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Nous n'irons pas troubler les pères et les mères, Vous, leurs guides secrets, cette lettre est pour tous; Et n'ayant à parler que de choses amères, Nous ne parlerons pas dans la langue de tous.
Est-il vrai? dans les bourgs et les plus humbles trêves Les écoles d'enfants surgissent par milliers. Tant que le bruit des flots murmurant sur les grèves Ne pourrait plus couvrir la voix des écoliers.
Bien ! Il faut que la terre où toute vie abonde Reçoive et rende un jour la semence des blés ,
£tque Fesprit de rhomme, autre terrain, féconde Les germes immortels en lui-même assemblés-
Mais, prêtres, est-il vrai ? Dans ces classes sans nombre Notre langage à nous ne résonne jamais ; Nos vieux saints ont pleuré dans leur chapelle sombre : « Las ! dit Hoel, les fils des guerriers que j'aimais! »
Donc, à notre retour, du milieu de la lande Le joyeux haUiké ne s'élèvera plus , Les pâtres traîneront quelque chanson normande , £t nous serons pour eux comme des inconnus.
Oh ! Tardent roMigiM^, le linot, la méaange Pour louer le Seigneur n'ont pas la màne voix ;
Dans la création tout s'unit, mais tout change, Et la variété, c'est une de ses lois.
Tzar impie et sauvage ! au front de tous ks Slaves 11 veut aussi poser un signe universel, Et sa main couperait la langue des esclaves Fidèle à l'idiome inspiré par le ciel.
Le dur niveau partout I — prêtres d'Armorique, Si calmes, mais si forts sous vos surplis de lin , Anne laissa tomber le joug sur la Celtique :
Sauvez du moins, sauvez la harpe de Merlin!
Par-delà le détroit, chez nos frères de Galles, On n'a point oublié la bannière d'azur; Le barde vénéré mégè e&eor dans les salles , Et des livras fervents prônent le grand Arthur !
Prêtres, je vous le dis : vous, nos maîtres, nos sages. Refroidissant les cœurs par trop d'austérités , Vous avez aboli les sntiques usages , Et le peuple «miuyé rêve les nouveautés.
Devant vous les lutteurs se sauvent de Comouailles, Vous coupez les cheveux des jeunes gens de Scaer ,
Et, pasteurs des esprits, vous n'avez pour vos ouailles Qu'un breton incorrect et cFun mélange amer.
Nlveleurs imprudents ! la vieille langue éteinte , Tous les vices nouveaux chez vous arriveront , Et si vous élevez sur Tautel la croix sainte, Nul au pied de la croix n'inclinera son front.
Dieu vous donna le soin de la vivante chaîne, Il en est temps, soudez ses mystiques anneaux ;
Affermissez le roc où doit grandir le chêne ;
Entretenez la digue où s'amassent les eaux. —
Et toi dont le premier j'ai chanté les bruyères , Qui vivras dans mes vers avec tes chastes mœurs, Pardonne-moi, Bretagne, et pardonne à mes frères Si nous jetons de loin ces sinistres clameurs !
Tout amour est craintif! Puis, une telle crise Semble bouleverser tes flancs près de s'ouvrir!... Mais, fidèle à toi-même et gardant ta devise , Bretagne, tu diras encor : « Plutôt mourir ! »