DE GODETS
De tous temps les frontières entre le favus et la trichophytie ont été mitoyennes, et leur délimitation assez ambiguë. 11 est à remarquer,
(') M. Lewandowsky (de Berne) Onychomycose mit bislier nicht kultivierbaren Fadenpilzen (9e Congrès de la Soc. derm. allemande, Berne, 12-14 sep. 1906). L'auteur présente deux observations. La première, d'un malade venu à la clinique dermatologique, dont les ongles examinés présentaient des mycéliums simples ou sporulés, et où la culture par toutes méthodes et sur tous milieux est demeurée impossible. Le deuxième cas concerne une femme médecin, venant de Sibérie et présentant, depuis l'âge de cinq ans, une onychomycose à plusieurs doigts dont un s'est guéri spontanément. L'auteur rapproche, de ces deux cas, un cas présenté par de Beurmann et Gougerot à la Soc. de dermat. de Paris : onychomycose caractéristique, dont les cultures faites par Sabouraud à plusieurs reprises sont restées stériles.
(-) Les '20 malades de Pellizari (1888), les 16 cas d'Arnozan et Dubreuilh (1892). M malades de Boyer sur 18 (1895) n'ont été l'objet d'aucun essai de culture. De même, les 3 malades de Mendès da Costa (1896), les 7 cas de Frèche (1897), 2 cas de Censi (1898) et les 2 cas de Hallopeau (1902). J. Boyer a cultivé 7 cas, dont il est impossible de reconnaître l'espèce à la description (J. Boyer. De la Iricliophytie unguéalé, Bordeaux 1895-96). Le travail de Drew, Sur un nouveau Parasite des ongles (Monatshefte fur Dermat., Bd. 36, 1903) semble se rapporter à un Trichophyton gypseum ou niveum, mais ses figures et ses descriptions sont incapables d'éliminer d'une façon sûre l'idée d'un Microsporum animal à culture vivace. Tout ceci pour justifier l'affirmation qui précède.
(3) Mendès da Costa. Trichophytie des ongles (Vereeniging van Nèderlandsche Dermalulogen, 1900).
458 TRICHOPHYTIES.
au sujet de ces disputes d'école, que les faits éclaircis ont toujours tendu à différencier plus absolument les deux maladies Tune de l'autre, tandis que la tendance dogmatique des maîtres a toujours été de chercher à les rapprocher jusqu'à les confondre ('). Nous verrons cette même lutte entre les faits et les hommes se poursuivre jusqu'aujourd'hui.
Ainsi Sabrazès et Brengues (-), et Mewborn (r,j ont trouvé dans des godets un Parasite qui est un Achoriou rare et qu'ils ont pris pour un Trichophyton gypseum. Bodin (') a rectifié cette erreur en étudiant de nouveau ce Parasite avec la précision qui caractérise ses travaux et a démontré qu'il s'agissait d'un Parasite encore non classé mais très différent des Trichophytons (;).
Ce sont des faits qu'il faut préciser, caries erreurs faites sont de celles qui suffisent à jeter le trouble dans toute une série de claires notions bien établies, je montrerai que ces erreurs d'interprétation une fois relevées, les faits s'éclaircissent d'eux-mêmes, et que s'ils sont partiellement nouveaux, ils ne prévalent en rien contre les faits antérieurement établis.
Avec un Champignon « ayant tous les caractères d'un Trichophyton pyogène » Sabrazès et Brengues ont produit des godets faviques sur l'homme et sur la souris (6). Le kérion de la barbe dont leur semence provenait a été minutieusement étudié par les deux auteurs. Il était typique. Ce cas est de ceux qui ont précisé nos connaissances sur l'anatomie pathologique des kérions, nous en reparlerons en traitant du sujet (7). Mais les auteurs ayant cultivé ce Parasite ont cru pouvoir affirmer que tous ses caractères en faisaient un Trichophyton pyogène à culture blanche du type que j'avais décrit en 1892-94. Ils inoculèrent ce Parasite à l'Animal et à l'Homme. Le résultat de ces inoculations fut communiqué à l'Académie des Sciences et en voici le compte rendu :
« L'inoculation sur l'épidémie de l'homme d'un Champignon morphologiquement trichophytique, extrait d'un sycosis parasitaire profond
(*) Kral. Untersuchungen ûber Favus, II. Mychologischer (Theil Areh. f. denn. Syph., Jahrgang, 1891, 1 heft.).
(-) Sabrazès. Sur le favus de l'homme, de la poule et du chien (Th. de Bordeaux. 1893). Sabrazès et Brengues. Production de godets faviques par l'inoculation à l'homme et à la souris, d'un Trichophyton pyogène (C. B. de l'Ac. des sciewes. Paris, 18 avril 1898, tome CXXVI, p. 1100).
(5) Mewborn. Voir la note 2 de la page suivante.
(4) Bodin. Sur un nouveau Champignon du favus (Achorion gypseum) (AnnaleB de Dermat. et de Syph., 1907. p. 585).
(5) Voir p. 571.
(°) Sabrazès et Brengues. Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux. Séance du 14 mars 1898, p. 80.
(7) Sabrazès et Brengues. Trichophytie profonde de la barbe. Étude historique, clinique et anatomo-p athologique (Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, lome
lui).