‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 12 sur 30 · ÉCPATA ALES LP NES ET ET E · texte numérisé non relu

ÉCPATA ALES LP NES ET ET E

CHAPITRE PREMIER Les trichophyties humaines d’origine équine en général.

1° ASPECT CLINIQUE. — Les trichophytons d’origine équine donnent lieu sur l'horamne à une dermite profonde accompagnée de suppuration folliculaire, — Ces caractères ne doivent pas étre restreints au seul trichophyton du cheval, à cultures blanches, décrit par Sabouraud; ils appartiennent à toutes les espèces d’origine équine que nous avons observées, — Débat entre Mibelli et Sabouraud sur le sens à donner à la dénomination de trichophyton animal,

2° EXAMEN MICBOSCOPIQUE. — Aspect du parasite dans les lésions des parties glabres. — Aspect du yarasite dans les lésions des régions pilaires. — Les trichophytons d’origine équine sont, au niveau du poil, endo-ectothrix. — Irrégularité des spores mycéliennes, — Irmpossibilité de distinguer au microscope les différentes espèces trichophytiques animales entre elles.

% CULTURES, — Aucun point de ressemblance n'existe entre les cultures des diverses espèces trichophytiques que nous avons trouvées sur le cheval, — Certains trichophytons que nous avons rencontrés sur le cheval sont peut-étre plus fréquents chez d’autres animaux, — Commenselisme dans les cultures des trichophytons. En dehors du commensalisme il y à peut-étre, dans les cultures des trichophytons, des faits de polyrmorphisme d’une méme espèce trichophytique.

49 PREUVES DU HOLE PYOGÈNÉ DES TPICHOPHYTONS D'ORIGINE ÉQUINE. — Le rôle pyogène des trichophytons d’origine équine est prouvé par l'étude microscopique du contenu des vésicules suppurées jeunes, par l’ensemencement et la culture de ce méme pus et par les inoculations expérimentales des trichophytons.

59 MyCOLOGIE. — La caractéristique botanique des trichophytons est la fructification conidienne en forme de grappe (Bothrytis}. — Restrictions à faire sur ce point. — Les cultures et l'étude mycologique démontrent l'existence de trichophytons faviformes.

Conclusions du chapitre.

1° Aspect clinique,

La caractéristique clinique des trichophyties équines sur l'homme est de former, comme toutes les trichophyties, une lésion en cercle et de pouvoir envahir les autres éléments de la peau comme les poils et les ongles.

En outre, comme toutes les trichophyties, elles peuvent atteindre

les poils de l'adulte, la barbe est même une de leurs localisations fréquentes.

Parmi ces trichophyties animales, celles que nous étudions ici sont plus particulièrement profondes et suppurées.

Lorsque Sabouraud (1) a décrit un des types de ce genre sous le nom de trichophyton pyogène, à cultures blanches, du cheval, il a insisté sur les lésions profondes, suppurées et d'évolution ultérieure cicatricielle déterminées par ce trichophyton.

Mais ce ne sont pas là des caractères particuliers à l'espèce équine de trichophyton à cultures blanches, car la plupart des trichophyties des équidés que nous étudierons donnent lieu sur l’homme à la dermite profonde accompagnée de suppuration folliculaire, aboutissant enfin à une cicatrice définitive. Donc, tout en reconnaissant parfaitement exacte la première description donnée du trichophyton à cultures blanches et de ses lésions, tout en reconnaissant aussi qu'il est certainement d’une plus grande fréquence chez l’homme que les autres trichophytons du cheval, j'insiste sur ce fait qu'il ne faut pas restreindre à cette seule espèce trichophytique la possibilité de créer la trichophytie humaine en forme de folliculite suppurée. J'ai vu, en effet, plusieurs trichophytons des équidés, différents au point de vue botanique du trichophyton à cultures blanches, donner sur le tégument humain des lésions identiques.

Un caractère général des trichophyties d'origine équine est donc la suppuration folliculaire, et comme aspect clinique c’est la folliculite agminée en Kerion de Celse.

La lésion élémentaire de toutes ces folliculites agminées, qu'elles soient dues à l’un ou à l’autre des trichophytons du cheval, m'a toujours paru la même,

C’est une inflammation suppurative du fond du follicule pileux, folliculite expulsive à terminaison cicatricielle. Ces lésions, bien décrites au point de vue anatomo-pathologique par Leloir (2), puis par Joannès Pallier (3) et par Deperet-Muret (4), ne nous arrêteront pas davantage.

(1) SABOURAUD. Sur la folliculite agminée trichophytique et son origine animale. Ann. de l'Institut Pasteur, juin 1893.

(2) LELOIR. Ann. de dermat., 1884, t. V, p. 437.

(3) JOANNES PALLIER. Les périfolliculites suppurées. Thèse de Paris, 1889.

(4) DEepERET-MURET. Des périfolliculites conglomérées trichophytiques. Thèse de Paris, 1891.

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Le rôle pyogène des divers trichophytons du cheval, dont je donnerai les preuves aux paragraphes suivants, explique d'ailleurs parfaitement la parité de ces lésions.

Comme toutes les trichophyties profondes et suppurées, toutes celles que j'ai suivies ont eu une rapide évolution. En fait, elles aboutissent très vite à la destruction et à l'élimination des éléments épidermiques par suppuration sous-jacente.-Ce processus s'est montré identique pour les diverses lésions trichophytiques d’origine équine que j'ai observées, les unes comme les autres ont d’ailleurs évolué vers une cicatrice définitive et alopécique.

Un des caractères de la folliculite agminée, due aux trichophytons du cheval, est d’atteindre n'importe quelle région du corps ; si l’inoculation aux parties découvertes (visage, cou, mains, poignets) est la plus fréquente, on peut aussi la rencontrer en d’autres points, par exemple au cuir chevelu de l'adulte, où elle donne lieu au Kerion de Celse (v. observations V et VT).

Il est possible sans doute à ces trichophytons de créer l’onychomycose, mais je n'en ai pas rencontré et j'en ai vainement cherché des exemples dans les mémoires antérieurs sur le sujet. Ce fait négatif, que de nouvelles observations peuvent seules juger définitivement, me semble toutefois intéressant à retenir.

Il est enfin, au sujet des trichophyties d’origine équine, un point particulier sur lequel je tiens à insister : il ne faudrait pas croire, ainsi que certains auteurs ne manqueront pas de le faire, que des trichophytons, lorsqu'ils ont passé sur les animaux, acquièrent pour l'homme une virulence exceptionnelle et que leur inoculation ultérieure cause toujours une lésion suppurée.

Il y aurait dans une telle opinion cette part d'erreur grossière de croire que les trichophytons humains, par leur passage sur l'animal, deviennent plus virulents et peuvent alors être pyogènes. Aucun fait ne nous autorise à le penser, tout au contraire, les observations et les expériences faites à ce sujet confirment la distinction profonde et constante existant au point de vue clinique et anatomo-pathologique entre les trichophytons de l'homme, quelle que soit leur virulence, et ceux que nous avons trouvé exister spontanément chez le cheval.

Je rappellerai enfin qu'entre Mibelli de Parme (1) et Sabouraud

(1) MIBELLI. Sur la pluralité des trichophytons. Ann. de dermatologie, aoûtsept. 1895, p. 733.

ie.

est né dernièrement un débat, un peu philosophique peut-être, sur la propriété des termes trichophyties animales et trichophyties humaines.

Après combien de passages spontanés sur l’homme qualifiera-t-on un trichophyton d'espèce humaine, demande Mibelli ?

1] ne s'agit pas de perpétuer sur des mots une discussion stérile ; nous appellerons trichophytons animaux ceux que la culture nous démontre exister chez l'animal et qui, chez l’homme, sont toujours exceptionnels, tandis que nous appellerons trichophytons humains ceux que nous ne retrouvons jamais chez l’animal et qui sont, malheureusement, d’une trop grande fréquence dans nos écoles parisiennes.

Il y a lieu de noter, à ce sujet, combien il est pour ainsi dire impossible à un animal de prendre une trichophytie humaine alors que l’homme est si exposé, par ses occupations journalières et souvent par sa profession, à contracter des teignes animales. Nos observations en font foi.

Une remarque expliquerait peut-être le débat soulevé par Mibelli. Plus on examine des malades ruraux, plus le nombre des trichophyties animales s’accroît ; il est probable qu’en dehors des grands centres comme Paris ou Londres on sera bien loin de retrouver, entre les trichophyties humaines et les trichophyties animales, la proportion que tes expériences faites à Paris ont établie. Il serait même possible qu’en certaines localités, éloignées des grandes villes, on ne retrouvât plus que des trichophyties animales sur l’homme à l'exclusion de celles des trichophyties parisiennes qui semblent strictement localisées à l'espèce humaine.

2° Examen microscopique.

L'aspect microscopique des trichophytons d’origine équine varie suivant le siège des lésions humaines qu'ils déterminent ; tantôt il s'agit d’une trichophytie des parties glabres, tantôt d’une trichophytie des régions pilaires.

Je n’insisterai pas sur l'apparence du champignon au niveau de la peau glabre, car il n'existe pas dans les couches épidermiques d’orga-

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nes autour duquel les éléments parasitaires puissent se systématiser. On y voit des mycéliums non sporulés et des chapelets de spores mycéliennes affectant une disposition extrêmement variable. Ces éléments, communs à toutes les trichophyties, ne permettent en aucune façon de distinguer entre elles les diverses espèces cryptogamiques causales.

Dans les lésions pilaires, il en est tout autrement.

L'aspect microscopique d’un poil atteint par un trichophyton d'origine animale est si particulier qu’il pourrait seul suflire à le différencier nettement du cheveu des tondantes humaines.

Les trichophytons d’origine animale ont pour caractéristique d’être situés en dehors du poil, ce sont des trichophytons ectothrix (1).

Inversement à ce fait, dans les trichophyties humaines, le parasite est endothrix exclusivement et n’envahit jamais le follicule pileux.

Je ferai remarquer qu'il ne faut pas, au contraire, prendre le mot ectothrix dans son acception strictement étymologique; il indique seulement que le parasite est situé dans le follicule, en dehors du poil, mais il ne veut pas dire que des éléments parasitaires ne s’infiltrent pas en même temps dans l’intérieur même de sa substance. Dans les trichophyties équines que j'ai examinées, les poils malades contenaient, sur leurs bords, des chapelets mycéliens plus où moins abondants, de sorte que le trichophyton y était endo-ectothrix (fig. 11).

Les trichophytons d'origine ‘équine ont donc un habitat intra et péri-pilaire tout à la fois ; ils forment au poil une gaine qui l'accompagne jusqu’à sa sortie de l’épiderme, mais, contrairement à celle que les spores du microsporum Audouini constituent, la gaine végétale des trichophytons endo-ectothrix s'arrête à l’orifice du follicule pileux et s'évase en collerette à ce niveau.

Quant aux éléments mêmes du parasite, ce sont ceux des trichophytons en général, c’est-à-dire des chapelets de spores mycéliennes. disposées en chaînes plus ou moins longues. Un caractère permettoute-

(1) Je rappellerai que la première description des trichophytons ectothrix a été donnée par Gruby à la même époque que celle du microsporum Audouini (Comptes rendus de l'Académie des sciences. Paris, t. XV, p. 512). Sabouraud, a étudié, en 1893, tous les caractères de ces trichophytons et c’est à lui que l’on doit la démonstration de leur origine animale.

fois, au seul examen de ces spores, de reconnaitre un parasite d'origine animale. Tandis que les spores des trichophytons humains sont régulières et remarquablement égales entre elles, celles des trichophytons animaux sont au contraire de diamètre variable, quelques-unes acquièrent une taille double où même triple des spores ordinaires, d’autres sont extrêmement petites. Ces spores irrégulières, dont certaines sont

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FIG. 11. — Trichophyton endo-ectothriæ au niveau du poil d'une trichophytie d'origine animale.

véritablement géantes, se trouvent surtout le long de la paroi du follicule pileux, au point où le mycélium est le plus jeune, celles qui sont accolées au poil lui-même conservent toujours un aspect parfaitement régulier.

En résamé, tous les trichophytons d'origine équine, comme tous les autres trichophytons d'origine animale, ont pour caractère d'être endo-ectothrix et de donner des spores irrégulières.

Ces caractères permettent d'affirmer l'origine animale d'un trichophyton ; mais entre les différentes espèces équines que j'ai observées, il me semble impossible que le seul examen microscopique puisse arriver jamais à différencier nettement une espèce de l’autre

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Les organes du parasite sont en effet rudimentaires dans le poil et les mycologues savent combien ces organes rudimentaires des champignons inférieurs se ressemblent méme pour des espèces botaniques très éloignées.

En ce qui concerne les poils de l'animal, j’ajouterai ici une remarque qui manque aux observations antérieures. Autour des poils du cheval comme autour du poil humain, la disposition du parasite est la même, mais les chevaux que j'ai examinés m'ont toujours donné des trichophytons ecthothrix purs, exclusivement situées hors du poil, et cela dans tous les cas.

3° Cultures.

Je voudrais pouvoir donner, entre les cultures des divers trichophytons d’origine équine, des points de ressemblance permettant de catégoriser les faits observés, mais cela est impossible.

Entre les cultures des chevaux que j'ai étudiés, il n'existe aucune espèce d'affinité et j'ai trouvé, pour prendre un exemple, autant de différence entre les unes et les autres de mes espèces qu’il peut y en avoir entre le trichophyton de la poule (Megnin-Sabouraud) et celui du chien (Sab ouraud).

Ici rien de semblable à ce groupe des trichophytons à cultures blanches qui ont été successivement obtenues par Sabouraud, du cheval, du chien, du chat et du veau.

L'une des espèces que j'ai rencontrées est le trichophyton à cultures blanches, mais une autre est caractérisée par une culture peu active, à l'aspect de carton-pâte et saillante au-dessus du milieu sans le pénétrer aucunement, tandis qu'une troisième espèce gris brunâtre, se montre tout à fait dépourvue de mycélium aérien et immergée en totalité dans le milieu putritif.

Je ne me dissimule pas du reste que le nombre de mes observations, quoiqu’ayant porté sur plus de cinquante chevaux, se réduit en somme à 4 observations animales si l'on écarte du premier chiffre tous les cas d'épidémie causés par un même germe. Je suis donc bien loin d’avoir épuisé mon sujet, et les observateurs pourront peut-être combler par la suite la lacune que je signale actuellement.

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C’est ici d’ailleurs le lieu de rappeler que les trichophytons que j'ai observés sur le cheval, lui avaient peut-être été communiqués par des voisins d’étable ou d’écurie et que certains de ces trichophytons peuvent exister plus habituellement sur d'autres espèces animales.

L'homme, par lequel nous connaissons presque tous les trichophytons, a certainement une remarquable réceptivité pour tout ce groupe de parasites, mais il serait incroyable qu'il fût le seul à jouir de ce privilège singulier et qu'un trichophyton du veau, par exemple, ne puisse être inoculé au cheval. Il est donc possible que des observations ultérieures retrouvent sur le veau, le mouton ou le chien, certaines des espèces parasitaires que j'ai eu l’occasion de rencontrer chez le cheval.

Il importe toutefois de retenir que si l’homme est particulièrement exposé par ses occupations à contracter directement ou indirectement les trichophyties animales quelles qu’elles soient, il existe, par contre, beaucoup moins de probabilités pour que des animaux différents se contaminent entre eux, car d'ordinaire les animaux domestiques d'espèces diverses sont parqués séparément.

Au sujet des cultures des trichophytons d'origine équine, il est enfin une particularité singulière sur laquelle je désire attirer l’attention. Toutes ces cultures, par quelque méthode que l’on ait obtenu leur séparation, demeurent absolument pures en apparence pendant un temps plus ou moins long, puis au bout de plusieurs semaines, quelquefois plus vite, on voit apparaître, en un point quelconque de ces cultures d'aspect rigoureusement pures, une végétation crypto gamique différente, par exemple blanche duveteuse ou grise humide, d'autre fois gris brunâtre, et quelque procédé que l’on prenne pour épurer ces cultures, le résultat sera invariablement le même.

Ce fait, très évident pour les trichophytons du cheval, ne leur est d’ailleurs pas spécial, Sabouraud l'a observé pour la plupart des autres espèces trichophytiques connues et il a longuement discuté la nature de ces colonies cryptogamiques qui apparaissent plus ou moins tardivement sur les cultures des trichophytons.

Je ne reproduirai pas ici toute son argumentation, je la résumerai seulement.

Après avoir, pour expliquer ces faits, éliminé successivement la possibilité d’une impureté consécutive à une faute de technique, l'hy-

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pothèse d’un parasitisme du parasite et celle d’un métamorphisme du même champignon, il se rallie à l’idée d'une association intime de deux champignons, à l'hypothèse d'un commensalisme étroit.

L'observation semble démontrer,en effet, en semblable cas, l’existence de deux champignons différents. Les nouvelles colonies, isolées sur milieux convenables, offrent des aflinités nutritives et des caractères botaniques tout à fait distincts de ceux des trichophytons (1) et ces nouvelles colonies n’ont jamais paru pathogènes dans leurs inoculations expérimentales.

J'accepte d’abord cette argumentation comme la seule plausible dans un certain nombre de cas. Il est certain que tous les tricophytons peuvent être alliés, dans leurs lésions et dans leurs cultures, avec des commensaux non pathogènes. Cela est prouvé pour tous les champignons pathogènes connus : favus, actinomycose, trichophyton, asperpillus fumigatus. Mais tous les faits d'observation de cultures mixtes doivent-ils rentrer sans exception dans les faits de commensalisme ? C’est là ce qui présente encore pour moi matière à discussion très épineuse.

Je dois reconnaître que des recherches récentes sur le polymorphisme des Sporotrichums, c’est-à-dire de mucédinées très voisines des trichophytons, sont venues entamer mon opinion à ce sujet.

M. E. Boulanger (2), étudiant le Sporotrichum vellereum (Sacc. et Speg) (variété griseum), a démontré qu'après une longue série de cultures pures, ce champignon peut donner naissance à une forme nouvelle apparaissant dans les cultures sous l'aspect de colonies d'un Graphium (Graphium eumorphum (Sacc.), c'est-à-dire sous l'aspect d'une mucédinée agrégée.

Ce Sporotrichum donne enfin une forme parfaite ascorporée, le Chætonium cuniculorum (Funck), et ces deux formes Graphium et

(1) Tandis que les trichophytons poussent abondamment sur les milieux fortement sucrés et faiblement azotés, leurs commensaux, au contraire, ne végètent que gur les milieux riches en matières azotées et pauvres en sucres. Ainsi sur le moût de bière, qui ne contient que peu de substances azotées, les trichophytons conservent très longtemps un aspect rigoureusement pur, car les commensaux ne se développent pas sur ce milieu ; sur le milieu d’épreuve, au contraire, contenant 1 0/0 de peptones, les commensaux trouvent un terrain favorable et végètent facilement.

(2) ÉMILE BOULANGER. Sur le polymorphisme du genre Sporotrichum. Revue générale de botanique, tome VII, 1895, p. 166.

Chætomium n'ont d'autre rapport entre elles que leur origine commune Sporotrichum.

L'apparition des formes végétatives nouvelles sur les cultures trichophytiques offre une telle analogie avec la naissance du Graphium sur les cultures de Sporotrichum et ce polymorphisme est un fait si général pour les champignons inférieurs, que l'hypothèse du commensalisme me semble, dans certains des cas que l’on observe sur les cultures trichophytiques, sinon douteuse, justiciable du moins de nouvelles investigations mycologiques.

Je prévois bien quel trouble l'opinion que je viens d’énoncer va remettre dans une question terriblement complexe que l'on peut croire élucidée après tant de labeur.

Kral, qui depuis nombre d’années soutient le polymorphisme trichophytique, a déduit de ce polymorphisme que toutes les prétendues espèces trichophytiques décrites comme entités, n'étaient que des variétés réversibles dues au polymorphisme même du genre. Sabouraud a, au contraire, affirmé la différenciation nette et définitive des espèces trichophytiques et l'irréversibilité de chacune d'elles à un type commun. s

Je crois que l’une et l’autre. de ces opinions est fausse en quelque partie, mais je m'empresse d'ajouter que l’opinion de Kral est infiniment plus éloignée de la vérité, à mon sens, que celle de Sabouraud. Ce dernier me semble avoir cent fois raison dans la différenciation des espèces trichophytiques. Il y a bien là des types irréversibles, nettement différenciés et pouvant être séparés les uns des autres par la culture sur tous milieux, cultures qui donnent à chaque type des caractères personnels spéciaux.

À mon avis, la multiplicité trichophytique est tout à fait hors de doute et de conteste et le polymorphisme invoqué par Kral n’a rien à faire contre la séparation aujourd'hui prouvée des espèces trichophytiques. Il s'agit dans la question de faits tout autres : sur toutes les espèces trichophytiques longtemps maintenues en culture et quelles que soient d’ailleurs ces espèces, je crois qu’il peut se développer des formes nouvelles qui sont un exemple de polymorphisme de l'espèce trichophytique étudiée : donc et pour résumer la question :

1° Kral est complètement dans l'erreur lorsqu'il croit que le

polymorphisme d'une même espèce trichophytique suflit pour expliquer les différentes formes de cultures obtenues des diverses formes cliniques de trichophyties.

20 [l est prouvé actuellement, contrairement à l'opinion de Kral, que l’on peut différencier par la culture de très nombreuses espèces trichophytiques.

3° En dehors de la pluralité trichophytique mise hors de doute, je crois que les faits, étudiés sous le nom de commensalisme, ne sont pas tous dus à la culture simultanée de deux champignons, l’un trichophytique l’autre commensal, et que certains de ces faits se rattachent à la naissance en culture (vie saprophytique) de formes nouvelles auquelles le trichophyton étudié donne lieu. Ils me semblent donc se rapporter, pour un grand nombre du moins, au polymorphisme du genre Sporotrichum que M. Boulanger vient de mettre récemment en lumière (1).

4 Prouves du rôle pyogène des trichophytons d'origine équine.

Je viens de décrire d’une façon générale les trichophyties humaines d'origine animale et de montrer que leur élément primordial est une folliculite suppurée. Cette suppuration folliculaire n’est pas due, comme on l’a cru pendant longtemps, à l'intervention secondaire des bactéries banales de la suppuration, c'est une suppuration d’origine cryptogamique, consécutive au développement des trichophytons dans le follicule pileux, aussi peut-on justement donner aux espèces trichophytiques d’origine animale le nom de pyogènes.

(1) Je poursuis actuellement une série de recherches sur cette question délicate de l’histoire des trichophytons ; elles feront le sujet d’un travail que je compte publier ultérieurement. Je puis dire dès aujourd’hui que sur certains trichophytons j'ai observé la naissance de formes nouvelles, caractérisées par l'apparition d’un pseudo-parenchyme et qui me semblent bien devoir se rapporter aux mucédinées agrégées. Ce fait est pour moi très probant contre l'opinion de Kral. Il faudrait,en effet, admettre, dans cette dernière opinion, qu’une espèce trichophytique se transforme en une autre espèce trichophytique. Or je n’ai jamais pu constater cette transformation d’un trichophyton en un autre trichophyton ; l'observation m'a démontré, au contraire, que dans le cas du métamorphisme d’une espèce trichophytique les formes nouvelles sont toujours plus élevées au point de vue botanique que l'espèce trichophytique étudiée.

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Il est d’ailleurs facile de prouver aujourd’hui le rôle pyogène de ces trichophytons.

Je rappellerai d'abord que l'étude microscopique d’une vésico-pustule trichophytique jeune, c'est-à-dire n'ayant pu être le siège d'inoculations secondaires à la suite de son ouverture spontanée, démontre la seule présence, au milieu des globules purulents, des spores ou des fragments mycéliens du champignon. Quelque méthode de coloration que l’on emploie, on ne pourra y trouver les cocci ou les bacilles habituels dans le contenu des abcès ordinaires. L’ensemencement et la culture du pus recueilli aseptiquement dans une pustule non ouverte confirme encore l'examen microscopique. Pourvu que l’on ait suffisamment l'habitude d’une semblable opération, on verra, dans les tubes d’agar sur lesquels une gouttelette de pus a été étalée, naître et croître un nombre plus ou moins considérable de colonies trichophytiques et pas une colonie bactérienne.

J'ai conservé ainsi, depuis plusieurs mois, bon nombre de tubes d'agar ensemencés avec le pus de folliculites trichophytiques (trichophyton à cultures blanches et trichophyton faviformes à cultures grises). I ne s’est pas développé une seule bactérie sur ces tubes, les colonies trichophytiques y sont, par contre, st nombreuses qu'elles recouvrent actuellement presque toute la surface du milieu nutritif.

Les inoculations expérimentales sont définitivement probantes à ce sujet. J'ai pu obtenir sur le cobaye par l’inoculation aseptique de spores de trichophyton du cheval dans l'intérieur du derme, la production de petits abcès contenant un pus grisâtre, épais et dont l'étude ultérieure et les rétro-cultures m'ont démontré la nature exclusivement trichophytique.

Je ne m'arrêterai pas du reste plus longtemps à ce rôle pyogène des trichophytons, les recherches modernes sur la suppuration montrent, en effet, que ce n’est point là un fait particulier.

La production du pus n’est qu’une réaction de défense de l'organisme envahi, qu'y aurait-il donc d'étonnant à la voir se produire dans le cas de parasitisme cryptogamique comme on la voit chaque jour suivre le parasitisme bactérien. Les abcès de l’actinomycose et ceux de l’oïdium albicans (1) en sont des exemples prouvés.

(1) CHARRIN. Suppuration par oïdium albicans. Semaine médicale, 1895.

Je ferai seulement remarquer qu'à l'inverse des trichophytons d’origine animale, les trichophytons humains ne possèdent aucune propriété pyogène.

Cette faculté spéciale semble, jusqu'ici du moins, appartenir exclusivement aux espèces d’origine animale et quel que soit d’ailleurs le degré de virulence de ces espèces. Ainsi, même après de longs passages successifs sur milieux artificiels pendant plusieurs mois, certains de mes trichophytons d’origine équine ont conservé leur pouvoir pyogène à ce point que leur inoculation détermine à coup sûr la production d’un abcès sur le cobaye.

Contrairement à ce fait, l'inoculation des trichophytons humains, même très virulents, n'a jamais pu provoquer l'apparition d’une lésion purulente si minime qu’elle fût.

Quant au mécanisme intime de la suppuration trichophytique, je ne suis pas actuellement en mesure de l’étudier ici. Je ne connais pas encore suffisamment les substances élaborées par les trichophytons dans leurs cultures pour indiquer la part qui revient, dans la genèse de

cette suppuration, au champignon en lui-même et celle qui appartient aux produits dont il détermine la formation (1).

5° Mycologie.

Si l’on résume les caractéristiques morphologiques données jus qu'ici aux trichophytons, on voit que ces champignons ont pour point commun de produire dans leurs cultures une fructification conidienne en forme de grappe (v. p. 81, fig. 12). Ce fait les rapproche de ce groupe de mucédinées désigné par certains auteurs sous lenom de Bothrytis pas d’autres sous celui de Sporotrichum (Linck).

Cette fructification spéciale permettrait donc dorénavant de séparer les trichophytons des autres espèces cryptogamiques parasites de l’homme.

Je crois que c’est là, en effet, le rêve : de pouvoir assigner à chaque champignon parasite une forme de reproduction constante, fût-elle,

(1) M. le D' Cathelineau étudie en ce moment cette intéressante question au laboratoire de la Faculté à l'hôpital Saint-Louis.

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au point de vue mycologique, d'ordre inférieur. C’est là le seul moyen de classer d’une façon vraiment rationnelle les nombreuses espèces parasitaires que nous étudions chaque jour.

J'ai maintes fois, sur les trichophytons humains et sur la plupart des trichophytons du cheval, vérifié la présence de ces grappes de conidies qui nous autorise à les rattacher au groupe considérable, mais chaque jour mieux défini, des Sporotrichums.

Malheureusement, il me faut ajouter un correctif à cette opinion, car pour deux de mes espèces d’origine équine je n'ai pu obtenir la fructification en grappes.

Ces deux espèces, bien que s'accompagnant sur l'animal et sur l’homme de symptômes trichophytiques indiscutables, se sont montrées quasi réfractaires aux milieux nutritifs sur lesquels les trichophytons croissent cependant avec vigueur ; leurs cultures lentes, visibles seulement après plusieurs semaines, ne m'ont donné que des formes arrondies, oïdiennes, et des spores en chapelet analogues à celles que l’onobserve dans le poil, et pas un autre organe de fructification quel qu'il soit (v. p. 109, fig. 15).

La ressemblance de ces formes de reproduction avec celles que donnent les favus dans leurs cultures est tout à fait frappante et, si j'ajoute à ce fait que ces espèces trichophytiques spéciales présentent pour les substances nutritives les mêmes aflinités que celles des Achorions, le rapprochement n’en deviendra que plus saisissant entre les champignons de la teigne faveuse et ces trichophytons. Aussi donnerai-je à ces derniers le nom de trichophytons faviformes, afin de rappeler leur morphologie dans les cultures ; je reviendrai d’ailleurs ultérieurement sur ce groupe de trichophytons faviformes et sur l'importance théorique considérable qu’il me semble présenter.

En résumé, donc et pour conclure le présent chapitre :

Les trichophyties humaines d'origine équine ont pour caractères cliniques généraux de causer une lésion profonde, en forme de folliculite suppurée, à évolution rapide et à tendances cicatricielles.

L'examen au microscope des lésions de ces trichophyties, lorsqu'elles siègent sur une région pilaire, démontre que le trichophyton estau niveau des poils malades endo-ectothrix, caractère commun à tous les trichophytons d’origine animale connus actuellement. Il nest d'ailleurs pas possible de différencier entre elles ces diverses espèces d'origine animale par le seul examen microscopique.

La comparaison des divers trichophytons d'origine équine sur milieux nutritifs artificiels montre qu’il n'existe, entre les cultures de . ces différents types, aucune espèce d’affinités.

Les trichophytons d’origine équine sont pyogènes, ainsi que le prouvent l'examen microscopique de leurs lésions humaines, la culture du pus des folliculites trichophytiques et l’inoculation au cobaye de ces trichophytons du cheval.

Les recherches actuelles nous autorisent enfin à classer, au point de vue mycologique, les trichophytons du cheval en deux groupes : 1° au premier groupe se rattachent tous ceux qui produisent dans leurs cultures une fructification conidienne en grappe, (Bothrytis) forme de reproduction caractéristique des trichophytons ordinaires ; 2° dans le second groupe se trouvent les trichophytons ne donnant pas de grappes de conidies dans leurs cultures ; les formes de reproduction de ces espèces trichophytiques sont très analogues à celles des favus. Au point de vue morphologique on peut donc donner à ces trichophytons le nom de faviformes. |

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