‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 34 sur 94 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

de cette revue sur la jeunesse présente. Cette argumentation paraît s'inspirer d'une conception très fausse de l'attitude des idéalistes bergsoniens vis-à-vis de l'intelligence. Aucun d'eux, ne songe à nier la valeur quotidienne, constante — et surtout quotidienne et constante — de l'intelligence, particulièrement dans l'exercice habituel d'une profession : ils estiment, par contre, que, de sa nature, ce mode de connaissance est inapplicable à un plan de réalité différent de celui sur lequel opèrent habituellement ces praticiens que sont un ingénieur et à un moindre degré un avocat. Il ne semble pas non plus, que l'honorable M. Faguet discerne bien le sens de l'attitude anti-intellectualiste : celle-ci consiste surtout à ne plus être dupe de ces idoles qui mirent si souvent aux prises nos devanciers, à ne plus s'en laisser imposer par des abstractions réalisées et des mots solennels mais vides. Or, telle apparaît bien la tendance de la nouvelle génération qui se désintéresse absolument de certains problèmes et de certaines querelles qui agitèrent ses' aînés, parce qu'elle ne leur trouve pas de sens. Son pragmatisme spontané aboutit à l'idéalisme antiintellectualiste de ses penseurs. Et si l'on nous objecte que ce pragmatisme marque simplement l'abaissement des âmes et, loin de manifester une renaissance idéaliste, traduit plutôt les progrès croissants du matérialisme, alors, sans

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doute, nous serait-il permis de faire observer que ces jeunes matérialistes sont presque tous et, spontanément, patriotes, et que beaucoup ne sont pas moins religieux. La génération qui monte apparaît comme un merveilleux commentaire, de cette affirmation de Bergson, que la plupart des problèmes se résolvent par un accroissement de vie.

Nous ne devons pas seulement au philosophe de L'Evolution créatrice une limitation des droits de l'intelligence, comme d'aucuns voudraient le faire croire. Son œuvre, sans doute, n'est pas une Somme, et les adversaires de sa pensée ne manquent pas de le lui reprocher, bien maladroits d'user d'un tel argument qui ruine leur critique dans son fondement. Henri Bergson n'a jamais prétendu bâtir à la pensée humaine, sur les fondations branlantes de sciences imparfaites ou qui viennent de naître, un palais-cage comme nous en possédons trop déjà. Ce n'est point sans raison qu'on l'a rapproché de Descartes : comme ce dernier il nous offre un programme d'études et une méthode de travail bien plus qu'un compendium et une conclusion aux travaux antérieurs. Si l'on songe à la fécondité de l'enseignement cartésien on augure les résultats les meilleurs des suggestions bergsoniennes. Car il s'agit de suggestions éparses et présentes au long des trois œuvres maîtresses et non de règles disposées en

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