SE
NE
Durée des pluies.
202 heures.
Quantité de pluies.
174 millim.
Durée de la même direction du vent.
4,919 heures.
Totaux 5,182 4,247 1 Annales de T Observatoire, t. VI, p. 6,2 à 68.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
M. Quetelet a aussi observé que la pluie élève la température normale de notre hiver de deux degrés, mais qu'elle a un effet moins sensible sur la température de l'été.
Les pluies, ajoute l'éminent observateur, sont comparativement chaudes en hiver, froides en été, et les écarts qu'elles produisent sur la température normale, peuvent aller jusqu'à 20". {Météor., p. 166.)
Généralement, le ciel est serein par les vents d'Est et couvert par les vents du Sud-Ouest et de l'Ouest.
En résumé, notre climat présent est caractérisé par Caractères de notre une température moyenne de 16° dont les écarts peuvent atteindre à plus de 50°. Les vents de la région Sud-Ouest y sont les plus fréquents, puis viennent ceux de la région Est et Nord-Est; les vents de la région Sud- Ouest ont une température qui oscille d'ordinaire entre -|- 6° et -|- 29°, et les vents de la région Nord-Est sont souvent accompagnés en été d'une température de plus de 30° et en hiver d'un froid moyen de — 12° qui peut même dépasser — 20°
Le ciel est généralement serein par les vents de la région Est et Nord-Est et sous son influence, il tombe environ un demi-centimètre d'eau annuellement ; mais le temps est couvert par les vents de la région Ouest et Sud-Ouest et produit annuellement au moins six centimètres de pluie, soit 12 fois plus d'eau que l'alizé. C'est la prépondérance du vent contre-alizé qui rend notre climat humide et plus tempéré que celui de la
l'homme
plupart des pays situés sous la même latitude, et c'est à la lutte entre ce vent contre-alizé et le vent alizé que nous devons les variations si fréquentes et souvent si brusques de notre température.
Les propriétés si différentes de l'alizé et de son contre-alizé dans nos régions provient, ainsi qu'on peut le déduire des principes exposés plus haut, de la position de l'Europe occidentale, placée entre l'Océan à l'Ouest, et le continent Européen à l'Est. Il tient des climats Notre alizé traverse ainsi une grande étendue de
continentaux , • , • < i
et des climats terre pour nous arriver. Ces terres, soumises a des maritimes. f^QÏ^Is rigourcux en hiver, transmettent à l'air leur basse température et le dépouillent de son humidité. En été , échauffées par le soleil , elles communiquent leur chaleur à l'atmosphère dont elles continuent à condenser les vapeurs et donnent ainsi lieu aux températures élevées qu'on constate souvent en été, quand l'alizé règne.
Mais le contre-alizé traverse l'Océan atlantique, s'y charge de ses vapeurs et lui emprunte, en toutes saisons, une température plus modérée.
Aussi, suivant que l'alizé ou son contre-alizé domine, avons-nous un climat continental ou un climat maritime. C'est là le véritable caractère météorologique de nos régions occidentales.
Les phénomènes physiques de notre époque du Mammouth, tels qu'ils nous sont révélés par l'extension simultanée des glaciers et par le creusement des val-
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
lées, dénotent pour cette partie de l'époque quaternaire un climat beaucoup plus humide que celui d'aujourd'hui.
On sait que les oscillations des glaciers dépendent causes qui^agissent moins de la température moyenne annuelle des lieux développement
. des glaciers.
que de la distribution de cette température entre les saisons et surtout que de la quantité d'eau tombée. Un hiver doux et humide, suivi d'un été froid et pluvieux, aura pour résultat l'augmentation des glaciers, et un hiver froid et sec, suivi d'un été chaud avec peu de pluies, aura pour effet un retrait de ces masses de glaces.
Dans l'île Sud de la Nouvelle-Zélande, placée dans l'hémisphère austral, sous la même latitude que celle des Pyrénées dans l'hémisphère boréal, les neiges perpétuelles se maintiennent à une altitude d'environ 2,000 mètres. Les glaciers ne s'y arrêtent qu'à quelques centaines de mètres de la côte, et on y voit le singulier phénomène de masses de glaces séjournant toute l'année au milieu d'une végétation forestière à physionomie tropicale.
Ces faits si saillants prouvent à l'évidence que le développement des glaciers n'est pas lié à un abaissement dans la température générale d'une région ; puisque cette flore de l'île Sud de la Nouvelle-Zélande abonde en palmiers et en fougères arborescentes, malgré la latitude de cette île qui correspond dans l'hémisphère austral à la latitude de nos Pj^rénées où les glaciers s'arrêtent à S, 500 mètres au dessus du niveau de l'Océan. Il faut rechercher la cause de ces
54 l'homme
contrastes clans le climat maritime de la Nouvelle- Zélande; la température y est si uniforme que, dans certaines parties de l'île Sud, on distingue à peine la saison d'hiver de celle d'été. Cette température modérée et peu sujette à variation a elle-même pour cause la position des îles Néo-Zélandaises au milieu du vaste Océan pacifique
Aussi est-il admis aujourd'hui que le développement excessif des glaciers en Europe, à l'époque quaternaire, a été produit non par un froid plus grand, mais par une humidité beaucoup plus considérable de l'atmosphère.
Le creusement de nos vallées, contemporain de ces vastes glaciers, ne prouve pas moins un climat à pluies excessives.
„. Les débordements de nos cours d'eau sont surtout
:s granues crues
les cours d'eau cQ^yg^g dcs plulcs abondautcs et prolongées.
sont (lues j. u
à des pluies La terrible crue de la Loire, en septembre 1866, fut
abondantes.
amenée par une pluie torrentielle de trente heures consécutives. La quantité d'eau tombée dans le périmètre du bassin de ce lleuve varia entre 15 et 7 centimètres et demi en trente heures
1 Plusieurs des considérations qui vont être développées sur notre climat quaternaire, ont été esquissées par E. Larteten 1865 {Note sur deux têtes de carnassiers fossiles). Dans cette note, l'éminent naturaliste a montré la concordance de plusieurs données géologiques et paléontologiques, pour définir le climat de cette ancienne époque et ses rapports de filiation avec le nôtre.
2 Voyez les considérations étendues sur ce sujet du grand ouvrage de M. l'ingénieur Belgrand sur La Seine, p. 120. 18G9.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Le 4 juin 1839, un orage a produit à lui seul, à Bruxelles, près de 11 centimètres d'eau, quoique cette ville fut éloignée de plusieurs lieues de l'endroit où l'orage a sévi avec le plus de violence. Les rives de la Senne furent ravagées et le hameau de Borght, près de Vilvorde, a été presque complètement détruit. Au moment de la grande intensité de l'orage, le vent soufflait du Nord-Est et tourna finalement au Nord-Ouest.
Trois orages éclatèrent successivement dans la journée du 15 août 1850. La hauteur de la pluie tombée à Bruxelles fut d'environ 8 centimètres. Le lendemain, il en tomba encore 33 millimètres, ce qui fait qu'en vingt-quatre heures, il y en eut un total de plus de 11 centimètres. Pendant ce temps, le vent qui avait soufflé d'abord de l'Ouest-Nord-Ouest passa au Nord, mais quand l'orage atteignit sa plus grande intensité, le vent revint au Nord-Ouest et souffla avec violence. Le thermomètre qui marquait d'abord 20", baissa lentement à 17°. A la suite de cette pluie, la Sambre et la Senne subirent une crue désastreuse. Leurs vallées furent inondées et plusieurs ponts des chemins de fer furent emportés
L'Auteur a été témoin, dans les environs de Dinant, à la fin du mois de juillet 1865, d'un orage qui dura environ deux heures. La quantité d'eau tombée fut assez considérable pour que le roc calcaire d'un ravin fut creusé à une profondeur de quatre mètres et qu'un atterrissement de douze mille mètres cubes de terre et de
1 Aiinaïes de V Observatoire , t. IX, p. 6.
l'homme
pierres se forma à l'embouchure de ce ravin dans la Meuse.
M. Quetelet cite une pluie du mois d'octobre 1807, qui a donné près de 80 centimètres d'eau, c'est à dire, plus qu'il n'en tombe normalement en une année à Bruxelles.
i-es La Meuse est le seul de nos cours d'eau qui ait pris
crues des fleuves
quaternaires sa source daus des montagnes recouvertes de glaciers
semblent dues i i»
à la même cauje. pendant 1 époqiic quaternaire. La fonte des glaciers, quand ils rentrèrent dans leurs limites actuelles, ne put donc jouer qu'un rôle accidentel sur le développement des fleuves et des rivières qui creusèrent durant la même époque les nombreuses vallées dont notre sol est sillonné.
Le phénomène qui se manifeste le plus clairement dans les alluvions de ces puissants cours d'eau, est la succession des crues qu'ils subirent. Leur régime était donc très variable et ils étaient surtout sujets à se gonfler dans de grandes proportions.
Aussi devons-nous rechercher, dans une augmentation des pluies, la raison des masses d'eau qui donnèrent naissance à nos vallées et admettre que la quantité d'eau qui tombait alors sous nos latitudes était plus grande qu'aujourd'hui ^
Ces considérations sur les glaciers quaternaires et sur nos anciens cours d'eau, quoiqu'elles soient exposées sommairement, suffisent pour indiquer que le
1 M. l'ingénieur Belgrand, dans sa remarquable œuvre déjà citée, démontre largement que telle est bien la cause à laquelle étaient dus les énormes fleuves de l'époque quaternaire.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
climat de notre époque du Mammouth était plus Lecumat humide qu'aujourd'hui, que les pluies abondantes y était plus humide étaient plus fréquentes et furent l'un des caractères pré- ^"■'"""^ dominants de l'état météorologique d'un âge qui servit de précurseur presque immédiat au nôtre.
Les phénomènes biologiques de la même époque, consistant dans la cohabitation d'espèces qui ne peuvent vivre de nos jours que sous des latitudes fort différentes, réclament, comme nous l'avons vu, un climat à température modérée ententes saisons, c'est à dire, la suppression des grands écarts de températures qui accentuent si fortement nos saisons extrêmes.
Le climat agit puissamment sur la répartition de la Les températures flore et de la faune à la surface des continents. Aussi limitent raire peut-on souvent considérer les animaux et les plantes desTnimaux erjes comme des climatomètres, parce que leur présence dans végétaux, une contrée est incompatible avec certains écarts de températures ou exige des chaleurs estivales déterminées. La culture de la vigne est un des exemples classiques de cette règle établie par de Humboldt. L'élan vit encore en Suède sous le 65® degré de latitude, alors qu'il ne dépasse pas le 55*^ degré dans l'intérieur de la Sibérie dont le climat est plus continental.
Nos forêts réunissaient au commencement de l'époque quaternaire une population qui eut pu faire envie aux régions actuellement les plus privilégiées. Elle ré-, sumait à la fois la faune de notre zone torride, de notre zone tempérée septentrionale, de notre zone boréale et comprenait d'autres espèces encore dont les hautes montagnes européennes, la Tartarie et l'Amé-
l'homme
riqiie du Nord sont aujourd'hui les seules patries. Ce que nous ne pouvons voir aujourd'hui qu'en allant de l'équateuraupôle, ou bien en torturant la nature dans nos jardins zoologiques, nos ancêtres le voyaient journellement autour d'eux, et chaque représentant de cette création majestueuse apparaissait à ce festin, comme il sera prouvé plus loin .
Nous voyons donc cette faune constituée par des animaux aux tempéraments les plus hétérogènes, que nous avons distribués en sept groupes d'après l'aire géographique qu'ils occupent aujourd'hui et en tenant compte de la catégorie des espèces éteintes.
Quatre de ces groupes doivent fixer particulièrement notre attention. Ce sont ceux des espèces qui habitent encore la région tempérée septentrionale de l'Europe, des espèces réléguées actuellement dans les régions boréales ou alpines, enfin des espèces et genres spé- La composition ciaux aux coutrécs tropicalcs. Les unes ont donc pu desm^ainrifères s'adaptor à uotro climat maritime-continental, au lieu quaternaires j autrcs u'out pcrslsté Quo daus des milieux où
prouve un climat 1 i T.
tempéré maritime, j'^^^ l'iiiver olfraicnt dcs températures adaptées cà leur constitution .
Mais lorsqu'elles vivaient, réunies sous notre latitude, il fallait que nos régions eussent un climat constamment modéré, en d'autres termes un climat ïnaritime, et ce serait la transformation de ce climat maritime en un climat à caractère continental pendant certaines .parties de l'année, qui aurait disjoint cette faune et en aurait refoulé des tronçons dans les régions environnantes où ces espèces rencontraient mieux leurs conditions d'existence.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
La présence de l'hippopotame est incompatible avec l'existence des froids extrêmes qui congèlent pendant plusieurs semaines consécutives les cours d'eau où il vit.
Le renne, le glouton, le renard bleu ne peuvent vivre que dans les régions boréales où les étés ne font pas sentir les ardeurs que nous avons quelquefois à supporter.
On a tenté vainement, il y a peu d'années, de réacclimater le renne dans les Alpes. La nourriture qui lui est propre et qui consiste surtout en licbens, s'y trouve, paraît-il, en quantité insuffisante.
Le chamois a pour habitat les sommets neigeux des montagnes européennes et son organisation ne peut s'adapter aux régions qui ne présentent pas les conditions de ce milieu.
Il est donc évident que l'association de ces espèces, d'habitat aujourd'hui si distinct, entraînait l'existence d'étés et d'hivers dont la température ne subissaient que des écarts peu considérables.
Mais la cohabitation des espèces actuelles des plaines de l'Europe centrale exigeait également que la température moyenne de notre latitude fut alors à peu près la même que celle d'aujourd'hui. De sorte que si notre ligne isotherme était peu différente à l'époque quaternaire et à notre époque, il devait en être tout autrement pour les lignes d'égal été et d'égal hiver. La ligne d'égal hiver devait descendre plus au sud pour rendre nos latitudes habitables au renne, et la
l'homme
ligne d'égal été devait remonter plus au nord pour les rendre accessibles aux espèces d'aspect tropical.
Qu'eut-il fallu pour nous doter d'un climat dont, par son humidité constante et sa température plus modérée dans les saisons extrêmes, les caractères continentaux fussent exclus et qui fut un climat maritime bien prononcé ?
Notre climat a Ls caractèro continental de notre climat, avons- '^'''''^Tl"'!» nous vu, est dû au vent alizé qui donne lieu à la fois à
un caractère ' T.
continental, vents dcssécliés et à des écarts de températures
à cause (le la nature
physique ç[q 50°. Le vcut du sud nous donne aussi de fortes cha-
des régions
traversées Icurs ct cst assez fréquent.
par notre vent alizé.
Si les régions doù ces vents soufflent, étaient recouvertes par la mer, ils nous apporteraient, en opposition avec ce qu'ils font aujourd'hui, des pluies et souvent des températures moins extrêmes.
Il suffit donc, pour résoudre ce problème météorologique, de rechercher quelle était la disposition respective des terres et des mers dans les régions avoisinant le continent européen à l'époque où nous jouissions de ce climat maritime.
Leventdusud II ost aujourd'hui bien démontré que le Sahara était
était anciennement .
plus humide, immergé a 1 époque quaternaire, puisque des valves
à cause de la mer -, ^ , , ii j
qui recouvrait do Carcliimt eclule se trouvent en abondance dans le Sahara. couclies supcrficielles . C'est un fond de mer
mis à sec, dit M. Martins. On sait également que le désert qui, « ainsi qu'une immense fournaise, distribue aujourd'hui sa chaleur à l'Arabie, à la Turquie
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
d'Asie et à l'Europei , « est plus bas que le niveau de la mer ; de sorte qu'il suffisait qu'un chenal le mit en rapport avec l'Océan ou avec la Méditerranée pour qu'il se couvrît d'eau, mais aussi il suffisait que le chenal fut obstrué par une barre de sable pour que, par la seule action de l'évaporation par le soleil de l'équateur, cette mer saharienne se desséchât. Il serait donc inutile, d'après ces considérations, de faire appel à des causes agissant avec une puissance, inconnue de nos jours, pour se rendre compte d'un phénomène aussi considérable que celui de l'immersion d'une partie du centre d'un des grands continents, suivie de son dessèchement ^.
Mais, dans cette double condition, les propriétés du vent du sud étaient bien différentes pour l'Europe.
Que le Sahara fut océan, et l'air qui en arrivait était humide et d'une température généralement moindre que celle d'aujourd'hui où il est transformé en désert.
Ce vent souffle annuellement chez nous 42 jours durant lesquels, malgré la circonstance que ce n'est que dans son passage sur la Méditerranée qu'il se charge d'humidité, il nous donne cinq centimètres d'eau. Sa température se maintient d'ordinaire entre -j- 5° et -}- 30° en Belgique. Mais son action est plus sensible dans le midi où il produit le fœhn et le sirocco. « Se fait-on une juste idée, dit M. Desor, des conditions climaté-
1 Malte-Brun, cité par Lyell dans ses Principes de Géologie.
2 Ch. Martins, tableau physique du Sahara [Revue des Deux-Mondes, juillet 1864) et Matériaux pour l'Histoire de l'homme, par M. de Mor-
TILLET, t. I, p. 147.
l'homme
riques imposées à l'Europe par cette vaste nappe d'eau recouvrant le Sahara? On peut en juger par l'influence qu'exercent aujourd'hui les vents brûlants que le désert nous envoie et qui sont justement appelés mangeurs de neiges et destructeurs de glaciers. Tant que le Sahara fut couvert d'eau, jamais nos montagnes ne sentirent l'haleine embrasée du fœhn et du sirocco ; les hivers, rarement combattus par un souffle attiédi, pouvaient accumuler leurs neiges et leurs glaces, et étendre au loin leur empire ; mais quand le désert fut à sec, quel débâcle a dû se produire aux premières visites du fœhn dans les énormes glaciers de nos Alpes M »
Il devait surtout donner lieu chez nous à une grande humidité quand il régnait.
Cependant, si ce vent a relativement peu d'influence sur notre latitude, nous voyons qu'il est loin d'en être de même pour le vent d'Est et du Nord-Est, et c'est cet alizé qui doit attirer surtout notre attention.
A l'époque quaternaire, les montagnes de la Scandinavie étaient couvertes d'énormes glaciers qui rayonnaient dans toutes les directions.
Les blocs erratiques Lcs glaciers charricnt, comme on sait, des blocs de parTs glaciers rochcs dcs moutagncs qu'ils traversent et ils les abanlesgiacts flottantes, domieut solt sur Icurs moraines latérales, soit à- leurs limites de fusion. Ces blocs, appelés blocs erratiques, dénotent le développ ement des anciens glaciers et permettent d'en suivre la marche.
1 D'après les Matériaux pour VHistoire de l'Iiomme, de M. de mor- TILLET, t. 1, 1865, p. 150.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Mais il arrive que les glaciers, étant situés dans des régions maritimes, aboutissent à la mer. Des masses de glace s'en détachent alors et s'éloignent du rivage, entraînant les blocs de roches qu'elles portent. Souvent ces glaces flottantes se fondent en pleine mer, mais il arrive aussi qu'elles atterrissent sur un nouveau rivage. Le fond et les côtes de cette mer sont donc couverts de blocs erratiques, et si elle venait à être mise à sec, son existence et son étendue se manifesteraient par la présence et la disposition de ces blocs.
C'est précisément ce qui a eu lieu dans le nord.
La mer entourait de toutes parts les glaciers Scandinaves. Non seulement l'Océan boréal, la mer du Nord et la Baltique existaient déjà, mais elle s'étendait sur la moitié septentrionale de la Russie, sur le nord de l'Allemagne jusqu'aux monts hercyniens et sur une partie de la Hollande.
Un dépôt erratique émanant des montagnes de la Dépôt erratiqne Scandinavie recouvre en effet cette vaste surface au- ^'^ jourd'hui continentale. C'est le dépôt que les géologues appellent " dépôt erratique du nord » , et lorsqu'on le voit occuper la grande plaine comprenant les régions germaniques et russes précitées, il est incontestable qu'il est dû surtout à des glaces flottantes.
La carte fîg. 3 indique les régions occupées par les blocs erratiques d'origine Scandinave. L'aire de ce dépôt, si on en excepte les régions montagneuses de la Suède et de la Norwége qui produisaient les glaciers, ainsi que les abords de cette région, cor-
LHOMMB
respond donc à la surface de notre continent recoaverte parla mer à l'époque quaternaire.
Fig. 3. — Carte indiquant, d'après la Carte géologique d'A. Dumont et d'après d'autres géologues, la région occupée par le dépôt erratique du Nord.
II prouve que la mer Dès qu'il cst démontré qu'une vaste nappe d'eau ler^IIons s'étendait sur les régions nord-est d'où souffle notre '' luzéTu^ devait'^ ^^^^^ ®^ atteignait même au sud presque notre paralpar conséquent être lèle Iq caractère de cet alizé devait être bien difFé-
humide
et d'une ^ent àô cclul qu'il possède auiourd'hui. Il devait cons-
température plus
uniforme. tammcut produirô beaucoup de pluie et ne pas donner lieu aux extrêmes de température qui sont de nos jours le trait distinctif de notre climat. Les froids excessifs surtout n'apparaissaient pas.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
L'Europe occidentale, entourée ainsi de mers à peu près de tous côtés et principalement dans les directions d'où soufflent les vents constants, ne pouvait avoir qu'un climat humide et à température beaucoup plus uniforme. C'est le climat maritime que nous réclamait l'explication des phénomènes physiques et biologiques de cette époque ; ces phénomènes se trouvent dès lors expliqués.
Ainsi, pour atteindre à ce résultat , il n'est pas nécessaire de faire appel à des lois climatériques différentes de celles qui régissent dans les temps actuels la météorologie du globe ; il a suffi d'en modifier la formule pour nos latitudes, conformément à ces lois qui comptent au nombre des plus précises définies par la science.
Quand nous considérons ensuite l'évolution de la faune dans la série des temps quaternaires, nous saisissons la règle qui a présidé à sa réduction. Nous la voyons s'appauvrir successivement, prendre peu à peu un caractère plus local et plus tranché; comme le montre le tableau suivant :
Faune des cailloux / espèces émigrées vers le pôle, sur les
Faune des cailloux roulés et du limon stratifié composée des
espèces éteintes sur tout le globe ; espèces émigrées en latitude, en longi-
tude et en altitude ; espèces des régions tempérées septentrio-
nales actuelles.
anguleux et delà terre-à-briques,
composée des
hautes montagnes ou vers l'est ; espèces des régions tempérées septentrionales actuelles.
l'homme
Faune des tourbières, f ggp^çgg (jgg rt'gions tempérées septen-
des cboulis, etc., \ ^ . , ^
, . ' / tnonales actuelles.
composée des \
Les appauvrissements successifs de la belle faune quaternaire dont notre pays jouissait à l'époque du dépôt des cailloux roulés, sont donc en coïncidence avec la manifestation des grands phénomènes physiques dont la contrée fut le théâtre.
Aussi, dans la suite de cet ouvrage, nous appellerons l'époque du dépôt des cailloux roulés et du limon stra- Age du mammouth, tifié, âçe clu mmiimoiith (Elephas primigenius), parce que cette espèce a laissé de nombreux restes dans ces dépôts et parce qu'elle y rappelle en même temps la présence du groupe des espèces perdues.
Nous appellerons l'époque du dépôt des cailloux anguleux et da la terre-à-briques, âge du renne, le renne étant son espèce caractéristique à peu près au même titre.
Nous réserverons le nom ô^époqiie actuelle aux temps écoulés depuis la formation de ces derniers dépôts. Elle est caractérisée zoologiquement , comme nous l'avons vu, par les espèces de la faune de l'Europe tempérée septentrionale. Décimés par la main de l'homme , les principaux animaux de cette faune se réduisent aujourd'hui dans nos bois à quelques espèces où elles ne sont même guère conservées que pour les plaisirs de la chasse.
En résumé, la faune quaternaire s'est amoindrie de deux façons. Pendant les âges du mammouth et du renne, alors que l'homme n'était pas encore assez puis-
Age du renne.
Époque actuelle.
Appauvrissement de la faune sous les actions
naturelles et sous la main de l'homme.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
sant pour exercer une influence destructive sur la faune, l'extermination cle certaines espèces était faite par la nature elle-même. Puis vers le siècle do notre ère, ainsi que l'histoire nous l'apprend, l'extermination se continua par la main de l'homme et, sans la protection des propriétaires des forêts, chacun sait qu'aucune grande espèce sauvage n'existerait plus dans nos bois.
Si nous recherchons la signification de la perte suc- Le cumat
. de la période
cessive du caractère de faune générale que possédait quaternaire
„ 1^1, 11 ^-i • etses raodiflcalions.
notre laune au début de la période quaternaire, nous devons d'abord remarquer que l'élimination des espèces ne porte pas sur tel ou tel animal pris au hasard dans l'ensemble, mais généralement sur des groupes d'espèces à tempéraments analogues.
Ainsi le groupe des espèces d'aspect tropical, comme celui des deux espèces américaines, sont d'abord éliminés, puis vient le tour des espèces aujourd'hui polaires ou alpines, et il ne reste finalement pour peupler notre pays, à l'époque géologique actuelle, qu'une faune locale à caractère d'habitat très restreint et dont le séjour est l'Europe moyenne.
La cohabitation dans nos régions de tous ces groupes pendant l'âge du mammouth prouve, comme nous l'avons vu précédemment, que le climat de cette époque était d'une uniformité remarquable, tout en ayant une température moyenne peu élevée ; il ne subissait pas ces extrêmes de température qui limitent si fortement le nombre des êtres organisés d'une région.
68 l'homme pendant les âges de la pierre.
Les espèces d'aspect tropical disparaissent à l'époque du renne. Nous pouvons y voir la conséquence de l'arrivée des températures extrêmes qui excluent ces espèces.
Enfin, l'élimination par voie naturelle du groupe des espèces actuellement polaires ou alpines nous montre qu'au commencement de l'époque actuelle, notre climat avait pris les caractères qu'il possède aujourd'hui et qui ont été exposés plus haut. Subissant en été et en hiver des écarts qui sont en moyenne de 16 degrés centigrades, et qui peuvent aller jusqu'à plus de 50 degrés, ce climat est incompatible avec l'existence de ce grand nombre d'espèces qui donnait jadis à notre faune un caractère grandiose. Ce fut, sans doute, le résultat de l'émersion du Sahara et de la grande plaine du Nord recouverte parle dépôt erratique Scandinave.
L'HOMME PENDANT L'AGE DU MAMMOUTH La plupart des cavernes de la vallée de la Meuse, Les cavernes
^ ^ de Dinant.
notamment celles qui sont excavées dans les rochers de Dinant, ont été fouillées, il y a plus ou moins d'années, dans un but d'embellissement. Aucune ne contient plus de traces suffisantes pour l'étude des antiquités quaternaires de notre belle vallée.
L'homme des âges du mammouth et du renne vivait dans les cavernes, et les cavernes qu'il a habitées, sont précisément celles dont on pouvait le plus facilement extraire les terres, soit pour l'agrandissement du souterrain, soit pour faire croître de la végétation sur les terrains environnants. Ces cavernes sont, en effet, larges et hautes à l'entrée et d'un accès souvent facile — circonstances recherchées autant par nos sauvages ancêtres que par les amateurs de jardins pittoresques. Aussi, aucune de ces grottes n'y a échappé à la maiii moderne.
Le plus ancien passé de l'homme, dans notre vieille cité, est ainsi perdu sans remède.
Il n'en était heureusement pas de même pour plu-
l'homme
de la Lesse et de laJIoIignèe.
sieurs vallées voisines de la Meuse. Dans certaines parties des vallées de la Lesse et de la Molignée, sauf peu d'exceptions, la civilisation n"a pas encore cherché à mêler ses embellissements aux œuvres de la nature. Les cavernes Lcs recherclios furcut particulièrement fécoudcs dans ces deux vallées auxquelles nous bornerons cet exposé, faisant exception seulement pour une des cavernes de Gojet qui est située sur un autre tributaire de la Meuse, le Samson.
Quarante-trois cavernes ont été fouillées ou étudiées jusqu'à ce jour dans un but scientifique sur la Molignée et sur la Lesse. Sur ce nombre, vingt-cinq ont fourni des données sur l'homme de ces anciennes époques; mais nous ne nous occuperons guère que de treize d'entre elles, qui contenaient des restes plus importants, plus caractéristiques ou plus nombreux. Les, autres cavernes nous permettront de généraliser ce que nous aurons observé ou déduit de l'étude de ces gisements plus riches.
Mais l'observation directe, dans ces sortes d'études, ne comporte souvent d'interprétation, qu'à la condition de savoir ce qui se passe aujourd'hui pour les choses analogues. Ainsi on conçoit combien il est utile de connaître les moeurs des hommes qui, actuellement, sont dans le même état de barbarie; les propriétés et les gisements de toutes les matières employées par nos anciens indigènes ; la manière de vivre des animaux qui les entouraient, etc. On peut souvent par ce moyen rétablir, avec une grande probabilité, certains points de l'ethnographie de nos antiques populations.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Les environs de Montaigle, sur la Molignée, ont cavernes offert une série de cavernes bien disposées pour l'étude Moi^t^igi^. des antiquités de l'âge du mammouth. (Pl. III.)
Un escarpement, faisant partie du bois de Foy, près de Montaigle, est comme perforé de souterrains plus ou moins étendus. L'un se trouve à 60 mètres au-dessus de la Molignée et a été nommé Trou de f Érable. Trois autres, les Trous du Sureau, du Chêne et du Lierre, sont de 30 à 35 mètres au-dessus du même étiage. Enfin, le Trou Philippe est seulement d'une dizaine de mètres supérieur à la rivière\
Tous contenaient un dépôt de limon stratifié dont Leur nmon
fluvial.
l'origine, a-t-il été dit plus haut, est due aux eaux fluviales qui creusèrent les vallées au commencement de l'époque quaternaire. Ce limon fluvial et les indices de la présence de l'homme qu'il renferme, sont donc d'autant plus anciens qu'ils sont plus élevés au dessus du cours d'eau.
Le limon du Trou de VÉrahle est, par conséquent. Les pms vicnies
. . antiquités
le plus ancien. On y a recueilli un silex taillé de main de notre province, d'homme, des restes de mammouth, d'ours, d'hyène, de renne, etc.
Ce sont les plus vieilles antiquités découvertes jusqu'à ce jour dans notre province. Aussi est-il regrettable qu'elles se bornent à un si petit nombre de restes.
Mais à une époque un peu plus rapprochée dans l'âge du mammouth, une peuplade sauvage établit,
1 Ces cavernes sont situées sur les propriétés de M. Alphonse Licot qui en a généreusement autorisé l'exploration.
l'homme
Le Trou au 5«r.a« pendaiit uii teiiips prolongé, son séjour dans le Trou
fat le siège SuVeaU.
dune habitation
longue et répétée Cette caveme est située à 33 mètres au-dessus du
de l'homme pendant l'âge du mammouth.
Disposition de la caverne.
cours d'eau. Pendant qu'elle était le siège de cette habitation, les eaux de la rivière vinrent l'inonder plusieurs fois, chassant ses habitants et déposant sur les débris de leur ménage le limon stratifié qui nous permet de nous orienter si exactement dans ces périodes reculées.
Les dépôts fluviaux de la caverne renfermaient trois niveaux ossifères superposés ; ils témoignaient d'un nombre correspondant d'anciens sols habités.
Elle a une superficie de près d'un are. Presque aussi longue que large, elle a une double ouverture qui l'éclairé dans toute son étendue, mais qui donne lieu à un fort courant d'air. Elle fut à toutes les époques exceptionnellement sèche, témoin l'absence presque complète de stalagmites et de stalactites dans son sol et sur ses parois.
Toute caverne large, à grande ouverture et qui n'était pas très humide, fut toujours, dans notre région, longtemps habitée par nos anciens indigènes.
Celle-ci ne présentait qu'un inconvénient réel, celui du courant d'air; mais il n'existait probablement pas durant une partie de cette époque. Certains fp-its portent à croire que l'entrée dirigée vers le Trou du Chêne est due à un écroulement plus récent. Aspect Les anciens sols d'habitation, recouverts de limon
habités par l'homme fluvial, offreut Icl, comme dans toutes les autres
dans la caverne. i a i r\ i-i ^ t / ti •
cavernes, le même aspect. Quantité d ossements dam-
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
maux brisés et brûlés, des débris d'industrie étaient répandus çà et là sans ordrè sur la superficie. Des traces d'un foyer consistant en terre brûlée, mélangée à des cendres et à du charbon, se montraient vers le milieu de la caverne ; les ossements et les instruments étaient plus abondants dans son voisinage que dans le reste du souterrain. Telle était à cette date lointaine, dans notre pays, l'habitation des sauvages, nom que méritaient nos indigènes, car les mœurs dont nous allons faire l'étude sont bien les mœurs de populations plongées dans une barbarie qui dénote l'état social le plus inférieur.
Les ossements d'animaux se rapportent principalement à l'éléphant, au rhinocéros, à l'ours, à l'hyène, au cheval, au renne, au bœuf.
Tous ces animaux servirent à nourrir les habitants de la caverne; les ossements en portent la marque irrécusable.
On est d'abord étonné de voir que ces os appartien- rort:on« nent tous à la tête ou aux membres. On peut dire tous ; '"d'animauT^ car, en présence d'un nombre de débris du crâne ou '^^X^rreuXdè's'*'" des os des pattes se rapportant à plus de cinquante '''P'^ animaux de la taille de l'ours, du rhinocéros ou du cheval, on peut ne pas tenir compte de quelques fragments de côtes , d'os du bassin , de l'épaule et de quelques vertèbres. Encore les vertèbres appartiennentelles presque toutes à la partie de l'échiné la plus rapprochée du crâne.
Qu'est-ce à dire, sinon que ces chasseurs, lorsqu'ils
l'homme
parvenaient à tuer un de ces animaux, ne prenaient pas la peine de le transporter purement et simplement dans leur demeure? Ils dépeçaient l'animal sur place et n'apportaient avec eux, outre les chairs, que la tête et les os des membres, parce qu'ils trouvaient dans ces os la cervelle et la moëlle dont, à la manière des Esquimaux, ils étaient très friands. Les autres parties du squelette ne leur offraient rien dont ils pussent tirer parti, et ils les abandonnaient sur les lieux du trépas.
En apportant la tête et les pattes, c'était bien leur but d'en extraire la moëlle et la cervelle : tous les crânes ont été mis en pièces et ne sont représentés que par de menus fragments ; les os des pattes sont brisés de telle manière que les têtes de l'os (épiphyses) sont séparées du corps (diaplijse). La diapliyse a elle-même été cassée en long et ses débris portent la marque d'instruments tranchants et contondants.
Ces os ont donc été brisés avec intention et témoignent à l'évidence de leur transport dans le souterrain par la main de l'homme.
Débris d'industrie. Quaut aux iustrumeuts, ils sont presque au dessous de ce que l'imagination peut nous indiquer comme industrie rudimentaire. Il faut même avoir l'attention portée sur ces objets pour y reconnaître les ustensiles d'une peuplade.
Silex taillés. Ce sont de simples morceaux de silex (pierre-à-fusil), dont l'une des faces est plane et l'autre est taillée à facettes irrégulières dans le but d'obtenir une arête
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
plus ou moins tranchante. Ils ont une forme grossière-
Flg. 4. — Silex taillé de l'âge du mammouth et sa coui)e transversale, provenant du Trou du. Sureau, à Montaigle. Graudeur naturcUs.
Leurs bords émoussés montrent qu'ils ont entamd des corps durs.
Le choix de cette substance pour les outils prouve déjà du progrès et de l'observation chez ces sauvages.
l'homme
Le silex, l'un des corps les plus durs de la nature, donne, à cause de sa structure compacte, des éclats à arêtes assez affilées pour entamer presque toutes les substances. S'il était plus tenace, nous nous en servirions sans doute encore nous-mêmes comme instrument tranchant.
La connaissance de ces propriétés n'a pu être acquise tout d'un coup. L'emploi exclusif du silex fut sans doute précédé d'une bien longue phase de tâtonnements pendant laquelle bon nombre de tentatives durent être faites sur d'autres matières. D'autant plus que le silex en usage n'est pas celui du pays : il provient des régions crayeuses, et on n'en rencontre qu'en Champagne, dans le Hainaut ou dans la province de Liège, parmi les régions qui nous entourent.
Notre silex, appelé dans le pays Clamas et dans la science Phtanite, ne se prête pas à la taille , par suite de modifications apportées dans sa structure et sa composition par diverses actions naturelles fort anciennes. On peut cependant voir, dans les collections provenant de nos cavernes, les essais tentés par ces peuplades pour l'utiliser, essais infructueux qui les forçaient à recourir aux silex crétacés dont l'éloignement devait leur rendre la possession bien difiîcile. Ainsi qu'il sera montré plus loin, le silex qu'elles employaient, était le silex de la Champagne et nous essayerons de pénétrer comment elles se le procuraient.
Inconvénients Mais cct obstaclo, tcuaut à la distance du gisement et aux difficultés du voyage à travers la région arden-
rôsuUant pour la lai
a-an inns transport j^g^jgQ entraînait lui-même un grave inconvénient. Le
(lu silex. ' o
silex n'est bien propre à la taille que lorsqu'il est
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
fraîchement extrait. Ainsi, les ouvriers employés à la fabrication des pierres-à-fusils ne font pas provision de blocs de silex. Chaque jour l'ouvrier commence son travail par l'extraction de la quantité de substance qu'il pourra tailler dans la journée. Ce n'était pas le cas pour celui qui avait été transporté de la Champagne jusque chez nous. La Meuse eût-elle été utilisée pour le transport, il ne fallait pas moins un temps notable pour venir des environs de Reims jusqu'à lahauteur de Dinant , d'où le silex devait ensuite être porté sur la Lesse et sur la Molignée. C'était plus de temps qu'il n'en fallait pour que la substance eût perdu son eau de carrière, et sa taille ne pouvait plus guère produire des éclats longs et réguliers.
Aussi voyons-nous que le fragment détaché devait souvent être l'objet de nombreuses retouches, pour lui donner la forme désirée.
Les bois de renne servaient aussi à faire des pointes de dards . La caverne de Montaigle en a produit un beau spécimen.
Il a la forme d'un losange allongé. L'une des extrémités est la pointe ; l'autre est taillée en douille pour recevoir le bout d'un manche coupé en bec^^' de flûte. (Fig. 5.)
Instruments en bois de renne.
— l'ointe (le flèche de l'âge du mammouth, provenant du 7Voh du Sureau, à Montaigle. Gr. nat.
l'homme
On y a aussi trouvé un sifflet fait avec une phalange de renne. Cet os est creux chez ces animaux. Un petit trou circulaire a été percé près de la facette articulaire postérieure, et en appliquant les lèvres sur cette facette, on en tire un son très aigu.
C'était le savoir industriel de nos indigènes et ses produits : un os appointé, un éclat de silex triangulaire destiné ou non à être emmanché et servant tout à la fois d'ustensile de ménage, d'arme offensive et défensive.
Ce n'était évidemment pas avec de semblables instruments, quelle que fût leur adresse à les manier, que ces hommes pouvaient se rendre maîtres de colosses comme le mammouth et le rhinocéros ou de bêtes aussi féroces que l'ours, l'hyène et le lion. Que pourrait faire une pointe d'os ou de silex contre des êtres aussi puissants?
Inductions Nous sommcs ainsi conduits à admettre que la ruse
sur la manière . . ,
dont ils parvenaient et Ics piégcs étaicut Icurs rccours, mais on conçoit
à se rendre maîtres n -i i »i
des grands animaux, qu il u ost pas lacile do recouiiaitre ceux quiis em-
tals que les ours. i • ,
ployaient.
Pour quelques uns de ces animaux cependant, nous pouvons, en observant leurs restes, entrevoir la manière dont nos troglodytes s'y prenaient.
Sur les quarante-cinq ours dont les débris se trouvaient dans l'habitation de Montaigle, le plus grand nombre sont des oursons. Ces animaux hantaient, de la même manière que leurs congénères actuels, des cavernes obscures, ainsi que le prouve la découverte
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
même de plusieurs de leurs tanières dans nos environs.
L'idée ne s'impose-t-elle pas en quelque sorte d'ellemême qu'épiant, comme les sauvages des déserts tropicaux, le départ des parents, nos indigènes pénétraient dans le repaire et enlevaient les jeunes sans danger? Ce procédé de chasse est, en effet, d'une simplicité toute primitive et devait se présenter à l'esprit de tous ceux qui avaient à lutter contre de semblables ennemis.
Mais il ne nous explique pas comment nos indigènes pouvaient s'emparer de ces hyènes, de ces ours adultes, du lion même, qui avaient souvent plus d'un mètre de hauteur à l'épaule, de ces énormes éléphants et rhinocéros qui sont au moins de la taille de ceux des tropiques.
Aucune observation n'a encore permis de le péné- L-hyène. trer. Mais les faits précédents et leur interprétation nous autorisent à admettre des moyens forts simples, et, puisant encore dans les mœurs des sauvages actuels, nous verrons qu'il n'est pas toujours très difficile de se rendre maître de ces animaux.
Un procédé, fort employé contre les carnassiers adultes, tels que l'ours, l'hyène et le lion, qui se réfugient dans les cavernes, est d'obstruer l'entrée de l'antre et d'enfumer tous les êtres qui s'y trouvent. Nos indigènes connaissaient le feu, puisqu'on retrouve dans leurs demeures des cendres, des os carbonisés, etc. Ils pouvaient donc bien se servir du procédé des sauvages actuels.
Nous savons aussi que les Hottentots s'emparent Le mammouth.
l'homme
des animaux qui apparurent
aux festins fie nos indigènes du Trou, (lu Sureau
sans danger de l'éléphant, en creusant sur son passage une fosse où ils placent obliquement un pieu et qu'ils recouvrent de branches et de terre. Le monstre, venant à rencontrer le piège, s'y enfonce; le pieu lui pénètre dans la poitrine et tous les efforts de l'animal pour se tirer de ce mauvais pas n'ont pour effet que de le blesser plus dangereusement.
Inventaire Le rclcvé suivant des principales espèces qui ont apparu aux festins des habitants de la caverne de Montaigle, montrera à quels animaux ils osaient s'attaquer. Rien ne peut mieux nous donner une idée de leur savoir-faire que cette liste où nous voyons figurer souvent plusieurs des êtres les plus puissants, les plus féroces, ou les plus agiles de la création.
Mammouth, quelques débris d'un individu de grande taille ;
Rhinocéros, 4 individus ; Cheval, 7 individus ; Cerf commun, 2 individus; Bœuf unis, 2 individus ; Atirochs, 2 individus ; Renne, 10 individus; Chamois, 2 individus ; Ours des cavernes, 45 individus ; Ours gris [Ursus ferox), 1 individu; Renard, 10 individus au moins; Loup, 1 individu; Lion des cavernes, 1 individu ; Hyène, 8 individus dont plusieurs jeunes ;
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Espèces représentées presqu'exclusivement, comme nous l'avons vu, par les restes des crânes et des os des membres, c'est à dire, par des parties du squelette qui renfermaient des substances bonnes à manger. Que la cervelle et la moelle de ces bêtes fussent leur régal, peut-on en douter quand nous voyons que sur un nombre d'animaux qui ne peut être estimé à moins de 70, ni un crâne, ni un os des membres n'est entier et que leurs débris portent souvent la marque de coups et d'entailles?
La présence de si nombreux ossements dans une Malpropreté habitation humaine semble quelque peu étonnante et ^'^ "l'^'e^" * donne une faible idée de la propreté de nos ancêtres. Mais nous savons que les Lapons et les Esquimaux, auxquels nos indigènes étaient fort comparables par les mœurs, sont d'une semblable malpropreté, aimant à vivre au milieu des restes de leurs chasses et de leur cuisine qui répandent une odeur insupportable pour les Européens. « Autour de leurs huttes et dans toutes « les directions, dit Parry dans ses Voyages, \q qo\ e&i « jonché d'innombrables ossements de morses et de " veaux-marins dont beaucoup gardaient encore des « lambeaux de chair en putréfaction, qui exhalaient " les miasmes les plus infects. L'intérieur des huttes, « à cause du manque d'air et par suite des ordures qui " s'accumulaient, répandait une puanteur presque « intolérable. »
Une telle accumulation de matières putrides dans la demeure de nos indigènes prouve aussi que les étés d'alors étaient fort tempérés ; car ces matières eussent
l'homme
répandu sous notre climat d'aujourd'hui, durant cette saison, des miasmes mortels : le souterrain eût été inhabitable. Nous aurons occasion de faire les mêmes observations sur toutes les cavernes où ces anciennes peuplades séjournèrent.
Certains animaux La remarque, faite sur les portions du squelette
dont on ^ i i i • • t
retrouve les restes apportocs daus lours dcmcures par nos anciens mdi-
ètaient - Us , ,. ,, »ii • i ^,
domestiques? gcues, cst importante en ce quelle nous lait connaître quelques unes de leurs coutumes de chasses, et en ce qu'elle nous fournit à la fois un argument sérieux en faveur de la non-domesticité de quelques unes de ces espèces.
La liste précédente nous présente deux catégories d'animaux, au point de vue de l'empire que l'homme exerce sur eux. Les uns ont pu être domestiqués : le renne, le cheval, le bœuf, etc.; les autres se sont toujours soustraits à toutes tentatives de servitude : le rhinocéros, l'ours, le cerf commun, etc.
Des savants, qui font à juste titre autorité dans la science, ont avancé que les espèces domesticables dont on trouve les restes nombreux dans les témoins de ces temps, étaient réellement des animaux domestiques amenés sans doute par l'homme lorsqu'il pénétra chez nous.
Une telle manière de voir change, on le conçoit, tout à la fois le caractère de la faune et le faciès de l'état social de l'époque. Elle ne repose, il est vrai, que sur une hypothèse engendrée pour une application anticipée et certainement insuffisante de l'histoire. Mais,
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
du tronc parmi les débris des repas.
soutenue par des noms sérieux, elle doit fixer l'attention de tous ceux qui s'occupent des questions préhistoriques.
Voici les renseignements qu'ont pu produire les études géologico-archéologiques sur ce sujet.
Les animaux suspectés de domesticité ont été traités Conséquence
,,,,,, A /< 1 • nécessaire
par nos troglodytes de la même façon que les animaux rabsence des os évidemment sauvages. Rien que les débris de leur crâne ou des os à moelle représentent leurs squelettes dans les restes des repas.
Nous avons vu qu'on pouvait déduire rigoureusement de ces faits que l'animal était dépecé sur le lieu même de son trépas et non transporté de toute pièce dans l'habitation. Cela implique la conséquence évidente qu'il était tué loin de la demeure des chasseurs.
Or, cette conséquence est toute applicable au cheval, au renne et au bœuf, puisque leurs restes présents sont les mêmes que ceux des bêtes fauves.
D'un autre côté, la domesticité entraîne la co-habitation du pasteur et du bétail, tant pour la sauvegarde du bétail que pour la facilité du pasteur, surtout dans les contrées où les bêtes féroces ont tout leur pouvoir.
L'habitant des cavernes, s'il eût eu des animaux domestiques, devait les tenir près de lui. En les laissant àcesconsèaurnces. dans les bois ou les prairies du voisinage, en les y parquant même, il les eût exposés au danger certain de devenir la proie des nombreux carnassiers qui remplissaient le pays. Il eût dû dès lors s'établir lui-même dans ces bois et ces prairies, en s'y contruisant des abris, et c'est ce qu'il n'a pas fait, puisqu'il était troglo-
Conséquences qu'entraîne la domesticité.
L'observation
l'homme
dyte. — Ou bien il eût dû placer son bétail dans des cavernes voisines de celles qu'il habitait ou même dans sa propre habitation, si elle était assez grande, ce qui force à admettre la proximité immédiate du pasteur et du troupeau; et pourquoi dès lors le dépècement au dehors Le cheval, commc pour les animaux évidemment tués à la chasse?
le bœuf et le renne, . .
tt;iient Cc n'était pas pour éviter la pestilence produite par la putréfaction des chairs et cartilages demeurés sur les os, puisque ces hommes vivaient au milieu des restes de la téte et des pattes d'au moins 80 animaux. La propreté, nous l'avons vu, n'était pas une qualité de ces sauvages.
Ainsi l'étude des mœurs de l'homme des cavernes, basée sur l'observation directe, ne donne pas de résultats équivoques sur la question. Les données qu'elle fournit et dont on ne peut contester la supériorité sur celles basées sur une application douteuse de l'histoire, peuvent s'interpréter par les partisans de l'état sauvage seuls et semblent leur donner gain de cause.
Cavernes Si nous qulttons la vallée de la Molignée pour nous
de la I.esse, . „ .
transporter sur la Lesse niierieure, nous y constatons de nouveaux faits qui confirmeront ceux-ci et qui nous feront mieux pénétrer les caractères de l'âge du mammouth.
Quatre repaires de bêtes féroces, quatre habitations de l'homme, plusieurs autres cavernes renfermant des restes du même âge, ont été découverts sur les 15 kilomètres de la vallée de la Lesse les plus rapprochés de l'embouchure. En tout, elle a offert onze cavernes où
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
l'homme et les animaux de Vâge du mammouth ont laissé de leurs débris. Voici les noms de ces souterrains :
/ Trou Magrite, à Pont-à-Lesse.
Habitations de l'homme, \ Trou de la Naidette, à Walsin. pendant Tàge dn mammonth.j Trou Balleux, id.
\ Trou de Chaleux.
Grotte La Martina, à Pont-à- Lesse.
Repaires de bètes féroces, l Trou de l'Hyène, à Walsin. pendant l'âge du mammouth.) Trou, de l'Ours, id.
Trou de la Naideite. id.
iTroK, des Nuions, àFurfooz.
Trou du Frontal, id.
..... . ....... ^^.^^^ Prcndes, id.
ents de l'âge du mammouth) „ 7 7 , - t~> ^ , . ^.^ . , j Irou de La Rocne-a- Penne , a
' Walsin.
est resté indéterminé.
Par une singulière coïncidence, toutes ces cavernes, Les cavernes sauf le Trou du Frontal, sont situées vers le milieu de jour^nrfourms'sert l'escarpement, entre 35 et 20 mètres. Les ossements et pailont°'iogk^ies les restes d'industrie de l'âsre du mammouth qu'elles archéoiogiaues
o i que sur la
contenaient, s'y trouvant dans le limon fluvial, elles p'^^'*'' moyenne
du creusement des
ne pouvaient fournir de données paléontologiques et vaiiées. archéologiques que sur l'une des phases du creusement, celle pendant laquelle la Lesse put inonder les 15 ou 20 mètres formant la zone où ces cavernes se trouvent sur les flancs de la vallée.
Les cavernes qui furent des repaires de bêtes féroces ont souvent une disposition particulière. Ce sont des
l'homme
couloirs en général longs et étroits dont l'extrémité est obscure.
Repaires La Grotte La Martina est située sur la propriété de
de bétes fOroces.
Pont-à-Lesse. Malheureusement, elle a été jadis presque complètement vidée par son propriétaire pour en faire une grotte d'agrément. Quand elle fut étudiée, elle' contenait néanmoins encore assez de restes pour permettre de déterminer qu'elle servit de refuge à YUrsus spelœus.
Les Trous de rOiirs et de V Hyène, à Walsin, furent des repaires des carnassiers dont ils portent le nom.
Le Trou de V Hyène est le plus intéressant. De nombreux ossements de rhinocéros, de bœuf, de cheval, etc., y ont été rongés par ce mangeur de cadavres. Comment on Its On constate, au premier coup d'œil, le contraste en-
reconnait d'uvec les , •itt in l
habitations de tro les ossemcuts recueillis dans une telle caverne et ceux provenant d'une habitation de l'homme.
Les os des membres ont perdu leurs épiphjses, tandis que le corps de l'os est resté souvent entier et porte à ses extrémités les traces des dents du carnassier. L'épiphjse est tendre et spongieuse ; la diaphyse est au contraire formée d'un os dur, compacte, difBcile à entamer. Aussi l'observation directe nous apprend-elle que les animaux de cette classe ne mangent que les épiphyses et ne peuvent guère entamer les diaphyses.
Comme nous l'avons vu plus haut, l'homme agissait autrement. Il séparait d'abord les épiphyses qu'il jetait à côté de lui, puis il fendait les diaphyses pour en retirer la substance médullaire.
En outre, les os du tronc sont assez abondants dans
l'homme.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
les antres de bêtes féroces — autre contraste avec les déchets de nourriture des indigènes.
Les débris de six hyènes ont été recueillis dans cette ^rou
de l'hyène.
caverne, ainsi que ceux d'un grand nombre d'animaux qui leur servirent de proie et qui, sans doute, avaient crevé dans le voisinage. Les instincts de l'iiyène la portent peu à s'attaquer à une proie vivante : sa nourriture consiste en cadavres. La collection de ceux qu'elle a mangés à Walsin est notable : des restes de six rhinocéros, d'un jeune éléphant, de deux ours, de cinq chevaux, de quatre rennes, de trois bœufs, etc.
L'exploration méthodique de la caverne n'a pas fourni d'indices qui pussent porter à croire que l'homme y fût venu chasser l'hyène.
Nos indigènes ont cependant laissé dans le Troit Magrite, qui en est peu éloigné, les restes de trois de ces animaux qu'ils ont mangés.
Aucune des cavernes fouillées dans les environs de Trou Magrue
. à Pont à-Lesse.
Dmant ne se présentait plus favorablement pour une habitation de l'homme que le Trou Magrite, à Pont-à- Lesse. ^
Bien sèche, vaste, largement ouverte, éclairée dans presque toute son étendue, bien orientée, elle ne pouvait avoir été dédaignée par des peuplades dont ces abris naturels étaient les demeures. Aussi renfermait-elle des richesses archéologiques peu communes.
Ses dépôts fluviaux, épais de deux mètres et demi, couches fluviales étaient formés, à la base, de cailloux roulés, puis de
1 M. de Villers-Masbourg en a généreusement autorisé l'exploration.
l'homme
limon fluvial contenant quatre niveaux ossifères distincts, qui étaient autant d'anciens sols habités par l'homme et recouverts par les inondations successives de l'ancien fleuve.
Ces restes, contenus dans quatre niveaux ossifères, montraient des diflerences insensibles quand on comparait deux niveaux successifs, mais assez appréciables quand on comparait les niveaux inférieurs aux niveaux supérieurs. C'est un fait important, car les modifications portent sur l'industrie et même, semble-t-il, sur la faune. Or, une faune ne se modifie pas rapidement, non plus que les moeurs d'un peuple sauvage dont l'immobilité est l'un des caractères essentiels.
Les débris d'animaux et d'industrie des niveaux ossifères m férieiirs étaient analogues aux débris recueillis à Montaigle. C'étaient ces silex triangulaires, ces mêmes pointes taillées en bois de renne, cette même abondance d'espèces perdues parmi les débris des repas. La quantité d'objets est plus considérable encore qu'à Montaigle. Pour ce qui concerne l'industrie, les silex y étaient fort nombreux, mais le résultat des essais faits sur les pierres compactes du pays se remarquait ici avec une abondance exceptionnelle. Quelques-uns ont abouti à des instruments très bien taillés; ils sont en phtanite. La plupart des nombreux fragments de cette substance témoignent cependant d'un travail infructueux. Le marbre noir a été également l'objet de tentatives analogues. Sa compacité permettait d'en obtenir de larges éclats, mais sa faible dureté devait le faire rejeter immédiatement.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Voici le catalogue des principales espèces retrouvées inventaiie des
animaux mangés
dans le limon fluvial du Trou Magrite : dans cette caverne
Mammouth, 1 adulte, 1 plus jeune, 1 très jeune; par rhomme. Rhinocéros, 8 individus; Sanglier, 3 individus; Cheval, 17 individus; Chamois, 2 individus; Renne, non moins de 30 individus ; Cerf commun, 3 individus; Chevreuil, 2 individus ; Bouquetin, 3 individus ; CAèvre, 10 individus; Bœuf, 5 individus ; Marmotte, 3 individus; Lièvre, 6 individus ; Castor, 1 individu;
Rat d'eau [Arvicola amphibius), 1 individu;
Rat de Norwége [Lemnus] , 2 individus ;
Lion des cavernes [Felis spelœa), 1 individu;
Lynx d'Engihoul [Felis Engiholiensis), 1 individu;
Chat sauvage, 2 iïiàWiàu.^;
Hyène, 4 individus ;
Renard, 11 individus;
Loup, 4 individus;
Putois, 3 individus ;
Fouine, 1 individu;
Blaireau, 3 individus ;
Lagopède des neiges, 4 individus ;
Grand coq de bruyères, 1 individu ;
Petit coq de bruyères, 1 individu ;
l'homme
Canard sauvage, 2 individus ;
Autres oiseaux d'espèces indéterminées;
Poissons d'eau douce.
Les animaux de grande taille sont représentés ici par les parties du squelette indiquées pour la caverne de Montaigle, et elles se trouvent brisées de la même façon.
Couches fluviales Dans les niveaux supérieurs, les ossements d'espèces
supérieures. , , . i j t i ,
perdues sont moins nombreux, tandis que les ossements de renne et de çlieval abondent.
Progrès Le changement est encore plus notable pour l'indus-
^dVsiiex.' ^ trie lapidaire. Le silex n'est plus taillé dans cette forme triangulaire dontla caverne de Montaigle et les niveaux ossifères inférieurs de la caverne de Pont-à-Lesse présentaient de si beaux types. Le bloc siliceux était dépecé avec plus de sagesse, comme si la difficulté de se procurer le silex avait engagé ces peuplades à mettre plus d'économie dans son débit. Pour tirer le plus d'éclats 'possible d'un bloc de silex, il fallait en enlever circulairement des lames longues, étroites et minces, lui faire subir comme qui dirait l'opération qu'on fait quand on écaille un oignon. Un échantillon de ces lames, connues sous le nom de couteau, est figuré cicontre (fig. 6).
Antérieurement ce progrès n'était guère réalisé. Ces sauvages n'avaient pas atteint l'adresse d'enlever un nombre considérable de lames d'un bloc brut. Aussi bien à Montaigle qu'à Pont-à-Lesse, ils faisaient sauter un gros éclat qu'ils retouchaient successivement. Il
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
y avait là une grande perte de substance, perte tout à fait inutile, car il importait peu dans l'usage que le silex fût un peu plus gros. Le but de la taille était seulement d'obtenir des bords tranchants. Sur un éclat mince et étroit, on les obtenait plus facilement et plus affilés. Il y avait donc tout avantage à substituer le couteau au gros éclat et cette substitution constituait un véritable progrès.
Fig. 7. Silex taillé avec pédoncule, et sa ooupo Fig. G. Couteau, Gr. nat. transversale, — des couches supérieures de vage du mammouth, à Pont-à-Lesse. Gr. nat.
Mais une autre tendance se manifeste dans le travail de ces silex, quand on les examine minutieusement. Plusieurs lames ont été retouchées avec un soin
l'homme
remarquable. Dans quelques écliantillons, on a même clierclié à produire à la base de ces lames un pédoncule (fig. 7), ce qui semble un acheminement vers l'âge de la pierre le plus récent. Nous verrons cependant que, pendant l'âge qui succède immédiatement' à celui-ci, l'âge du renne, le travail du silex perd ce fini que nous avons remarqué dans les objets trouvés àPont-à-Lesse,
Fig. S. Ébauche d'une figurine en bois de renne, provenant des couolies supérieures de l'âge du mammoutli, à Pont -à. Lesse. — Dessinée à grandeur naturelle 'et à grandeur double.
Os appointés, Les iustruments qui probablement leur servaient à dents u'ôué'es. troucr les peaux d'animaux, sont des ossements qu'ils rendaient fort affilés.
Le Trou Magrite a aussi fourni de la poterie non
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
cuite, modelée à la main et dont la pâte est fort grossière. C'est la plus ancienne que nous possédions encore.
Les objets de parures manquaient durant l'époque aux silex triangulaires. Ils sont représentés ici par des canines de cerfs trouées dans leurs racines et servant sans doute à faire des colliers.
Mais nous voici en présence d'antiquités plus remarquables dont la découverte inattendue est venue jeter un jour nouveau sur ces âges antiques de notre pays.
Des objets sciûptés ont été trouvés dans la troi- ii^ice ivun art
rudimentulre,
sième couche ossifère du Trou Magrite. C'est d'abord l'ébauche d'une figurine, haute de 4 centimètres, en bois de renne (fig, 8), puis un bois de renne sur lequel un dessin a été gravé (fig. 9).
Fig. 9. Bois de renne gravé provenant des mêmes couches, à Pont-à-Lesse. Gr. nat.
Sans chercher à saisir la nature exacte des sujets que l'artiste antique a voulu représenter — cela pourrait entraîner à des discussions sans but utile — nous voyons sur ces objets les premiers rudiments de l'art
dans nos régions, rudiments qui ont le mérite d'être nos plus anciens vestiges de dessins et de sculpture. Chacun sait la sensation que nt, il y a peu d'années, la découverte faite dans les cavernes du Périgord, de gravures et de sculptures dont la dernière exposition universelle de Paris montrait une exhibition admirable. L'art atteint par ces sauvages du midi, qui ignoraient l'usage des métaux et qui n'avaient pas songé à substituer des cabanes à leurs souterrains humides, était si supérieur à tout ce que les sauvages actuels ont produit et même si contrastant avec leurs propres mœurs, que, sans l'autorité des savants auxquels sont dues ces découvertes, elles passeraient certainement pour apocryphes. Leur authenticité n'est plus aujourd'hui sérieusement révoquée en doute.
Celle des rudiments d'objets d'art exhumés de la caverne de Pont-à-Lesse n'est pas plus contestable. Les deux objets figurés se trouvaient dans le limon fluvial dont la stratification, marquée par une alternance de minces couches de vase grise et jaune, indique au premier coup-d'œil l'intégrité ou le remaniement, et ce limon était parfaitement intact.
Dans l'exposé sommaire des résultats de ces recherches, nous avons vu que, par l'observation, on pouvait caverne par gg j-endro compto sans difficulté de la présence dans les
uo§ indigènes.
cavernes des débris d'animaux et des objets d'industrie. On reconnaît qu'une caverne a été le séjour d'une de ces peuplades par les faits suivants :
1° Traces de foyers et os carbonisés ;
Faits sur lesquels
on peut établir l'habitation d'une
2° Débris d'industrie primitive, silex taillés, os travaillés, etc. ;
3° Présence d'ossements intentionnellement brisés et portant des traces de coups artificiels et des entailles faites avec un instrument tranchant ;
4° Les espèces d'ossements présents qui indiquent un choix particulier fait avec intelligence». Faits sur lesquels
De même l'antiquité des débris est reconnue : rartiqutté'des
P Par la nature des couches où ils se trouvent et par la hauteur de ces couches au-dessus de l'étiage des rivières ;
2° Par les espèces d'animaux qui se composent des espèces perdues, des espèces émigrées aujourd'hui sous de froids climats et des espèces de la faune tempérée septentrionale ;
3° Par le caractère même de l'industrie dont on trouve les débris.
Nous avons vu que les repaires de bêtes féroces portent aussi leur cachet sui generis et indubitable.
Difficulté
, . - ,de reconnaître dans
L évidence n est pas aussi grande pour toutes les certains cas cavernes. Non que l'âge des débris soit moins nette- d-intrôducuon ment indiqué; mais le mode d'introduction des objets est difficile à déterminer et souvent les ressources d'une observation minutieuse ne suffisent pas pour l'éclaircir.
Dans ce cas, senties quatre cavernes citées plus haut. On ne peut se prononcer sur la manière dont les ossements de l'âge du mammouth sont entrés dans le souterrain.
Ainsi, dans le Trou des Nutons, on a trouvé les os
des objets.
l'homme
du tronc et des membres d'un cerf commun ; dans le Trou de Praules, une canine et un os du bras de Yursus spelœns, alors que cette caverne présente le type des habitations des peuplades troglodytes et non celui des antres de bêtes fauves ; dans le Trou du Frontal, des os de castor et de chevaux, dans un état de décomposition très avancé; dans le Trou de la Roche-à- Penne, des vertèbres de renne.
Trun lie la Naulellc, D'un autre côté, le Ti-ou de la Naidette fut pendant quelque temps le siège d'une habitation humaine dans des conditions irrégulières. Caverne à ouverture étroite, offrant un couloir d'abord, puis une salle assez grande et complètement obscure, elle se présentait comme un type de repaires de bêtes féroces, et ce fut même avec cette idée que les fouilles y furent commencées au mois de janvier 1866 sessé.iimonts Lo plauchcr de la salle était recouvert par onze
et leur , , , . , ,
mètres de limon fluvial. La moitié inférieure de ce limon représentait les sédiments déposés lorsque la Lesse coulait au niveau de l'ouverture de la caverne. L'autre moitié était le résultat des crues de la rivière qui inonda à sept reprises le souterrain quand elle avait cessé de pouvoir en atteindre normalement l'ouverture. La hauteur de l'entrée, située à 28 mètres au-dessus du cours actuel de la Lesse, établit l'ancienneté relative de ces couches.
1 La famille Brugman a généreusement autorisé l'exploration de cette caverne, ainsi que celle de plusieurs autres situées sur ses propriétés.
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Le limon, dû aux inondations du fleuve, contenait sept nappes successives de stalagmite, indiquant autant d'émersions de la caverne, de même que les sept nappes alternantes de vase indiquaient sept inondations.
Il y avait des ossements au-dessus de la première nappe de stalagmite, au-dessus de la seconde et au-dessus de la septième.
Ceux de la première dénotent un repaire d'hyènes. lo rro«
. , . , nu lie la Naulelte
La présence de restes de ces dernières, celle dosse- fut d'abord un
, , . , , • ^ ^ \ !• repaire d'hyènes.
ments de ruminants ronges par an animal de la lorce de ce carnassier, l'absence enfin d'ossements d'autres carnassiers le prouvent suffisamment.
Mais, au-dessus de la seconde nappe de stalagmite, Débns rencontrés quoiqu'il y eût plus d'ossements, le mode d'introduction Im^^ ossïe, n'est pas aussi clair à première vue. On trouvait épars une quantité de débris se rapportant au squelette de l'homme et de divers animaux.
Il n'y avait cependant pas de doute possible que tous Leur authenticité, ces ossements eussent été enfouis à la même époque sous les couches de limon. C'est là le point important. L'antiquité des ossements humains trouvés dans ce deuxième niveau ossifère est établi par leur association aux espèces animales dont les os se trouvaient dans la même couche et par leur enfouissement dans un terrain dont l'âge relatif est fixé par sa nature fluviale, par les six couches de vase et les cinq nappes de stalagmite qui le surmontent et par la hauteur de la caverne au-dessus du fond de la vallée.
l'homme
Catalogue des animaux
qui y ont été trouvés.
L'âge de débris quelconques est incontestable, lorsqu'il est établi sur de telles données.
Mammouth, 1 individu; Rhinocéros, 3 individus ; Cheval, 2 individus ; Sayiglier, 3 individus; Petit bœuf, 1 individu ; Chèvre, 5 individus ; Chajnois, 2 individus ; Renne, 3 individus ; Ceyf ordinaire, 2 individus ; Chevreuil, 1 individu; Marmotte, 1 individu; Ecureuil, 1 individu; Mulot, 1 individu; Rat d'eau, 1 individu ; Lièvre, 5 individus ; Ours hrun, 3 individus ; Fouine, 1 individu ; Loup, 3 individus ; Renard, 4 individus ; Chien, 2 individus ; Chat sauvage, 2 individus ; Canard sauvage, 1 individu ; Corneille corhine, 1 individu ; Grive litorne, 2 individus ; Batraciens ; Poissons d'eau douce.
État des ossements. Ccs cspèccs sout cucore représentées par les débris
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
du crâne et des os des membres. Les os à moelle y sont souvent fendus longitudinalement et plusieurs fragments portent la marque des coups qui les ont brisés. L'un d'eux a môme un trou artificiel.
Ce sont autant de preuves de l'habitation de la caverne par l'homme.
Les ossements humains trouvés simultanément dans Ossements humains
branches mojitantes et une portion de la branche horizontale de droite;
Une dent canine de cette mâchoire ;
L'un des os de l'avant-bras (cubitus) ;
Un os métatarsien,
La mâchoire (fig. 10 et 11 , page 100), est sans contre- caractères tui dit l'objet le plus remarquable qu'aient fourni nos '^'^ "'^ cavernes.
Sa faible hauteur et son épaisseur la rendent déjà exceptionnelle.
L'éminence mentonnière fait complètement défaut ; la face externe de l'os est tout à fait lisse.
Le petit appendice, connu sous le nom d'apophyse géni, qui se trouve, dans les mâchoires humaines, au milieu de la partie interne du maxillaire, manque entièrement ici.
L'os fait un brusque et considérable avancement en arrière des dents de devant ou dents incisives (fig. 11), sans que ces dernières soient cependant implantées fort obliquement.
Enfin les grosses dents ou dents molaires présentent
le Trou de la Naulette sont :
Une mâchoire inférieure à laquelle il manque les
trouvés au milieu de
ces ossements d'animaux.
l'homme
dans leur ordre de grosseur, d'après leurs alvéoles, l'inverse de ce qu'on observe sur les mâchoires de nos races. En effet, dans les races humaines supérieures,