‹ Les Teignes Tondantes du ChevalChapitre 23 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le trichophyton faviforme, à cultures grises.

1° LA MALADIE CHEZ L'ANIMAL. — Le trichophyton faviforme, à cultures grises, donne lieu, chez l’âne, à une tondante squameuse, sans suppuration folliculaire analogue à celle que détermine, chez le cheval, le trichophyton faviforme à cultures brunes, saillantes, irrégulières,

20 LA MALADIE CHEZ L'HOMME. — Le trichophyton faviforme, à cultures grises, est très contagieux pour l’homme, il cause chez lui une trichophytie accompagnée de suppuration mais qui ne revêt pas l’aspect saïillant et fongueux du kerion Celsi. — Evolution de cette trichophytie. — Observations.

3° EXAMEN MICROSCOPIQUE. — Le trichophyton faviforme, à cultures grises, offre, au point de.vue microscopique, les caractères généraux des trichophytons ectothrix d’origine animale.

40 CULTURES. — Les affinités nutritives du trichophyton faviforme, à cultures grises, rapprochent ce champignon, au point de vue mycologique, des champignons du favus. — Description des cultures sur milieu d’épreuve, sur moût de bière, sur pomme de terre.

5° INOCULATIONS EXPÉRIMENTALES. — L’inoculation du trichophyton faviforme, à cultures grises, au cobaye détermine chez cet animal la production d’une tondante à évolution lente. — Les inoculations expérimentales démontrent le rôle pyogène de ce champignon.

6° MycoLOG1E. — Le trichophyton faviforme, à cultures grises, ne donne jamais de fructification conidienne en grappe. — Ses formes de reprodnction se rapprochent de celles des Oospora. — Analogie avec le favus. — Description de ces formes de reproduction.

1° La maladie chez l'animal,

: Je décrirai ici, pour la première fois, je crois, une espèce spéciale de trichophyton dont les caractères mycologiques ont, comme pour l'espèce précédente (chap. IV), une grande analogie avec ceux des favus.

J'ai rencontré ce trichophyton au mois de novembre 1895, à Pantin, sur un jeune âne, atteint de teigne tondante depuis quatre à cinq semaines environ ; quand je l'observai pour la première fois l’affec-

ou

tion était bien développée et aucun traitement antérieur n'avait pu en altérer l'aspect.

Les lésions, assez nombreuses et de dimensions variables, ressemblaient beaucoup à celles que j'ai rencontrées snr les chevaux de Clichy-Levallois. C’étaient des placards à contours assez irréguliers et complètement déglabrés ; la surface, absolument sèche ,était recouverte d’une couche épaisse de squames grisâtres ; on n’y voyait pas trace de folliculite suppurée et aucun poil cassé.

En deux ou trois points je‘trouvai des lésions jeunes et sur lesquelles il n'existait qu’un soulèvement des poils, agglutinés à leur base par une croûte ; l’ablation de cette croûte laissait à nu une surface glabre et squameuse, semblable à celle de la période d'état.

L'analogie de cette tondante avec celle que j'avais déjà observée sur le cheval dans le cas du trichophyton faviforme, à cultures brunes, saillantes, irrégulières, était singulièrement frappante; je dois dire toutefois que les lésions étaient moins nombreuses et moins disséminés que celles dont j’ai extrait le trichophyton faviforme, à cultures brunes.

La localisation de cette tondante sur l’âne était même très intéressante. Le cou, les oreilles et la tête étaient seuls atteints, et, si j'ajoute à ce fait que l'animal, acheté parfaitement sain trois mois auparavant, habitait seul son écurie, passait une partie de ses journées dans une prairie, et n’avait eu, au dire du propriétaire, aucun contact avec un autre animal malade, je trouverais là encore une observation particulièrement importante au point de vue de l’origine saprophytique de la trichophytie (1).

29 La maladie chez l’homme.

Quatre personnes avaient avec cet âne des contacts journaliers soit pour le panser, soit pour l’atteler ou le conduire ; sur ces quatre per-

(1) L'étude mycologique complète des lésions de cet âne fut pratiquée immédiatement. L'examen microscopique y démontra au niveau des poils, la présence d’un trichophyton exclusivement, ectothriæ et dont les cultures furent identiques avec celles que j'obtins des malades contaminés par cet animal. Enfin les inoculations de ce trichophyton de l'âne au cobaye déterminèrent un abcès au point d’inoculation et, après l'ouverture de cet abcès, l'apparition d'une tondante d'évolution lente.

sonnes, trois furent contaminées par l’animal, et je trouvai chez elles des lésions trichophytiques évidentes en pleine activité.

Le trichophyton faviforme, à cultures grises, est donc pour l’homme très contagieux, il se rapproche encore sur ce point de l’espèce trichophytique faviforme à cultures brunes saillantes, irrégulières. Comme cette espèce trichophytique, il donne aussi naissance, sur le tégument de l’homme, à la suppuration folliculaire, mais l’aspect clinique des lésions est alors bien différent de celui du kerion de Celse.

Sur les 3 malades contaminés par le trichophyton faviforme à cultures grises et dont j'ai pu étudier les lésions, les éléments trichophytiques circinés n'offraient pas cette induration profonde, cette apparence fongueuse et surélevée qui constituent les caractères fondamentaux du kerion Celsi, ils étaient au contraire peu saillants et leur surface rouge présentait, en certains points seulement, de petites vésico-pustules, distendues par un pus blanchâtre assez épais et dont quelques-unes étaient centrées par un poil. Entre les pustules et sur tout le reste de la lésion, la peau était simplement rouge et recouverte de quelques squames grisâtres.

Enfin, tandis que la partie périphérique de ces placards trichophytiques était, dans tous les cas, en pleine activité, à la partie centrale, l’évolution du parasite semblait terminée. Le centre était donc déprimé par rapport à la bordure, il ne s’y trouvait pas de pustules, la rougeur et la desquamation s’y rencontraient encore, mais très atténuées.

J’ajouterai que la marche naturelle de cette trichophytie est plus lente que celle du kerion, et que sa guérison, par le traitement approprié, est de beaucoup plus rapide. Quelques badigeonnages iodés -amenèrent en douze à quinze jours, chez les malades que j'ai suivis, la guérison complète des inoculations trichophytiques.

Je résumerai rapidement l’histoire de ces trois malades.

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