MACHOIRE DE LA KAULETTE, GRANDEUR NATURELLE
Fit'. U. A"ue de dessus.
la première grosse dent est la plus forte, et la dernière ou dent de sagesse est la plus petite. Dans la mâchoire de la Naulette, ainsi qu'elle est actuellement appelée, la dent de sagesse était la plus forte et avait même cinq
racines, tandis que la première n'avait que quatre racines et était la plus petite des trois grosses dents.
Plusieurs autres caractères moins importants s écartent encore de la règle ordinaire.
Cette relique de temps si éloignés de nous a été examinée par les savants les plus compétents.
Qu'elle soit humaine, il n'y pas de doute possible. Ses analogies
.. .. . . . ., avec les
Mais SI on lui cnercne des points de comparaison, il mâchoires des races faut les prendre chez les races actuelles les plus infé- •^'^"^'^'le^rieures. Là seulement nous trouvons jusqu'à un certain point des caractères qui rappellent ceux de la mâchoire de la Naulette.
Cependant, il semble bien établi, d'après les savantes études et discussions dont elle a été l'objet \ qu'aucune autre mâchoire connue ne présente au même degré une réunion de caractères aussi extraordinaires. On rencontre bien tantôt l'un, tantôt l'autre de ces caractères dans certaines races slaves et australiennes, mais ils n'y sont pas aussi prononcés et n'y sont pas réunis..
C'est l'un des débris humains les plus étonnants dont la science soit en possession, et son intérêt augmente encore par sa haute antiquité.
Aprèsl'examen de cette grotte qui se présente comme
Les cavernes
un type irrégulier d'habitation, en continuant à remon- sur'ilTesse ter la vallée de la Lesse , nous arrivons au hameau agreste de Chaleux, vis-à-vis duquel s'ouvre, sur la rive
1 Voyez notamment les bulletins des sociétés anthropologiques de Londres et de Paris, 1866-1867.
en amont du Trou de lu Naulette.
l'homme
droite, une belle grotte du modèle de la caverne de Pont-à-Lesse. PiiivS, poursuivant encore notre route, nous atteignons d'autres cavernes, celles de Furfooz, où le Trou des Nutons nous offre un pareil spécimen de grotte large à l'ouverture et dans l'intérieur.
L'exploration scientifique des cavernes de ces deux vallées de la Molignée et de la Lesse a été commencée par ce Trou des Nutons et par les cavernes qui l'environnent ; elle a été continuée par le Trou de Chaleux, puis par les Trous de laNaulette , de V Hyène et les autres grottes de Walsin ; en dernier lieu par les grottes de Montaigle et de Pont-à-Lesse.
La lumière ne s'est donc pas faite tout d'un coup.
Furfooz et Chaleux ont fourni beaucoup de renseignements sur l'ethnographie de l'âge du mammouth. Voilà l'état de la question en 1865.
Un antre d'hyènes et le Trou de la Naulette donnèrent les fruits de nombreuses fouilles faites en 1866 ; mais ils étaient loin d'être suffisants pour éclairer complètement la question.
Ce fut durant les années suivantes que, par l'exploration successive d'une série d'autres cavernes, on put continuer l'étude de l'ethnographie de l'âge du mammouth et rechercher la raison d'être des observations antérieures.
i.e%Trous âeiNutous Lo Trou des NiUoiis est à 30 mètres et le Trou de
et de Chaleux,
si bien disposés Chaleux à 18 mètres au-dessus de la Lesse. Ils furent
pour être habités . . t n - . i
par l'homme , ne mis au jour par le creusement des vallées, et ces hau-
l'ont pas été pendant , -, t -,, -, . 1,^
l'tfsc rf« i)/ffnimo«H(. teurs au-dcssus du cours deau nous donnent lage
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
relatif de leur ouverture. Ils jouissaient des avantages rechercliés par nos indigènes pour la iîxation de leurs demeures. Pourquoi, dans leurs dépôts fluviaux, le Trou des Nutons n'a-t-il fourni que quelques restes du cerf commun, et le Trou de Chaleux que deux silex taillés, des débris ô^Ursiis priscus, de cheval et de renne? Les cavernes propres à l'établissement de l'homme ne sont cependant pas abondantes dans le pays : trois seulement existent sur le cours inférieur de la Lesse.
La cause est l'une de celles à laquelle on se fût le moins attendu.
A l'époque du mammouth, ces cavernes étaient pendant cet âge
n • /2 T 11 1 • ' 1 • 1 ils étaient
1 orince de sources thermales ou mnierales qui les ren- ^ siège de daient naturellement inhabitables pour l'homme et pour '°ou''';,VnèraTs^''^ les animaux.
Les produits d'une telle action interne se sont en partie conservés. Ce sont des argiles rouge-intense, d'une grande compacité et souvent très pures. On les rencontre dans presque toutes les cavernes et tissures de rochers, sur une ligne d'une longueur indéfinie passant par les grottes de Furfooz et de Chaleux.
Nos rochers présentent souvent des accidents liés à celui-là et dont l'époque de formation fort ancienne n'a pu encore être exactement fixée dans les séries secondaire et tertiaire.
Quand on relève la direction de ces accidents, frac- onentaiion tures (failles) et gisements d'argile rouge-intense, on aux produits voit qu'ils sont orientés vers le nord-ouest et qu'ils sont ainsi parallèles aux lignes de fractures sur lesquelles
l'homme
sont placés, suivant les observations du savant professeur de géologie à l'université de Liège, les poultons ou sources minérales du pays de Spa.
D'un autre côté, les argiles liydrothermales des Trous des Nutons et de Chaleux ont une stratification fluviale, qu'elles n'ont pu prendre qu'en s'épancliant dans la caverne à l'époque où la Lesse j coulait. Elles sont surmontées d'un amas de limon de rivière qui prouverait de son côté que ces sources, en activité au moment de l'ouverture de la caverne par la rivière excavant son lit, tarirent avant la fin de l'époque où la Lesse cessa de pouvoir atteindre la caverne dans ses crues.
Les ossements et les deux silex taillés mentionnés plus haut proviennent de ce limon. L'homme visita donc le Trou de Chaleux aussitôt qu'il put y pénétrer sans être incommodé par les émanations internes.
Le phénomène Ces cousidérations sur les phénomènes dont la cause
dans le passé et le i i n -i , , i • i j
présent, git daus la profondeur, montrent combien, dans notre pays, les mêmes actions se sont fait sentir suivant les mêmes lois et sur le même plan depuis des temps extrêmement reculés. Les actions internes se manifestent de nos jours dans la région de Spa par des tremblements déterre^ et par des sources thermales et minérales orientées nord-ouest d'une manière générale. Les failles qu'on attribue à juste titre à des trépidations du sol, et les produits terreux sortis par ces failles sont
1 Oe a ressenti à Theux, en 1867, un tremblement de terre dont la direction était nord-ouest.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
parallèles à cette direction nord-ouest pour le pays de Dinant. Un tel parallélisme établit une relation intime entre les actions internes dont une de ces régions est encore le siège, et que l'autre ressentit fortement dans des temps géologiquement peu éloignés de nous.
L'exploration des cavernes de Goyet a complété considérablement nos connaissances sur l'âge du mammouth dans nos cavernes, et quoiqu'elles soient situées dans une partie de la province qui devrait, vu le titre adopté ici, les exclure de cette publication, il est nécessaire d'en indiquer sommairement les résultats, afin de donner une idée plus précise du développement de nos populations pendant cet âge géologique.
Vis-à-vis de Namèche, se jette dans la Meuse un La caverne de Goyet ruisseau profondément encaissé, appelé le Samson. Il prend sa source dans le Condroz et, à trois kilomètres de son embouchure, il traverse le hameau de Goyet près duquel se trouve une série de cavernes.
Nous ne nous occuperons ici que de l'une d'elles, longue de plus de 200 mètres. Sa disposition en plan est figurée ci-contre: (fig. 12). On lui a donné le nom de S*" caverne de Goyet. A côté, se trouve la 4" caverne qui a fourni des données moins importantes.
Sauf l'argile de -filon qui tapissait les cavités de la paroi inférieure, les dépôts de cette 3® caverne étaient du limon fluvial. Comme le souterrain est à 15 mètres au dessus du ruisseau, ces dépôts et les restes
- Ces cavernes sont situées sur les propriétés de M. le chevalier de Franquenne.
l'homme
qu'ils contenaient, devaient se rapporter à l'âge du mammouth. Mais cette hauteur de 15 mètres est inférieure à celle du Trou Magriie qui est à 25 mètres et à celle du Trou du Sureau qui est à 33 mètres au dessus du fond de leur vallée respective.
Échelle de 1 millim. pour 1 mètre.
Fig. 12. Plan de la 3° et de la 4" cavernes de Goyet. A, B, C, 3° caverne; D, i' eaverne.
On pouvait dès lors prévoir que les restes de l'homme et des animaux qu'on recueillerait dans la caverne, remontaient à une phase de l'âge du mammouth un peu moins ancienne que celle dont le Trou du Sureau et le Trou Magrite nous ont offert les témoins.
Cinq niveaux ossifères alternaient avec six nappes d'alluvions dans les endroits indiqués sur le plan par les lettres A et B. Mais le quatrième niveau ossifère seul existait vers l'extrémité ; il y contenait des ossements d'hyènes, ainsi que les débris des repas de ces animaux, et surtout une quantité considérable d'ossements d^Ursus spelœus.
PENDANT LES AGES DE LA PIERRE
Les coupes suivantes (fig. 13) sont destinées à montrer les dispositions de ces couches en deux points de
la caverne :