CHARLES CALLET
M. Charles Collet est tout dévoué à la mémoire de son père, Auguste Collet, dont il 'publie les travaux sur la langue celtique. Luimême donne de bonnes études critiques ; il nous écrit :
« Une âme nouvelle s'éveille en nous, si nou- « velle que Corneille ou Montaigne, Hugo ou « Musset, auraient malaisément compris les « quelques œuvres fortes — prose ou vers — « publiées depuis dix ans ; malaisément compris ;« les centaines d'œuvres médiocres, claires pour « nous, où s'affirment nos sentiments.
« Dans les Etres et dans les Mondes, nous .« pressentons d'immenses inconnus, des corres- « pondances illimitées, de vertigineux mystères,, « et nous tentons de réduire par le verbe nos « émois et nos visions.
« Ces tressaillements proclamés neufs, sont, « en vérité, ceux des primitifs humains, alors « qu'ils vagissaient à l'aube de la vie cons- « ciente, qu'ils se sentaient mourir avec le so-
« leil défaillant et s'écoutaient eux-mêmes dans « les cris du vent sur les grèves.
« La chaîne des impressions profondes se « renoue après des interruptions millénaires.
« Par quelle fatalité nos modernes écrivains « s'avèrent-ils si débiles en leurs ouvrages ? « Ils n 'ont su encore créer leur langue ; pré- « ciosités à la mode, littératures décadentes, « rhétoriques de hasard, les obsèdent, ils re- « flètent l'affreuse grimace du moment ; ils « n'ont pas l'âme assez haute et le goût assez « sûr pour rejeter des guenilles partout admi- « rées, se libérer d'influences morbides, fuir « des louanges sans gloire, s'adresser à l'homme « éternel plutôt qu'aux voisins de table « d'hôtes. »