‹ Les terminaisons des nerfs dans la peauChapitre 5 sur 7 · I. — DES RÉSEAUX NERVEUX INTRA-DERMIQUES · texte numérisé non relu

I. — DES RÉSEAUX NERVEUX INTRA-DERMIQUES

Gomme Tavaient très-bien vu Breschet et Roussel de Vauzème (1), il était impossible que les fibres nerveuses, ramifiées à l'infini sous le derme, puissent devenir organes d'un sens, en contact avec la membrane cornée, sans éprouver un changement quelconque dans leurs dispositions premières. Le derme, disent-ils, est comme le sanctuaire où s'opère cette métamorphose.

Et, ajoutent-ils, « chaque nerf entre dans le derme en s'y épanouissant... et il est probable que les nerfs, à leur entrée dans le derme, se dépouillent de leur névrilème ».

Cet épanouissement des branches nerveuses souscutanées à leur entrée, dans le derme, est un fait aujourd'hui bien établi.

Gomme le dit très-bien Kœlliker (2 < étudiée dans ses couches voismes de l'épiderme, la peau, notamment celle de certaines régions, est un des organes les plus riches en nerfs ; d'autre part, vue dans ses couches profondes, elle est remarquable par sa pauvreté nerveuse. »

11 faut donc admettre un épanouissement des fibres réunies auparavant dans des troncs ou des faisceaux peu nombreux.

Get épanouissement a été bien décrit par Valen-

(d) Brescqet elRoDssEL. Loc. dt., p. 181.

(2) Kœtlikeb. Traité d'histologie, tra'l. Marc See, 1868.

tin, et surtout parBurdach (1). Seulement, ces auteurs n'ont vu et décrit qu'un premier ordre de plexus nerveux dermiques, ceux qui sont formés par des fibres à myéline.

Kœlliker, dans ses dernières publications, admet complètement cet épanouissement, et cette subdivision des tubes nerveux sensitifs cutanés.

Les branches nerveuses, dit-il, pénètrent dans les espaces aréolaires du derme, s'y ramifient de plus en plus, mais sans fournir d'expansions terminales ; elles gagnent le voisinage de sa portion papillaire; là elles s'anastamosent fréquemment entre elles, immédiatement au-dessous des papilles, et forment des plexus terminaux plus ou moins riches. Les plexus profonds à mailles très-larges sont formés par des fibres volumineuses de 11 à 13 ^ (tubes larges de M. Robin), les plus superficiels, à mailles plus serrées, sont formés de fibres ténues de 1 à 6 [L.

L'importance de ces plexus nerveux intra-dermiques, sous-épidermiques, est aujourd'hui universellement admise : M. Robin, M. Sappey insistent sur leur existence. Un seul point reste discuté, c'est la nature intime de ce réseau, ou mieux de ces réseaux nerveux intra-dermiques.

Ces réseaux sont-ils uniquement formés de fibres isolées, devenues indépendantes, et anastomosées en divers sens ; mais conservant leur myéline et

(l) BcRDACH. Journal VExpérience, 1S38, p. 46o.

même leur périnèvre; ou mieux, après avoir formé ces premiers réseaux dermiques de fibres à myéline, admis par tous les auteurs, les tubes nerveux ne se modifient-ils pas, ne deviennent-ils pas plus tenus, plus fins, comme l'admettaient Roussel et Breschet? Ne se subdivisent-ils pas en un mot en fibrilles sans myéline pour constituer des réseaux immédiatement sous-épidermiques , véritablement terminaux?

Cette dernière opinion paraît la plus exacte. Kœlliker (1) admet que les réseaux terminaux les plus périphériques sont formés de fibres pâles, ayant seulement 1 à 2 [x, sans myéline, véritables divisions des fibres nerveuses primitives.

D'autres auteurs, et spécialement Beale, Tomsa, ont bien étudié ce réseau terminal intra-dermique.

1^. Beale (2) insiste sur la succession de différents réseaux de plus en plus fins à mesure qu'ils deviennent plus superficiels; il appuie sur ce fait que le dernier réseau est véritablement terminal, et il rattache même à ce réseau les corpuscules intra-papillaires qui contiendraient de simples anses nerveuses plus ou moins modifiées. Tomsa (3), dans un travail fait avec le plus grand soin, décrit ces réseaux de fibrilles pâles, immédiatement sous-épithéliales ; les fibrilles sont nucléées aussi bien dans

(1) Kœi.liker. l.oc. dt., p. 143, 133.

(2) L. BEAJ.E. Trad. inJ. dephysioL, l. V, p. 288.

(3) Tomsa. Ai ch. fur dermatologie; beitrage zur dermatolog. undphys. der menschlichen haut. \81d.

les points où elles sont isolées que dans celui où elles s'anamostosent.

Ces réseaux fibrillaires sous-épithéliaux existent aussi bien au niveau des papilles que dans leur intervalle; seulement les papilles reçoivent, outre des fibrilles réticulées, des fibres nerveuses à myéline qui n'ont pas pris part à la formation des fibrilles.

L'existence de ces réseaux pâles situés presque immédiatement sous la couche de Malpighi, dans les couches les plus superficielles du derme a été constatéepar Langerhans (1) par Kœlliker, par Podcopaïr (2), etc. Elle n'est du reste pas spéciale à la peau de l'homme ; et ces réseaux existent aussi dans d'autres membranes sensibles : peau de la grenouille (Axman, Kœlliker), muqueuses diverses (Arnold, His, Poncet, Morano, etc.) ; et surtout séreuses articulaires où Nicoladoni a très-bien décrit un réseau complètement analogue.

Maintenant ce réseau constitue-t-il à lui seul un appareil terminal? La question reste douteuse.

On sait que Tomsa a décrit dans ce réseau, outre des noyaux propres, des éléments nucléés qui constitueraient de véritables cellules ganglionnaires périphériques. Pour Langerhans, ces prétendues cellules terminales ne représenteraient que la rupture d'une fibrille du réseau, rupture s'étant faite un peu en arrière d'un noyau.

(1) Langerhans. Arch. Virchoiv, 1868, p. 330. 2) FoDcopAiR. Arvh, fur mik, anal., t. V, 1809.

Nous aurons aussi à discuter la question de savoir si à ce réseau de fibrilles pâles sont appendus dans la peau, comme dans la cornée, des filaments inter-épithéliaux, véritablement terminaux.

En tout cas, il est certain que quelques-uns des tubes nerveux, devenus indépendants après l'épanouissement dans le derme des nerfs sous-cutanés, se terminent en un réseau fibrillaire, sans myéline, immédiatement sous-épidermique.

11 est certain aussi que toutes les fibres à myéline ne se terminent pas dans ce réseau, et que quelques-unes vont directement se rendre aux papilles. Mais avant d'étudier les terminaisons nerveuses intra-papillaires, il nous faut dire un mot des poils tactiles, simple variété de réticulum nerveux à fibres pâles.

Il y a longtemps que les poils tactiles ont été signalés et décrits, sur les mammifères, en certains points de leur surface cutanée, et surtout autour de la bouche. Indiqués par de Blainville, Cuvier, par Odenius, par Breschet et Roussel, puis par Belfied- Lefèvre, ces nerfs des poils tactiles furent suivis chez rhomme, dans certains poils jusqu'à la base du follicule pileux par Kœlliker, W. Krause, plus tard par Moleschott, Chapuis, sans aucun succès.

Gegenbaur, Leydig les étudièrent au niveau des poils tactiles de divers mammifères, sans arriver à de meilleurs résultats ; et Vaillant (1), le premier

(1) Vaillant. Journal l'lubtUut. Dis poils du lact, 1862, n" 1472.

avant ces auteurs du reste, décrivit à la base du follicule pileux, dans son intérieur, un plexus nerveux très-riche terminant un certain nombre de fibres à myéline.

Malgré toutes ces recherches antérieures, c'est à Jobert (1) que revient le mérite, et d'avoir le premier bien décrit le plexus nerveux terminal de poils tactiles; et surtout d'avoir montré que ces poils tactiles, faciles à démontrer sur un certain nombre d'animaux, rat, chauve-souris, etc., existent aussi chez l'homme.

11 constata, comme Vaillant, comme Gegenbaur, KœlHker, l'existence d'une sorte de collier sensitif formé à la base du follicule pileux, dans sa membrane fibreuse externe, par l'entrelacement horizontal de trente à quarante fibres à myéhne.

11 vit que, de ce collier horizontal, les fibres à myéline, devenues indépendantes, s'élèvent verticalement, parallèlement à la tige du poil ; dans cette 1 seconde partie de leur trajet, ces fibres se bifurt quent, se subdivisent, puis elles pénètrent plus pro- Ifondément dans la membrane fibreuse, se mettent « en contact avec la membrane vitrée, et surtout pertdent leur myéline. Ces fibres subdivisées constituent î alors des fibrilles pâles dont les unes pénètrent dans lia membrane vitrée, presque jusqu'aux cellules de la gaîne épithéliale externe, et dont la plupart parais-

(I) JoBfcnT. Comptefi rmdaf, Ic/i'Z. dfis sc/'-ncs. 1871 août; 4874, p. 275.

sent se terminer par une extrémité renflée au contact de la membrane vitrée, dans la partie profonde de la membrane externe.

Jobert a retrouvé ce mode de terminaison chez l'homme, non-seulement dans les cils, mais aussi dans les poils de la peau des pommettes, des ailes du nez, des lèvres supérieure et inférieure, de la région du menton. L'exactitude de cette description a été confirmée depuis par plusieurs auteurs, entre autres, Podcopaïr, Mojsicovics, Arnstein (1). M. Mat. Duval (2) a signalé ce fait intéressant que les poilsl tactiles seuls possédaient, dans une partie de leur! trajet, une anse vasculaire continuant celle du bulbel pileux. M. Arnstein a retrouvé, sur le rat, des poils] plus ou moins riches en filets nerveux dans presque toutes les régions, et même les régions non tactiles ; et il a vu que, chez l'homme, tous les poils dul cuir chevelu possédaient un plexus nerveux tactile.]

Pour tous les auteurs, le plexus situé à la base di poil est formé de fibres à myéline, et ces fibres àj myéline se subdivisent, s'épanouissent en fibres pâles, très-minces : et cet épanouissement terminal de fibrilles pâles situées plus ou moins près de la membrane vitrée du follicule pileux, M. Arnstein le ra[ proche des réseaux terminaux étudiés par Burdach, Tomsa, Langerhans. C'est parce que nous regardons cette assimilation comme complét'^ment exacte, que

(1) Arnstein. Centralbîatt me 1., 3 novembre 1^77.

(2) Mat. Duval. Journal d'anat. et dephysiol, i^^ février 1873, p. 1875, janvier. ■

nous avons rapproché aussi l'étude des poils tactiles de celle des réseaux terminaux sous-épithéliaux, dont ils nous paraissent constituer seulement une ' variété, une localisation spéciale.

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