CHAPITRE NI
Le trichophyton à! cultures jaunes, craquelées, vermiculaires.
19 LA MALADIE CHEZ LE CHEVAL. — Confluence et contagiosité des lésions. — Elles sont sèches, dépilantes ; elles ne sont pas suppurées et saillantes comme celles du trichophyton à cultures blanches. — Difficultés du diagnostic différenciel avec les autres teignes tondantes du cheval. — Le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, se retrouve probablement sur les bovidés.
20 LA MALADIE CHEZ L'HOMME. — Différences existant entre la lésion du trichophyton à cultures jaunes, craquelées et la lésion en kérion de Celse du trichophyton à cultures blanches. — Caractère superficiel et non suppuré des lésions. — Aspect de cette forme de trichophytie sur les régions pilaires et sur les régions
glabres. — Envahissement des poils par le parasite. — Contagiosité du trichophyton à cultures jaunes, craquelées. — Traitemerst.
3° EXAMEN MICROSCOPIQUE. — Le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires est endo-ectothrix au niveau des poils. — Il ressemble, dans ses lésions à tous les trichophytons d'origine équine.
40 CULTURES. — Aspect caractéristique du parasite sur le milieu d’épreuve. — Cultures sur agar ou moût de bière et sur pomme de terre.
59 INOCULATIONS EXPÉRIMENTALES. — Linoculation au cobaye est probante du rôle pathogène du parasite.
6° MyCOLOGIE. — Formation conidienne en grappe (Bothrytis). — Ébauches de périthèces.
1° La maladie chez le cheval.
Je n'ai pas eu l’occasion d'observer personnellement cette espèce particulière de trichophyton, quoiqu'elle ne paraisse pas très rare; Sabouraud l’a rencontrée, en effet, chez l'homme dans six cas différents.
L'un de ces malades contracta la trichophytie au cours d’une épidémie considérable sévissant sur les chevaux d’un régiment d’artillerie. En moins de dix-huit mois, 250 chevaux furent atteints de teigne tondante dans les écuries de ce régiment; chez l'animal le tricophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, est donc
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très contagieux inversement au trichophyton pyogène, à cultures blanches, qui se localise presque toujours à l'individu sur lequel il évolue.
D’autres différences bien plus grandes existent entre les teignes équines que déterminent ces deux espèces trichophytiques.
Aïnsi, tandis que le trichophyton à cultures blanches s’inocule en petits placards, peu étendus, localisés à une région et d’aspect fongueux, simulant un bouton de vaccine en voie de régression, le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, cause, au contraire, une mycose très étendue et dont les lésions sont confluentes sur l’animal. .
Ces lésions se traduisent par de grands placards, larges de 8 à 10 centim. au moins, de forme plus ou moins régulière et qui sont complètement déglabrés.
À leur niveau, les poils sont, au début, soulevés et agglutinés à leur base par une croûte gris jaunâtre, mais assez rapidement cette croûte tombe en entraînant les poils avec elle, et la surface sous-jacente apparaît alors complètement glabre et de couleur grisâtre. |
En aucun point, il n’est possible de retrouver la trace de pustules ou de folliculites suppurées, aussi cette trichophytie est-elle toujours sèche. Les surfaces atteintes sont enfin de niveau avec la peau saine et ne font pas de saillie appréciable au-dessus des téguments.
Le diagnostic de cette trichophytie du cheval avec celle que j'ai étudiée au chapitre précédent est donc simple; avec les autres tondantes du cheval il est, au contraire, très difficile dans tous les cas. Je n'ai point un nombre suffisant d'observations à ce sujet et mes connaissances en pathologie animale sont trop restreintes pour qu'il me soit permis d’insister autrement sur ce point de l'art vétérinaire.
Je crois que le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, n’est probablement pas toujours d’origine équine. Pour deux malades, observés par Sabouraud, et chez lesquels l'examen mycologique démontra la: présence de cette espèce parasitaire, il fut, en effet, impossible de retrouver l’origine équine de l'affection ; mais ces deux malades étaient en contact journalier avec d’autres animaux et en particulier avec des vaches.
Il est donc possible que des observations ultérieures retrouvent sur les bovidés cette espèce spéciale de trichophyton.
2 La maladie chez l'homme.
Chez l'homme, ainsi que chez le cheval, les différences sont nettement tranchées entre la lésion en kerion Celsi du trichophyton à cultures blanches et la trichophytie que détermine le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires. Ici, plus de suppuration folliculaire expulsant le poil en entier et suivie d'une périfolhculite profonde, indurée; le parasite reste au contraire dans les couches superficielles de la peau où il ne cause qu'une simple épidermite.
L'aspect est d’ailleurs différent suivant les régions atteintes.
S'agit-il d'une localisation pilaire de la maladie, de la barbe, par exemple, on voit apparaitre une série de petits placards disséminés irrégulièrement et ressemblant à l'exfoliation épidermique que laissent après elles une brûlure ou une vésication légères. La surface malade est humide et recouverte d'une exsudation séreuse, prenant en certains points une couleur jaune, d'aspect véritablement impétiginiforme.
Au niveau de ces petits placards, les poils malades sont nombreux ils sont cassés, assez gros et engainés à leur base par un étui blan; châtre constitué par le champignon lui-même. Ces poils sont très fragiles, ils se brisent à la moindre traction de la pince à épiler.
Sur la peau glabre, les lésions n'offrent pas ce caractère de dissémination en petits placards, elles se disposent au contraire en cercles, en général très larges, pouvant aèquérir 8 à 10 centimètres de diamètre et dont la bordure présente la même épidermite humide que je viens de mentionner pour les régions pilaires.
Cette trichophytie est superficielle, aussi la palpation n'y dénotet-elle pas de base indurée ; toutefois, lorsque l'affection se prolonge, il n'est pas rare de trouver quelques nodosités résistantes au-dessous des parties malades. Ces nodosités aboutissent quelquefois à la formation d'un petit abcès hypodermiques mais l'étude baëtériologique de la suppuration démontre qu’elle dépend alors d'infections secondaires par des bactéries banales comme le staphylocoque. Il ne faudrait done pas confondre les petites collections purulentes qui se produisent parfois dans cette forme de trichophytie avec la suppuration folliculaire constante et d'origine cryptogamique qui est, pour
ainsi dire, la caractéristique des autres trichophyties d’origine équine.
Le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, ne possède pas ces remarquables propriétés pyogènes que nous avons déjà étudiées avec le trichophyton à cultures blanches.
La trichophytiétdue à cette espèce trichophytique à cultures jaunes, craquelées, est très contagieuse pour l’homme, les observations de Sabouraud en sont une preuve bien évidente. Au cours de l’épidémie équine qu’il observa, sept personnes furent atteintes, malgré les précautions prises en cette occasion par les vétérinaires et les palefreniers prévenus du danger de la contagion ; et, dans tous les autres cas de cette trichophytie qu'il a pu suivre, des inoculations secondaires se produisirent dans l'entourage des malades.
Quant au traitement de cette forme particulière de teigne, je ne m'y arrêterai point, car il se confond avec celui des autres trichophyties que j'ai indiqué précédemment une fois pour toutes (v. p. 70).
3° Examen microscopique.
L'étude microscopique du trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, est très facile puisque le parasite envahit, sur les régions pilaires, un grand nombre de poils. Je ne décrirai pas en détail les caractères microscopiques de ce trichophyton, car ils se confondent absolument avec ceux des trichophytons d’origine équine en général.
Le parasite, constitué par des chapelets de spores à double contour, est à la fois, au niveau des poils, endo-ectothrix, mais surtout ectothrix et à la périphérie de la gaine végétale péripilaire, les spores deviennent irrégulières, quelques-unes peuvent atteindre 11 4 de diamètre alors que la dimension ordinaire de ces spores est de 5-6 p.
Comme pour les autres trichophytons d’origine équine, il est impossible par ce seul examen de reconnaître l'espèce particulière de trichophyton que j'étudie iei, le microscope permet uniquement d'affirmer la provenance animale du parasite qui est en cause.
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49 Cultures.
Sur le milieu d’épreuve (pept. : 1 gr., maltose : 3 gr. 5, eau : 100 gr., gélose : 1 gr. 50), la culture de l’espèce trichophytique dont je m'occupe actuellement est absolument caracféristique ; c'est elle d’ailleurs qui justifie son nom de trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires.
Lorsqu'elle est bien développée, au bout de quinze jours environ, cette culture offre en son centre un aspect croûteux et craquelé avec des irrégularités rappelant assez bien l'apparence extérieure des circonvolutions cérébrales.
Autour de cette partie centrale, s'étend une aréole poudreuse, jaunâtre, plus ou moins large etsur laquelle se voient des plis rayonnés plus ou moins nombreux; à la périphérie enfin existent de fins rayons grisâtres, immergés en totalité dans le milieu de culture.
Sur l’agar au moût de bière, l’aspect de la culture est un peu différent ; autour d’une acumination centrale, craquelée, on voit se produire sur ce milieu une aréole poudreuse donnant naissance par sa périphérie à des rayons superficiels, comparés très justement par Sabouraud à des feuilles de fougère. Toute la culture est d’une belle couleur jaune brun.
Sur pomme de terre, le champignon donne une traînée à fond brunâtre, recouverte incomplètement d'une fine poudre blanche.
5° Inoculations expérimentales.
L'inoculation au cobaye du trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, détermine chez cet animal une trichophytie sèche et dépilante. L'inoculation expérimentale donne donc la preuve du rôle pathogène de cette espèce trichophytique.
6° Mycologie.
Au point de vue mycologique, le trichophyton à cultures jaunes, craquelées, vermiculaires, se caractérise, comme les autres tricho-
phytons ordinaires, par la formation de grappes de conidies(Bothrytis). Un fait curieux s’observe en outre dans les cultures de cette espèce trichophytique, c’est la naissance, sur le trajet de quelques rameaux mycéliens, de renflements mesurant 10 L sur 15 y à peu près, assez irréguliers et contenant dans leur intérieur 4 à 5 spores beaucoup plus volumineuses que les conidies qui existent sur les grappes.
Sabouraud considère ces renflements comme des ébauches de périthèce. Cette formation des périthèces appuie donc l'opinion, déjà émise par M. Duclaux, et d’après laquelle les trichophytons doivent rentrer parmi les périsporiacées.