LOUIS PERGAUD
Après deux livres de poèmes, Louis Pergaud publia des Histoires de Bêtes, d'un pittoresque très savoureux. Les premières Histoires de Bêtes, De Goupil à Margot, lui valurent, en 1910, le Prix Goncourt.
« Mes Chers Confrères,
« Je vous réponds tardivement. Votre lettre est venue me trouver en vacances. Je n'y ai pas répondu, cela importe si peu au fond et c'était si bon de se laisser vivre paresseusement parmi les forêts et les bêtes si loin de toute littérature. Je n'ai pas saisi une plume durant ces cinq semaines de vie. Que cela me serve d'excuse !
« Et tenez, à vous parler franc : romantisme, naturalisme, pâmasse, symbolisme, eh bien ! je m'en fiche ; au fond ça n'a jamais existé. On trouverait autant de points communs entre La Fontaine et Laforgue et même plus, si
« l'on voulait chercher, qu'entre Laforgue et Si- « gnoret, pour ne parler que des morts.
« Il y a des individus, des personnalités. Mais «je ne crois guère aux écoles ni aux courants.
« Si notre génération apporte des formules « originales? Ah ! qu'elle apporte au moins des
talents originaux ! Je crois qu'il y en a, vous
n'en doutez pas.
Quant aux publications à bon marché, cela :< ne fait, je crois, ni chaud ni froid. Il y a tou- « jours eu des écrivains qui flattent le public, « et d'autres qui s'en fichent : les premiers ga- « gnent de l'argent, les autres vivent comme ils « peuvent.
« Chaque lecteur choisit son auteur. Le public « de Zigomar s'étend, mais si les « Fleurs du « Mal » se vendaient deux sous au lieu de « 3 fr. 50, les gens qui lisent les feuilletons « ne les achèteraient pas davantage. »