SCENE XI
Les Mêmes, LIGUEIL.
LiGUEiL, guilleret. — Ah ! Régine, je vous engage tout de suite auprès de notre malade, comme garde... (Arec un sourire moqueur.) laïque.
RÉGINE. — Pourquoi avez-vous l'air si gai ? Vous vous retenez de rire ; et malgré vous, cependant, vous riez... Tenez, vous riez ! voiis riez !
LIGUEIL, redevenant circonspect. — J'ai le contentement de vous avoir trouvés en belle harmonie... assez en accord...
RÉGINE. — En accordailles.
NOHAN. — Ah ! si tu savais la preuve d'abnégation... et d'amour, la minute d'émotion immense qu'elle vient de me donner !... Je voudrais un avenir sans fin pour tâcher de lui rendre cela !
LIGUEIL. — Bah! (.4 Régine.) Petite
amie, votre charme a donc opéré? (A Nohan.) Ainsi, tu te résignerais à l'existence? (A Régine.) Annoncez donc à votre fiancé que désormais son médecin nous répond de lui.
NOHAN, dans 'U7ie explosion de larmes.
— Régine!... Et toi, mon bon Ligueil ! pardon. C'est honteux... c'est lâche... et c'est bon !
RÉGINE, palpitante de joie. — Vite, expliquez-moi pourquoi il ne peut plus mourir! Il y a un instant, n'écoutant que mon instinct, j'avais une superstition qui me faisait être aveuglément confiante. Et, à présent que je devrais m'en reposer sur des raisons, sur ma raison, j'ai la tête qui tourne... Et je ne vais plus savoir comprendre ce que j'avais su deviner.
LIGUEIL. — Diable ! je professe médiocrement... Tout ce que j'ai retenu, c'est qu'un engorgement s'est dissipé (Indiquant un côté de son cou.) par ici, sans amener d'h.émovTa.gie (Indiquant l'autre côté.) par là... (Cherchant ses mots.) Flux artériel... anastomoses... Bref, Dubois du Cher le considère comme tiré d'affaire.
RÉGINE. ■ — Et 1© docteur Dubois du Cher, c'est un savant, n'est-ce pas, un grand savant?
LIGUEIL. — Il en conviendrait luimême.
RÉGINE. — Mais un honnête savant 1 Incapable de tromper... et de se tromper?...
LIGUEIL. — Il fait de la médecine comme un magistrat endurci fait de la justice... Dans le doute, il condamne toujours.
RÉGINE, à Nohan. ■ — Cher bien-aimé!
Maintenant je reviens à vous, je suis toute à vous.
LIGUEIL. — Seulement, je vous en préviens, notre ami est encore très fragile. Toute nouvelle émotion ne pourrait lui être que mauvaise, puisqu'il vient d'avoir les meilleures. Ménagez-le bien. (A Nohan.) Moi, je vais rédiger quelques dépêches pour de braves gens que ta santé intéresse. (Revenant.) Ainsi, Régine, le cas échéant, remettez à plus tard la première querelle conjugale. Le docteur in-
MADAME DE MAUDRE. — Et ce serait pour moi qlelqlt. chose d horrible s'il s'en allait sans que j'aie pu obtenir...
terdit tout sujet d'agacement, d'oppression, qui pourrait contrarier le jeu de ce pauvre cœur tant épreuve.
{Il se retire.)