EN REVENANT DU LIDO
Oh! malheur à celui dont la mâle constance Veut braver sa fortune et braver l'existence ; Qui, cent fois éprouvé, mais sourd à la frayeur , S'obstine au fol espoir d'un avenir meilleur :
Au livre où de tout temps nos heures sont prédites Ses yeux ne liront plus que des lignes maudites; L'inflexible destin , d'un doigt mystérieux , Trace autour de ses pas un cercle impérieux , Et riant des combats où s'use sa faiblesse , Dans le cercle fatal le ramène sans cesse , Tant qu'épuisé d'efforts il tombe sans appui , Victime de lui-même et victime d'autrui.
Lido ! Lido ! j'ai vu tes grèves désolées , Ton sable jaune et fin où , e^fuses , mêlées , On retrouve le soir les traces des serpents Au soleil de midi déroulés et rampants :
Ici venait Byron, d*un œiî mélancolique Il regardait au loin briller TAdriatî^e , Ou, pour dompter son âtoe, il poussart au galop Son coursier hennissant au bruit de chaque flot,
Et le noble animal écrasait les vipères
Qui gagnaient en sifflant leurs venimeux repaires.. .
Non, non, j'avais mal dit I Le courageux est fort.
Marchons sur les serpents et triomphons du sort.
Ah I si tels que Jésus heureux dans les supplices ,
Souvent vous ne mettiez dans vos pleurs vos délices,
Songeant que les pervers ne savent ce qu'ils font ,
« Ou si dans un mépris silencieux , profond ,
Vous n'aimiez à garder vos amères pensées ,
Gomme dans l'arsenal des flèches amassées ,
Hommes doux mais puissants, tout à coup au grand jour
Montrez l'âpre vigueur que cache en vous l'amour ,
Saisissez le méchant , serrez-le sans relâche ,
Et bientôt vous verrez le front pâle du lâche !