connaît la morphologie des Microïdes et qu'on a soi-même rencontrés au cours de ses recherches, des cas semblables. C'est là une erreur d'interprétation qui n'est évitable que si l'on pratique la culture des cas que l'on observe, et qu'on étudie (3).
On trouve la même erreur faite par les travaux anglais de la même époque (4).
Bunch s'est heurté aux mêmes difficultés. Lui aussi a trouvé difficile de différencier Ectothrix et Microsporums, mais il a compris que les cultures éclairent la route et empêchent toute erreur (5).
Ce qui est certain c'est qu'en l'absence de culture l'erreur était sûre partout, et partout elle s'est produite. Ainsi, à Berne, Frédéric répète l'erreur de de Slomann presque dans les mômes termes : L'examen mi-
f1) H. C. Slomann. 2 Tilfaelde af kérion Celsi. Hospitalstidende, 16 août 1893, n° 3.".
(2) Et cependant l'auteur lui-même mentionne plus haut que, d'après ce que j'ai dit, « le Microsporum ne montre jamais de rameau myrélien sporulé, et dans le cas qu'il rapporte :
" Les cheveux examinés contenaient surtout des filaments mycéliens remplis de spores. Ces fdaments formaient notamment une couche extérieure à la substance corticale du cheveu et occupaient cette substance corticale jusqu'au-dessous de la cuticule.... En outre, toute la partie radiculaire du cheveu était entourée d'une couche épaisse de spores, en partie disposées irrégulièrement, en partie disposées en fdes régulières, entre le cheveu même et la gaine interne de sa racine. »
(3) Rappelant le travail de II. C. Slomann dans les Trichophyties humaines, 1894 (note de la page 106.) J'ajoute : « Il s'agissait de l'espèce de Trichophyton ectothrix à culture blanche, à spores relativement petites, mais agminées en chaînes, dont je viens de parler. Je n'avais si précisément décrit ses caractères microscopiques que pour rendre impossible cette erreur très facile à faire en l'absence d'examens microscopiques multipliés ».
(*) Adamson. Observations on the parasites of ringworm. British Journal of Dermatology , 1895, p. l2()i. A chaque instant lorsque, Fox et Blaxall examinent un Trichophyton ectothrix, la mention revient que les spores sont « certainly not bigger than Microsporum ». Tous ces doutes sans la culture ne pouvaient être levés et c'est par la culture que les auteurs anglais les ont éclaircis. Désormais, il n'y a pour eux aucun doute sur la réalité de la différenciation des Microsporums, des Trichophytons endothrix et ectothrix.
(5) Bunch, toc. citât.
TRICHOPHYTON ASTEROÏDES. 347
croscopique disait microsporie ; pourtant la réaction inflammatoire était rive et l'histologie montrait des cellules géantes. Pas de cuilure(l).
Tous ces exemples montrent d'une façon absolue et surabondante la lécessité des cultures en la matière. Elles y apportent une clarté parfaite, et avec elles presque toutes les difficultés du sujet s'effacent.
En terminant il me paraît curieux de faire remarquer que ces difficultés avaient frappé Gruby le premier, car c'est lui qui avait nommé le «icrosporum Audouïni, et quand il rencontra un kérion de la barbe, il nomma aussi microsporum mentagrophytes le Parasite qu'il y rencontrait. Mais tout en soulignant par un nom analogue les ressemblances des deux Parasites, il ne les avait point identifiés.
Après cette étude générale des Trichophytons microïdes, nous devons envisager maintenant une par une les espèces dont leur groupe est composé ; elles sont pour le moment au nombre de huit : six Trichophytons à culture poudreuse ou gypseums, deux à culture duveteuse ou niveums.
PREMIER GROUPE DES TRICHOPHYTONS MICROÏDES