DUO
MOLAI, entrant par le fond.
Vous m'avez appelé, mon fils, et me voici. Parlez. Que voulez-vous? Qui vous amène ici ?
RENÉ, avec douleur.
Je viens chercher la paix austère, Le cœur frappé d'un coup mortel, Loin des bruits de la terre, A l'ombre sainte de l'autel.
MOLAI
Cette paix, ô mon fils, que votre cœur désire, Savez-vous de quel prix il la faut acheter ?
RENÉ
Je suis prêt, mon père, à souscrire Aux lois que vous m'allez dicter.
MOLAI, continuant.
Savez-vous qu'il n'est plus ni trésor, ni famille Pour celui qui demande à vivre en ce saint jlieu ? Loin de tout ce qu'on aime, et de tout ce qui brille Il faut vivre et mourir!
RENÉ, avec élan.
Je veux aller à Dieu I
MOLAI
Et ce dédain fier et suprême L'étendrez-vous, mon fils, à l'amour même !
RENÉ, avec tristesse.
J'ai connu ce doux sentiment
Et n'en comprends plus le langage.