‹ Les temps néroniens et le deuxième siècleChapitre 3 sur 133 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

k. Ibid., VIII, 19.

5. L. DucHESME, Sainte Salsa, vierge et martyre à Tipasa, en Algérie, lecture faite le 2 avril 1890 à la réunion trimestrielle des cinq acadé- Mies. Cf. D. Cagin, Préface à l' Antiphonaire ambrosien dans la Paléographie musicale, t. V, dernière page.

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fidèles ; c'était le caractère essentiel du christianisme, c'està-dire une qualité dont toutes les autres, ou du moins beaucoup d'autres, dérivaient suivant des liaisons fixes. D'après l'enseignement des maîtres, le martyre était la perfection de la charité ; l'on s'y préparait par la réformation physique et morale de l'individu soumis à une sorte d'entraînement, qui paraît même avoir fait l'objet d'une rédaction officielle ^ Dans ces conditions le récit du combat de ceux qui avaient triomphé prenait dans la formation morale de la société chrétienne une importance considérable.

Les conditions politiques nouvelles amenées par la paix de l'Église laissèrent au mart^Te sa dignité éminente, son attrait mystérieux et austère et sa valeur absolue. C'est que l'instrument par le moyen duquel chaque martyr a consommé son sacrifice est une parcelle de l'autel sur lequel le Christ est immolé. Chacune de ces parcelles, en venant s'ajouter à la croix de Jésus-Christ, achève de parfaire « ce qui manque à sa passion ».

Les documents

Les documents à l'aide desquels nous pouvons reconstituer ce qui a trait au martyre au temps de l'Empire romain sont de trois sortes : nous avons les pièces judiciaires, nous avons les œuvres littéraires, nous avons enfin les inscriptions et les monuments. Les documents fournis par ces

I. Edm. Le Bla^t, La préparation au martyre dans les premiers siècles àt l'Église dans les }fém. de l'Acad. des Inscr., t. XXVIII, i" partie, p. 13 et suiv., réimprimé dans les Persécuteurs et les Martyrs, ch. a..

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sources sont fort difTérents en qualité et en quantité. Les textes juridiques et législatifs et les pièces de greffe forment la première catégorie, la plus précieuse et la plus riche. Dans ces textes, il importe de distinguer : i° les lois proprement dites, qui, pour la plupart, ne peuvent être restituées aujourd'hui que d'une manière conjecturale ; 2° les écrits des jurisconsultes, principalement de Domitius Ulpianus, qui avait rassemblé et expliqué, au livre VII de son traité de Ofjîcio ProconsuUs , les consultations édictées parles empereurs contre le christianisme. Ce traité nous est parvenu en partie sous la forme de citations dans le Digeste et dans la Collectlo mosaicaram romanarum legum. Les livres VIP et VHP du traité de OJficio ProconsuUs sont ceux dont le Digeste contient le plus de textes, et, au point de vue de la poursuite des chrétiens, les fragments d'Ulpien nous représentent son œuvre presque complète. Il faut mentionner encore : Paul, dont les Sententiœ nous ont été transmises par les compilateurs de la loi romaine des Wisigoths et les Responsa Priidentium, c'est-à-dire les commentaires des hommes de la loi, disputaiiones jurisperitorum, dont le sentiment précisait la jurisprudence romaine et concourait en cette matière à établir le droit, condere jura, contre les fidèles^; — 3° les constitutions, édits ou rescrits des empe-

I. Digeste, et Mommsen, 1870, 2 vol., ou 1877, i vol. — Code Théodosien, éd. Haenel, 18/12, i vol. et les notes de Godefroy dans l'édition RiTTER, 6 vol., 1743. — Institutes et Code Justinien, éd. Kruger, 1880. — GiRAUD, Juris romani antiqui fragmenta, 1872. — Ulpiani, Fragmenta extraits du Liber singularis regularum, edit. Huschre. — Pauli Sententix dans la Lex Romana Wisigothorum, edit. Haenel, 1849, P- ^38 et suiv. et edit. Husghke. — Gau institutionum commentarii, edit. Hus- GHK.E, 187/i, ou bien édit. Ern. Dubois, 1881. -— Pour l'œuvre d'Ulpien, voy. Edm. Le Blant, Les Persécuteurs et les Martyrs, iSgS, p. 5i et suiv.

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reurs. Outre ceux qui sont cités au Digeste, nous avons deux recueils principaux, quoique incomplets, de ces actes impériaux : le Code Théodosien (438), qui ne contient pas les actes antérieurs à la paix de l'Eglise, et le Code Justinien (028-534), dont les matériaux remontent un peu au delà, mais ne présentent pas tous un égal degré de certitude. Les constitutions impériales rendues contre les chrétiens étaient sans objet au temps où fut établi le texte des Pandectes, elles en furent donc exclues.

Les œuvres littéraires contiennent un nombre relativement minime de traits historiques sur les martyrs, et ils sont disséminés entre un grand nombre d'ouvrages. Aucun écrivain de ce temps, avant Eusèbe, ne paraît avoir songé à traiter le martyre à la manière historique, au point de vue de l'Église universelle. On s'est borné à enregistrer les fastes dans chaque Église. Quant aux écrits où il est traité du mart^Te, ce sont des compositions oratoires comme celles d'Origène, de saint Cyprien et de quelques autres. Cependant, telles quelles, ces observations faites par les contemporains sont dignes d'une sérieuse attention et demanderaient d'être réunies dans un recueil spécial. Les plus célèbres de ces fragments se trouvent reproduits au cours de tous les travaux solides sur l'histoire de ce temps ^

L'épi graphie ne joue pas un rôle égal en tous lieux pour l'histoire du martyre. Aucune Église ne peut balancer à ce

I. Le meilleur travail paru en France sur les persécutions est celui de M. P. Allard, dont les différentes parties peuvent être ramenées au titre général d'Histoire des persécutions, 5 vol. i884-i8go. — On peut trouver plusieurs de ces textes dans Renan, Origines du Christianisme; voy. l'Index général au mot Martyrs, et Aube, dont l'ouvrage est resté inachevé. Les livres de MM. Renan et Aube sont à l'index.

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point de vue l'Église de Rome. Néanmoins les pierres funéraires des catacombes ne fournissent pas, dans le sujet qui nous occupe, un contingent de faits comparable à celui qu'ils représentent dans diverses autres parties de l'histoire de l'antiquité ^

Les monuments figurés ne sont mentionnés que pour mémoire. Les types sont trop rares et trop divers pour supporter un essai de classement. Sauf quelques rares exceptions, les artistes ne représentaient guère que des symboles gracieux, des figures fraîches'; ils évitaient l'horreur du supplice. Cette pratique toutefois n'est pas un canon, de là quelques essais isolés dignes d'attention et sur lesquels nous reviendrons ^.

Ces documents le cèdent tous en importance aux u Actes

1. Rossi, Roma Sotterranea, 3 vol. seuls parus ; — Id. Inscriptiones christianae urbis Romae, 2 vol., — Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, a vol. ( avec les additions données dans le tome XII du Corpus inscriptionum latinarum). — Hubner, Inscript, christ, hispan., i vol. — WiLMANNs, Corp. inscr. latin., t. VIII, Afrique. — Boeckh, Corp. mscr. graec, tome IV, en vérifiant les tituli dispersés dans les tomes i, 3, 3 et dont KincHHOFF donne le relevé dans la préface aux Inscriptiones christianœ. — Batet, De titulis Atticœ christianis aniiquissimis, 1878, i vol. — Parmi les périodiques il faut citer Rossi, Bulletino di archeologia cristiana depuis i863, continué sous le titre de : Nuovo Bull... ; Mommsen, Ephemeris epigraphica. Ces indications ne sont destinées qu'à mettre à même les personnes désireuses de travailler dans cette voie, de se renseigner sur quelques recueils fondamentaux dont la consultation les familiarisera avec les titres, le contenu et la valeur des sources secondaires qui ne sauraient être négligées. Parmi les anciens recueils on ne peut plus guère mettre à profit que Muratori, Thésaurus veterum inscriptionum, tom. IV. —On trouvera une précieuse bibliographie épigraphique dans Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne {18G9), et dans L'épigraphie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique romaine (1890).

a. Rossi, nom. Sott., t. II, pi. xix, 2 : xx, a;xxi ; Bullettino, 1876 ; — Le Blant, Les pers. et les mart., ch. ixiv. — L. Lefort, Les monuments primitifs de la peinture en Italie. — Garucci, Storia delVarte cristiano

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des Martyrs », qui sont « la transcription exacte, ou à peu près, des procès- verbaux judiciaires dressés par les païens et vendus aux fidèles par les agents du tribunal* ». L'importance de ces documents dépasse de beaucoup le domaine de l'histoire. Ils appartiennent sans doute à l'historien et à l'archéologue, mais ils appartiennent aussi au théologien, au philosophe, au physiologiste. A s'en tenir au point de vue de l'histoire, nous pourrons, ^ l'aide des sources qui ont été indiquées, éclairer plusieurs points demeurés obscurs. Il faudra se contenter de ces résultats et ne pas tenter de faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas. Agir autrement est le fait de l'illusion ou de la mauvaise foi. L'historien digne de ce nom ne prête pas attention aux intérêts mesquins et aux querelles tendancieuses. Les faits tout seuls comptent pour lui, c'est pourquoi il aperçoit plus vite que d'autres les lacunes des documents dont il fait usage. Dans plusieurs cas l'induction employée avec une rigoureuse circonspection pourra l'autoriser à suppléer à coup sur à l'insuffisance des textes. Mais c'est là un procédé exceptionnel, qui ne peut suffire à combler des vides fâcheux. La loyauté intellectuelle demande qu'on les signale et qu'on les respecte ^

I. Edm. Le Blatt, Les actes des martyrs, supplément aux « Acta sincera » de Dom Ruinart (extrait des Mémoires de l'Acad. des Inscr. et Bell. Lettr., t. XXX, a* partie', Paris (1883) tirage à part, p. 16.

3. Les textes cités dans cette préface ont été, pour la plupart, rais en œuvre dans les dissertations de M. Edmond Le Blant. Ces notes, disséminées dans un grand nombre de revues, ont été en partie rassemblées et publiées de nouveau dans le volume intitulé : Les persécuteurs et les martyrs i iSgS). Dans cette préface, j'ai omis la citation des textes originaux et je me suis borné à la référence afin d'alléger d'autant le volume. On trouvera la plupart de ces textes transcrits dans l'ouvrage que je viens de citer et dans Les actes des Martyrs, sappUment aux « Acta sincera » de Dom Ruinart du môme auteur.

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