C. FRANCIS CAILLARD
M. C. Francis Caiîlard est le directeur de La Revue du Temps Présent. On croit généralement cette revue V organe d'une certaine renaissance spiritualiste. Son directeur proteste contre une ■imputation erronée parait-il. Il a donné des livres de poèmes,, dont le dernier. Les Rosiers sur la Tombe, est d'une inspiration très élevée.
« Le mot de renaissance spiritualiste n'a « même pas été prononcé une seule fois dans « La Revue du Temps Présent, nous dit M. C. « Francis Caiîlard, à mon avis, il n'y a de re- « naissance spiritualiste que catholique. »
Car M. C. Francis Caiîlard est ardemment catholique. Et c'est à un des plus grands écrivains catholiques, J. K. Huysmans, qu'il accorde une véritable influence sur la nouvelle génération littéraire.
« L'influence de J. K. Huysmans existe, nous « dit-il, aussi bien au point de vue art qu'au « point de vue inspiration. L'art n'a d'autre « but que Dieu, c'était la formule de J. K. Huys- « mans. L'idéalisme, comme le spiritualisme,
« n'est qu'une façon de rapporter directement « l'art à Dieu. »
— Voyez-vous que de l'influence de J. K, Huysmans une tendance se dégage ! —
« Oh ! je suis loin de croire qu'il y ait au- « jourd'hui, en littérature, une tendance cohé- « rence. Il y a surtout le désir d'une réaction « contre l'abaissement de l'art. »
Nous parlons des jeunes écrivains.
« J'ai un grand espoir dans François Mauriac, « dans André Lafon. Robert Vallery-Radot se « laisse influencer moins par J. K. Huysmans « que par D'Annunzio. Son catholicisme, dans « ses livres, se ressent d'un peu de sensualité.
« Ah ! poursuit le poète des Sagesses, que la « littérature est donc peu de chose. J'ai, dans « la vie, de grands, de très grands amis, ce « sont les Bénédictins. Ils valent toute la litté- « rature. Connaissez -vous le « Chant Grégo- « rien? » Voilà l'art... »
Nous parlons de Paul Claudel, de J. K. Huysmans encore.
« J'ai fait des conférences sur J. K. Huys- « mans, Tune d'elles a été résumée, dans un ar- « ticle de La Démocratie, sous cette signature, « G. Mariette. Voulez-vous prendre note de ce « résumé? Il vous dira ma pensée sur l'auteur « de La Cathédrale. »
Voici donc :
« Sur l'art, l'influence de Huysmans fut triple.
« Ce fut d'abord un précurseur en littérature. « Il découvrit Verlaine et Mallarmé qui, à une « génération toute réaliste, communiquèrent le « goût de ce qui est derrière les choses.
« Ensuite, le premier, il « fulmina » (avec des « exagérations terribles, c'est entendu), contre « la musique religieuse moderne et prôna l'in- « comparable beauté du chant grégorien, avant « que Pie X en ait prescrit la restauration à « toute l'Eglise.
« Enfin en peinture il a préparé le retour du « goût vers les primitifs mystiques, et, de l'étude « de ceux-ci, des peintres chrétiens se sont « formés, tels que Georges Desvallière et Mau- « rice Denis. »
CANUDO
L'auteur du Délire de Clytemnestre, tragédie historique que Le Livre de la Genèse et la Psychologie musicale des civilisations avaient révélé esthéticien de belle envergure, s'est placé récemment avec La Ville sans Chef et Les Libérés, au premier rang de nos romanciers de synthèse. Canudo est un des rares hommes de ce temps qui sache unir à des soucis d'art très précis une vaste culture et une singulière hauteur de pensée.
Nous le guettions à la sortie d'un concert car c'est encore là qu'on a le plus de chances de rencontrer cet homme curieux, de physionomie et d'activité si complexes, qui sait se passionner pour la moindre question de littérature ou d'art.
« Il me semble, nous dit- il, pour rester « dans les limites et l'esprit de votre question- « narre — que la littérature et en général toutes « les manifestations esthétiques d'aujourd'hui « offrent le spectacle double et contraire d'une « agonie et d'une robuste croissance. Le roman-
« tisme, auquel vous avez raison de remonter, « c'est-à-dire le triomphe de la conception et de « l'expression sentimentale paraît assez voisin « de sa fin : le théâtre où il règne encore avec « les virtuoses du lyrisme efféminé et les fa- « bricants d'intrigues à « trémolos », ne recueille « plus que les suffrages des gens qui viennent « y digérer ou y continuer leurs propos d'amour « et d'argent ; les romans qui s'inspirent de « cette formule sont reniés par les nouvelles « générations littéraires qui acclament un Paul « Adam également en faveur auprès du public « cultivé ; les quelques poètes de valeur qui « ont surgi ces dernières années ont délaissé la « Muse larmoyante et sentimentale pour des « thèmes plus neufs. Avec le symbolisme, au « contraire, apparaît ou plutôt se réveille, et « il n'a cessé de progresser depuis, un pathé- « tique tout différent de la sensiblerie roman - « tique : je l'ai appelé quelque part le pathétique « de la plénitude. Il convient à un monde ivre « de conquêtes matérielles, à des âmes riches « de tout Je trésor spirituel des siècles et qui « souffrent de l'excès même de leur vie. C'est ce « même pathétique qui anima le théâtre de la « Grèce héroïque et certains génies de la Re- « naissance, du xixe siècle aussi. Mais si le « symbolisme l'entrevit, avec son idéalisme de « l'inspiration et de la forme, il ne sut pas, « selon moi, donner à ses méditations lyriques
'« l'aliment qu'elles réclamaient. Notre vie inté- « rieure, telle qu'elle s'exprime dans l'art, ne « doit pas être un monologue dans une tour « d'ivoire mais une symphonie. Il me semble « que les deux ou trois maîtres des lettres et de « l'art français, et surtout la jeune école musi- « cale française comprennent de plus en plus « cette vérité. »