‹ Les tentations du jeune hommeChapitre 13 sur 76 · I. S. Marc, v, 9, et S. Luc, viu, 3o · texte numérisé non relu

I. S. Marc, v, 9, et S. Luc, viu, 3o

a. S. Mattu., XXV, 4i.

«st Cl classer dans l'histoire des superstitions avec les vampires et les loups-garous ; qu'elle persiste dans les têtes incultes des campagnards, on le comprend ; toutes les erreurs, longtemps accréditées el dont les hommes ont vécu pendant des siècles, laissent d'interminables traces parmi les paysans. L'humanité sort lentement d'une forêt ténébreuse : ceux qui tiennent la tête sont en pleine lumière quand la queue avance encore à tâtons dans la nuit. Les esprits éclairés savent que le démon fut une naïve personnification du mal et l'explication par un manichéisme timide du mélange d'ordre et de désordre que présente le monde. Ne prenons pas au pied de la lettre les inventions des poètes puissants, à demi-inconscients et hallucinés, profondément étrangers à la notion des lois naturelles, qui à l'époque la plus ancienne animèrent tout l'univers. Les esprits mauvais sont les enfants de l'imagination maladive et peureuse des primitifs. Voilà un point, entre beaucoup d'autres, où la conception exclusivement positive de l'univers fait reculer la conception théologique en attendant qu'elle la déloge tout à fait.

Ce sentiment, plus ou moins explicite, s'est répandu jusque parmi les chrétiens fidèles, et si nul catholique ne nie ouvertement l'existence ou l'action des mauvais esprits, plus d'un cepen-

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dant n'en parle qu'avec timidité ou une certaine ironie, comme d'un article de foi qui ne répond pas à grand'chose et qu'il est préférable de taire. Cela ne laisse pas de contraster avec la vie chrétienne telle qu'elle nous apparaît dans les Évangiles, les écrits apostoliques et l'universalité des Pères de l'Église.

Ne serions-nous pas, dans ce cas, dupes de l'adresse du (' menteur et du père du mensonge* » ? Le plus grand péril de la foi, à notre époque, n'est point dans des hérésies déterminées, mais dans une incrédulité radicale et la négation complète du surnaturel, voire de tout spiritualisme. On se fait agnostique, moniste, phénoméniste. Pour le succès de leur stratégie nouvelle, il est nécessaire que les esprits mauvais dissimulent leur action et feignent la plus complète inexistence. Quelle insigne maladresse de faire hurler un possédé au milieu d'une académie de positivistes ou de matérialistes ! Satan u n'est point si divisé contre lui-même^ » et se garde de travailler à détruire une illusion qui de toutes jusqu'à présent paraît le mieux réussir ; il fait le mort, car s'il se montre, il inquiète ; il affirme par son action même un antiphénoménisme

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