SCENE X
REGINE, NOHAN.
NOHAN. — J'ai tenu à ce qu'on me laissât seul avec vous. Je n'ai pourtant rien à vous dire que je ne veuille faire savoir à tout l'univers. Î^Jais la présence d'autres personnes eût ])lacé comme des bornes dans l'infini qui se répand autour de moi. rien que parce que vous êtes ici...
RÉGINE. — J'éprouve cela de même, près de vous.
NOHAN. — J'ai une demandp à vous adresser.
RÉGINE. — Demandez ?
NOHAN. — Le destin, en me frappant avec rigueur, semble avoir du moins conduit les événements de la seule façon qui rendît possible la réparation de mon tort envers vous.
RÉGINE. — Oh ! de quoi vous occupecvous encore là! Et ne serait-ce pas plutôt à moi d'obtenir le pardon!...
NOHAN. — Cefle réparation peut prendre aujourd'hui un caractère d'exceptionnelle plénitude et la plus irréprochable valeur... Jo ne pui:^, hélas! songer à vous offrir ma vie, puisque je n'en suis plus le maître... Mais pour quelque temps peutêtre mon nom est encore à moi. Voulezvous accepter de devenir marquise de Nohan ?
B.É.GINE. Oui.
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'il.
NOHAN. — Pii:<;iNi:! mon Dieu! Gommi;nt avkz-vous fait cela 7
NOHAX. — Ce sera p;ir un de ces actes hâtifs qu on appelle mariage \n cj:* remis.
RÉGINE. — Vous parlez pour me rendre folle! Ou bien je suis folle déjà, et je mégare sur le sens de vos paroles qui ne peuvent pas vouloir signifier... cela?...
NOiiAN. — Laissez-moi achever, je vous en conjure! Vous me ferez l'honneur de porter mon nom pendant le temps légal.
EL quand on vous verra en deuil... en deuil de moi, votre vue, j'cspcre, n'éveillera que des idées de respect plus grand que le respect ordinaire. Ensuite, vous serez libre !
RÉGINE, en fleurs. — Me faites-vous acsez souffrir! Encore!... On peut donc toujours de plus en plus souffrir '....
NOHAN. — - Pardon ! les moments pressent. Vous m'autorisez donc à charger Ligueil de remplir les formalités?...
RÉGINE, easuyant ses yeux. — Non!
non! vous ne ferez plus que j'admette la possibilité de vous perdre... Oh! j'ai atteint, à présent, le bout de la peine ! et puisque je suis à votre côté, que je vous en-
tends... {Elle lui [jn nd ht main.) que je vous tiens... Oh! je vous garderai,
xoHAN. — Ma chère, ma bien chère, ne vous méprenez point. Ce qui me permet de vouloir vous nommer un instant ma femme, c'est ma certitude de n'y pas survivre... Et de cela, je suis sûr (.1 vart , résolu ment.) et, au besoin, certain. (A Ré- ;/ine.) Le mariage d'un mourant n'est jamais qu'un acte de pur hommage. Et personne ainsi ne pourra diminuer le caractère du nôtre, sous prétexte d'un entraînement ou d'un calcul de ma part, toute belle et riche que vous soyez.
RÉGINE. - — Je dois être bien laide, à force de pleurer ! Et depuis hier, j'ai signé la renonciation à la fortune qui m'était échue.
NOHAN, nrer une rire émotion. — Est-il X)ssible? Régine! mon Dieu! Comment avez-vous fait cela ?
RÉGINE. — Je ne voulais reparaître devant vous que redevenue celle dont vous n'aviez reçu aucune douleur. Et... si j'avais été condamnée à ne jamais vous revoir... ]'('■( ais ainsi proie, mon cœur mort,
ma vie finie, mes mains vides, à prononcer les vœux de pauvreté et de retraite •éternelle.
NOHAN, très ému. — Oh! vous n'auriez pas dû!... Et )X)urquoi me l'avoir appris 1 Ce n'était point trop de toutes les raisons que je vous donnais... pour être raisonnable... Vous m'ôtez une force, vous me remplissez de tendresse... J'ai une joie en moi! Je ne sais plus où j'en suis... Maintenant je voudrais... (Avec une reprise cV énergie.) Et pourtant, je veux toujours! (Avec désesjjoir.) Il le faudra bien que je le veuille encore !
RÉGINE. — Vous m'appartenez, et vous serez sauvé pour moi. Ne doutez plus, ayez foi dans la prescience que l'amour donne à rues yeux. Les regards qui aiment comme les miens sont de vrais voyants... Méchant ! Ce n'est donc pas meilleur de croire ce que je dis que de croire ce que vous dites ? Ce n'est donc pas plus juste, plus pieux (Elle ajjproche son front des lèvres de Nohan.) puis aimant? (En recevant le baiser, elle ajjerçoif Ligueil.) Oh!