‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 11 sur 30 · MERE · texte numérisé non relu

MERE

qui s'agrandit rapidement pour acquérir son extension complète au bout d’un mois à peu près. À ce moment le centre de la culture est blanc-jaunâtre, souvent recouvert d’un léger duvet blanc, puis tout autour de cette partie centrale se voitune large auréole de mycéliums immergés dans l’agar et d’une belle couleur rose presque rouge.

Sur pomme de terre, la culture est également chromogène, elle y végète toutefois beaucoup moins abondamment que sur le milieu d’épreuve ou sur l’agar au moût de bière.

Le long de la strie d’ensemencement sur pomme de terre, la culture

prend l'aspect d'une traînée grisâtre un peu surélevée et présentant par places de petits îlots blancs duveteux. Au bout de quinze jours environ, la couleur change et devient jaune rougeâtre plus ou moins foncé.

Sur ce milieu, comme sur les précédents, la vie du microsporum du cheval est longue. J'ai pu, dans mes cultures, le retrouver vivant au bout de deux mois, et cela aussi bien sur pomme de terre que sur agar au moût de bière ou que sur milieu d'épreuve.

En comparant les cultures du microsporum du cheval avec celles du microsporum de l'enfant, pour la description détaillée desquelles je renvoie à l'ouvrage de Sabouraud, on trouvera des analogies frappantes telles que le pouvoir chromogène sur pomme de terre, le déve loppement autour des cultures de cercles blanc duveteux, l'aspect en tapis de duvet blanc, la durée fort longue de la vie du champignon sur pomme de terre, fait inverse de ce que l’on observe pour les trichophytons qui périssent en trois semaines sur ce milieu. Il existe cependant certaines différences entre les cultures du microsporum de l'enfant et celles du microsporum du cheval. Ainsi sur agar ou moût de bière le microsporum de l'enfant donne une série de cercles duveteux concentriques, et ne prend pas cette auréole rose rouge que j'ai observée pour le microsporum du cheval. Sur pomme de terre, le microsporum de l'enfant est par contre plus souvent chromogène que celui du cheval. [1 donne rapidement une traînée rouge brun, comparée justement par Sabouraud à une trace de sang desséché, tandis que le microsporum du cheval ne donne qu’une coloration

jaune et qui m'a toujours paru assez tardive.

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3° Inoculations expérimentales.

Je n’ai pas pu inoculer le microsporum du cheval à d'autre espèce animale que le cobaye ; dans ce cas l’inoculation est facile, mais ne détermine qu’une lésion peu durable et qui guérit spontanément. Quatre à cinq jours après l’inoculation des spores du champignon on voit sur la peau du cobaye se produire une lésion rouge arrondie, légèrement squameuse, dont le parasite peut être extrait aisément ; mais, au bout de quinze jours ou trois semaines, cette lésion, qui ne dépasse guère la dimension d’une pièce de un franc ou de deux francs, disparaît spontanément et les rétro-cultures pratiquées à ce moment restent négatives.

Chez l’homme j'ai inoculé deux fois le microsporum du cheval sur la peau glabre, maïs je n’ai pu amener dans ces deux cas que la production d’une petite plaque squameuse et légèrement rouge dans laquelle le parasite disparut au bout de quinze jours.

Il me semble que ces inoculations doivent être faites surtout sur les équidés ; malheureusement, ces expériences sont difficiles dans la plupart des laboratoires et, pour ma part, je n’ai pu les pratiquer, jusqu'ici du moins.

40 Mycologie.

Avant d'aborder la partie mycologique de mon sujet, je tiens à remercier tout d'abord M. Prillieux, professeur de botanique et de pathologie végétale à l’Institut agronomique, qui a bien voulu me recevoir avec la plus grande bienveillance dans son laboratoire et dont la haute compétence en mycologie a été mon plus solide appui au cours de mes recherches botaniques.

C’est en collaboration avec M. le D' Delacroix, maître de conférences à l’Institut agronomique et chef du laboratoire de pathologie végétale, que j'ai étudié le microsporum du cheval; je ne saurais lui être trop reconnaissant des excellents conseils qu'il m'a donnés et de l’'amabilité avec laquelle il a bien voulu s'associer au travail que j'avais entrepris.

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Je crois, qu’au point de vue mycologique, le microsporum Audouini de l'enfant et le microsporum du cheval ne sont que des variétés d'une même espèce; je commencerai donc par décrire ce que j'ai vu dans les cultures du microsporum Audouini de l'enfant.

1° Microsporum Audouini (GruBy-SABOURAUD).

Lorsqu'on transporte des spores du microsporum Audouini provenant d'un cheveu d'enfant, dans une goutte de bouillon suspendue, et que l’on place la culture à 20°, on voit ces spores germer rapidement et,dès le deuxième jour, donner naissance à des tubes mycéliens latéraux de 1 & à 1 & et demi de diamètre (fig. 4, a) qui s’accroissent rapidement.

Au cinquième jour le mycélium est très abondant et très ramifié, il comprend des filaments principaux plus ou moins rectilignes et des ramifications secondaires contournées, prenant naissance sur les filaments principaux, Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas tous semblables.

Les uns, ce sont les moins nombreux, sont réguliers, hyalins, peu cloisonnés, mesurent environ 2 à 3 y de diamètre et donnent latéralement des filaments, naissant le plus souvent à angle droit et euxmêmes diversement ramifiés en petites branches contournée comme des lanières de fouet (fig. 4, b).

Les autres filaments principaux du mycélium ont un aspect si particulier et se retrouvent avec une constance telle dans les cultures du microsporum Audouini, qu'ils constituent certainement un des meilleurs caractères distinctifs de l’espèce.

Ces filaments, hyalins, peu cloisonnés, de 2-3 y de diamètre, présentent, de distance en distance, des renflements piriformes dont la grosse extrémité est dirigée vers le bout périphérique du filament (fig. 4, c. d.). Ils sont de dimensions un peu variables ; en général ils mesurent 5-8 y dans leur plus grand diamètre transversal et 8-16 4 dans le sens de leur longueur ; parfois ils donnent naissance à des filaments ramifiés.

Le nombre de ces renflements piriformes est sujet à de grandes variations, mais il m'a toujours paru en raison inverse de l'abondance des formes de fructification pectinées dont je parlerai tout à l'heure. Toutes les fois que la culture végète mal et qu’elle n'atteint que dif-

Er EE ficilement à la forme de fructification pectinée,les renflements piriformes sont très abondants, ils sont même parfois si rapprochés les uns des autres qu'ils sont contigus et donnent au filament qui les supporte un aspect moniliforme tout à fait spécial. Ils sont au contraire assez rares et toujours éloignés les uns des autres sur le mycélium lorsque les formes pectinées sont fréquentes et bien développées.

F1G. 4. — Microsporum Audouini (de l'enfant). — Culture en goutte suspendue sur bouillon mannité à 3,5 0/0 (grossint 430 diam. Ch. CI. Nachet).

a. Germination des spores de la vie parasitaire (2° jour). — D. Filament de mycélium régulier donnant naissance à des rameaux contournés en lanières (5° jour). — c.d.Formation des chlamydospores (5° jour). — e. Chlamydospore développée (6° jour).

Je crois qu'il faut interpréter ces renflements piriformes dans le sens de chlamydospores ; j'ai pu voir, en effet, et cela dès le sixième jour, le protoplasma se condenser à l’intérieur de certains d’entre eux tandis que leur enveloppe s’épaississait en prenant un double contour et que le rameau sur lequel ils étaient nés, s’atrophiait de plus en plus (fig. 4, e).

Dans les cultures en gouttes suspendues, vers le cinquième ou

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sixième jour, on voit apparaître les formes de reproduction conidiennes, caractéristiques du microsporum Audouini, ce sont les formes pectinées qui ont été signalées pour la première fois par Sabouraud.

Je dois tout d’abord fairé remarquer que ces formes de fructification conidienne ne se produisent que rarement dans les cultures en cellules sur bouillon ordinaire et que si elles existent dans ces cultures, elle sont alors chétives et peu abondantes. Aussi n'ont-elles pas été jusqu'ici décrites dans leur état de parfait développement. Afin de combler cette lacune j'ai cherché l'influence des diverses substances nutritives sur le microsporum Audouini afin de voir si quelqu'une de ces substances ne favoriserait pas la fructification conidienne du champignon.

Après une longue série d’essais sur des milieux diversement composés, j'ai constaté que la mannite exerçait une influence remarquable sur l'apparition et le développement de ces formes pectinées. Dans les bouillons mannités à haute dose (3 gr. 50 p. 100) et faiblement peptonisés (0,8 p. 100) j'ai toujours vu le microsporum Audouini produire très vite des hyphes fertiles caractéristiques, parfaitement développées et en abondance extrême. C’est donc dans les cultures en cellules sur bouillon mannité à 3 gr. 50 p. 100 que je décrirai ces formes de fructification conidienne.

Sur le trajet d’un long filament contourné en lanière de fouet, ou “encore sur un petit rameau recourbé, naissant directement d’un filament principal rectiligne, un épaississement latéral se produit qui supporte une série de dentelures plus ou moins nombreuses, se prolongeant parfois sur une étendue de 18 à 25 y.

Ordinairement ces dentelures ne se trouvent que d’un seul côté et presque toujours sur la convexité de l’hyphe fertile ; leur forme est un peu variable : tantôt mousses et arrondies, elles se terminent dans d’autres cas en pointes plus ou moins aiguës (fig. 5, a, a’, h,c,e).

C'est sur ces conidiophores pectinés que prendront naissance les conidies.

Au sixième jour on en trouve déjà une grande quantité, mais dans la majorité des cas elles sont détachées et forment de petits amas dans la culture : en prenant toutefois quelques précautions on en voit dans les préparations un certain nombre encore adhérentes (fig. 5, c).

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Ces conidies sont sessiles, elles sont de forme un peu allongée, arrondies à leur extrémité libre et tronquées à leur extrémité adhérente (fig. 5, d) ; elles mesurent à peu près 1 u à 1 p,5 sur 2 u à 2 u,5.

Quelquefois elles sont tout à fait arrondies (fig. 5,e) et peut-être est-ce là leur apparence à l’état de maturité complète. La formation des conidies n’a pas toujours lieu sur toutes les denticulations des hyphes fertiles, dans ce cas on voit une ou plusieurs de ces denticu-

F1G. 5. — Formes de fructification conidiennes pectinées du microsporum Audouwini (de l'enfant). Culture en goutte suspendue sur bouillon mannité (grossis' 570 diam. Ch. CI. Nachet).

a,;&', b. Conidiophores pectinés (cult. au 7e jour). — €. Naissances des conidies, (7e jour). — 4. Conidies détachées (7e jour). — e. Conidies arrondies (99 jour). — J. Conidiophore sur lequel la formation des conidies n’a pas eu lieu (9 jour).

lations revenir à l’état vég'étatif et donner un rameau plus ou moins développé (fig. 5, a, à’, b, c.).

Lorsque les cultures croissent très vite et abondamment, les denticulations peuvent enfin se’produire d'un côté et de l’autre des hyphes, mais alors elles sont souvent terminées en pointe et reviennent presque toutes à l’état végétatif sans donner de conidies (fig. 5, f).

Dans les cultures sur agar au moût de bière ou sur le milieu d’épreuve (pept. : 95,80, malt : 3% gr. 5, eau : 100 grammes, gélose : 1 gr. 50) la production des conidies a lieu comme dans les

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cultures en gouttes ; cependant j'y ai vu le plus souvent les conidies sessiles naître des deux côtés de l’hyphe sporifère qui ne présente que rarement d’épaississement latéral.

Enfin dans les cultures du microsporum Audouini, j'ai observé pour la première fois je crois, vers le quinzième jour sur agar (milieu d’épreuve), vers le septième ou huitième jour dans le bouillon mannité en gouttes suspendues, de gros éléments naissant latéralement sur un rameau, supportés par un mince pédicule et de forme ovoïde plus ou moins allongée. Ils mesurent environ 8-10 |: sur 20-40 4 ; quelquesuns ont un double contour et la plupart sont divisés par une ou plusieurs cloisons transversales (fig. 6, b, c, d, e). J'en ai vu enfin qui

F1G. 6. — Gros éléments ovoïdes dans les cultures du microsporum Audouinri - (de l'enfant) (grossisst 480 diam. Ch. CI. Nachet).

a.b. Culture sur bouillon mannité au septième jour. — c.4. Culture sur milieu d'épreuve au 21° jour. — e. Culture sur milieu d’épreuve au 27° jour.

étaient finement échinulés (fig. 6, a, b, d). Je ne pense pas qu'il s'agisse dans ce cas de chlamydospores, car je n’ai pas vu la membrane d’enveloppe de ces formes ovoïdes s’épaissir notablement ; de plus, elles sont ordinairement plusieurs fois cloisonnées et enfin coexistent dans les cultures avec les chlamydospores que j'ai précédemment décrites.

Quant à la place que doit occuper le microsporum Audouini parmi les mucédinées, il me serait actuellement difficile de la fixer, même d'une façon approximative, aussi me bornerai-je à la description

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que je viens de faire et qui est la traduction exacte des formes caractéristiques que j'ai constamment retrouvées chez ce champignon (1).

2° Microsporum Audouini. Varietas equinum. DELacroiïix et Bopix (2).

Il est probable quele microsporum du cheval, existant depuis fort longtemps dans la nature ou sur l'animal, ne trouve pas, sur les milieux artificiels de nos laboratoires, les conditions suffisantes à son développement cornplet ; sur presque tous ces milieux, en effet, nous n'avons vu ce champignon donner que des formes de souffrance, d'aspect d'ailleurs un peu variable suivant les cas. Sur le bouillon peptonisé à 0,80 p. 100 et mannité 3,5 p. 100, le microsporum du cheval nous a cependant présenté, dans quelques cultures, des formes de reproduction pectinées tout à fait analogues à celles du microsporum Audouiri de l'enfant, aussi croyons-nous que ces deux champignons ne sont que des variétés d’une même espèce botanique.

Voici comment le microsporum Auduini du cheval se développe dans les cultures en gouttes suspendues sur bouillon mannité.

Les spores de la vie parasitaire germent comme celles du microsporum Audouini de l'enfant et produisent de même un mycélium ramifié dont les filaments sont tout à fait analogues à ceux de ce dernier.

Quelques filaments sont réguliers, de 2 y environ de diamètre et donnent, à angle droit d'ordinaire, des rameaux plus ou moins contournés en lanières (fig. 7, h).

Mais la majorité des principaux filaments de mycélium est chargée de renflements piriformes, à grosse extrémité dirigée vers la périphérie de la culture et mesurant environ 5-8 4 sur 8-16 y, (fig. 7,a,b,c).

Comme pour le microsporum Audouini de l'enfant ce sont des chlamydospores jeunes en voie de formation. D'une manière générale, nous les avons toujours trouvées en nombre bien plus considé-

(1) M. Vuillemin, en raison des conidiophores pectinés, tend à rapprocher le microsporum Audowini de Sabouraud du genre Martensella dont le type a été donné par CoEMaxs. Bull. de l'Acad. de Belgique, 1863, p. 536, pl. II, fig. 10.

(2) Je rappelle que la description mycologique du microsporum Audouini variété équinum, est présentée ici pour la première fois au nom de M. le Dr Delacroix et au mien.

no

rable pour le microsporum du cheval que pour le microsporum de l'enfant et cela plus particulièrement dans le cas où les cultures ne donnaient pas de conidiophores pectinés. Il semble que chaque fois que le champignon n'atteint pas à son mode de fructification caractéristique, les chlamydospores soient destinées par leur nombre à

F1G. 7.-- Microsporum Audouini var. equinum. — Cult. en cellule sur bouillon mannité (grossist 430 diam. CI. Nachet).

a,b,e. Chlamydospores en voie de formation (6° jour). — 4,e,g. Chlamydospores plus développées (15e jour). — f. Chlamydospore terminale. — %. Gros filament de mycélium régulier avec ses rameaux latéraux (6° jour).

assurer la conservation du parasite en l’absence des autres organes de reproduction. |

Quelquefois les chlamydospores naissent à l'extrémité d’un rameau, mais elles ne diffèrent pas dans ce cas de celles qui se produisent dans la continuité du mycélium ; elles sont seulement un peu moins elliptiques, ce que l’on doit probablement attribuer à ce que leur extrémité, non en continuité avec le filament, se développe plus librement (fig. 7, f).

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Vers le dixième ou douzième jour, et souvent plus vite, le contenu de ces chlamydospores, d'abord hyalin, devient plus dense et granuleux en même temps que leur revêtement externe s’épaissit et que le filament qui les a produites s'étiole progressivement et finit par disparaître au bout d’un certain temps (fig. 7, d, e, g,).

Dans certaines cultures, particulièrement dans celle où le nombre des chlamydospores est, dès le début, assez restreint, le microsporum du cheval nous a présenté des hyphes fertiles pectinées très analogues à celle du microsporum de l'enfant, mais cependant, nous devons le dire, moins abondantes et moins vigoureuses que dans ce dernier cas.

Vers le huitième ou neuvième jour les ramifications contournées en lanières ou de petits rameaux recourbés naissant directement d'un gros filament, s'épaississent sur une certaine longueur et se recouvrent, sur cet épaississement, du côté de leur convexité, de dentelures dont le sommet est mousse ou plan ou d’autres fois terminé en pointe. (fig: 8,2: bc, d).

Ces denticulations supportent les conidies. Ces conidies allongées, mesurent environ 2 y à 2 y, 5 dans leur longueur et ont une forme généralement ovoïde, elles sont même parfois apiculées (fig. 8, b, c). Sous ce rapport elles diffèrent de celles du microsporum Audouini de l'enfant qui ont une forme plus ou moins ovoide mais qui sont tronquées à leur base et qui ne sont jamais apiculées à leur extrémité libre.

Sur les conidiophores pectinés du microsporum du cheval nous avons observé très fréquemment un fait déjà signalé au sujet du microsporum de l'enfant, c’est l'absence sur une ou plusieurs denticulations de la formation conidienne et le retour à l’état végétatif de ces denticulations; à la place des conidies on voit alors s'élever un rameau plus ou moins développé (fig. 8, d). Parfois même toutes les denticulations d’un conidiophore avortent et il en résulte une série de rameaux divariqués, très rapprochés les uns des autres, le plus souvent terminés en pointe et ressemblant aux dents d’un peigne (fig. 8,e).

Cette disposition est très fréquente dans toutes les cultures du champignon ; il semble qu’il y ait eu, dans tous les cas, tendance à la production des conidiophores pectinés, mais que le milieu nutritif n'ait pas offert au champignon des conditions suffisantes pour la production conidienne définitive.

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Les denticulations peuvent apparaître d'un côté et de l’autre des hyphes, mais alors elles sont souvent, comme pour le microsporum de l’enfant, terminées en pointe et ne donnent pas naissance aux

conidies (fig. 8, f).

L2 F1G. 8. — Microsporum Audouini varietas equinuwm. — Culture en cellule sur bouillon mannité (grossisst 570 diam. Ch. CI. Nachet).

a, b, c, d. Conidiophores pectinés supportant des conidies ovoïdes et quelquefois apiculées (9° jour). — e. Rameaux divariqués résultant de l'avortement des conidies sur un conidiophore pectiné (108 jour). — f. Hyphe présentant des denticulations aiguës bilatérales (9° jour). — g, À, à Gros éléments échinulés (7e jour) (grossisst 430 diam. Ch. CI. Nachet).

Nous avons enfin trouvé maintes fois dans les cultures du microsporum du cheval de gros éléments ovoïdes, allongés, qui nous paraissent bien devoir être des conidies (fig. 8, g, h, i). Ces grosses conidies, quelquefois sessiles ou supportées par un mince pédicule et naissant latéralement sur les rameaux, mesurent environ 12-15 y sur 25-40 y; elles sont souvent cloisonnées une ou plusieurs fois transversalement et la plupart du temps elles sont finement échinulées.

Nous ne craignons pas d’insister sur l’analogie extrême qui existe entre les différentes formes que nous venons de décrire pour le microsporum du cheval et celles que l’on observe pour le microsporum Audouini de l'enfant. La disposition du mycélium, la formation des chlamydospores, les gros éléments ovoïdes, allongés, quelquefois

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échinulés et surtout la présence de ces conidiophores pectinés si caractéristiques offrent pour ces deux champignons un tel degré de ressemblance, qu'il nous semble impossible de ne pas considérer le microsporum du cheval comme une variété du microsporum Audouini de l'enfant due sans doute à l'influence d’une adaptation prolongée au milieu animal.

Dans les cultures qui n'arrivent pas à la formation conidienne pectinée pathognomonique du genre, et ces cultures sont les plus fréquentes comme nous l'avons dit, le microsporum du cheval ne donne que des formes de souffrance qui ne sont d’ailleurs nullement caractéristiques, ce sont des chlamydospores plus ou moins modifiées ou encore et le plus souvent des formes de reproduction qui se rapprochent beaucoup du genre Endoconidium (1).

Ces formes du type Endoconidium sont particulièrement nettes dans les cultures sur agar au moût de bière.

Les filaments conidifères fertiles présentent à leurs extrémités des chaînes de conidies hyalines le plus souvent séparées par une portion flétrie du filament dont le protoplasma a disparu (fig. 9, a, b, c).

Jeunes et encore enfermées dans le filament, ces conidies sont cylindriques, faiblement arrondies à leurs extrémités ; elles sont par-

(1) Le genre Endoconidium a ét6 établi par MM. Prillieux et Delacroix pour une forme conidienne d’un discomycète :le Ciboria (Stromatinia) temulenta qui attaque les grains de seigle et leur communique des propriétés stupéfiantes. Ce genre est caractérisé par des conidies disposées en chapelet mais naissant dans l’intérieur et vers l'extrémité des filaments. Ces conidies se détachent et sortent au fur et à mesure de leur maturité (Bull. de la Soc. mycol. de France, t. VII, p. 116; VIII, p. 22; IX, p. 200).

L'un des types du genre Ændoconidium (Endoconidium Megnini) a été décrit par M. F. Heimet dans des conditions qui nous semblent particulièrement intéressantes. Il s'agissait d’un champignon trouvé sur la tête d’un cadavre d'enfant ayant séjourné plusieurs semaines dans une cave. La formation des conidies à l’intérieur et à l'extrémité des filaments fertiles était absolument nette dans ce cas. De plus, M. Heim a vu sur ce champignon de gros éléments échinulés de 20-25 u environ, dont il tend à faire des chlamydospores, mais sur la nature desquels il hésite cependant à se prononcer en l’absence de cultures pures.

Nous ne pouvons nous empêcher d’être frappé, dans cette intéressante observation, d’abord par la provenance du champignon, puis par l’analogie de la production conidienne et des gros éléments échinulés de l’ÆZndoconidium Megnini avec ce que l’on observe dans certaines cultures de microsporum du cheval. Malheureusement l’examen des cheveux du cadavre d'enfant sur lequel existait l'Zndoconidium Megnini, n’a pas été pratiqué au point de vue dela teigne.

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fois cloisonnées une ou deux fois transversalement et mesurent environ 4 & de diamètre transversal et une longueur oscillant entre 12 et 20 y (fig. 9, a).

Elles peuvent s’isoler et être mises ainsi en liberté avec leurs cloisons (fig. 9, d, e) ou bien encore les conidies, nées à l'extrémité du filament, se résolvent en articles unicellulaires qui prennent une forme arrondie ou un peu ovale mesurant environ 4 4 de longueur (fig. 9, b).

Les articles cylindriques jeunes sont parfois le point de départ d’un

FiG. 9.— Microsporum Audouwini var. equinum. — Culture sur agar au moût ; de bière au 15° jour.

a. Forme Ændoconidium jeune à l'extrémité d’un filament (grossist 480 diam. Ch. CI. Oberhauser). — b. Forme Ændoconidium plus développée (grossist 630 diam. Ch. CI. Oberhauser). — c. Une conidie commence à végéter à l’intérieur du filament flétri. — d,e. Conidies isolées. — f,g,h,i. Bourgeonnement des conidies.

bourgeonnement latéral qui reproduit une nouvelle chaine de conidies (fig. 9, c).

Les conidies développées sont remplies d'un plasma un peu granuleux et se distinguent facilement des filaments par leur réfringence plus marquée; l'épaisseur de leur paroi reste toujours faible et ce fait, joint à la moindre densité du protoplasma, permet toujours de différencier avec certitude les endoconidies des chlamydospores.

Nous avons pu observer le début de la germination de ces endoconidies ; on les voit alors pousser, latéralement ou à leurs extrémités, des prolongements plus ou moins volumineux et prendre une forme tout à fait irrégulière (fig. 9 f, g, h, 1) ; dans les cultures qui végètent pauvrement nous avons enfin trouvé des chlamydospores modi-

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fiées et des formes de souffrance différentes des chlamydospores au moins au point de vue de leur origine, mais qui nous semblent appelées à remplir le même but, c'est-à-dire la conservation de l’espèce sur les milieux peu favorables ne permettant pas la formation des conidies.

Ces chlamydospores modifiées prennent à peu près la forme d'un tonneau, elles sont tronquées à leurs deux extrémités, quelquefois arquées et même uniseptées (fig. 10, b, c, d, e, f,).

A côté de ces chlamydospores se voient de nombreux filaments

F1G. 10. — Formes de souffrance du microsporum Audowini var. équinum. Culture sur pomme de terre de six semaines (grossist 480 diam. Ch. CI. Oberhauser).

a. Extrémité d'un filament de mycélium cloisonné. — , Chlamydospore uniseptée et arquée. — €. Chlamydospore tronquée à ses extrémités. — &.e. f. Chlamydospores tronquées à leurs extrémités, culture en cellule sur bouillon (11° jour.)

mycéliens qui se sont cloisonnés dans une grande partie ou même dans la totalité de leur longueur. Ces cloisons isolent ainsi de nombreux articles dont la paroi s’épaissit et dont le plasma devient granuleux, ce qui les distingue des endoconidies décrites précédemment (fig. 10, à).

Entre les formes endoconidiennes et les formes de souffrance dont nous venons de parler, il semble d’ailleurs exister toute une série de formes intermédiaires qui peuvent se rencontrer dans tous les cas où les cultures n’atteignent pas à leur développement normal et à la fructification conidienne pectinée, la seule qui soit vraiment caractéristique du microsporum Audouini du cheval, aussi bien que du microsporum Audouini de l'enfant.

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