‹ Les Tendances présentes de la littérature françaiseChapitre 74 sur 94 · M.-C. POINSOT · texte numérisé non relu

M.-C. POINSOT

Poète, il ne s'est pas contenté de publier des livres de poèmes, comme L'Or des Minutes, Les Yeux s'ouvrent, etc., il a aussi tenté une rénovation du vers et avec s,uccès. Fondateur de L'Ecole Française, il a combattu pour le vers libéré.

Bonuincier, il a écrit des œuvres qui ont ce 'mérite d'être vraiment des romans, avec un sujet bien déterminé, des personnages bien :vc.nts, comme La Joie des Yeux.

« Toute littérature continue et transforme « celles qui l'ont précédée parce que la littéra- « ture est une chose vivante. En même temps « qu'elle les continue et les transforme, elle « réagit contre la dernière venue dans les excès « qui ont amené la décadence de celle-ci. Ce sont là des lois d'histoire ; tout mouvement humain y est soumis. Le Naturalisme con- « tenait encore du Romantisme — songez à Zola — et son excès amena le retour à l'idéalisme d'où jaillit le Symbolisme. Ne par-

« Ions pas du Parnasse qui n'est ni une école « ni même un groupement, mais une rencontre « fortuite de tempéraments divers dans une of- « ficine d'éditeur. Aucun grand mouvement n'a « succédé au Symbolisme, sauf une tendance « sociale qui ne s'est malheureusement pas agré- « gée par suite de l'individualisme croissant des « écrivains. La nouvelle génération littéraire, « sous des noms plus ou moins ronflants, n'ap- « porte rien d'original en poésie, sauf quelques « bizarreries de rythme ou de pensée dénuées « de consistance. En prose au contraire, a suc- « cédé au Naturalisme car Symbolisme et Par- « nasse ne concernent que l'attitude lyrique), « mais là également sans nom défini, une lit- 1 « térature profondément sociale, c'est-à-dire in- « téressée aux douloureuses genèses d'un ordre « nouveau, et dont J.-H. Rosny est le Balzac « à la fois puissant et artiste. Toutefois on peut « remarquer, dans la poésie, une tendance à « débarrasser le lyrisme de ses oripeaux décla- « matoires, et à substituer l'élément strophe au « vers simple ou accouplé.

« Comme la plupart des innovations les pu- « bli cations à 0 fr. 95 ont eu des conséquences « fâcheuses et d'autres assez bonnes. On a dif-

« fusé dans le public des noms très intéressants « et trop peu connus, et donné, somme toute, « d'excellente nourriture littéraire à des prix « abordables aux petites bourses.

« En revanche, les romans feuilletons à treize « sous et moins, les fascicules d'histoires poli- « cières de deux à cinq sous, ont accentué « l'ignominie dont on gave le peuple.

« Il était nécessaire d'atteindre un nouveau « public de lecteurs intelligents : ceux issus des « lois sur l'instruction obligatoire, armée d'em- « ployés, de petits bourgeois, d'ouvriers élevés, « avides d'absorber de la littérature digne de « ce nom, à condition de ne pas grever trop « leur budget. Mais le « 0 fr. 95 » commence « à s'user et un retour au 3 fr. 50 est très pos- « sible à moins qu'on ne trouve une formule « intermédiaire nouvelle.

« Quant au dernier point de la seconde ques- « tion, je ne crois pas qu'il doive se poser. Tout « écrivain a eu et aura toujours deux voies à « suivre : celle des nuées d'argent et celle des « nuées d'estime. Il choisit, et prend les moyens « que lui offre le moment, sans que les fluc- « tuations de l'édition modifient ou son mer- « cantilisme ou sa fierté d'artiste. »

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