SOI-DISANT TRICIIOPHYTONS PRODUCTEURS DE GODETS
le la barbe, observé dans le service de M. le P1' Lannelongue, a déterminé l'apparition d'une plaque suppurative, parsemée de godets jaune soufre de petites dimensions, ayant les caractères objectifs et microsmpiques des godets faviques. Les rétro cultures ont fourni le Chamlignon inoculé qui paraît se confondre avec le Trichophyton pyogène lu cheval, bien connu depuis les travaux de M. Sabouraud [Trichoohyton gypseum astéroïde*], Ce même Champignon inoculé à deux souris, a produit des godets faviques, ainsi que le démontrent Yaspect objectif, Y élude microscopique et les réirocultures (') . »
Toutefois les auteurs ajoutent : « Ces godets sont moins envahissants que ceux qui résultent de l'inoculation des Champignons du favus humain et du fa vus du Chien ». En effet, sur une aquarelle que Sabrazès nous a très obligeamment adressée, ce sont deux points jaunes, de la dimension d'une tète d'épingle sur l'Homme et une croûte irrégulière de- quelques millimètres de diamètre à la base de l'oreille d'une Souris. Ces points jaunes gros comme une tête d'épingle « chez l'homme sont rapidement masqués par le processus suppurât if inhérent à la vie du Parasite dans l'épidémie, et dans le follicule pileux » ; chez l'Animal ils ne se développent pas non plus, ils se détachent, « laissant à nu des exulcérations suintantes et dépilées des téguments ».
La conclusion toute naturelle des auteurs, c'est que certains Champignons classés comme trichophy tiques sont capables dans certains cas de donner lieu à des godets. Et, d'après leur texte, les deux auteurs semblent bien voir en cette observation un fait qui pourrait être général.
Voici maintenant le résumé d'une observation de Mewborn^) qui se rapporte à des faits analogues : Un mulâtre de 50 ans, domestique, montre à la racine de la cuisse gauche, dans la région en contact avec le scrotum, une tache grande comme la main, sèche, rouge, écailleuse, bordée d'un liséré surélevé, papulo-vésiculeux, polyeyclique. Cette plaque est entourée d'autres taches analogues, irrégulières. Sur le scrotum, onze godets faviques, jaunes, secs, friables, concaves, enchâssés dans la peau. Les coupes montrent la structure du godet typique. Voilà une observation nette et certaine d'un favus se présentant, à la fois, et comme on en observe maints exemples, sous les deux formes de favus circiné ou Iierpeticus des auteurs anciens et sous la forme de godets.
(*) Sabrazès et Brengues. Loc. cit. C. R. de l'Ac. des sciences, 18 avril 1898, lome GXXVI, p. 1160.
{-) A.-D. Mewborn. Report of a case of favus ôf scrotum, coexisting with ringworm of the thigh, giving identical trichophyton-like cultures (Journal of cutaneous diseuses, janv. 1905, p. 11).
460 TRICHOPHYTIES.
L'inoculation fut pratiquée; elle ne réussit pas sur la Souris de maison, mais elle réussit sur le Lapin. Après une semaine, on vil apparaître un petit godet de la dimension d'une tête d'épingle qui, après deux semaines, fit un « large conglomerate favus cup.... » Et la description en est saisissante : « Thèse cups were oval to circular in form, sulphur yellow in color, dry and friable, concavo-convex... » Il n'y a aucun doute que ce ne soit là de vrais godets. Mais voici le point étrange : les cultures ne montrent point la forme bien connue des cultures faviques, mais l'aspect très typique des cultures trichophytiques, duveteuses, blanches. Que conclure?
La conclusion de l'auteur est inattendue : « Il semble que cette observation doive être regardée comme un cas dans lequel le même Trichophyton : un Trichophyton megalosporon ectothrix d'origine animale probable (?), sur le même patient, mais en différentes parties du corps où les conditions du terrain sont différentes, produisit deux maladies cliniquement distinctes : favus et trichophytic. »
Cependant il existe dès à présent trois Achorions rares dont l'existence est on ne peut plus certaine : YAchorion gallinae de Mégnin-Sabrazès, YAchorion mûris, dit Quïnckeanum par Bodin, et YAchorion gypséuin, découvert et décrit par le même auteur, dont la culture est tout à fait analogue à celles de certains Microsporums animaux ou de Trichophytons ectothrix, et qui l'un et l'autre se rencontrent en des lésions circinées, accompagnées ou non de godets et, inoculés à l'Animal, déterminent des godets.
Qu'ils puissent faire des cercles d'herpès circiné comme l'Achorion banal, quoi d'étonnant? Cela suffit-il pour qu'on fasse de l'Achorion banal un Trichophyton? Il semble donc que la conclusion logique de Mewborn aurait dû être : qu'il avait trouvé dans un cas de favus, montrant des cercles et des godets, un Achorion atypique dont il aurait dû observer et décrire les particularités culturales de telle manière qu'on put l'identifier par la suite si on l'avait retrouvé, car il ne suffit pas que les cultures d'un Dermatophyte ressemblent à celles des Trichophytons pour être trichophytiques, puisqu'il existe déjà trois Achorions authentiques dont la culture ressemble bien plus à celles des Trichophytons qu'à celles du Favus banal.
Je dois dire que grâce à l'extrême obligeance de Sabrazès, j'ai reçu de lui, outre les dessins, planches et observations correspondant à son cas, ses vieilles cultures, et que leur aspect objectif et leur mycologie permettent en sécurité parfaite de caractériser le Parasite en question qui est l'Achorion gypseum si bien décrit par Bodin en 1907 et que nous étudierons plus loin(1).
(') Voir l'article le concernant au chapitre qui étudie les Favus des animaux.