III. — Trichophyton ochraceum (Sabouraud
Le Trichophyton ochraceum est le plus fréquemment rencontré en France de tous les Trichophytons faviformes. Je répète qu'il est bien possible, en dépit des différences qu'on trouve entre les descriptions
Fig. ISS. — Trichophyton (faviforme) ochraceum, lésions de la peau glabre.
de Bodin et les nôtres, que notre Trichophyton ochraceum et son Trichophyton verriccosum soient identiques.
Voici brièvement les observations que nous avons recueillies concernant les trichophyties de cette espèce :
TRICHOPHYTON OCHRACEUM .
Enfant Tribot... : lésion du sourcil présentant assez les caractères d'un kérion à son début; placard oblong de 5 centimètres semé de petites pustules folliculaires superficielles. En dépit de tous traitements, ce kérion doubla, et continua si bien d'augmenter qu'il envahit la bordure du cuir chevelu et qu'il fallut recourir aux rayons X jaour faire tomber les cheveux malades. Très longtemps, par la suite, la lésion guérie laissa une couleur rouge prononcée, parsemée de petites dépressions marquant la trace des folliculites passées.
L'enfant Camille Je... était un garçon de 10 ans, que m'avait adressé mon maître et ami L. Brocq. Il portait, sur la jambe, deux énormes lé-
ai *ï:
FiK. 189.
Trichophyton (faviforme) ochraceurn.
sions circinées, suintantes, couvertes de croûtes papyracées impétigineuses, sous lesquelles un suintement très prononcé. L'examen des squames et du suintement fut pratiqué sans résultat, alors que l'examen des follets fournit de suite des préparations positives de la plus grande perfection.
Léona Dri..., jeune fille arrivant du Jura où elle était gardeuse de bestiaux, présentait six lésions, dont trois au visage, l'une de la région maxillaire droite, large de quatre centimètres de diamètre, faite d'un cercle bistre en guérison avec un pourtour rouge semé de folliculites espacées, et d'exfoliation épidermique. Au-dessous de cette première lésion en existait une seconde plus jeune, érythémato-squameuse sans folliculite (fig. 188).
Enfin sur le cou, à 5 centimètres de distance, une lésion que le bout du doigt aurait couverte, érythémato-squameuse et pustuleuse.
Sur le bras, la même malade présentait deux autres lésions, toutes deux analogues : l'une de trois centimètres, l'autre de six environ, faite
TRICH0PHYT1ES.
de plusieurs eonfluentes. Lésions de fond rouge, sur lequel l'épiderme corné était soulevé et phlvcténisé, ce qui donnait à l'ensemble un aspect impétigoïde (flg. 189 et 190).
Du reste, la lésion la plus grande et la plus âgée était couverte de croûtelles jaune ambré, partout où l'épiderme s'était exfolié. L'aspect impétigineux des lésions créées par les Trichophytons faviformes est un phénomène très fréquent.
L'enfant Arsène Lej... me fut adressé par un confrère de banlieue avec le diagnostic psoriasis. Il avait sur la région du cou et de l'épaule une grande plaque maîtresse de 6 centimètres de diamètre environ entourée de 10 ou 12 plus petites toutes semblables. Toutes présentaient un centre bistre guéri et une périphérie signalée par un liséré rouge squameux. Dans l'ensemble, chaque médaillon ressemblant assez à ceux, beaucoup
Fis. 190.
Triehophyton (faviforme) ochmcewn.
plus nombreux et plus larges que représente la figure 180. L'évolution fut simple et la guérison rapide par le traitement banal à la teinture d'iode dilué.
Louis Peric..., gardeur de bestiaux, présentait un sycosis nodulaire de la barbe, avec un point triçhophy tique de la moustache (chose rare) et une vingtaine de plaques trichophytiques du corps. Sur le corps c'était de petits kérions bénins à folliculites superficielles. A la barbe, chaque point trichophytique au début portait de nombreux cheveux malades, courts, cassants, presque inclus dans la peau. Chaque point était soustendu d'un point d'oedème inflammatoire nodulaire, qui dura fort longtemps. Le malade fut perdu de vue avant d'être guéri complètement.
Jules Sim..., gardeur de bestiaux, vint nous montrer quatre cercles trichophytiques des bras, érythémateux d'abord, puis impétiginisés et recouverts de croûtes jaunes minces craquelées d'un type analogue à celui des lésions de Camille Jean.
TRICHOPHYTON OCHRACEUM.
Tels furent les six malades qui nous présentèrent à la culture le Trichohhyton (faviforme) ochracevm.
Examen microscopique . — L'examen microscopique de la squame des trichophyties que nous venons d'étudier indique sans peine leur nature trichophytique, mais non l'espèce trichophytique. C'est un lacis mycélien composé de filaments rubanés, septés à longs intervalles (fig. 191).
Quant tà l'aspect du poil humain parasité par ce Trichophyton, il est exactement semblable à celui que montre le Trichophyton discoides. Cet aspect permet à coup sûr le diagnostic du groupe trichophytique des Mégaspores.
Le Trichophyton est presque purement ectothrix et les sporules, qui font au cheveu comme une écorce, sont parmi les spores trichophytiques les plus grosses que l'on puisse rencontrer.
Ces spores peuvent s'observer en chaînes régulières, mais elles sont souvent dissociées, et leur ordre en files peut n'être plus reconnaissable.
Le centre du cheveu ne montre que des rubans mycéliens simples qui présentent de temps à autre des bifurcations dirigées vers la racine du poil. Ce mycélium peut sembler manquer totalement. Il parait plus abondant à mesure que l'on examine le cheveu sur un point plus voisin de sa racine.
Inoculations. — Les inoculations au Cobaye du Trichophyton ochraceum sont toujours positives régulièrement, et suivent le type habituel que les inoculations des espèces précédentes nous ont appris à connaître.
On les voit positives au huitième jour; le point croùteux englobant les poils au dixième jour, époque où doivent être pratiqués les examens des poils. Ceux-ci montrent un mycélium trichophytique rare et une cuirasse épaisse de spores ectothrix enchaînées fort grosses, dont les
Fier. 191.
Mycélium du Tr. ochraceum dans la squame de la lésion humaine, x 260.
TRICHOPHYTIES.
ligures sont semblables à celles que .donne le Trichophyton discoides dont l'étude précède. Le tableau est si exactement le môme que le dessin nous a paru inutile (Voir fig. 185).
Cultures des trois espèces de Trichophytons favif ormes. —
Les cultures du Trichophyton faviforme album présentent avec celles de l'Achorion banal une telle ressemblance qu'il est difficile de les distinguer tout d'abord.
Sur milieu peptonisé (3 pour 100), c'est la même culture d'aspect
Fig. l!i"2. — Trich. (faviforme) ochràceum. Poil de la barbe de l'Homme x260. Le carton x730.
cireux, couleur de la cire de cierge, de surface spongoïde et vermicellée. Et cette ressemblance se poursuit sur gélose maltosée, tandis que sur gélose glucosée les deux cultures de FAchorion [banal et du Trichophyton album se différencient absolument; celle-ci vivant dans l'épaisseur du milieu et formant trois zones distinctes : un centre faviforme, une auréole poudreuse blanche et une auréole incolore de rayons immergés.
Ces cultures sont extrêmement lentes, et leur développement aussi médiocre que celui des plus médiocres cultures d'Achorion. Les premières cultures doivent être mises à l'étuve, sans quoi on peut n'obtenir aucun développement. Les cultures successives poussent de mieux en
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