III. - TRICHOPHYTON EQUINUM (Matruchot et Dassonville
Le troisième des Ectothrix mégaspores à culture duveteuse fut découvert et très étudié en 1898 par Matruchot et Dassonville tant au point de vue vétérinaire qu'au point de vue microscopique, cultural et mycologique ('). Les deux auteurs en firent des inoculations à l'Homme et à l'Animal, en sorte qu'on peut dire que l'histoire de ce Trichophyton, ignoré avant eux, eut par eux, d'un seul coup, son histoire faite. Je ne crois pas que depuis lors ce Parasite ait été étudié par personne.
C'est un des premiers Dermatophytes que j'eus l'occasion de retrouver au cours de ma nouvelle enquête. Ce fut sur le Cheval d'une voiture qui me conduisait à l'hôpital. Je connaissais depuis longtemps l'aspect des teignes tondantes du Cheval et celle-là était typique. Je pinçai une touffe de poils que j'enlevai avec une croûtelle recouvrant la lésion et j'arrivai au laboratoire en la tenant à la main. La culture aussitôt pratiquée m'était inconnue, mais Matruchot et Dassonville l'avaient si précisément décrite que son identification certaine fut des plus faciles. L'opposition entre ses cultures sur milieu d'épreuve qui
(') Matruchot et Dassonville. Recherches expérimentales sur l'herpès du Cheval; un nouveau Trichophyton producteur d'herpès (Congrès de l'A. F. A. S. Session de Nantes, II août 1898).
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le rapprochent des grands Trichophytons microïdes à culture blanche, et sa culture sur pomme de terre qui l'en éloigne est tout à fait caractéristique. Et ce fait montre combien les auteurs, lorsqu'ils découvrent un Dermatophyte nouveau, doivent rechercher sa caractéristique principale, la plus facile à retrouver pour tous, afin que l'identification ultérieure de leur Parasite soit facile à faire par ceux qui pourront le rencontrer. A cette époque (1907) je désirais beaucoup retrouver sur le Cheval le Microsporum que j'avais observé en 1895; je m'adressai pour cela à M. Drouin, directeur de la cavalerie de la Compagnie générale des Voitures à Paris, qui se mit à ma disposition avec une parfaite obligeance. Pendant toute l'année 1907, on rencontra 8 fois des cas de dermatophytie dans les écuries de la Compagnie. Aux huit fois je reçus la semence, et la culture fut pratiquée, et huit fois ce fut le même Trichophyton de Matruchot dont j'obtins la culture. Or chacune de ces semences provenait d'une écurie différente et d'un Cheval qui ne pouvait avoir eu avec les autres, dont j'avais reçu les squames, aucune cohabitation et aucun rapport (Drouin).
Dans ces conditions on peut penser que ce Trichophyton est pour le moment le plus fréquent sur le Cheval à Paris, et qu'il devait être plus rare à l'époque où Bodin et moi avons étudié nombre de teignes du Cheval sans le rencontrer (1892-1895).
La maladie chez le Cheval. — Matruchot et Dassonville décrivent la maladie chez le Cheval telle que je l'ai vue moi-même. Mais je dois dire que, sauf une teigne due au T 'rkhop hy ton astéroïde*, toutes celles que j'ai observées sur le Cheval, même causées par des Parasites différents, étaient semblables. Peut-être faudrait-il, pour différencier ces dermatoses du Cheval, une plus attentive observation des détails, mais cette différenciation ne pourrait être faite que par la comparaison de beaucoup de cas, et par conséquent par un vétérinaire (1).
M. et D. décrivent la maladie sous la forme d'une éruption de taches
(l) Voici la description de M. et D. (Loc. citât.) : « Les plaques isolées sont perceptibles au toucher avant de devenir apparentes aux yeux : en passant la main sur la région malade, on constate l'existence de petites surélévations planes qui sont le début de la lésion. Quelques jours plus tard, les plaques deviennent visibles; c'est qu'en effet, les poils de ces régions sont fortement et irrégulièrement couchés, offrant une disposition très caractéristique, qu'on ne saurait mieux comparer qu'à la verse des céréales. A cet état, les poils sont très facilement caducs : le moindre effort de traction ou le plus léger frottement exercé à la surface d'une plaque détache, d'un seul bloc, tous les poils attaqués, lesquels restent maintenus à leur base par une croûte squameuse. La plaque enlevée, les couches profondes de l'épiderme apparaissent entièrement glabres; la surface en est humide et de nuance rosâtre ou gris clair. Bientôt après, la plaque se détache, devient furfuracée ou farineuse, et prend une teinte plus foncée, gris ardoisé, La lésion s'étend de proche en proche par la chute des poils périphériques mais ne dépasse pas trois centimètres de diamètre. »
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petites et multiples, situées sur la croupe, les épaules, et pouvant s'observer oonlluent.es sous la selle. Dans le cas que j'ai vu, il pouvait y avoir une centaine de plaques, petites, disséminées principalement sur les reins et la croupe, et sans tendance aucune à l'agmination. Les plus grandes pouvaient avoir un centimètre et demi de diamètre. La plupart ne dépassaient pas la dimension dune pièce de 50 centimes.
La maladie chez l'Homme. — Matruchot et Dassonville ont inoculé ce Trichophyton à l'Homme. La lésion apparaît au dixième jour comme une tache rosée desquamative.
Adulte, elle présente quatre zones :
I" La zone centrale est d'un rose pâle, striée transversalement . Ces stries ou moirures sont produites par le phénomène de l'exfoliation épidermique. On l'observe semblable dans beaucoup d'éruptions cutanées, et particulièrement dans le Pityriasis rosé de Gibert;
L2" Autour de ce centre, un anneau rouge vif de trois millimètres de large et à peine squameux. Ce liséré existait aussi dans toutes les lésions cutanées adultes que j'ai observées;
3° Un liséré épidermique blanchâtre, que les auteurs disent à'aspect crustacé, nous dirions croùtelleux. C'est, en effet, sur ce liséré, une série de squamules, lenticulaires, disséminées, résidu de petites vésicules fugaces qui fout le pourtour de la lésion. Enfin Matruchot décrit une quatrième zone ; . . .
4° ... Périphérique, rose pâle, parsemée de petits points (vésiculeux) jaunâtres, un peu surélevés et delà grosseur d'une tête d'épingle.
J'ai observé trois fois le Trichophyton de Matruchot dans des lésions spontanées de l'Homme : une fois sur des régions glabres, et deux fois sur des régions pilaires. Sur les régions glabres, c'était chez une femme de cinquante ans, grasse, rougeaude et de peau fanée. Tout le tour du cou, la nuque, le menton étaient criblés de larges cercles trichophy tiques, d'un rose violatre, de toutes dimensions, mais dont le plus large avait près de six centimètres de diamètre. Ils étaient placés irrégulièrement, quelques-uns se coupaient, et leurs parties intersectées semblaient disparaître; ces lésions étaient de différents âges et de diverses grandeurs, mais toutes d'une similitude frappante.
Dans l'ensemble ils étaient d'un violet lilas clair, et chacun frangé de squamules blanches qui leur faisaient une menue broderie circonférentielle, en somme très analogue au grand cercle initial du Pityriasis rosé. Même centre d'un rose éteint et bistré, strié de moirures, même liséré rouge bordé de squamules blanches (').
(*) Des trichpphyties de type objectif analogue ont été décrites par plusieurs auteurs. Ainsi, Feulavd a présenté à la réunion des médecins de Saint-Louis, du jeudi 14 mars 1889, un garçon boucher de 19 ans, atteint d'une trichopliytie
TRICHOPHYTOX EQUINUM.
J'ai vu deux fois ce Trichophytôn chez l'Homme dans des lésions suppurées à leur début, à la barbe.
Desfour..., 24 ans, maçon : kérion de la barbe; premier placard large de trois centimètres et demi, très surélevé au-dessus de la peau et largement suppuratif, entouré de points multiples d'infection secondaire couverts de poils parasités.
Hay..., ho ans, charcutier. Au coin du menton, petite lésion de un centimètre et demi de diamètre légèrement irritée, saillante, sur laquelle à peine pouvait-on observer microscopiquement le début du parasitisme des poils. Lésion à son début.
Examen microscopique. — Matruchot et Dassonville n'ont pas décrit le Parasite dans la squame de la lésion du Cheval. Les filaments y sont rares, ondulés, mais d'une direction générale presque rectiligne. Les éléments composant les chaînes sont très égaux et assez petits. Cependant la figure 175 représente le Parasite coloré : la
Fig. 175. — Tr. equinurn dans la squame de la lésion du Cheval x 260. Bleu méthylène. Les dimensions du Parasite paraissent plus petites qu'elles ne sont en réalité, la coloration ne portant que sur le protoplasma et non sur l'enveloppe cellulaire.
coloration respectant l'enveloppe cellulaire du Parasite lui donne ainsi des dimensions apparentes deux fois moindres que celles qu'il présenterait si on l'avait préparé à la potasse, celle-ci gonflant au contraire les cellules parasitaires et leur enveloppe.
Je ferai la même remarque pour le poil du Cheval que représente la figure 17(3 obtenue de môme. Le Parasite n'occupe pas tout le corps du poil et végète dans le poil assez pauvrement. Il parait y être endo-
du cou constituée par de nombreux cercles érythémateux desquamatifs, avec un cercle sur la joue et un autre sur la poitrine. Ce garçon s'était servi d'une couverture appartenant à son patron, et son Cheval, vu par un externe du service était couvert de tonsures.... Cette histoire se rapporte tout à fait à celle que nous venons de raconter, mais la preuve de la culture ne fut pas faite à cette époque.
TRIGHOPHYTIES.
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thrix dune façon constante, et ce point est à souligner, car j'ai remarqué le même fait dans l'inoculation, au Cobaye, de ce Parasite et du Trichophyton rosaceum. Ce fait pourrait être constant, à opposer à l'ectothricité de ces deux Parasites sur l'Homme.
Chez l'Homme, le poil apparaissait avec sa longueur naturelle, mais cngainé d'une collerette blanche faisant une saillie de deux millimètres au-dessus de la peau. A l'épilation, le poil cassait, mais profondément, et entraînait avec lui sa gaine épaisse, blanche et tout à fait caractéristique à un faible grossissement (fîg. 177).
A un grossissement plus fort, le poil montrait un Trichophyton ectothrix typique, à grosses spores, dont les files peu distinctes constituaient la gaine dans sa totalité, sauf une mince écorce épidermique.
Dans l'intérieur du cheveu on n'observait que des chaînes d'éléments irréguliers, quelquesuns énormes, qui sont spéciaux à la période d'envahissement du cheveu et quelques chapelets de spores plus régulières, semblables à celles de l'écorce parasitaire du poil (fig. 178).
Cet aspect très caractéristique des Ectothrix mégaspores ne saurait être différencié de celui que nous verrons donné au cheveu par
les Trichophytons à culture faviforme, et ne semble pas permettre l'identification de l'espèce, mais seulement du groupe trichophytique. Tous les poils examinés présentaient une semblable figure.
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Fig. 176. - Tr. equinuin Porlion radieulaire du poil du Cheval x 2(30. Bleu méthylène. Même remarque que pour la figure précédente.
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Fig. 177. — Tr. equinum (Matruchot), aspect du poil de la barbe de l'Homme à '20 diamètres
TRICHOPHYTON EQUINUM.
Cultures. — En étudiant les cultures de ce Dermatophyte, Matruchot et Dassonville ont cherché par eux-mêmes, et sans s'aider de personne, à identifier leur Parasite à tel i^œ, ou tel Trichophy- • ton e
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peut dèle.
Comparant les caractères microscopiques et culturaux de leur Parasite à mes textes et à ceux de Bodin, ils éliminent la possibilité d'un Microsporum equinum par la disposition du Parasite dans le poil, disposition qui est celle d'un Trichophyton et non celle d'un Microsporum. Ils éliminent de môme le Trichophyton que j'avais décrit comme d'origine équine possible avec une culture jaune , craquelée , vermiculaire [Trichophyton cerebriforme), en ce que
les caractères de culture de ce nouveau Trichophyton sur milieu d'épreuve n'étaient pas les mêmes.
En somme ils concluent : « La forme dont il (ce parasite en culture) se rapproche le plus, est le Trichophyton « ectothrix pyogène à culture blanche [Tr. astéroïdes]. Comme celui-ci, il donne sur le milieu maltosé
TRICHOPHYTIES.
de Sabouraud une culture blanche, mais celte culture n'a pas l'aspect d'auréole poudreuse avec sillons rayonnants que décrit Bodin. D'autre part, les cultures sur pomme de terre fournissent un critérium très net de différenciation entre les deux formes » ; car, sur pomme de terre, le Trichophyton gypseum donne une traînée plâtreuse blanche, tandis que le nouveau Trichophyton donnai tune traînée humide d'un jaune d'ocre.
Ce signe est absolu. Et sur lui les deux auteurs n'hésitent pas à baser leur différenciation. Et cette différenciation est si nette que lorsque je retrouve à mon tour le Parasite je ne puis pas hésiter à le reconnaître aux caractères observés par Mafruchof et Dassonville.
Ceci montre combien la fixité des caractères d'unTrichophyton, sur un milieu donné, est bien vraiment le seul moyen de déterminer sûrement quel est le Trichophyton que l'on étudie.
Cet exemple montre, en outre, qu'il faut se servir à l'habitude des milieux de différenciation que l'expérience a montrés comme les meilleurs, ainsi les milieux sucrés d'épreuve, mais qu'il ne faut pas avoir le fétichisme d'un milieu même excellent d'ordinaire, et qu'il faut toujours chercher si un milieu de culture quelconque, simple et facile, ne donne pas, à l'espèce spéciale qu'on manie, des caractères tellement différentiels qu'une seule expérience suffise pour assurer pleinement
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iil de Cobaye inoculé du Trichophyton equinui de Matruchot x 260.
TRICHOPHYTON CANINUM. 395
son identification. Ainsi, pour le Parasite dont je parle, il suffit d obtenir une culture trichophytique duveteuse blanche sur milieu d'épreuve, qui portée sur pomme de terre donne une traînée humide jaune d'ocre, pour certifier le Trichophyton equinum de Matruchot.
Inoculations. — J'ai dit les inoculations humaines faites par Matruchot et Dassonville et leurs résultats.
Chez le Cobaye ces auteurs ont vu, « après 19 jours, une lésion glabre au centre, écailleuse au pourtour, de 15 millimètres de large. Et la guérison spontanée est survenue quatre jours plus tard.
« A la périphérie de la lésion on trouvait sur les poils des spores en faible quantité.... »
A la vérité la lésion du Cobaye, comme toutes les lésions trichophytiques positives, commence au 8e jour, mais le premier stade d'érythème puis d'exsudation et de croûte a passé inaperçu des observateurs qui ne se trouvent avoir décrit que la période d'état et de régression de la maladie. La guérison survient en effet du 25e au 50e jour, comme pour les autres trichophyties inoculées au Cobaye. A la période d'exsudation et de croûte, il est assez facile d'étudier le poil malade.
Il montre à sa surface de grosses spores en chaînes, à divisions dichotomiques vers la profondeur. Le parasite, d'abord ectothrix au stade d'envahissement, devient endothrix quand l'infection du poil est au stade d'état (B. fig. 179) (').
Il est à remarquer que les spores, telles que nous les avons observées sur le Cobaye, ont des dimensions correspondantes à celles que Matruchot et Dassonville ont vues chez le Cheval.