DE VOTRE DEVOIR
que vous ayez encore l'air dupe. Je me suis résolu à employer les grands moyens... pour vous guérir. Si la vie de Paris doit continuer à ne pas vous réussir, je vais profiter de ce que le bail de cet hôtel arrive à une époque de renouvellement pour en donner congé. Auriez-vous quelque objection à faire 1
IRÈNE. — Non.
FERGAN, avec nn ton sournois et rancunier. — Il me resterait donc à voue consulter sur le choix entre deux domaines que j'ai en vue. Ils ont d'égales raisons pour vous fournir un climat salutaire, l'un et l'autre en pleine campagne, loin de toute ville, avec un bon air de grands bois alentour... Je m'inclinerais volontiers devant une préférence de votre part, puisque vous êtes destinée à habiter l'un de ces deux endroits d'une façon plus constante que moi. Car je serai encore appelé parfois au dehors par l'administration de nos biens, ou par tous ces imprévus dont aucun n'existera pour vous, dans votre vie bien viniformément réglée... Quand serezvous disposée à examiner les détails de oe^tte question ?
IRÈNE, se levant. — Jamais. Je n'avais rien à opposer, tout à l'heure, à ce qui constituait dans vos projets une liquidation de nos affaires. Je me refuse à intervenir dans quoi que ce soit que vous me présenteriez en vue de l'avenir. Nous ne saurions avoir aucun jDrojet à préparer ensemble. Je n'envisage plus la possibilité de l'existence commune entre nous : vous me haïssez comme je vous hais.
FERGAN. ■ — C'est vous qui m'obligez à vous haïr. Vous m'imposez une situation de mari outrageante, ridicule, unique!... Changez, je changerai.
IRÈNE. — Cela ne dépend pas de moi !
J'éprouve quelque chose de plus fort que moi !
FERGAN. — Vous li avez pas toujours été ainsi ?
IRÈNE. — Ah ! parbleu ! je n'ai demandé, d'abord, comme toute jeune fille qui se marie, qu'à aimer celui dont je devenais la femme. J'ai essayé, j'ai lutté. J'ai tourmenté mon cœur, comme on se macère envers ce Que l'on vous enseigne être la foi. Je n'ai pas pu triompher de moi. Je ne le peux pas ! Je ne le peux pas.'
Et je vous jure, de toute mon âme, que je ne le pourrai jamais. C'est par expérience que je ne vous aime point, par habitude, par progrès.
FERGAN, Il ors de lui. — Il n'y a pas une de vos paroles qui ne soit une violation de votre devoir et un défi à tous mes droits.
IRÈNE. — Je ne prononce pas un mot qui ne soit la plainte et le cri vrai de tout mon être !
FERGAN. — Je no comprends pas oii vous en voulez venir.
IRÈNE. — Moi, je ne m'explique pas oîi vous en voulez rester !
FERG.\N. — Qu'espérez-vous?
IRÈNE. Et vous?
FERGAN. — Que vous ôtes folle ! Au moins, ça se soigne.
IRÈNE. — J'espère, moi, que vous sc^ rez sacre.