‹ Les teignes tondantes du cheval et leurs inoculations humainesChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Conclusion générale.

De l’étude générale et comparée des différentes espèces trichophytiques que j’ai obtenues des animaux ou de l’homme qu’ils avaient contaminés, peuvent surgir plusieurs questions de la plus haute importance théorique et, si les faits que j’apporte ne paraissent pas de nature à les élucider entièrement, au moins en précisent- ils certains détails que je dois à la vérité de mettre en lumière autant que possible.

Tout d’abord, quelles qu’aient été les espèces cryptogamiques que j’ai étudiées, elles ont toutes et toujours donné lieu sur l’homme à des manifestations essentiellement tricliophytiques au point de vue clinique, c’est-à-dire qu’elles ont, dans leur marche, procédé par une lésion épidermique circinée primitive, suivie de l’envahissement ultérieur du poil.

Que dans la suite elles ont déterminé un processus suppuratif dans l’intérieur même du follicule pileux.

Enfin que ces lésions ont revêtu les allures rapides des trichophyties les plus aiguës.

Donc il est indéniable qu’au point de vue clinique n’importe quel dermalologiste eût classé, classe chaque jour et classera dans l’avenir de telles lésions parmi les trichophyties les mieux caractérisées.

Il pourra, dans ces conditions, paraître extrêmement singulier de venir discuter leur nature trichophytique et revenir en apparence à une théorie bien antérieure à nous, très vieillie, très surannée et dont la relégation parmi les archives dermatologiques a semblé à tous les professionnels un progrès incontestable.

Mais pour m’engager à remettre en question à nouveau la chose jugée, j'ai derrière moi mille exemples de circuits semblables opérés,

en Loutes sciences, par l’étude successive des générations, et souvent on a vu les doctrines, après nombre d’études partielles divergentes, revenir à des synthèses générales que l'esprit des premiers observateurs avait intuitivement formulées sans preuves aucunes.

Les diverses cultures que je possède en ce moment et que j'ai extraites moi-même des animaux ou de l'homme qu’ils avaient inoculé, bien qu’ayant produit, sur l’homme, des lésions tellement analogues entre elles qu’elles sont, pour notre œil, presque indifférenciables, ces cultures, dis-je, sont aussi différentes que possible k tel point que plusieurs d’entre elles, bien loin d'avoir quelque parenté botanique et objective avec les cultures des trichophytons ordinaires, se rapprochent au contraire des cultures faviques les mieux caractérisées, cultures que j’étudie depuis trois années.

Tandis que la plupart des trichophytons, qu’ils soient issus de l’homme ou des animaux, sont caractérisés, au point de vue morphologique, par une formation conidienne en grappe de telle sorte que le type des trichophytons ordinaires pourrait être botaniquement identifié au type des Botrytis ou des' Sporotrichums de Saccardo et de Linck, d’autres trichophytons (j’en possède actuellement trois espèces) ne donnent, dans leurs cultures, que des mycéliums trapus, des formes arrondies, oïdiennes, naissant comme dans le genre Oospora et pas une autre forme de fructification quelle qu’elle soit.

D'autre part, tandis que les trichophytons ordinaires, à grappes de conidies, possèdent une élection remarquable pour les milieux sucrés, mes autres espèces, auquellesje donnerai le nom de favif 'ormes, se comportent, au point de vue des affinités nutritives, comme les champignons du fa vus. Telle de ces espèces qui, sur le milieu d’épreuve maltosé, ne donne en trois semaines qu’une colonie minuscule, transportée sur gélose fortement peptonisée, produit une culture dix fois plus robuste et plus florissante, à l’inverse de tous les trichophytons ordinaires étudiés jusqu’ici.

Et cependant ces trichophytons faviformes se comportent cliniquement comme les trichophytons ectothrix les mieux caractérisés, quelques-uns m’ont même donné à l’examen microscopique les types les plus parfaits du genre.

.le sens trop bien que tous ces arguments, aux veux surtout des dcrmalologistes pratiquants, ne peuvent avoir une importance suffi-

saille pour faire mettre en doute l’homogénéité de chacun des deux groupes cliniques : Trichophyties et Favus. Mais pour moi qui ai été mille Ibis frappé de l'importance des caractères mycologiques et des formes objectives des cultures au point de vue de la différenciation des espèces pathogènes, de leurs relations entre elles, de leur parenté, de la relation de chacune d’elles avec une forme clinique de lésion spéciale, je ne puis m’empêcher de conclure qu’il y a des champignons donnant à l'homme et aux animaux une maladie rigoureusement trichophytique de symptômes et d’allure et que ces champignons se rapprochent, au point de vue mycologique, des champignons du favus plus que de ceux qui causent les trichophyties.

Si, à ces arguments tout personnels et dont je sens trop l’infirmité pour tout autre que pour moi, j ajoute la remarque, clinique cette fois, que certains favus, produisant des godets sur le tégument humain, peuvent s’accompagner d'éruptions circinées (Favus herpeticus), ce fait, pour rare qu’il soit, ne m'en frappe que davantage, car j’y vois une preuve que sur les confins du groupe Trichophyties et du groupe Favus, il existe des termes cliniques de passage comme les cultures nous révèlent qu’entre les types botaniques nettement caractérisés des trichophytons et les types connus des favus, il y a des champignons pathogènes inclassables pour le moment.

Je crois d’ailleurs qu i 1 serait illusoire de vouloir aujourd’hui tracer définitivement la limite précise de ces deux groupes cliniques si disparates dans leurs types ordinaires ; une classification à ce sujet, pour être vraiment rationnelle et philosophique, ne peut reposer que sur la nature même et les caractères botaniques des parasites et non pas sur la seule forme objective de leurs manifestations cutanées chez l’homme ou chez les animaux.

Mais l’obscurité qui règne sur la botanique cryptogamique générale, où les formes prodigieusement différentes qu’un même champignon peut affecter, sont si fréquentes qu’elles sont pour ainsi dire la règle, montre combien il est, à l’heure actuelle, impossible de donner des trichophytons et des favus une définition qui les sépare entièrement.

Je crois donc que, dans l’avenir (sans parler du microsporum Audouini qui paraît bien être une espèce botanique différenciée et spéciale), la série des trichophytons ira se prolongeant de plus en plus B. b

et, qu’aux limites extrêmes de son domaine, on trouvera des champignons donnant lieu à une lésion trichophy tique et qui cependant au point de vue botanique, se rapprocheront des favus. Et je crois symétriquement qu’on verra certains favus, formant des lésions intermédiaires aux trichophylies circinées et aux favus à godets, présenter peut-être quelques particularités morphologiques se rapprochant plus ou moins des caractères botaniques des trichophy tons.

Il faut bien se rappeler pour conclure, que notre infirmité mentale a besoin des classifications et des cadres, mais qu’elle ne les trouve point dans la nature où les termes de passage entre chaque type différent se rencontrent à tout instant ; l’expression même de la vérité a été donnée, sinon comme doctrine au moins comme exemples, par les conceptions et les synthèses de Charles Darwin.

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