‹ Les temps néroniens et le deuxième siècleChapitre 2 sur 133 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La traduction des Actes des Martyrs que l'on offre au public se rattache à un ensemble de travaux dont il est opportun de dire quelque chose.

Les bons livres sont aussi efficaces pour le bien que les mauvais livres le sont pour le mal. C'est conformément à cette maxime que des efforts n'ont pas cessé d'être tentés dans l'Église depuis les premiers temps du christianisme afin de procurer aux fidèles les connaissances qui éclairent leur intelligence et affermissent leur volonté. Vers la seconde moitié du 11^ siècle apparaissent des traductions latines des œuvres principales delà littérature chrétienne: la version de la Bible dite Itala, celle de VEpître du pseudo- Barnabe, celles du Pasteur d'Hermas, du Traité de saint Irénée contre les hérésies et de VÉpître de saint Clément sont probablement de ce temps. Ces traductions, — et d'autres sans doute qui ne nous sont pas parvenues, — sont fort habilement choisies et, dès cette époque, nous fournissent une sorte de bibliothèque théologique, dans laquelle sont représentés les ouvrages fondamentaux de la théologie, de l'apologétique, de l'ascèse et de la controverse contemporaines *.

I. M. ScHANZ, Geschichte der roemischen Litteratur biszum Gesetzgebungswerk des Kaisers Justinian. Dritter Theil. Die Zeit von Hadrian (117 n. Gh.) bis auf Constantin (824 n. Ch.) 1896. Un chapitre spécial est consacré aux traductions : traductions bibliques préhiéronymiennes, trad. de Clément, Barnabe, Ignace, Polycarpe, Hermas, Irénée. Chronique

Yi Les Martyrs

On pourrait, en suivant l'histoire littéraire des traductions faites au point de vue doctrinal depuis l'origine de l'Église jusqu'à nos jours, écrire un livre neuf et curieux, mais oc travail, pour être démonstratif, doit être complet; nous ne pouvons qu'en suggérer l'idée et en signaler l'intérêt.

Ce serait un des derniers chapitres de ce livre que celui où l'on raconterait l'histoire de la sollicitude qui inspira à Dom Prosper Guéranger la composition d'un recueil que l'on a récemment appelé un « ouvrage classique w en son genre *. Ce fut la préoccupation de rapprocher le fidèle de l'autel qui lui fit entreprendre l'Année liturgique. Son dessein développé doit rétablir le contact sur tous les points entre le fidèle et le prêtre. Le présent travail n'a d'autre but que d'y aider dans sa mesure.

Et la prétention n'est pas sans fondement. Dans l'économie hiérarchique du christianisme, le prêtre est docteur. C'est sa fonction principale dans la primitive Église, peut-

d'Hippolyte (liber generationis ei bnrbarus ScaligeriJ, Anatolius, Didachè, évangile de Thomas, canon de Muratori (?). Il faut y ajouter les traduct,ions des ouvrages d'Origènc.

I. Paul LÉOPOLD Haffner, évêque de Mayence : Was dieser hervorragende Mann (D. Guéranger) iiber das Gebet gedacht, in seinen Ansprachen ûber diesen hochwichtigen Gegenstand gesagt und in seinem Klassischen Werke « Das Kirchenjahr » an zahlreichen Stellen geschrieben bat... » approbation du livre : Das Gebet nach der heiligen Schrift und der monastichen Tradition, Mainz. Kirchheim (1896). — Voy. L. DucHESNE, Origines du culte chrétien, préface : u Je n'ai pas visé à l'édification directe... Il y a un (livre) qui a été écrit à cette fin et qui s'y trouve admirablement approprié : c'est l'Année liturgique de Dont Guéranger. n

Préface^ vn

être même, en un sens, son unique fonction ^ A ce seul titre il est regardé comme représentant les Apôtres ^, et c'est pour reconnaître son zèle dans l'enseignement de la doctrine qu'il reçoit un honoraire double^. La formule de l'ordination presbytérale ne reconnaît explicitement au prêtre que l'office d'enseigner la doctrine et d'assister l'évêque pour le gouvernement spirituel des fidèles'*. Son enseignement devait comprendre l'exposition du dogme et de la morale. Nous n'avons pas les manuels à son usage, il est probable qu'ils différaient suivant les diverses régions et les tempéraments de leurs habitants. La Bible devait fournir le fond de tout l'enseignement, néanmoins on peut se rendre compte de la distance qui existe entre les méthodes d'utilisation de ce livre par les diverses écoles en comparant l'homélie connue sous le nom de deuxième épître de Clément aux Corinthiens et les homélies d'Origène. Une autre source de la doctrine était les Actes des martyrs. Ces pièces possédaient dans plusieurs Églises une dignité liturgique officielle. En Afrique, par exemple, les Actes étaient lus publiquement, le jour de la fête des martyrs, à la messe solennelle^. Ceci est aisé à comprendre. En ce temps, le martyre était à la fois une menace et une promesse pour tous les

1. Gh. de Smedt, VOrganisation des Églises chrétiennes jusqu'au milieu du III' siècle, dans la Bev. des quest. histor., t. XLIV, i"' oct. 1888, p. 329-884, et. t. iLviii. i" oct. 1892, p. 1-37.

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