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de leur viTant. Celles-ci permettent d'affirmer la culpabilité des Templiers dans toute la France et la plus grande partie de l'Italie, c'est-à-dire au moins dans six provinces, qui représentent plus du tiers de l'Ordre. Là, pour être admis dans la « Milice du Christ », il fallait renier celui pour lequel on s'engageait à combattre. Un laïc, convaincu d un tel sacrilège, aurait été traduit devant Tlnquisition . Pourquoi les Templiers y auraient-ils échappé î Loin d'atténuer leur faute, le caractère religieux dont ils étaient revêtus en augmentait la gravité.
Cette coutume scandaleuse était trop régulièrement pratiquée, elle présentait par elle-même un caractère trop nettement sacrilège pour que, dans les pays coupables, l'Ordre ne fût pojnt déclaré solidaire des fautes de ses membres. Le réformer en retranchant les provinces contaminées, il n*y fallait point songer parce que les aveux du g iind-maître et dé ctsrtains religieux des autres provinces faisaient craindre que la contagion ne se fût répandue partout (1). Par conséquent, l'a^o^ition de l'Ordre du Temple était juste.
Quels molifs pouvait-il alléguer pour invoquer l'indu l«j:e née du Pape? L'innocence de plusieurs provinces? Mais l'orthodoxie des Béguines de Flandre ne devait point empêcher leur règle d'être condamnée par le même Concile de Vienne pour les fautes de leurs sœurs hérétiques. L'utilité de sa mission gêné-
(1) La seule procédure possible pour sauver les partie» •ainee de l'Ordre était de les rétablir sous une autr» forme après Tabolition. C'est ce qui fut fait pour TStpagne.
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reuse? Mais, depuis quelques années, les Templiers d'Orient ne faisaient plus la guerre qu'au Roi de Chypre.
Le Temple, il ne faut point l'oublier, jouissait de privilèges exorbitants: ses co m manderies, soustraites à toute juridiction, constituaient véritablement de petits Etats dans les grands. Contre Tabus possible de ces privilèges, les princes n*avaient, fors l'intervention toujours lente du Pape, d'autre garantie que les vœux prêtés devant le Christ par les religieux du Temple. Quelle confiance y pouvaientils conserver, s'il était prouvé que ces religieux avaient précisément renié le Christ? Dans l'intérêt des monarchies civiles comme dans celui de l'Eglise, V abolition du Temple était nécessaire.
Prétendra-t-on que sa chute a consacré définitivement l'abandon de la Terre Sainte? Mais, pour reconquérir celle-ci, il aurait fallu un élan de foi aussi vif que lors de la première Croisade. Or, depuis la mort de saint Louis, les années avaient compté double pour la transformation de la société chrétienne. Au commencement du xiv* siècle, aucua des grands monarques de l'Europe n'était disposé à laisser son royaume pour se rendre en Palestine À l'appel du Pape. En fait, lors de leur dispersion, les Templiers ne concouraient plus, en Orient, qu'à ia défense d'un seul pays, Chypre; leur départ n'empêcha point les chrétiens de s'y maintenir plus de deux cents ans !
Si quelqu'un perdit à l'abolition du Temple, ce fut la France dont l'influence en Chypre se trouva considérablement amoindrie. Ce n'était que justice,
puisqu'en la personne de son Roi, elle avait montré tant d'acharnement contre l'Ordre. Par les tortures de ses inquisiteurs et par les cruautés de ses Conciles, elle avait de beaucoup dépassé les bornes de la justice régulière.
De ces abus, le Pape ne doit aucunement porter la responsabilité. C'est lui qui, dans les bulles : Vox in excelso et Considérantes dtidum, a porté sur rOrdre du Temple rappréciation la plus équitable. Si au lieu d'accueillir sans examen les calomnies d'origine italienne, on examine la conduite de Clément V à la lumière des actes officiels, on constate qu'elle a toujours été judicieuse. Défenseur naturel des privilèges du Temple, il protesta contre la violence du Roi de France jusqu'au jour oii les interrogatoires de Poitiers lui dévoilèrent la culpabilité des religieux. Convaincu dès lors que l'Ordre ne pouvait se maintenir sans c périls pour la foi » il s'efforça d'en obtenir l'abolition par les voies de droit. En l'affaire des Templiers, Clément V n'a point failli à ses devoirs envers l'Eglise.
On aurait tort de chercher une opposition absolue entre les poursuites de ce Pape contre les Templiers et la bienveillance que leur avaient accordée ses prédécesseurs. Si l'Eglise, en la personne de ceux-ci, avait pour ainsi dire couvé la naissance de l'Ordre du Temple, si elle avait favorisé sa jeune gloire, si elle l'avait défendu, non sans indiscrétion, contre de multiples attaques, c'est qu'elle voyait en ses religieux les « soldats du Christ ». Lorsqu'elle se fut convaincue que ces soldats avaient trahi leur drapeau, elle les abandonna. En abolissant le Temple»
l*E!glise se conformait à la loi organique de son histoire. Car, si l'arbre de vie qui est en elle porte encore, après deux mille ans, toute sa frondaison, c'est qu'elle a toujours élagué les branches mortes, pour que la sève reflue vers les pousses nouvelles.