‹ Les ternaires: livre lyriqueChapitre 19 sur 65 · EN REVENANT DU LIDO · texte numérisé non relu

EN REVENANT DU LIDO

Oh! malheur à celui dont la mâle constance Veut braver sa fortune et braver l'existence ; Qui, cent fois éprouvé, mais sourd à la frayeur , S'obstine au fol espoir d'un avenir meilleur :

Au livre où de tout temps nos heures sont prédites Ses yeux ne liront plus que des lignes maudites; L'inflexible destin , d'un doigt mystérieux , Trace autour de ses pas un cercle impérieux , Et riant des combats où s'use sa faiblesse , Dans le cercle fatal le ramène sans cesse , Tant qu'épuisé d'efforts il tombe sans appui , Victime de lui-même et victime d'autrui.

Lido ! Lido ! j'ai vu tes grèves désolées , Ton sable jaune et fin où , e^fuses , mêlées , On retrouve le soir les traces des serpents Au soleil de midi déroulés et rampants :

Ici venait Byron, d*un œiî mélancolique Il regardait au loin briller TAdriatî^e , Ou, pour dompter son âtoe, il poussart au galop Son coursier hennissant au bruit de chaque flot,

Et le noble animal écrasait les vipères

Qui gagnaient en sifflant leurs venimeux repaires.. .

Non, non, j'avais mal dit I Le courageux est fort.

Marchons sur les serpents et triomphons du sort.

Ah I si tels que Jésus heureux dans les supplices ,

Souvent vous ne mettiez dans vos pleurs vos délices,

Songeant que les pervers ne savent ce qu'ils font ,

« Ou si dans un mépris silencieux , profond ,

Vous n'aimiez à garder vos amères pensées ,

Gomme dans l'arsenal des flèches amassées ,

Hommes doux mais puissants, tout à coup au grand jour

Montrez l'âpre vigueur que cache en vous l'amour ,

Saisissez le méchant , serrez-le sans relâche ,

Et bientôt vous verrez le front pâle du lâche !

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