‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 22 sur 30 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

M. B.., vétérinaire, appelé à donner ses soins aux chevaux teigneux de Clichy-Levallois, présenta comme les malades précédents une inoculation trichophytique. À ce moment, il ne soignait pas d’autres animaux atteints de tondante. Cette inoculation se produisit chez lui vers le 10 décembre 1893, sous forme d’une petite élevure furonculeuse et prurigineuse, siégeant sur la partie antérieure de l’avant-bras droit ; trois jours après une lésion: semblable apparaissait au pli du coude gauche. En cinq ou six jours il s'était formé, en chacun de ces points, un placard rouge, arrondi, large comme une pièce de un franc, saillant, induré et recouvert de vésico-pustules blanchâtres, abondantes.

Immédiatement M. B... fit un traitement énergique en badigeonnant ces

lésions avec de la teinture d’iode pure et, quand je le vis pour la première fois, il n'existait plus au niveau des parties antérieurement malades, qu'une légère induration et un peu de desquamation consécutive à l'emploi de la teinture d'iode.

Je ne recherchai pas le parasite dans ces lésions guéries au moment où je les examinai.

3° Examen microscopique.

Je ne m’étendrai pas sur l’étude microscopique des lésions équines et humaines dont je viens de résumer l’histoire, car elles ne présentèrent aucun caractère particulier.

J'y observai un trichophyton en chaînes de spores à double contour, trichophyton endo-ectothrix, au niveau des poils malades, mais rien ne pouvait faire soupçonner, au seul examen microscopique, l’existence d’une espèce trichophytique spéciale.

J'indiquerai seulement la difficulté, parfois très grande, que l’on éprouve à trouver le trichophyton dans les lésions cutanées du cheval. L'examen des poils soulevés et agglutinés par une croûte à leur base est, en effet, constamment négatif ; c’est dans les squames recouvrant la surface des placards trichophytiques qu'il faut rechercher le parasite. Encore est-il difficile, au milieu des débris cellulaires de toute sorte, d'y reconnaître les spores du trichophyton ; mais parmi ces squames se trouvent quelques fragments de poils, entourés d’une gaine de trichophyton le plus souvent ectothrix exclusivement. La présence de ces poils, engainés par le parasite, suffit à lever tous les doutes ; il ne faut pas toutefois s'attendre à les rencontrer au premier examen.

Ce n’est souvent qu'après 10 ou 15 préparations que j'ai pu les mettre en évidence dans une lésion équine.

4° Cultures.

L'aspect en cultures, de l'espèce trichophytique, que je rencontrai dans lépidémie équine de Clichy-Levallois, est absolument caractéristique, c’est lui qui m'a conduit à désigner cette espèce trichophy-

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tique sous le nom de trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes et irrégulières.

Ces cultures, de couleur brun foncé, rappellent, en effet, celles de certains achorions, et non seulement l'apparence extérieure du champignon est extrêmement favique, mais le développement de ses colonies est très lent, comme cela s’observe pour les favus. Enfin, et c’est là je crois un fait très important, les cultures de ce trichophyton faviforme, végètent pauvrement sur les milieux sucrés, excellents cependant pour les trichophytons ordinaires; sur les milieux fortement azotés au contraire, milieux favorables à la culture des favus, le développement de ce trichophyton est plus rapide et plus facile que sur les milieux sucrés.

Sur agar au moût de bière, la culture ne se montre guère avant le dixième ou douzième jour ; elle prend la forme d’une petite colonie brune, saillante au-dessus du milieu et sans rameaux immergés dans la profondeur de l’agar.

En 4 ou 5 semaines, le développement de la culture est complet, elle forme alors une petite masse de 2 centim. environ’ de diamètre, élevée au-dessus de la gélose et dont la surface, de couleur brune, est irrégulière, contournée, ressemblant assez exactement à celle d’un cerveau desséché.

Sur le milieu d'épreuve (pept. : 1 gr., malt. :3 gr. 5, eau : 100 gr., agar : 1,50 pour solidifier) l'aspect est le même, mais le développement du champignon est un peu plus rapide et son extension un peu plus grande.

Sur pomme de terre, les cultures sont toujours très lentes et très précaires ; en 15 jours ou 3 semaines, on voit seulement se produire, le long de la strie d’ensemencement, quelques points isolés grisâtres, à peine saillants au-dessus du milieu et de dimensions toujours minimes.

5° Inoculations expérimentales. — Mycologie.

Je poursuis actuellement une série d’inoculations de ce trichophyton faviforme à cultures, brunes, sur plusieurs espèces animales. Je ne donnerai pas ici l'exposé de ces expériences, toujours très longues et encore trop peu avancées ; elles feront partie d’un prochain travail que je compte publier sur les trichophytons faviformes. |

Quant à l’étude mycologique de ce trichophyton, elle m'a montré, comme pour la forme objective des cultures, une singulière ressemblance de ce champignon avec les diverses espèces de favus.

Jamais je n'ai pu observer, pour le trichophyton à cultures faviformes, brunes, la formation de ces grappes de conidies caractéristique botanique des trichophytons ordinaires.

Ce que l’on trouve dans les cultures, ce sont seulement des formes arrondies, oïdiennes, résultant de la segmentation du mycélium en fragments très irréguliers et aussi des mycéliums courts, trapus, divisés par des cloisons transversales comme ceux que l’on rencontre dans la vie parasitaire des trichophytons.

Ces formes de reproduction sont tout à fait analogues à celles que j'ai indiquées au chapitre suivant pour une autre espèce trichophytique, également faviforme (p. 109, fig. 15) aussi leur description ne m’arrêtera-t-elle pas davantage.

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