‹ Les terminaisons des nerfs dans la peauChapitre 4 sur 7 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Anatomie.

La question étant ainsi formulée, nous avons cru voir d'abord éliminer un premier point dont la cussion aurait cependant été intéressante; nous Liions parler du mode d'origine et de distribution 5 nerfs sensitifs cutanés. Etant démontré que les iiines postérieures médullaires sont centripètes et isitives, y a-t-il un rapport entre le point de dért de ces racines dans la moelle et leur distribun périphérique? Certaines régions cutanées péri- ■'iriques correspondent-elles à des départements cdullaires faciles à délimiter; telles sont les prehres questions que nous aurions dû nous poser ; (qu'il nous aurait été facile de résoudre par la ; ative, en analysant les faits de lésions, soit paliogiques, soit expérimentales, de la moelle ou de ses iines. Nous aurions eu ensuite à comparer le mode

distribution périphérique de ces fibres fournies

les racines postérieures, avec la distribution des tes antérieures, centrifuges ou motrices; nous

Lons pu montrer que les terminaisons de ces K ordres de fibres sont entièrement différentes. A

du muscle recevant un nerf unique, nous aul&s décrit la peau à laquelle aboutissent des troncs l«es systèmes très-divers de branches nerveuses

multiples, branches centrifuges du système sympathique, sécrétoires pour les glandes sudoripares, vaso-motrices pour les réseaux vasculaires, motrices pour les muscles dermo-papillaires ; et surtout branches centripètes du système médullaire, ou sensitives.

Nous aurions vu des branches sensitives multiples prendre leur origine dans la même région cutanée; nous aurions vu ces branches se rendre dans des régions diverses de la moelle, par des troncs nerveux souvent très-différents.

Nous aurions même pu établir un rapport entre le degré de sensibilité d'une région cutanée, et le nombre des troncs nerveux différents qui y renvoient des branches. Ainsi, nous voyons à la face la région génienne si sensible recevoir en même temps des rameaux nerveux du plexus cervical, des trois branches du nerf trijumeau, et probablement aussi par les anostomoses du facial des divers autres nerfs sensitifs crâniens.

Nous retrouvons cette multiplicité d'origine des nerfs intra-dermiques dans les parties qui sont après la face le plus sensibles, c'est-à-dire dans les extrémités des membres; et nous pourrions montrer que le pied, que la main surtout, sont innervés par de rameaux nerveux anatomiquement très-distincts.

Nous aurions à passer en revue de nombreux tra vaux, et pour les nerfs de la pulpe des doigts, parti si sensible, à indiquer des recherches intéressante de Richelot, Bernhardt et avant eux Longet.

Mais ces rameaux nerveux, s'ils aboutissent à la peau, sont cependant extra-cutanés, et nous avons à traiter des terminaisons nerveuses dans la peau; nous ne saurions, du reste, sur ce premier point, rien ajouter à ce qu'a écrit si magistralement M. Sappey, dans son ouvrage auquel nous renvoyons (1).

Nous entrons donc immédiatement dans notre sujet : les terminaisons des nerfs dans la peau ; et, nous Pavons dit, nous nous occuperons d'abord et presque uniquement dans cette partie anatomique, des nerfs sensitifs, ou mieux de leurs terminaisons.

On a coutume de rapporter à une date assez ré- I cente, à Pacini, ou tout au plus à Vater (1741), les ; premières notions exactes sur un des modes de terminaisons des nerfs sous la peau; et en tout cas, , pour la plupart des histologistes actuels, pour Frey, pour Kœlliker, pour les auteurs qui les ont suivis, ce : serait seulement depuis les travaux de Pacini, depuis ceux de Wagner et Meissner, de Krause que la question serait entrée dans la phase scientifique. Or il suffit de parcourir quelques-uns des nombreux travaux anciens pour se convaincre que les grands ' anatomistes des derniers siècles et particulièrement Boerhaave, Malpighi, Ruysch, Albinus, Treviranus, i avaient une idée relativement exacte des terminai- 3 sons des nerfs sous la peau ; et des notions en tout ' cas plus complètes que celles des premiers histolo- ■ gistes que nous avons cités.

(1) Sappey. Anatomie, t.lU, p. 343.

Haller (1) qui résume les recherches de ces divers auteurs en les citant, montre que les papilles cutanées découvertes par Malpighi et Boerhaave contiennent des organes nerveux; ces organes nerveux terminaux existent dans les doigts, les lèvres, le pénis, la mamelle ; ils existent aussi en d'autres points, mais plus petits et moins nombreux..., ils sont les organes de la sensibilité. Reil (2), embarrassé par ce fait que les espaces inter-papillaires sont cependant sensibles, crée même une hypothèse ; et imagine autour de chaque papille nerveuse une sorte d'atmosphère chargée de lui transmettre les excitations.

On savait aussi que parmi les papilles, quelquesunes seulement possédaient des organes nerveux ei^ d'autres étaient uniquement vasculaires. Quelques auteurs, Gaultier (3), par exemple , exagérèrent même l'importance de cette dernière espèce, et admirent dans toutes les papilles, des vaisseaux. Et non-seulement l'existence de ces organes nerveux terminaux, mais leur nature, leur structure étaient relativement bien connues avant les travaux cependant classiques de Pacini, de Wagner et Meissner, etc.

A peu près tous les faits admis actuellement avaient été indiqués; ainsi, après que Prévost et Dumas eurent insisté sur l'existence d'anses ner-

(1) Haller. Elém. physiologiœ, t. V, p. 7.

(2j Reil. Exercitnt. anatom. de struct. nervor. Hala?, 1796.

(3) fiAL'LTiER. Rec. sur l'org. cutané. Thèse, Paris, 181 1.

veuses périphériques, non-seulement dans les nerfs moteurs, mais aussi dans les nerfs sensitifs, Burdach, et ensuite, avec quelques variantes, Valentin décrivirent un plexus, ou mieux une série de plexus nerveux périphériques, intra-dermiques.

Breschet et Boussel de Vauzème insistent aussi sur cet épanouissement intra-dermique des troncs, des branches nerveuses sensitives; ils montrent que les nerfs sous-cutanés changent de nature en se ramifiant dans le derme; que ces nerfs deviennent plus mous, plus fins, onduleux, et surtout qu'ils perdent probablement leur névrilème (périnèvre).

Breschet et Boussel (1) insistent surtout sur Fexis- 'tence d'organes nerveux terminaux déjà signalés par les anciens, et ils les décrivent.

(( On voit d'ans les papilles, disent-ils, les filets ' a nerveux se dépouiller de leur enveloppe ; la sub- « stance propre de tous ces cordons ne former (( qu'une seule masse, où l'on ne peut plus aperce- « voir isolément ce qui appartient à chacun..., dans î cette espèce de fusion de la substance nerveuse « en une masse commune, sous les enveloppes cor- « < nées de l'épiderme. Après que ces cordons se sont « dépouillés de leur névrilème, nous sommes parve- • « nus à apercevoir que, sous cette calotte cornée, les ' « nerfs conservaient leur disposition filamenteuse, « et qu'arrivés au sommet de cette coiffe cornée ils

(1) Breschet et Roussel de Vauzème. Ann. des sciences naturelles, \m, I. Il, p. 167, 187.

« représentaient des anses, concentriques les unes (c aux autres. »

On est presque étonné quand on songe que cette description précise a précédé de près de vingt ans celle classique, et cependant bien moins exacte de Wagner et Meissner; et Ton est étonné surtout quand on songe que Breschet et Roussel étaient gênés par les idées théoriques alors mises à la mode par de Blainville, et qui portaient à rechercher dans tous les appareils terminaux sensoriels les mêmes éléments constituants.

Ce n'est donc pas à Wagner et Meissner qu'il faut rapporter la première description du corpuscule du tact; et ce n'est pas non plus à Pacini ou à Vater qu'il faut attribuer l'indication des premières terminaisons nerveuses inter-papillaires, terminaisons depuis longtemps signalées par Albinus, Ruysh et Morgagni.

Nous avons cru devoir relever ces points d'historique par trop oubliés; mais les limites de notre cadre ne nous permettent point d'essayer une bibliographie complète; qu'il nous suffise d'indiquer que la question de la terminaison des nerfs cutanés a dans ces dernières années traversé rapidement plusieurs phases.

De 1850 à 1865, on a paru admettre après les travaux de Meissner et Wagner (1), de Krause, de LuddenetKœlliker, que tousles nerfs se terminaient

(1) Mkissner. Arch. deMuller, 1852-18o3.

dans des organes spéciaux, dans des corpuscules de diverses formes; puis avec Beale, Langerhans, Tomsa, on revint à Tidée de plexus, de réseaux ter- . ininaux existant indépendamment des papilles et « des corpuscules; enfin, plus récemment .encore, . divers auteurs et surtout Langerhans, Schron, I Ditlevesen ont décrit sous la peau un nouveau I mode de terminaisons nerveuses, les terminaisons i inter-épidermiques.

Ajoutons que tous ces travaux sur l'homme s'accompagnent de recherches encore plus nombreuses ; peut-être dans la série animale.

En résumé, la question considérée dans son état . actuel, est véritablement complexe. Pour mettre un peu d'ordre dans ses points de vue multiples, nous étudierons successivement :

1° Les plexus nerveux terminaux intra-dermiques, et les plexus de poils tactiles que nous croyons devoir y rattacher;

2" Les papilles et les organes nerveux périphériques intra-papillaires, ou les corpuscules du tact avec leurs diverses formes;

3° Les terminaisons nerveuses inter-épithéliales ou épidermiques.

Nous chercherons enfin dans une deuxième partie à appuyer les conclusions déduites de l'étude des terminaisons nerveuses de la peau de l'homme sur l'analyse de quelques travaux faits dans la série animale.

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