CHAPITRE PREMIER
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L'EIglise catholique, dont la merveilleuse unité s'adapta toujours avec souplesse aux nécessités des^ temps, a conçu la vie religieuse sur un plan si large que toutes les professions ont pu s'y soumettre* C'est ainsi qu'elle a créé successivement des menas* tères d'agriculteurs (i), des communautésd'hospîtalières (2)^ des ordres de mendiants ou de prédicateurs, des congrégations de savants (3), d'institué teups (4) ou de servantes des pauvres (5) ; la Provence a vu fleurir au Moyen Age un Ordre de reli* gieux ingénieurs et maçons, les Frères pontifes (6) ;
(1) Les Bénédictine,
(2) Le9 Augustineê, xii* et xiir siècle.
(3) Les Bénédictine de Saint-Maur.
(4) Les Frères.
(5) Les Sœurs de Charité,
(^)lîé\yoty Dictionnaire des ordres religieux, (éd, Migne, t. III, 237 et sq.
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et Paris, au zyii* siècle, deux petites confréries de cordonniers et de tailleurs qui constituaient de Yéritables communautés religieuses (1).
Hais la conception la plus hardie de l'Eglise, c'est d'avoir pris des hommes d'armes pour en faire des moines, et des moines hospitaliers. Cette conception est fille des Croisades. Après la conquête de la Terre*Sainte, la nécessité d'en défendre les places et d*y assurer le libre passage des pèlerins, pendant rintervalle des expéditions d'Occident, fît nattre des milices permanentes qui se consacraient par des vœux solennels au double service des armées et des pauvres gens. Tels furent les premiers Ordres militaires :H6pital, Temple, Ordre teutonique et cette légendaire milice de Saint-Lazare, d'une pensée si généreuse, qui se recrutait parmi les malheureux bannis de toute société, les lépreux. A leur exemple, les provinces d'Europe les plus menacées par les infidèles en créèrent d'autres : les Chevaliers porteglaive en Livonie ; les Ordres d'Aviz, de Calatrava^ d'Alcantara en Espagne.
La première destinée des Ordres militaires apparaît pleine d'honneur et de vaillance, comme une épopée. Mais lorsque se fut détournée vers d'autres œuvres la foi ardente qui lançait les peuples à la conquête du tombeau du Christ, ils eurent le tort de survivre à leur gloire. Seul, l'Hôpital, qui de Jérusalem s'était transporté à Rhodes, puis à Halte, toujours face à l'ennemi, étonna les Turcs par la hardiesse de ses c caravanes » jusqu'au jour où il
(l)Hélyot, I, 1139 et sq.
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s'écroula de lai-méme devant la flotte de Bonaparte. A oette époque, les Ordres espagnols s'étaient depuis longtemps réduits, par de successives déchéances, À ne plus former qu'une Légion honorifique ricîliement dotée. Les Ordres allemands avaient sombré dans Tapostasie.
Mais, entre tous les Ordres militaires, celui pour lequel la destinée se montra le plus rude, c'est la milice du Temple qui, dès le commencement du XIV® siècle, atteinte en pleine gloire par des accusations monstrueuses, avait succombé dans une tragédie sanglante. Entre l'éclat des premiers exploits des Templiers et la honte des crimes pour lesquels ils furent condamnés, un abtme si profond apparaît que l'opinion, toujours prompte à chercher quelque mystère dans l'histoire, s'est en tous les temps intéressée aux incertitudes de leur procès. Leur innocence, admise par des historiens de divers partis, a même été défendue au théâtre (1), tandis que d'autres historiens s'efforçaient de les montrer coupables. De toutes les archives de l'Europe, les uns et les autres ont extrait des documents, dont l'interprétation, souvent dénaturée par celui qui les publiait, n'a pas toujours servi à rendre plus clair le fond da débat.
Cependant, quelques points semblent hors de discussion. Les dégager, non seulement en racontant la mort du Temple, mais encore, ce que trop d'historiens ont négligé de faire, en exposant succincte-
(1) Par le savant Raynouard, dont la tragédie, en cinq actes et en vers, fut représentée avec grand succès le 24 floréal an XIII (14 mai 1805; sur le Théâtre français.
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ment quelle avait été sa vie, tel sera l'objet de cet opuscule. Si les conclusions qui pourront en découler n'ont point autant de couleur que les hypothèses admises par les apologistes ou par les détracteurs passionés du Temple, elles auront tout au moins le mérite d'être plus rapprochées de la vérité historique.