‹ Les teignes tondantes du cheval et leurs inoculations humainesChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Étude du parasite.

1° Examen microscopique. — C’est au niveau du poil qu’il faut étudier le microsporum Audouini. — Description de Gruby. Description de Sabouraud. — Le miscrosporum Audouini, contrairement aux autres champignons des teignes, ne se reproduit pas dans le poil par des spores mycéliennes ; il donne, dans sa vie parasitaire, des hyphes sporifères différenciées comme dans les cultures. — Importance de ce fait.

2° Cultures. — Le microsporum du cheval dans ses cultures utilise surtout les matières sucrées. — Culture sur le milieu d’épreuve. — Culture sur agar au moût de bière. — Culture sur pomme de terre. — Analogies et différences entre les cultures du microsporum de l’enfant et celles du microsporum du cheval.

3° Inoculations expérimentales.

4u Mycologie. — Le microsporum Audouini de l’enfant et le microsporum du cheval ne sont que des variétés d’une même espèce botanique.

1° Microsporum Audouini (de l'enfant). Gruby. Sabouraud. — Germination des spores. Mycélium. Chlamydospores. Fructification conidienne pectinée caractéristique. Conidies; Gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois échinulés.

2° Microsporum Audouini car. é./uinum. Delacroix et Bodin. — Germination des spores. Mycélium. Chlamydospores. Fructification conidienne pectinée. Conidies. Gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois échinulés. Formes de souffrance du microsporum du cheval : Forme endoconidium ; chlamydospores modifiées; autres formes de souffrance.

1° Examen microscopique.

Dans sa vie parasitaire, c’est au poil que le microsporum Audouini s’attaque avant tout, son étude ne peut donc être mieux faite que sur le cheveu humain.

Il y a d’ailleurs deux façons de décrire le parasite microsporum : on peut le décrire tel qu’il est, reconstituant ainsi le champignon dont on ne peut voir en môme temps toutes les parties, c’est la description de Gruby.

Ou bien on peut le décrire comme un premier examen le montre

à l’observateur non prévenu, c’est ce que la grande majorité des cliniciens, moins immédiatement soucieux du vrai que de l’utile, préféreront; telle est la description de Sabouraud.

Bien que la présentation des mêmes faits soit différente, ils sont identiques et superposables ainsi que nous allons le voir; voici, en effet, ces deux descriptions du microsporum Audouini, faites à 50 ans de distance par deux auteurs dont chacun ignorait les recherches de l’autre.

1° Description de Sarouraud (1)

... « Bien mis au point et examiné à un grossissement suffisant (obj. 7, ocul. 3, Leitz) le cheveu malade paraît d'abord « couvert et rempli » de petites sphérules microscopiques, juxtaposées les unes près des autres de façon à former une surface continue.

En même temps, on remarquera de suite que le bord du cheveu est dépassé par ces sphérules qui, de part et d’autre du cheveu, lui forment une surépaisseur et comme une gangue.

Après ce premier examen, on pourrait conclure :

Que le cheveu malade est couvert et criblé dans son épaisseur de petites sphérules contiguës qui dépassent même ses bords de façon à l’engainer. Mais avant de conclure si brièvement, examinons le cheveu malade avec plus de soin et dans toute sa longueur. Examinons la forme de ces sphérules, leur agencement réciproque, enfin leur disposition par rapport au cheveu.

A. — Leur forme semble ronde, mais elle est souvent polyédrique par pression réciproque. En examinant une à une les spores que le montage de la préparation a dissociées, on observe que chacune a un double contour évident (obj. immersion 1/12, ocul. 3, Leitz).

Enfin, en les examinant avec un oculaire micrométrique, on verra qu’elles varient de dimensions entre 1, 2, 3 et même 4 jx de diamètre en tous sens.

B. — Leur disposition réciproque est irrégulière en ce sens que leur réunion ne dessine aucune figure, aucune série linéaire, aucune

(1) Sabouraud. Diagnostic et trait-, de la pelade et des teignes de l'enfant. Taris, Rueff et O, édit., 1805, p. 102.

chaîne. C’est un agglomérat. Elles sont aussi irrégulièrement juxtaposées l’une par rapport à l’autre que les cailloux d’une mosaïque enchâssés dans un ciment. Mais comme une mosaïque aussi, elles forment une surface continue.

C. — Leur disposition par rapport au cheveu n’est pas celle que le premier examen semble indiquer. En ellèt, il nous semblait d'abord que ces sphérules ou ces spores remplissaient le cheveu et le débordaient. Cela n’est pas.

En examinant le cheveu dans toute sa longueur, on trouvera des points où les spores manquent et où le tissu du cheveu paraîtra. Et sur les bords de cette lacune on verra distinctement que la couche uniforme de spores revêt le cheveu et qu’elle ne le pénètre pas.

Qu’on examine la préparation avec patience, en ayant constamment en main la vis micrométrique du microscope, et alors on conclura que le chèveu est revêtu d’un fourreau de spores contiguës qui sont superposées à lui, non pas contenues en lui. Qu’on imagine une baguette enduite de colle et saupoudrée de sable fin, tel est l'aspect microscopique du cheveu de la tondante à petites spores.

La gaine blanchâtre adhérente au cheveu, que l’on distinguait à l’œil nu autour de la base du cheveu en place, c’est un feutre composé des éléments sporulaires du parasite. C’est une mince gaine parasitaire adhérente au cheveu qui en est revêtu comme un arbre de son écorce.

L’illusion d’optique qui, au microscope, semblait montrer ces spores dans l’intérieur du cheveu, en même temps qu’à sa surface, provient de ce que le cheveu, amolli par l’action de la potasse, est aplati entre la lame et la lamelle qui rapprochent les faces antérieure et postérieure du cheveu, mais en maniant lentement la vis micrométrique on distinguera dans ce cheveu, même aplati, trois plans superposés. Le premier, plan supérieur, c’est le revêtement sporulaire placé entre l’œil et le cheveu.

En abaissant peu à peu l’objectif, on met au point le plan moyen, c’est le cheveu lui-même ; sa substance pigmentée est complètement privée de spores. Et alors la gaine parasitaire n’est plus visible que par sa tranche, sur les bords du cheveu.

Enfin si l’on abaisse encore l’objectif on retrouvera (troisième plan), derrière le cheveu, la môme gaine de spores que l’on observait au-

devant de lui. Mais scs détails seront moins précis parce que l’œil ne pourra les voir qu’au travers du cheveu interposé.

L’ensemble de ces constatations établit d’une façon certaine la disposition des spores du parasite. Elles forment une gaine au cheveu et elles ne le pénètrent pas

Le mycélium du parasite. Conservons la même préparation,

mais observons-la en d’autres points. Cherchons en suivant le cheveu, dans sa longueur, le point où la gaine de spores cesse de l’entourer. Ce point est à 3 millim. au-dessus de son point d’émergence hors de la peau, nous le savons.

Si le cheveu n’est pas assez dissocié en ce point, appuyons légèrement une aiguille sur la lamelle, ce qui l’écrasera un peu ; que verrons-nous? Nous verrons dans l’intérieur du cheveu de minces filaments parallèles, à double paroi, serrés les uns contre les autres comme des sarments de vigne liés ensemble en fagot, en javelle. Ils occupent le centre du cheveu et suivent sa direction. Ils ne sont coupés que de cloisons intercellulaires très espacées et minces : ce sont de longues tiges qui ont chacune la largeur des spores environ.

Enfin en écrasant le cheveu complètement on pourra voir que de ces tiges mycéliennes sortent de fins rameaux, ramifiés à l'infini et se dirigeant irrégulièrement vers la surface du cheveu.

Ces points de détail demandent de grands efforts de technique et ne sont pas facilement visibles. ... »

2° Description de Guuby (1)

... « En soumettant au microscope les cheveux provenant d’individus atteints de cette maladie (Porrigo decalvans), on y remarque une grande quantité de cryptogames qui les entourent de tous côtés et leur forment une véritable gaine végétale qui les accompagne depuis leur sortie de la peau jusqu’à une distance de 1 à 3 millimètres.

En examinant au microscope la gaine dont je parle, on voit sa véritable composition végétale.

Les cryptogames en sont admirablement rangés et feutrés pour constituer un tuyau ou gaine végétale solide autour de chaque che-

(1) GRDBY.idC. oit.

veu. Ces cryptogames sont composés de branches, tiges et sporules.

Les brandies prennent naissance dans le tissu du cheveu et constituent la couche interne de la gaine, tandis que les sporules forment la couche externe. (L’épaisseur de la paroi de la gaine est égale à de millimètre de diamètre )

Les tiges ont une forme ondulée ; elles suivent la direction des libres du cheveu ; elles sont transparentes : leur diamètre est de

— — à de millimètre de diamètre.

Dans leur intérieur elles ne contiennent point de molécules, elles se bifurquent quelquefois en formant des branches d’un angle de 30 jusqu’à 50 degrés. Les tiges et les branches sont du reste du même diamètre.

Les branches se distinguent des tiges par des sporules qui les accompagnent ;• elles se terminent à la surface externe de la gaine en se couvrant complètement de sporules.

Les sporules garnissent la surface externe de la gaine et se pressent les unes contre les autres au même niveau ; cependant on en rencontre quelques-unes à la surface des cheveux, adhérentes aux branches.

Les sporules sont ordinairement rondes ; il y en a aussi quelques-

unes d’ovales: leur diamètre est de — — à — — demillim. Les sporules ’ 1000 1000 2 5 r 4

ovales sont un peu plus grandes : elles ont de à sur — — à

i-^-— de millim. de diamètre. Elles sont transparentes, ne contiennent point de molécule dans leur intérieur et dans l’eau elles se gonflent.

J’appellerai ces cryptogames, à cause de la petitesse de ces sporules, microsporum et, pour attacher à cette partie nouvelle de la pathologie le nom de ce célèbre académicien qui, par ses belles recherches sur la muscardine, a beaucoup contribué à diriger les esprits sur les plantes parasites qui détruisent les tissus vivants des animaux, je propose le nom de microsporum Audouini, pour dénoter les individus végétaux qui constituent le Porrigo decalvans.

Le tissu du poil est altéré par la quantité de microsporum Audouini qui se fixe à sa surface. D’abord le cheveu devient opaque à l’endroit où les cryptogames sont placés; sa surface lisse devient rugueuse. L’épithélium qui tapisse la surface des cheveux perd son éclat et sa cohésion ; il tombe peu à peu. Le tissu des cheveux lui-même devient riable, cassant; un tel cheveu casse même par la simple flexion, et

de là, partout où les plantes parasites ont envahi le tissu du cheveu, les cheveux tombent peu à peu jusqu’à ce qu’il n'en reste aucune trace. L’endroit où les cheveux sont tombés est d'un blanc grisai re parce qu’il y a encore une grande quantité de cryptogames qui reste à la surface de l’épiderme dont les cellules sont devenues le siège

Le microsporûtn Audouini commence son développement à

la surface des cheveux à 1 ou 2 millimètres de l’épiderme. On voit le tissu des cheveux devenir moins transparent dans une étendue de — à - — de millimètre. Il se développe de petites molécules à

peine mesurables de à — — de millimètre de diamètre . Le

tissu ainsi altéré est accompagné de libres ou cellules plus larges que les fibres du cheveu, allongées, qui sont placées parallèlement avec l’axe des cheveux, et c’est dans cette partie qu'on observe les premières traces du microsporum Audouini qui, en s'étalant entièrement sur les cheveux et de là par contact immédiat sur plusieurs cheveux, les altèrent peu à peu jusqu’à ce qu’ils tombent en morceaux et produisent l’alopécie.

Les cryptogames se développent en se multipliant avec une rapidité incroyable, il suffit qu’un point de la peau soit atteint pour qu’en peu de jours une plaque de 3 à 4 centimètres soit couverte de plantes parasites.

Les cheveux à l’endroit où ils sortent de la peau deviennent grisâtres et en huit jours ils cassent au même endroit où le cryptogame les entoure. Les cheveux dont le diamètre est le plus épais résistent plus longtemps et, à mesure que les cheveux sortent de leurs follicules, ils sont attaqués par ces plantes parasites ; on y voit même autour les cryptogames s’accumuler et former une petite élévation grisâtre d’un quart à un demi-millimètre de diamètre et ce sont là les mêmes élévations qu’on a considérées comme pustules, vésicules ou sécrétion de follicules sébacés. »

Le souci de Gruby a donc été de décrire un champignon complet avec ses tiges, ses branches et ses spores. Sabouraud a cherché au contraire à donner les caractéristiques du parasite tel qu'il se présente au premier examen, de façon que l’étudiant le moins habile, armé du plus simple microscope, puisse le reconnaître aisément.

L’un a fait œuvre de dermatologiste et l’autre œuvre de mycologue.

Je résumerai ici les deux descriptions précédentes par quelques

schémas qui donneront du microsporum Audouini [une vue d’en semble facile à retenir.

Fig. 1. — Cheveu h umain envahi par le microsporum Auclouini.

Plan supérieur de la préparation montrant la couche de spores qui recouvre le cheveu et le déborde latéralement.

„ b ig. 2. — Cheveu humain envahi par le microsporum Audouini.

Plan moyen de la préparation : la^coucbe|de spores recouvrant le cheveu n’est plus au point, elle n'apparaît plus que sur les bords du cheveu et par sa tranche; le cheveu, mis au point, ne contient pas de spores dans l’intérieur même de sa substance.

Fig. 3. — Cheveu humain envahi par le microsporum Audouini.

La gaine de spores a été dissociée pour montrer, à. l’intérieur du cheveu, les tiges

et branches du champignon.

De cette étude au microscope du microsporum Audouini au niveau du poil, il ressort un fait d’une importance majeure et sur lequel personne n’a jusqu’ici attiré l’attention.

Contrairement à ce que l’on observe pour tous les autres cryptogames parasites de l’homme, le microsporum Audouini se montre dans sa vie parasitaire à l’état de mucédinée complète, possédant une charpente de mycéliums adultes, non divisés en spores mycéliennes et dont partent des rameaux différenciés, chargés à leur extrémité de spores à double contour, de beaucoup plus volumineuses que les rameaux qui les supportent.

Or on sait que, dans aucune mycose actuellement connue, on ne voit le parasite émettre de telles formes de fructification : tout au contraire on le voit se reproduire seulement par fragmentation du mycélium, c’est-à-dire par une sorte de bouture, et cette spore mycélienne est le seul organe de reproduction auquel la vie souffrante du parasite lui permette d’atteindre.

Le microsporum Audouini échappe donc à cette loi jusqu’ici constamment vérifiée et c’est le seul champignon qui puisse parcourir sur l'homme le cycle entier de sa vie de mucédinée.

Cette particularité est, je crois, plus importante pour la différenciation du microsporum Audouini d’avec les autres champignons des teignes humaines et animales que tous les arguments cliniques et microscopiques invoqués jusqu’ici. Elle nous permet de le ranger dans une famille toute spéciale de mucédinées accomplissant leur évolution dans leur vie parasitaire et chez lesquelles l’hyphe sporifère est identique pour le champignon dans ses cultures et dans son existence de parasite.

2° Cultures.

La culture du microsporum du cheval est, comme celle du microsporum de l’enfant, très facile sur les milieux artificiels et surtout sur les milieux sucrés à doses élevées.

Sur le milieu d’épreuve (pept. 0 gr. 80, malt. 3 gr. 5, eau 100 gr., gélose 1 gr. 50), le champignon se développe particulièrement bien. Au troisième jour la culture est déjà apparente sous forme d’une petite touffe de duvet blanc et soyeux dont une partie est immergée dans l’agar. Au bout de trois semaines la culture a pris une extension telle qu’elle recouvre une surface arrondie de 5 centimètres environ de diamètre ; elle revêt alors l’aspect d’un tapis blanc duveteux, légèrement surélevé et dont la partie centrale est marquée par une petite acumination arrondie duveteuse. Sur ce tapis duveteux on voit parfois se creuser des sillons dont la disposition figure des rayons autour du centre.

A la périphérie de la culture, vers le quinzième jour environ d’autres fois plus tardivement, on voit se former un cercle de duvet blanc, séparé du rebord de la culture par une zone de trois à quatre millimètres complètement glabre, grisâtre et dont la coloration est dans certains cas brun rougeâtre.

Lorsque la culture est vieille d’un mois environ, elle change un peu de couleur et de blanche qu’elle était, elle prend une teinte légèrement jaunâtre.

Sur agar au moût de bière, la culture du microsporum du cheval est tout à fait spéciale. Elle naît vers vers le deuxième ou troisième joursous forme d’une petite étoile de mycéliums grisâtres, immergés,

qui s’agrandit rapidement pour acquérir son extension complète au bout d’un mois à peu près. A ce moment le centre de la culture est rouge -jaunâtre, souvent recouvert d'un léger duvet blanc puis tout autour de cette partie centrale se voit une large auréole de mycéliums immergés dans l’agar et d’une belle couleur rose presque rouge.

Sur pomme de terre, la culture est également chromogène, elle y végète toutefois beaucoup moins abondamment que sur le milieu d’épreuve ou sur l’agar au moût de bière.

Le long de la strie d’ensemencement sur pomme de terre, la culture prend l’aspect d’une traînée grisâtre, un peu surélevée et présentant par places de petits îlots blancs duveteux. Au bout de quinze jours environ, la couleur change et devient jaune rougeâtre plus ou moins foncé.

Sur ce milieu, comme sur les précédents, la vie du microsporum du cheval est longue. J’ai pu, dans mes cultures, le retrouver vivant au bout de deux mois, et cela aussi bien sur pomme de terre que sur agar au moût de bière ou que sur milieu d’épreuve.

En comparant les cultures du microsporum du cheval avec celles du microsporum de l’enfant, pour la description détaillée desquelles je renvoie à l’ouvrage de Sabouraud, on trouvera des analogies frappantes telles que le pouvoir chromogène sur pomme de terre, le développement autour des cultures de cercles blanc duveteux, l’aspect en tapis de duvet blanc, la durée fort longue de la vie du champignon sur pomme de terre, fait inverse de ce que l’on observe pour les trichophytons qui périssent en trois semaines sur ce milieu. 11 existe cependant certaines différences entre les cultures du microsporum de l’enfant et celles du microsporum du cheval. Ainsi sur agar ou moût de bière le microsporum de l’enfant donne une série de cercles duveteux concentriques et ne prend pas cette auréole rose rouge que j’ai observée pour le microsporum du cheval. Sur pomme de terre, le microsporum de l’enfant est par contre plus souvent chromogène que celui du cheval. Il donne rapidement une traînée rouge brun, comparée justement par Sabouraud à une trace de sang desséché, tandis que le microsporum du cheval ne donne qu’une coloration jaune et qui m’a toujours paru assez tardive.

3° Inoculations expérimentales.

Je n'ai pas pu inoculer le microsporum du cheval à d’autre espèce animale que le cobaye ; dans ce cas l’inoculation est facile, mais ne détermine qu'une lésion peu durable et qui guérit spontanément. Quatre à cinq jours après l’inoculation des spores du champignon on voit sur la peau du cobaye se produire une lésion rouge arrondie, légèrement squameuse, dont le parasite peut être extrait aisément ; au bout de quinze jours ou trois semaines, cette lésion, qui ne dépasse guère la dimension d’une pièce de un franc ou de deux francs, disparaît spontanément et les rétro-cultures pratiquées à ce moment restent négatives.

Chez l’homme j’ai inoculé deux fois le microsporum du cheval sur la peau glabre, mais je n’ai pu amener dans ces deux cas que la production d’une petite plaque squameuse et légèrement rouge dans laquelle le parasite disparut au bout de quinze jours.

Il me semble que ces inoculations doivent être faites surtout sur les équidés ; malheureusement ces expériences sont difficiles dans la plupart des laboratoires et, pour ma part, je n'ai pu les pratiquer jusqu’ici du moins.

4° Mycoloyie.

Avant d'aborder la partie mycologique de mon sujet, je tiens à remercier tout d'abord M. Pr illieux, professeur de botanique et de pathologie végétale à l’Institut agronomique, qui a bien voulu me recevoir avec la plus grande bienveillance dans son laboratoire et dont la haute compétence en mycologie a été mon plus solide appui au cours de mes recherches botaniques.

C’est en collaboration avec M. le Dr Delacroix, maître de conférences à l' Institut agronomique et chef du laboratoire de pathologie végétale, que j’ai étudié le microsporum du cheval ; je ne saurais lui être trop reconnaissant des excellents conseils qu’il m’a donnés et de l’amabilité avec laquelle il a bien voulu s’associer au travail que j’avais entrepris.

Je crois, qu’au point de vue mycologique, le microsporum Audouini de l’enfant et le rnicrosporum du cheval ne sont que des variétés d’une même espèce; je commencerai donc par décrire ce que j’ai vu dans les cultures du rnicrosporum Audouini de l’enfant.

1° Microsporum Audouini (Grury-Sabouraud).

Lorsqu’on transporte des spores du microsporum Audouini provenant d’un cheveu d’enfant, dans une goutte de bouillon suspendue et que l’on place la culture à 20°, on voit ces spores germer rapidement et, dès le deuxième jour, donner naissance à des tubes mycéliens latéraux de 1 ^ à 1 p. et demi de diamètre (fig. 4, a) qui s’accroissent rapidement.

Au cinquième jour le mycélium est très abondant et très ramifié, il comprend des filaments principaux plus ou moins rectilignes et des ramifications secondaires contournées, prenant naissance sur les filaments principaux. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas tous semblables.

Les uns, ce sont les moins nombreux, sont réguliers, hyalins, peu cloisonnés, mesurent environ 2 à 3 |i.de diamètre et donnent latéralement des filaments, naissant le plus souvent à angle droit et euxmêmes diversement ramifiés en petites branches contournées comme des lanières de fouet (fig. 4, b).

Les autres filaments principaux du mycélium ont un aspect si particulier et se retrouvent avec une constance telle dans les cultures du microsporum Audouini, qu’ils constituent certainement un des meilleurs caractères distinctifs de l’espèce.

Ces filaments, hyalins, peu cloisonnés, de 2-3 (i. de diamètre, présentent. de distance en distance, des renflements piriformes dont la grosse extrémité est dirigée vers le bout périphérique du filament (fig. 4, c. d.). Ils sont de dimensions un peu variables ; en général ils mesurent 5-8 [j- dans leur plus grand diamètre transversal et 8-16 u dans le sens de leur longueur ; parfois ils donnent naissance à des filaments ramifiés.

Le nombre de ces renflements .piriformes est sujet à de grandes variations mais il m’a toujours paru en raison inverse de l’abondance des formes de fructification pectinées dont je parlerai tout à l'heure. Toutes les fois que la culture végète mal et qu’elle n’atteint que dif-

ficilement à la forme de fructification pectinée,les rendements piriformes sont très abondants, ils sont même parfois si rapprochés les uns des autres qu'ils sont contigus et donnent au filament qui les supporte un aspect moniliforme tout à fait spécial. Ils sont au contraire assez rares et toujours éloignés les uns des autres sur le mycélium lorsque les formes pectinées sont fréquentes et bien développées.

Fig. 4. — Microsporum Audouini (de l’enfant ). — Culture en goutte suspendue sur bouillon mannité à 3,5 0/0 (grossiss1 430 diarn. Ch. Cl.Nachet).

a. Germination des spores de la vie parasitaire (2° jour). — b. Filament de mycélium régulier donnant naissance à des rameaux contournés en lanières (5° jour). — c. d. Formation des chlamydospores (5e jour). — e. Chlamydospore développée (6e jour).

Je crois qu’il faut interpréter ces renflements piriformes dans le sens de chlamydospores ; j’ai pu voir, en effet, et cela dès le sixième jour, le protoplasma se condenser à l’intérieur de certains d’entre eux tandis que leur enveloppe s'épaississait en prenant un double contour et que le rameau sur lequel ils étaient nés, s’atrophiait de plus en plus (fig. 4, e).

Dans les cultures en gouttes suspendues, vers le cinquième ou

sixième jour, on voit apparaître les formes de reproduction coni~ diennes, caractéristiques du microsporum Audouini, ce sont les formes pectinées qui ont été signalées pour la première fois par Sabouraud.

Je dois tout d’abord faire remarquer que ces formes de fructification conidienne ne se produisent que rarement dans les cultures en cellules sur bouillon ordinaire et que si elles existent dans ces cultures, elle sont alors chétives et peu abondantes. Aussi n’ont-elles pas été jusqu’ici décrites dans leur état de parfait développement. Pour combler cette lacune, j’ai cherché l’influence des diverses substances nutritives sur le microsporum Audouini afin de voir si quelqu’une de ces substances ne favoriserait pas la fructification conidienne du champignon.

Après une longue série d’essais sur des milieux diversement composés, j’ai constaté que la mannite exerçait une influence remarquable sur l’apparition et le développement de ces formes pectinées. Dans les bouillons mannités à haute dose (3 gr. 50 p. 100) et faiblement peptonisés (0,8 p. 100) j’ai toujours vu le microsporum Audouini produire très vite des hyplies fertiles caractéristiques, parfaitement développées et en abondance extrême. C’est donc dans les cultures en cellules sur bouillon mannité à 3 gr. 50 p. 100 que je décrirai ces formes de fructification conidienne.

Sur le trajet d’un long filament contourné en lanière de fouet ou encore sur un petit rameau recourbé, naissant directement d’un filament principal rectiligne, un épaississement latéral se produit qui supporte une série de dentelures plus ou moins nombreuses, se prolongeant parfois sur une étendue de 18 à 25 jj,.

Ordinairement ces dentelures ne se trouvent que d'un seul côté et presque toujours sur la convexité de l’hyphe fertile ; leur forme est un peu variable : tantôt mousses et arrondies, elles se terminent dans d’autres cas en pointes plus ou moins aiguës (fig. 5, a. a’, b. c, e).

C’est sur ces conidiophores pectinés que prendront naissance les conidies.

Au sixième jour on en trouve déjà une grande quantité, mais dans la majorité des cas elles sont détachées et forment de petits amas dans la culture ; en prenant toutefois quelques précautions on en voit dans les préparations un certain nombre encore adhérentes (fig. 5, c).

Ces conidies sont sessiles, elles sont de forme un peu allongée, arrondies à leur extrémité libre et tronquées à leur extrémité adhérente (fig. 5, d ) ; elles mesurent à peu près 1 p. à 1 p,5 sur 2 p à 2 p,5.

Quelquefois elles sont tout à fait arrondies (fig. 5, e) et peut-être est-ce là leur apparence à l’état de maturité complète. La formation des conidies n’a pas toujours lieu sur toutes les denticulations des hyphes fertiles, dans ce cas on voit une ou plusieurs de ces denticu-

Fig. 5. — Conidiophores pectines du microsporum Audouini ( de l’enfant). Culture en goutte suspendue sur bouillon mannité (grossiss1 570 diam. Ch. Cl. Nachet).

a, a', b. Conidiophores pectines (cuit, au 7° jour). — e. Naissances des conidies. (7e jour). — d. Conidies détachées (7e jour). — e. Conidies arrondies (9e jour). — /. Conidiophore sur lequel la formation des conidies n'a pas eu lieu (9e jour).

lations revenir à l’état végétatif et donner un rameau plus ou moins développé (fig. 5, a, a’, b, c.).

Lorsque les cultures croissent très vite et abondamment, les denticulations peuvent enfin se'produire d’un côté et de l’autre des hyphes mais alors elles sont souvent terminées en pointe et reviennent presque toutes à l’état végétatif sans donner de conidies (fig. 5, f).

Dans les cultures sur agar au moût de bière ou sur le milieu d’épreuve (pept. : 0!!,80, malt : 3 gr. 5, eau : 100 grammes, gélose : 1 gr. 50), la production des conidies a lieu comme dans les

cultures en gouttes ; cependant j’y ai vu le plus souvent les conidies sessiles naître des deux côtés de l’hyphesporifère qui ne présente que rarement d’épaississement latéral.

Enfin dans les cultures du microsporum Audouini j’ai observé, pour la première fois je crois, vers le quinzième jour sur agar (milieu d’épreuve), vers le septième ou huitième jour dans le bouillon marmite en gouttes suspendues, de gros éléments naissant latéralement sur un rameau, supportés par un mince pédicule et de forme ovoïde plus ou moins allongée. Ils mesurent environ 8-10 sur 20-40 a ; quelquesuns ont un double contour et la plupart sont divisés par une ou plusieurs cloisons transversales (fig. 6, b, c, d, e). J’en ai vu enfin qui

Fig. 6. — Gros éléments ovoïiles dans les cultures du microsporum Audouini (de l'enfant ) (grossies1 480 diam. Ch. Cl. Nachet).

a.b. Culture sur bouillon raannité au septième jour. — c.d. Culture sur milieu d’épreuve au 21° jour. — e. Culture sur milieu d’épreuve au 27e jour.

étaient finement échinulés (fig. 6, a, b, d). Je ne pense pas qu'il s’agisse dans ce cas de clilamydospores car je n'ai pas vu la membrane d’enveloppe de ces formes ovoïdes s’épaissir notablement ; de plus, elles sont ordinairement plusieurs fois cloisonnées et enfin coexistent dans les cultures avec les clilamydospores que j’ai précédemment décrites.

Quant à la place que doit occuper le microsporum Audouini parmi les mucédinées, il me serait actuellement difficile delà fixer, même d’une façon approximative, aussi me bornerai-je à la description

que je viens de faire et qui est la traduction exacte des formes caractéristiques que j’ai constamment retrouvées chez ce champignon (1).

2° Microsporum Audouini. Varietas equinum. Delachoix et

Bodin (2).-

11 est probable que le microsporum du cheval, existant depuis fort longtemps dans la nature - ou sur l’animal, ne trouve pas, sur les milieux artificiels de nos laboratoires, les conditions suffisantes à son développement complet ; sur presque tous ces milieux, en effet, nous n’avons vu ce champignon donner que des formes de souffrance, d’aspect d’ailleurs un peu variable suivant les cas. Sur le bouillon peptonisé à 0,80 p. 100 et mannilé 3,5 p. 100, le microsporum du cheval nous a cependant présenté, dans quelques cultures, des formes de reproduction pectinées tout à fait analogues à celles du microsporum Audouini de l’enfant, aussi croyons-nous que ces deux champignons ne sont que des variétés d’une môme espèce botanique.

Voici comment le microsporum Audouini du cheval se développe dans les cultures en gouttes suspendues sur bouillon mannité.

Les spores de la vie parasitaire germent comme celles du microsporum Audouini de l’enfant et produisent de môme un mycélium ramifié dont les filaments sont tout à fait analogues à ceux de ce dernier.

Quelques filaments sont réguliers, de 2 p environ de diamètre et donnent, à angle droit d’ordinaire, des rameaux plus ou moins contournés en lanières (fig. 7, h).

Mais la majorité des principaux filaments de mycélium est chargée de renflements piriformes, à grosse extrémité dirigée vers la périphérie de la culture et mesurant environ 5-8 [x sur 8- 16 [x, (fig. 7, a ,b,c).

Comme pour le microsporum Audouini de l’enfant ce sont des chlamydospores jeunes en voie de formation. D’une manière générale, nous les avons toujours trouvées en nombre bien plus considé-

(1) M. Vuillemin, en raison des conidiophores pectinés, tend à rapprocher le microsporum Audouini de Sabouraud du genre Martensclla dont le type a été donné par CoEilANS. Bull, de l'Acad. de Belgique, 18G3, p. 53(i, pl. II, fig. 10.

(2) Je rappelle que la description mycologique du microsporum Audouini variété équinûm, est présentée ici pour la première fois au nom de M. le Dr Delacroix et au mien.

rable pour le microsporum du cheval que pour le rnicrosporum de l’enfant et cela plus particulièrement dans le cas où les cultures ne donnaient pas de conidiopliores pectines. Il semble que chaque fois que le champignon n’atteint pas à son mode de fructification caractéristique, les chlamydospores soient destinées par leur nombre à

Fig. 7. — Microsporum Audouini var. equinum. — Cuit, en cellule sur bouillon mannité (grossiss4 430 diam. Ch. Cl. Nacliet). a,b,o. Chlamydospores en voie de formation (6e jour). — d,e,q. Chlamydospores plus développées (15° jour). — f. Chlamydospore terminale. — h. Gros filament de mycélium régulier avec ses rameaux latéraux (6e jour).

assurer la conservation du parasite en l’absence des autres organes de reproduction.

Quelquefois les chlamydospores naissent à l’extrémité d’un rameau, mais elles ne diffèrent pas dans ce cas de celles qui se produisent dans la continuité du mycélium ; elles sont seulement un peu moins elliptiques, ce que l’on doit probablement attribuer à ce que leur extrémité, non en continuité avec le filament, se développe plus librement (fig. 7, f).

Vers le dixième ou douzième jour et souvent plus vite, le contenu de ces chlamydospores, d’abord hyalin, devient plus dense et granuleux en même temps que leur revêtement externe s’épaissit et que le filament qui les a produites s'étiole progressivement et finit par disparaître au bout d’un certain temps (fig. 7, d, e, g,).

Dans certaines cultures, particulièrement dans celle où le nombre des chlamydosporesest, dès le début, assez restreint, le microsporum du cheval nous a présenté des hyphes fertiles pectinées très analogues à celle du microsporum de l’enfant mais cependant, nous devons le dire, moins abondantes et moins vigoureuses que dans ce dernier cas.

Vers le huitième ou neuvième jour les ramifications contournées en lanières ou de petits rameaux recourbés naissant directement d’un gros filament, s’épaississent sur une certaine longueur et se recouvrent, sur cet épaississement, du côté de leur convexité, de dentelures dont le sommet est mousse ou plan ou d’autres fois terminé en pointe, (fig. 8, a, b, c, d).

Ces denticulations supportent les conidies. Ces conidies allongées, mesurent environ 2 jjl à 2 (*, 5 dans leur longueur et ont une forme généralement ovoïde, elles sont même parfois apiculées (fig. 8, b, c). Sous ce rapport elles diffèrent de celles du microsporum Audouini de l'enfant qui ont une forme plus ou moins ovoïde mais qui sont tronquées à leur base et qui ne sont jamais apiculées à leur extrémité libre.

Sur les conidiophores pectinés du microsporum du cheval nous avons observé très fréquemment un fait déjà signalé au sujet du microsporum de l’enfant, c’est l’absence sur une ou plusieurs denticulations de la formation conidienne et le retour à l’état végétatif de ces denticulations; à la place des conidies on voit alors s’élever un rameau plus ou moins développé (fig. 8, d). Parfois même toutes les denticulations d’un conidiophore avortent et il en résulte une série de rameaux divariqués, très rapprochés les uns des autres, le plus souvent terminés en pointe et ressemblant aux dents d’un peigne (fig. 8, e).

Cette disposition est très fréquente dans toutes les cultures du champignon; il semble qu’il y ait eu, dans tous les cas, tendance à la production des conidiophores pectinés mais que le milieu nutritif n’ait pas offert au champignon des conditions suffisantes pour la production conidienne définitive.

Les denliculutions peuvent apparaître d un côté et de l’autre des hy plies, dans ce cas elles sont souvent, comme pour le microsporurn de l’enfant, terminées en pointe et ne donnent pas naissance aux conidies (fîg. 8, f).

Fig. 8. — Microsporurn Audouini , varietas equinum. — Culture en cellule sur bouillon mannité (grossiss4 570 diam. Ch. Cl.Nachet).

a, b, c, d. Conidiophores pectines supportant des conidies ovoïdes et quelquefois apiculées (9° jour). — e. Rameaux divariqués résultant de l’avortement des conidies sur un conidiophore pectiné (10e jour). — /. Hyphe présentant desdenticulations aiguës bilatérales (9° jour). — g, b, i. Gros éléments écbinulés (7° jour) (grossiss4 430 diam. Ch. Cl. Nachet).

Nous avons enfin trouvé maintes fois dans les cultures du microsjporum du cheval de gros éléments ovoïdes, allongés, qui nous paraissent bien devoir être des conidies (fig. 8, g, h, i). Ces grosses conidies, quelquefois sessiles ou supportées par un mince pédicule et naissant latéralement sur les rameaux, mesurent environ 12-15 p. sur 25-40 [•>■; elles sont souvent cloisonnées une ou plusieurs fois transversalement et la plupart du temps elles sont finement échinulées.

Nous ne craignons pas d’insister sur l’analogie extrême qui existe entre les différentes formes que nous venons de décrire pour le microsporum du cheval et celles que l’on observe pour le microsporurn Audouini de l’enfant. La disposition du mycélium, la formation des chlamydospores, les gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois

écliimüés et surtout la présence de ces conidiophores pectines si caractéristiques, offrent pour ces deux champignons un tel degré de ressemblance, qu’il nous semble impossible de ne pas considérer le microsporum du cheval comme une variété du microsporum Audouini de l’enfant due sans doute à l’influence d’une adaptation prolongée au milieu animal.

Dans les cultures qui n’arrivent pas à la formation conidienne pectinée, pathognomonique du genre, et ces cultures sont les plus fréquentes comme nous l’avons dit, le microsporum du cheval ne donne que des formes de souffrance qui ne sont d’ailleurs nullement caractéristiques, ce sont des chlamydospores plus ou moins modifiées ou encore et le plus souvent des formes de reproduction qui se rapprochent beaucoup du genre Endoconidium (1).

Ces formes du type Endoconidium sont particulièrement nettes dans les cultures sur agar au moût de bière.

Les filaments conidifères fertiles présentent à leurs extrémités des chaînes de conidies hyalines le plus souvent séparées par une portion flétrie du filament dont le protoplasma a disparu (fig. 9, a, b, c).

Jeunes et encore enfermées dans le filament, ces conidies sont cylindriques, faiblement arrondies à leurs extrémités; elles sont par-

(1) Le genre Endoconidium a été établi par MM. I’ril lieux et Delacroix pour une forme conidienne d’un discomycète : le Ciboria ( Stromatinia ) temulenta qui attaque les grains de seigle et leur communique des propriétés stupéfiantes. Ce genre est caractérisé par des conidies disposées en chapelet mais naissant dans l’intérieur et vers l’extrémité des filaments. Ces conidies se détachent et sortent au fur et à mesure de leur maturité [Bull, de la Soc. mycol. de France, t. VII, p. 116; VIII, p. 22; IX, p. 200).

L’un des types du genre Endoconidium ( Endoconidium Megnini) a été décrit par M. F. Heim et dans des conditions qui nous semblent particulièrement intéressantes. Il s’agissait d'un champignon trouvé sur la tête d’un cadavre d'enfant ayant séjourné plusieurs semaines dans une cave. La formation des conidies à l’intérieur et à l’extrémité des filaments fertiles était absolument nette dans ce cas. De plus, M. Heim a vu sur ce champignon de gros éléments échinulés de 20-25 jx environ, dont il tend à faire des chlamydospores mais sur la nature desquels il hésite cependant à se prononcer en l’absence de cultures pures.

Nous ne pouvons nous empêcher d’être frappé, dans cette intéressante observation, d'abord par la provenance du champignon, puis par l’analogie de la production conidienne et des gros éléments échinulés de l’ Endoconidium Megnini avec ce que l’on observe dans certaines cultures du microsporum du cheval. Malheureusement l’examen des cheveux du cadavre d’enfant sur lequel existait l' Endoconidium Megnini , n'a pas été pratiqué au point de vue de la teigne.

fois cloisonnées une ou deux fois transversalement et mesurent environ 4 ^ de diamètre transversal sur une longueur oscillant entre 12 et 20 jj. (fig. 9, a).

Elles peuvent s’isoler et être mises ainsi en liberté avec leurs cloisons (fig. 9, d, e) ou bien encore les conidies, nées à l’extrémité du filament, se résolvent en articles unicellulaires qui prennent une forme arrondie ou un peu ovale mesurant environ 4;j.de longueur (fig. 9, b).

Les articles cylindriques jeunes sont parfois le point de départ d’un

Fig. 9. — Miorosporum Audouini, var . equinum. — Culture sur agar au moût

de bière au 15e jour.

a. Forme JSndoconidium jeune à l’extrémité d'un filament (grossiss1 480 diam. Ch. Cl. Oberhauser). — 1>. Forme Endoconidivm plus développée (grossiss1 630 diam. Ch. Cl. Oberhauser). — c. Une conidie commence à végéter à l’intérieur du filament flétri. — d,e. Conidies isolées. — f,g,h,i. Bourgeonnement des conidies.

bourgeonnement latéral qui reproduit une nouvelle chaîne de conidies (fig. 9, c).

Les conidies développées sont remplies d’un plasma un peu granuleux et se distinguent facilement des filaments par leur réfringence plus marquée ; l’épaisseur de leur paroi reste toujours faible et ce fait, joint à la moindre densité du protoplasma, permet toujours de différencier avec certitude les endoconidies des chlamydospores.

Nous avons pu observer le début de la germination de ces endoconidies ; on les voit alors pousser, latéralement ou h leurs extrémités, des prolongements plus ou moins volumineux et prendre une forme tout à fait irrégulière (fig. 9 f, g, h, i). Dans les cultures qui végètent pauvrement nous avons enfin trouvé des chlamydospores modi-

fiées et des formes de souffrance différentes des chlamydospores, au moins au point de vue de leur origine, mais qui nous semblent appelées à remplir le même but, c’est-à-dire la conservation de l’espèce sur les milieux peu favorables ne permettant pas la formation des conidies.

Ces chlamydospores modifiées prennent à peu près la forme d’un tonneau, elles sont tronquées à leurs deux extrémités, quelquefois arquées et même uniseptées (fig. 10, b, c, d, e, f,).

A côté de ces chlamydospores se voient de nombreux filaments

Fig. 10. — Formes de souffrance du microsporum Audouini, var. equinvm. Culture sur pomme de terre de six semaines (grossisst 480 diam. Ch. Cl. Oberhauser).

a. Extrémité d’un filament de mycélium cloisonné. — b. Chlamydospore uniseptée et arquée. — c. Chlamydospore tronquée à ses extrémités. — d. e. f. Chlamydospores tronquées à leurs extrémités, culture en cellule sur bouillon (11e jour.)

mycéliens qui se sont cloisonnés dans une grande partie ou même dans la totalité de leur longueur. Ces cloisons isolent ainsi de nombreux articles dont la paroi s’épaissit et dont le plasma devient granuleux, ce qui les distingue des endoconidies décrites précédemment (fig. 10, a).

Entre les formes endoconidiennes et les formes de souffrance dont nous venons de parler, il semble d’ailleurs exister toute une série de formes intermédiaires qui peuvent se rencontrer dans tous les cas où les cultures n’atteignent pas à leur développement normal et à la fructification conidienne pectinée, la seule qui soit vraiment caractéristique du microsporum Audouini du cheval, aussi bien que du microsporum Audouini de l’enfant.

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