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BORDURE SEPTENTRIONALE DU FAISCEAU DE LA LOIRE

Environs de Reégny. — Le lambeau paléozoïque qui s'étend à PO. S.0. de Régny a la forme d’un triangle allongé de l'O. $. O. à l'E. N. E. sur environ 6 km. de long, sa base, située un peu à l'Est de Régny, étant dirigée N. 130° E. ; il est bordé vers le Sud et vers l'Est par les tufs microgranulitiques qui contiennent dans les environs de Lay et à l'Ouest de St-Victor des couches d’anthracite, dirigées N. 70° E. et plongeant vers le S. E.; vers le Nord, les caiïlloutis de bordure du bassin tertiaire de Roanne viennent le masquer.

La route de Roanne à Régny, qui remonte la vallée du Rhin vers l'E. N.E. suivant la direction moyenne des couches, et celle de Régny à Saint-Symphoriende-Lay, qui les recoupe perpendiculairement, montrent par leurs affleurements toutes les formations du lambeau. Dans la coupe relevée sur la première (fig. 28),

Fig. 28. — Coupe schématique, route de Roanne à Régny (vallée du Rhin).

°m. tufs microgranulitiques, v. Viséen, poudingues, calcaires noirs fétides et schistes, cv. schistes de passage au Tournaisien, 7. microgranulite, T. gisements fossilifères. Echelle 40,000° (hauteurs amplifiées 5 fois).

nous voyons sous un massif de microgranulite (à l'O. S. O.) et sous les tufs microgranulitiques (Bozon), les poudingues à galets de roches granitiques et de calcaire reposer sur les premières couches calcaires, entremêlées, à leur partie supérieure, de bancs gréseux et schisteux, bien visibles dans le vallon de Pradines ; ces couches calcaires forment une voûte, largement exploitée dans des carrières à l'Ouest de Naconne; elles montrent à la base de puissants bancs noirs, remplis de fossiles du Viséen inférieur, séparés par de minces lits schisteux gris foncé, charbonneux, également fossilifères; des bancs gréseux arkosiens surmontent les calcaires. À l'Est de Naconne, les couches s'abaissent (quelques poudingues affleurent), puis se relèvent de telle façon que sous le hameau de « La Colle » les schistes psammitiques, inférieurs au calcaire, viennent au jour;

avant Régny et à Régny même, les calcaires noirs en bancs épais, surmontés par des niveaux gréseux, affleurent de nouveau, pour disparaître brusquement, à l'Est de Régny, contre des couches de poudingues et de tufs microgranulitiques.

La coupe en travers, offerte par la route de Régny à Saint-Symphorien-de- Lay, montre l’épaisseur approximative des différents niveaux; les alternances de bancs calcaires et de lits schisteux noirs, atteignent 50 m. environ (carrière au-dessus de la station de Régny) ; les arkoses et poudingues supérieurs, 10 à 20 m. ; les tufs microgranulitiques viennent ensuite. La direction des couches est en moyenne N. 800 E. ; le pendage faible vers le S. E.

Les nombreux fossiles, recueillis dans le niveau calcaire de Régny, ont permis à Julien [79, p. 193] de les placer à la base du Viséen (assise de Dinant, V, de la carte de Belgique); la faune, très riche en Lamellibranches et en Gastéropodes, y est, d'après cet auteur, sublittorale et à faciès vaseux ; elle peut être caractérisée par la présence des grands Productus et des grands Chonetes. Par contre, les schistes psammitiques qui affleurent à «La Colle » m'ont fourni une faune riche en Spiriférines, pauvre en Productus, contenant des pygidium mal déterminables, mais n'appartenant pas au Phillipsia Eichwaldi, Fisch. (du Viséen de l’Ardoisière) ; c’est une faune de passage entre le Tournaisien et le Viséen.

Un échantillon des calcaires noirs de Naconne m'a montré, en plaque mince, des sections de Foraminifères (Ændothyra sp.) à côté de sections de tiges d’encrines et de files de cellules, bout à bout, appartenant peut-être à des algues.

Les couches de calcaire et de schistes dinantiens viennent butter brusquement à l'Est contre les tufs microgranulitiques ; par suite d’un décrochement transversal N. O., elles sont rejetées à 4 km. plus au Nord ; les couches de Montagny, Thisy sont en effet leur continuation vers l'E. N. E. Ce décrochement apparaît nettement sur la feuille au 80.000° de Roanne si l’on suit les directions et les pendages des couches d’anthracite, affleurant au milieu des tufs. Deux séries de couches anthraciteuses affleurent à 2 km. au S. E. des cordons de poudingues de Régny et de Montagny ; toutes deux ont la même direction E. N.E.; mais la deuxième série a subi un rejet d'environ 4 km. vers le N. N. O., le même qu'ont subi les couches de poudingues et de calcaires. À l'E. N. E. de la concession de Saint-Symphorien-de-Lay et comme trait d'union entre ces deux séries, les couches d’anthracite sont déviées vers le Nord, puis s’étranglent et deviennent brusquement N. O. dans la région étirée. Les filons de quartz de la Verpière, au Nord de Régny (N. 130° E.), accompagnent l’étirement et confirment le décrochement. Cette torsion des couches d’anthracite, si nette, grâce aux travaux de mines, est un fait général : la plupart des décrochements hercyniens sont accompagnés d’étirements et de torsions des couches qu'elles intéressent.

En résumé, la succession qui résulte des observations faites aux environs de Régny est la suivante : |

A la base, des schistes noirs psammitiques, intermédiaires entre le Tournaisien et le Viséen (La Colle) ;

Une alternance de calcaires noirs fétides et de schistes calcarifères du Viséen inférieur (avec Foraminifères) sur 50 à 60 m. d'épaisseur ;

Puis des grès arkosiens calcarifères, gris ou rouges, avec, à leur partie supérieure, des poudingues à galets de calcaires et de roches granitoïdes (20 à 30 m..) ;

Au sommet, les tufs microgranulitiques à flore du Culm, entremêlés de couches d'anthracite et de masses puissantes de microgranulite.

Ces grès et tufs, qui représentent le Viséen supérieur, indiquent une période de retrait de la mer, qui s'annonce déjà au Viséen inférieur, dont les calcaires nous ont montré une faune sublittorale.

Au point de vue tectonique, le lambeau de Régny appartient au versant méridional d’un anticlinal qui passe plus au Nord, caché sous les cailloutis de Pradines, avec une direction £. N.E. (N. 70° E.). Cet anticlinal constitue le premier plissement qui ait ramené au jour les formations inférieures aux tufs, au Nord de la vaste région synclinale qui sépare Régny de Néronde. à

Brusquement décroché à l'Est de Régny, il s’étire vers le N. N.0. pour reprendre sa direction normale au Nord de Montagny.

Environs de Montagny, Thizy. — Sur 14 km. de long, de l’Ouest à Est, et sur 4 à 6 km. de large, entre deux lignes passant à Montagny, Combre, Thizy, au Sud, Coutouvre, La Gresle, Sévelinges, Mardore, au Nord, se rencontrent des formations antérieures aux tufs microgranulitiques qui font la suite de celles de Régny vers le N. E. Les couches du Viséen inférieur apparaissent sur une plus grande étendue qu’à Régny. Sur la bordure Sud du lambeau, elles forment une série complète qui se suit sur environ 11 km. depuis les Verrières, à l'Est du Perreux, jusqu’à Thizy, en passant par Montagny, Combre et le Bourg-de-Thizy.

Cette série comporte de haut en bas, sous les tufs microgranulitiques :

Des poudingues à éléments granitiques et galets de calcaire viséen, déjà entremèêlés de tufs ;

Des arkoses calcarifères, entremêlées de schistes.

Des calcaires noirs fossilifères en bancs épais, avec lits de schistes calcarifères en plaquettes minces, fossilifères. Ces calcaires paraissent former des lentilles discontinues au milieu de schistes et d’arkoses noires. Ils sont l’objet d’une fort active et fort ancienne exploitation ; des carrières y ont été ouvertes au pont d’Aveize, à Montagny, au Fromental, à la Forêt, à Thizy.

Les poudingues et arkoses du sommet peuvent atteindre 200 m. d'épaisseur ; les calcaires de la base 100 m.

La nouvelle route de Roanne à Montagny, par le Perreux et le vallon des Verrières, présente une excellente coupe du Viséen inférieur dans les 500 m. qui précèdent, à l'Ouest, la bifurcation du chemin d’Aveize (fig. 29).

On voit apparaître sous les tufs, et d’abord mélangés avec eux, des poudingues qui affleurent en tranchées et sont particulièrement typiques: ils contiennent des galets bien conservés, faciles à sortir de leur gangue, rarement impressionnés, atteignant couramment 20 et 30 cm. de diamètre, des roches suivantes : quartz, quartzites lustrés à cassure brillante, pareils à ceux que j'ai maintes

DS

fois signalés dans le Tournaisien du Morvan, arkoses et calcaires fossilifères viséens, porphyrites, granite blaviéritisé mais parfaitement reconnaissable.

0 Font du ch?d'Aveixe

Fig. 29. — Coupe schématique sur la route de Régny à Montagny par la vallée du Redon.

m. tufs microgranulitiques, v. poudingues à galets de calcaire et arkoses calcarifères, calcaires noirs, fétides et schistes (1 double pli couché}, 7. microgranulite. Echelle 16.000e (hauteurs amplifiées 5 fois).

La pâte de ce poudingue est formée par une arkose tuffacée, verdâtre foncé, à ciment siliceux, généralement beaucoup moins compacte que celle des poudingues tournaisiens du Morvan.

La tranchée qui suit à 100 m. vers l'Est est ouverte dans les formations suivantes, inférieures aux poudingues précédents ; de haut en bas:

Schistes noirs arkosiens. UE a 7 . sur 3 m.

Arkoses rubéfiées (à ciment calcaire).

Calcaire noir arkosien, k ; ; ES rs SUP ET.

Calcaire froissé noir fossilifère.

Enfin, 100 m. plus loin vers l'Est, les couches continuant à s’élever lentement, on rencontre, dans deux carrières voisines (en face du pont du chemin d’Aveize), des bancs de calcaire noirâtre de 50 em. à 1 m., entremêlés de bancs calcaires arkosiens et séparés par des lits schisteux très pincés et très noirs (tachant les mains en noir). Ces lits paraissent coïncider avec des plans de glissement des couches ; la deuxième carrière offre, en effet, un curieux exemple d’un pliens, étranglé à sa partie supérieure, provenant de poussées horizontales. L'ensemble des bancs calcaires atteint ici 6 à 8 m. d'épaisseur.

Le terme le plus constant de la série ainsi établie est celui des poudingues à galets de calcaire qui forment une bordure presque régulière à la base des tufs microgranulitiques. Il manque cependant en quelques points, par suite de failles ou d’étirements. Les arkoses, inférieures aux poudingues, se retrouvent fréquemment aussi; par contre, la continuité des calcaires est loin d’être entière; ils passent latéralement à des schistes noirs, entremêlés de bancs arkosiens ; c’est le cas à l’Est de Montagny.

L'épaisseur des lentilles calcaires est assez variable; nous avons vu que celle du pont d’Aveize atteignait 10 m.; au Fromental et à la Forêt, cette épaisseur est d'environ 15 m. ; à Thizy elle est de 20 à 30 m. Elle se réduit plus ou moins progressivement dans les intervalles (bancs de { m. à l'Ouest de la Roche entre les lentilles du Fromental et de la Forêt).

La constitution des bancs calcaires n’est pas partout la même; j'ai déjà

signalé que quelques-uns étaient gréseux ou arkosiens ; d’autres sont schisteux et se débitent en plaquettes, plus ou moins riches en débris de fossiles dont le têt blanc, conservé, tranche sur le fond noir (calcaire bitumineux de Grüner). Le calcaire, le plus abondant et le plus généralement exploité, est assez compact, gris bleuté, présentant des clivages larges de calcite recristallisée. Un type de calcaire plus rare se rencontre au Fromental et surtout à la Forêt : c'est un calcaire très compact, à éléments très fins, dont la cassure est esquilleuse et la couleur plus claire que celle des précédents. A la loupe, il se montre surchargé de fins pisolithes blanchâtres au milieu d’un ciment gris.

La faune, étudiée par Julien, riche en Orthis, en Choneles, avec quelques grands Productus, a été entièrement assimilée par lui à celle de Régny.

L'étude en plaques minces m’a montré l’existence dans tous ces calcaires des Foraminifères déjà rencontrés à Régny:au pont d'Aveize, les sections sont d’une netteté remarquable ; elles sont restées chargées de matières charbonneuses et apparaissent en noir au milieu d’un ciment calcaire blanc, d’une grande transparence ; elles appartiennent aux genres : Saccamina, Trochammina, Endothyra, etc. Dans les calcaires fins, pisolithiques, du Fromental et de la Forêt, j'ai trouvé au cœur de pisolithes ronds ou ovoïdes, à zones d'accroissement concentriques, alternativement opaques et transparentes, des débris de tiges d’encrines et d’Ændothyra. Je rappellerai qu'il existe à Gussy-en-Morvan un type pisolithique absolument identique à celui-ci.

La lisière Nord du lambeau, sous les tufs de la Gresle et de Cours, ne présente plus les niveaux schisteux avec lentilles calcaires, régulièrement développés sur la lisière Sud; le Viséen inférieur se réduit ici à la formation des poudingues à galets de calcaire viséen immédiatement inférieurs aux tufs microgranulitiques ; la route de Coutouvre à la Gresle en présente de beaux affleurements sous le château de Morland.

L'étude du pointement de gneiss et de schistes amphiboliques, marqué par Le Verrier dans le vallon du Trambouzan, sous Fenouillet, et celle de la bande de grès et de poudingues, indiqués par lui comme viséens au centre du lambeau, m'ont fourni la preuve que tout le cœur de ce lambeau comporte des terrains immédiatement antérieurs au Viséen, plus où moins métamorphisés, constituant un axe anticlinal suivant une ellipse de 8 km. de long sur 1 à 2 de large.

La descente du château de Morland au moulin du Buis, en passant par Fenouillet, montre brusquement, sous les poudingues à galets de calcaire viséen, des schistes feldspathisés, injectés de granite, puis de véritables gneiss, auxquels font suite, à partir de Fenouillet et jusqu'au moulin du Buis, des quartzites métamorphisés et enfin des cornes épidotifères et pyroxéniques.

Cette succession était peu instructive par elle-même, mais la coupe transversale que permet, plus à l'Est, la route de la Gresle à Montagny, devait heureusement la compléter et l'expliquer.

Entre « la Fabrique » et la bifurcation de la route de Bourg-de-Thizy, on traverse des grès et des schistes psammitiques qui affleurent sous les poudingues viséens et ont un faciès franchement plus ancien, rappelant les formations tour-

naisiennes que j'ai reconnues dans le Morvan sous le nom d’arkoses violettes (environs d’Avrée) ; en avançant vers le Sud, ces formations deviennent maclifères puis feldspathisées ; la carrière ouverte sous « les Alaires » montre les mêmes cornes épidotifères et pyroxéniques, déjà rencontrées au moulin du Buis : ces cornes se continuent jusqu'au passage du Trambouzan ; dans la remontée sur la rive gauche de cette rivière, affleurent des poudingues à pâte quartziteuse et à galets de quartzites lustrés, métamorphisés par endroits, et qui me paraissent analogues aux poudingues tournaisiens métamorphiques du Morvan ; à ces poudingues succèdent vers le Sud des schistes noirs non métamorphisés, bientôt entremêlés de bancs calcaires viséens (Montagny).

S.S.0 N.NE Le Trambouxan À.

Fig. 30. — Coupe schématique transversale du lambeau de Montagny.

m. tufs microgranulitiques, v. Viséen, poudingues à galets de calcaire et de roches granitoïdes, arkoses calcarifères, calcaires noirs fétides et schistes, c. Tournaisien, poudingues métamorphisés et quartzites, d. f. Dévonien supérieur, cornes féldspathisées, épidotiféres et pyroxéniques, Echelle : 50,000e (hauteurs amplifiées 3 fois).

La coupe (fig. 30) rend compte de cette succession : au centre apparaissent les formations les plus anciennes, les cornes pyroxéniques ; ces cornes, inférieures aux poudingues, grès et schistes tournaisiens, sans discordance de stratification, sont à paralléliser avec les roches similaires, nées dans le Morvan du métamorphisme des calcaires dévoniens. Je les considère donc comme représentant des strates dévoniennes supérieures. Elles sont profondément entaillées par le vailon du Trambouzan ; le métamorphisme y est parfois très intense et y a produit de véritables gneiss. Au Sud, elles sont surmontées par des poudingues et des quartzites tournaisiens métamorphisés, confondus jusqu'alors avec les poudingues supérieurs du Viséen ; ces poudingues sont recoupés, à l'Ouest, par la route de Montagny à Coutouvre; ils se poursuivent à l'E. N. E. jusque vers Mardore. Au Nord, des grès et schistes, qu'intéresse le métamorphisme, indiquent une retombée du Tournaisien. La succession stratigraphique se montre donc ici continue et régulière, comme dans le Morvan, au sommet du Dévonien et au Dinantien ; les premiers mouvements de retrait de la mer se sont manifestés au Tournaisien, comme le montrent ses grès et ses poudingues. La mer est revenue au Viséen inférieur pour se retirer définitivement au Viséen supérieur, époque de grandes éruptions et de dépôts volcaniques. Le métamorphisme très intense a profondément altéré le Dévonien et le Tournaisien.

Tectoniquement, l’ensemble du lambeau apparaît comme constitué par un anticlinal unique, dont l’axe E. N.E. (passant vers Fenouillet et Paton) a ramené

au jour le Dévonien supérieur, très métarmophisé; il est bordé par deux bandes tournaisiennes, également métamorphisées ; il constitue la suite de l'anticlinal dont le flanc Sud existe seul à Régny, après un décrochement de quelques kilomètres vers le N. N.0.

Son flanc Sud possède seul des lentilles calcaires viséennes, ici comme à Régny ; son flanc Nord ne présente plus le Viséen inférieur qu'à l'état de for mation de rivage.

Les bouleversements des couches par les mouvements hercyniens, leurs dislocations par les éruptions de microgranulites sont particulièrement frappants sur la lisière Sud de l’anticlinal; dans l’ensemble, la bande calcaire est dirigée vers l'Est avec pendage vers le Sud ; en fait, les directions et pendages, relevés dans les différentes lentilles, sont des plus capricieux (N. 0. pendage $. O. au pont d’Aveize, E. N.E. pendage N. O. à Montagny, N. O. pendage N.E. à Fromental). Les abaissements d’axes ou les failles sont des accidents fréquents le long des plis ; les poudingues viséens affleurent, par exemple à l'Ouest de Montagny, sur l'allongement même des bancs calcaires.

Les microgranulites forment de fréquents filons et des masses intrusives (à l'Est du pont d’Aveize, à Montagny, etc.). Je signalerai à 1 km. au Sud de Coutouvre, sur la rive droite du Trambouzan, l'existence dans une masse de microgranulite, d'une brèche tuffacée contenant des débris anguleux de microgranulite, de schistes, de granite, appartenant peut-être à quelqu’ancien appareil volcanique externe.

L’anticlinal que nous venons d'étudier est encore séparé de l'aire anticlinale granitique du Charollais, qui commence vers Cuinzier (à environ 6 km. pius au Nord), par deux autres anticlinaux, ceux-là très disloqués par les éruptions de microgranulite. Le premier longe le synclinal de tufs de La Gresle et de Cours et fait apparaître deux pointements de schistes micacés, de gneiss et de granite (Les Pendans, Grenier) et deux lambeaux très déchiquetés de schistes dinantiens (Montachelet, le Fougeras). Le second correspond aux schistes dinantiens de Jarnosse et aux schistes amphiboliques dévoniens du Mont Rolland. C'est le flanc Nord de ce dernier qui vient s’enfoncer dans le granite à Cuinzier.

Lambeau de Saint-Bonnet-le-Troncy. — L'anticlinal dévonien et dinantien de Montagny et ses auxiliaires Nord se cachent assez brusquement à l'E. N.E., vers Mardore et Cours où la microgranulite envahit tout le pays; cette roche éruptive disloque par ses masses intrusives les terrains antérieurs à son éruption, ou les recouvre de coulées épaisses.

Toutefois, les petits lambeaux de Jovain, de Saint-Bonnet-le-Troncy, du Col de Polossy et celui de Thel et de Ranchal qui affleure à l'E. N.E., sont des réapparitions de l’anticlinal de Montagny.

Au $. E. de Jovain, le niveau des poudingues à galets de calcaire viséen se montre immédiatement sous les tufs : à Saint-Bonnet-le-Troncy et au col de la Croix-Nicelle,entre Saint-Bonnet et Saint-Nizier-d’Azergues,le calcaire noir viséen affleure, formant deux lentilles exploitées en carrières ; celle du col de la Croix- Nicelle est immédiatement surmontée par des poudingues à galets de calcaire et à

galets de granite abondants, que M. Michel-Lévy signalait dès 1889 [61]. Des plaques minces de ce dernier gisement m'ont donné des sections de Foraminifères (Endothyra, Valvulina, etc.).

On peut affirmer que les calcaires du lambeau de Saint-Bonnet sont rigoureusement la prolongation vers l'E. N.E, des couches de Régny et de Montagny, Thisy. Toute la partie N. E. du lambeau de Saint-Bonnet est étirée vers le Nord ; elle confine en effet à une nouvelle zone de décrochements-N. N.0 que met en évidence le faisceau de filons de quartz N. N.0. dé la vallée de l’Azergues et les lambeaux, ayant même direction, de Stéphanien, pincés dans la microgranulite, sur Ja rive droite de cette vallée (Saint-Just-d'Avray, Saint-Nizier, Corcelette, Dhun) ; ces pincements de poudingues et de couches houillères jalonnent des cluses, ouvertes à la fin des soulèvements hercyniens, transversalement aux rides montagneuses, antérieurement formées.

La zone de filons triasiques et de cluses stéphaniennes ainsi définie, rejette à 10 km. vers le N. N.0. la suite de l’anticlinal dinantien et dévonien de Montagny.

Environs de Propières et Azolette. — Nous le retrouvons, en effet, qui forme au. Nord d’Azolette et de Propières une ligne d’affleurements, inférieurs aux tufs microgranulitiques, dirigés N. E., puis E.-0,, et même $S. E, subissant ainsi une torsion apparente vers le Sud.

Trois recoupements sont utiles pour l'étude de ce lambeau : celui du chemin d’Azolette au Moulin (505 m.) vers l'Ouest, celui de Thiolon à Bridet et les Rigauds vers le N. O., celui des Condamines à la Colombe et au col de Champ Juin (route des Echarmeaux à Saint-Bonnet-des-Bruyères) vers le Nord.

Le premier montre les tufs microgranulitiques passant, à leur base, à des arkoses quartziteuses à petits galets de quartz et de roches granitoïdes ; ils reposent sur des schistes qui contiennent une lentille de calcaire noir à tiges de Crinoïdes et Foraminifères (cour du Moulin et rive gauche du ruisseau sur environ 40 m.). Des schistes, avec alternances gréseuses, séparent ces niveaux calcaires des masses de microgranulite, toutes proches vers l'Ouest.

Le deuxième recoupement traverse, comme le premier, des tufs passant à des arkoses blanchâtres à petits galets de roches granitoïdes, au-dessous desquels s’étagent, sur environ 200 m., des schistes entremêlés de niveaux arkosiens blancs quartziteux (E.-0., pendage S.); ces couches contiennent à Bridet une puissante lentille calcaire exploitée; Julien y a trouvé quelques fossiles d’un niveau inférieur à celui de Régny, de l'extrême base du Viséen, à affinités tournaisiennes (79, p. 2031. La route des Rigauds vers le N. 0. traverse des schistes assez horizontaux, bientôt interrompus par la microgranulite.

Le troisième recoupement est le plus complet (fig. 31). Il quitte les tufs microgranulitiques à « la Colombe »; leur base est arkosienne et schisteuse, mais sans galets; ils reposent sur un premier niveau à lentilles calcaires; le fond du vallon de la Colombe offre, en effet, les vestiges d'anciennes exploitations : le calcaire noir y est fossilifère comme à Azolette et à Bridet ; au-dessous, vers le Nord, on traverse une longue série de schistes noir verdâtre, psammitiques, avec alter-

nances de grès arkosiens à débris de plantes qui rappellent beaucoup les niveaux à plantes, supérieurs au Famennien, du Morvan (Saint-Aubin près Bourbon- Lancy). Je signalerai trois principaux affleurements de ces grès : sous le château de la Farge, au-dessus « des Cannots » et au tournant de la route au Sud d’Ajoux.

Cette série de schistes et de grès, vraisemblablement tournaisiens, repose à Ajoux, sans discordance de stratification, sur des cornes feldspathisées, auxquelles succèdent bientôt des cornes amphiboliques passant à des diorites et à des porphyrites amphiboliques. Ces dernières roches forment des affleurements remarquables au col de Champ-Juin et sur 1 km., en descente vers Saint-Bonnet-des- Bruyères ; le granite leur succède vers le Nord. Elles donnent à la région un aspect très particulier, laissant, à la surface du sol, de gros blocs de plusieurs mètres cubes, souvent nombreux et rapprochés les uns des autres, appelés localement roches des fées. Ces blocs ne sont que leurs parties plus résistantes à la décomposition. Elles comportent, comme au Mont Pellerat, des parties franchement dioritiques et diabasiques, entremêlées de cornes vertes amphiboliques, et même de granite à amphibole. Par leur situation stratigraphique et par leur analogie avec les roches similaires du Morvan, on a toute raison de les croire formées par la digestion de strates calcaires dévoniennes.

La succession stratigraphique, observée dans les environs d'Azolette et de Propières, peut se résumer ainsi, de haut en bas:

Viséen supérieur. — Tufs microgranulitiques ; tufs quartziteux et arkoses à petits galets, équivalents des poudingues à grands éléments reconnus plus au S. O. L’érosion a été bien moins intense ici.

Viséen inférieur. — Schistes avec, à leur partie supérieure, des lentilles calcaires à faune de la base du Viséen et à Foraminifères très abondants (dans les trois gisements d’Azolette, de Bridet et de la Colombe), appartenant aux genres Endothyra, Valvulina, Nodosinella.

Tournaisien. — Arkoses à plantes et schistes, immédiatement inférieurs au niveau à lentilles calcaires, rappelant le Tournaisien du Morvan.

Dévonien.— Cornes feldspathisées, en concordance destratification, au-dessus des niveaux amphiboliques, pouvant représenter un Famennien schisteux, sans que sa délimitation précise avec le Tournaisien soit possible.

Cornes amphiboliques et diorites inférieures ; leur épaisseur indique l'importance considérable que devaient avoir les niveaux calcaires dévoniens dans cette région.

L'existence du flanc S. E. de l’anticlinal de Montagny, St-Bonnet-le-Troncy, une deuxième fois rejeté plus au N. O. par un décrochement nouveau, est bien prouvée ici par l'étude stratigraphique; le fait signalé par Julien de la présence, dans la faune des calcaires noirs, d'espèces plus particulièrement tournaisiennes ne doit pas faire considérer ces calcaires comme d’un niveau sensiblement inférieur à ceux de Montagny ; j'ai trouvé des Foraminifères identiques ici et à Montagny ; en outre, le métamorphisme du granite ne s’est pas plus exercé sur

ces calcaires que sur les autres calcaires de la région et jes poudingues à petits galets, au-dessus d’Azolette, contiennent des galets granitiques.

SATA Colombe N de la Farge Les Cannots = Col de Les Condamines Fos re LD $gm > À Champ Juin

Fig. 31. — Coupe schématique des Condamines au col de Champ-Juin (montagne de Charuge), au N. de Proprières.

m. tufs microgranulitiques, v. schistes et calcaires viséens, c. grés à plantes et schistes tournaisiens, cornes feldspathisées au N., f. cornes feldspathisées et amphiboliques famenniennes ? d. diorites dévoniennes. Echelle : 35.000° (hauteurs amplifiées 3 fois).

La coupe (fig. 31) de la Colombe à Ajoux montre qu’il y a au moins trois anticlinaux, très fortement plissés et couchés vers le N.0.; celui de Montagny prolongé et deux auxiliaires ; le dernier vers le N. 0. est le plus relevé et ramène au jour les formations dévoniennes métamorphisées.

Lambeau de Matour et de Trambly. — Au $S. E. de Matour, la feuille de Mâcon porte un lambeau de terrains paléozoïques ; ce lambeau, dirigé N. E., correspond à un nouveau décrochement des anticlinaux de Montagny vers le N. O.Il se prolonge au N.E. par un deuxième lambeau, également décroché vers le N. O., celui de Trambly, que nous étudierons en même temps. On remarquera que l’importance des décrochements est ici très réduite ; elle atteint environ 2 km. alors que 10 km. séparent le lambeau de St-Bonnet-le-Troncy de celui d’Azolette. Ces décrochements sont encore accompagnés de véritables étirements transversaux ; les couches peuvent se suivre, en effet, au droit de ces accidents.

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