‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 1 sur 76 · V. MERCIER, Censor dasigaata · texte numérisé non relu

V. MERCIER, Censor dasigaata

Imprimatur.

Pictavis, die 18* Januarii 1919.

A DE VAREILLES-SOMMIÈRES. Vie. Gén.

Permis d'imprimer.

Parisiis, die aS* Januarii 191 2.

H. ODELIN, Vie. Gén.

L'auteur et l'éditeur réservent tous droits de reproduction et de tradaetion.

Cet ouvrage a été déposé, conformément aux lois, en féorier 19i2.

Causerie préliminaire

Les livres sont comme les habits, ils doivent être faits sur mesure et en vue de destinataires déterminés. S'ils sont composés pour tout le monde, ils risquent de ne l'être pour personne : insuffisamment adaptés, c'est par hasard qu'il leur arrivera de se raccorder à la curiosité ou au besoin d'un public. Leur influence, bonne ou mauvaise, n'est réelle que si l'esprit de l'au- Wr se lie par quelque endroit à l'esprit du lecteur : qu'il n'y ait ni langue ni idées communes entre eux, le lecteur ne comprend pas ; qu'il n'y ait nul sentiment partagé, le lecteur s'en- Buie, et, à moins d'être contraint à la lecture par devoir, il rejette l'ouvrage. Un volume de la métaphysique d'Aristote entre les mains d'un enfant ou d'un paysan est un poids inutile et de même entre les mains de la plupart des adoles-

cents les œuvres de saint Jean de la Croix. Les livres n'agissent qu'appropriés.

Ce n'est pas tout d'être lu ; l'essentiel c'est le résultat de la lecture : il variera suivant l'âme du lecteur. Le Disciple de M. Bourget peut être un tonifiant pour des esprits solides, un semeur de bienfaisantes inquiétudes pour des âmes illusionnées, et pour certains cœurs faibles, déjà attaqués, un poison. Il faut en dire autant des plus belles œuvres de M. R. Bazin, et lui-même a pris soin de s'en expliquer * ; un livre n'est presque jamais bon absolument. La Bible ellemême, au très sage jugement de l'Église, ne doit pas être mise entre n'importe quelles mains, et il est indispensable que des notes préviennent les idées fausses ou les fâcheuses impressions qu'en retireraient des lecteurs mal préparés. Toujours il y a lieu de considérer à qui l'on destine un livre, et ce qui sauve les uns perd les autres.

Que tirer de là? — Que, « trop de mondes étant contenus ensemble dans la société huniaine ' », «t dans chacun de ces mondes les hommes étant trop dissemblables, il est à propos de n'écrire que pour un seul lecteur à la fois ? Conclusion

I. Cf., dans Questions littéraires et sociales, le chapitre intitulé : « Les lecteurs de romans », p. i4i.

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