‹ Les terrains primaires du Morvan et de la LoireChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE IV PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV PALÉONTOLOGIE

Travaux antérieurs. — Les faunes et les flores des terrains houiller et permien du Morvan ont fait l’objet de nombreux travaux (de MM. Gaudry, J. B. Renault, Zeiller, etc...) et sont actuellement bien connues. 11 n’en est pas de même de celles des terrains antérieurs à ces formations ; dans ces derniers, les gisements fossilifères se sont montrés très rares ; la recherche des fossiles y est très ingrate. On en trouvera la raison dans le métamorphisme et le dynamométamorphisme de ces terrains, bouleversés par les premiers grands plissements hercyniens, et aussi dans l'ampleur des formations éruptives contemporaines ou postérieures. Les faunes anciennes du Morvan ont néanmoins donné lieu à quelques études intéressantes.

En 1844, l'ingénieur Boulanger |4, p. 106] signale l’existence, à Diou, de marbres crinoïdiques, première découverte paléontologique importante, mais avec attribution d’âge erronée ; Boulanger les classe en effet dans le Silurien.

En 1848, Jourdan découvre l’existence dans ce gisement d’Afrypa reticularis Linn. Il conclut que les marbres de Diou sont carbonifères [ir Fournet, 9, p. 122]; c'était là encore une erreur.

En 1873, Collenot [12, p. 154] trouve dans le marbre noir de Cussy-en-Morvan un Lophophyllum (qui fut étudié par M. de Fromentel) et un débris de Spirifer indéterminable.

En 1879, M. Michel-Lévy signale dans la légende de la feuille d’Autun la découverte de schistes gréseux fossilifères à Siguret, à Savigny-Poil-Fol (Champ de la Barrette) et dans la tranchée du chemin de fer de Nevers à Chagny, sous la ferme de Recoulon. M. Bonneau du Martray lui envoie des échantillons de ce dernier gisement, dans lesquels M. Douvillé reconnaît le Bellerophon bicarenus Lév. de Tournai {in Michel-Lévy, 34, p. 938].

En 1881, Julien [36, p. 891] publie une première liste de fossiles, recueillis dans les calcaires de Diou. Sa conclusion est qu'ils appartiennent au Dévonien moyen. La découverte qu’il y fit plus tard de Spirifer Verneuili Murch. et de Rynchonella cuboïdes Sow., lui permit de rectifier sa première conclusion et de fixer définitivement, en 1896, l’âge frasnien des calcaires de Diou [79, p. 262]. M. Michel-Lévy avait, dès 1892 (légende feuille de Charolles) adopté cette attribution d’âge.

En 1885, M. Stanislas Meunier indique la présence de Foraminifères à Cussyen-Morvan [47, p. 921}; à côté d'espèces varices (en particulier du genre ÆEndothyra), i croit reconnaître des Fusulines. Il revient en 1888 sur la question [60] mais il ne reparle plus des Fusulines ; une nouvelle note, publiée en 1892 |72] n’ajoute rien à la précédente. Le calcaire de Cussy est pour lui du Viséen.

C'est en 1896 que paraît l'important ouvrage de Julien sur le terrain carbonifère marin de la France centrale [79], ouvrage surtout de paléontologie, passant en revue les faunes carbonifères du Morvan et de la France centrale, mais dans lequel la stratigraphie est reléguée au second plan. Se contentant de récolter des empreintes de fossiles dans les deux gisements découverts par M. Michel-Lévy (Siguret et Champ de la Barrette) et dans un nouveau gisement, tout voisin (maison de la Varville, près Avrée), Julien les détermine hardiment, malgré leur mauvais élat de conservation habituel ; il reconnaît 62 espèces différentes et en crée 8 nouvelles. Ses descriptions sont généralement fort incomplètes, du fait de l’imperfection des échantillons ; elles apportent néanmoins une contribution importante à la connaissance de la faune dinantienne du Morvan. Ses conclusions sont que le Tournaisien existe seul dans le Morvan. On a vu plus haut quil n’y à pas lieu d’être aussi absolu et qu’il faut admettre la coexistence des deux sous-étages du Dinantien, comme cela a lieu dans la Loire.

M. Giraud a recueilli, il y a quelque dix ans, une collection de fossiles dans le calcaire de Diou. Il a bien voulu me les communiquer. C’est parmi eux que j'ai trouvé Phacops cf. fecundus Barr., mut. supradevonica Frech., dont on lira plus loin la description.

Si les faunes dinantiennes du Morvan ont été peu étudiées, par contre, celles de l’Allier, de la Loire, du Rhône et du Mäconnais ont servi de sujet à de nombreux auteurs : Fournet en poursuit la recherche de 1840 à 1859 ; Jourdan et de Verneuil en déterminent les fossiles avec précision (1840-1848); Murchison (1851) en découvre le plus riche gisement, celui de l'Ardoisière, dans lequel Julien en 1874 reconnaît le Viséen [15].

En 1896, dans le volume déjà cité [79], Julien décrit en détail les fossiles de la Loire et de l'Allier, groupant ainsi les connaissances paléontologiques, antérieurement acquises sur le Dinantien de tout le Plateau central.

La flore du Culm a été peu étudiée dans le Morvan ; Renault, en 1889 [64, p. 501|, signale, près d’Anost, la présence dans le terrain anthracifère de Zepidodendron Veltheimianum Güpp., Cardiopteris polymorpha Schimp., Bornia ; en 1896 [83], il indique l'existence, à Polroy et à Enost, de débris végétaux appartenant aux mêmes espèces.

Dans le Plateau Central proprement dit, cette flore du Culm est mieux connue. Dès 1836, Fournet signale des végétaux à Valsonne; en 1841, Grüner en indique l'existence à Neulize et à Naconne; en 1868, Ebray en signale dans le Beaujolais, en 1877, Grand-Eury dans le Roannais, en 1887, Maussier et Renault à Combres, en 1890, MM. de Launay et de Grossouvre à Brégeroux ; enfin en 1901, M. Vaffier publie une étude détaillée sur la flore de Fuissé près Mâcon [94].

Données nouvelles. — On voit, par ce rapide exposé des travaux paléontolo-

Lu

giques de mes prédécesseurs, que les faunes frasnienne et dinantienne sont, en partie, connues ; je m'en occuperai seulement pour décrire quelques espèces que j'y ai nouvellement découvertes, dans des gisements anciens ou nouveaux, ou pour discuter les déterminations de certaines espèces, antérieurement décrites. J’ai pu visiter les collections personnelles de Julien à Clermont-Ferrand et compléter ainsi les données photographiques de son livre [79].

J’entrerai dans quelques détails à propos des espèces de la faune famennienne que j'ai récemment découverte 105, 119], en n'utilisant toutefois que les empreintes vraiment reconnaissables et délaissant les fossiles trop incomplètement conservés.

Je rappellerai ici que les empreintes, recueillies dans les niveaux étudiés, sont très souvent méconnaissables ; elles se présentent en débris froissés et déformés ; les ornementations de surface, plus ou moins finement moulées, sont les meilleurs éléments de détermination dont on dispose. La reconstitution des formes générales est souvent impossible ; seules, les coquilles de très petite dimension se retrouvent entières (Ostracodes). La trace des organes internes reste, la plupart du temps, inconnue.

Dans ces conditions, le nombre des espèces qui peuvent être déterminées, est très restreint. Je ne m’occuperai que de ces dernières. Mes efforts ont principalement porté sur les Foraminifères, les Trilobites, les Goniatites et Clyménies.

PROTOZOAIÏIRES

Foraminifères. — Parmi Îles Protozoaires, je ne m'arréterai qu'aux Foraminifères. 11 est possible que certains spicules, apparaissant en plaques minces, soient à rapporter à des adiolaires ; mais n’étant pas déterminables, ils restent sans grand intérêt (tufs calcarifères du Famennien-Gilly).

Les Foraminifères, que j'ai rencontrés dans les plaques minces des calcaires viséens, sont de très petite taille et n’ont jamais pu être isolés. Leurs formes et leurs surfaces extérieures restent donc inconnues ; leur détermination spécifique est impossible. Néanmoins, ils se sont montrés tellement abondants dans les calcaires viséens de la Loire et du Morvan qu'il m'a semblé intéressant de publier ici quelques photographies de leurs sections, d'autant plus qu’ils ne paraissent pas exister dans les strates tournaisiennes, famenniennes et frasniennes. Ils ont servi quelquefois de centre à des pisolithes calcaires, formés par concrétion autour d’eux (PI. I, fig. 1). Les rapprochements ont été faits par comparaison avec les figures de Brady, Müller, Frech.

1° Imperforés. — Saccamina Sars. (PI. I, fig. 2). — De petites coquilles pyriformes, d'environ 0 mm. 75 de longueur, se rencontrent dans les calcaires de Cussy-en-Morvan, où M. Stanislas Meunier les a signalées, et dans ceux des environs de Montagny.

La coquille est uniloculaire, régulièrement pyriforme, avec une seule ouverture étroite, creusée dans la partie pointue. Son épaisseur est faible, sauf au

voisinage de l’ouverture ; la surface intérieure de cette dernière est bordée par une collerette circulaire. Cette coquille paraît rentrer dans le genre Saccamina, Sars. ; elle est assez rare dans le Morvan et la Loire.

Trochammina Parker a. Jones (PI. I, fig. 3). — J'ai trouvé, dans un calcaire des environs de Montagny, une section bien centrée, d’un petit Foraminifère com posé d’un tube uniloculaire enroulé en spirale aplatie, avec un contour un peu polygonal. Elle rentre dans le genre rochammina Parker a. Jones. Son diamètre n’atteint pas un demi-millimètre (0 mm. 40). Elle paraît rare.

Valvulina d’Orbigny (PI. I, fig. 4).— Les plaques provenant des calcaires de l'Ardoisière, de St-Germain-Laval, de St-Bonnet-le-Troncy, contiennent une petite coquille spiralée, conique, multiloculaire ; les loges paraissent irrégulières. Son diamètre à la base atteint 0 mm. 75, sa hauteur 0 mm. 50, Elle rentre dans le genre Valvulina d’Orb.

Nodosinella Brady. — Les calcaires de Cussy montrent, en plaque mince, des coquilles multiloculaires, droites, atteignant 1 mm. 75 de longueur, qui rentrent dans ce genre.

Elles se rapprochent de Wodosinella lingulinoïdes Brady, du calcaire carbonifère (viséen) d'Angleterre et d'Irlande, et de Namur (Belgique).

2 Perforés. — Famille des Rotalinæ.

Cribrospira Müller (PI. 1, fig. 5). — Les calcaires de Cussy-en-Morvan et de Montagny montrent des sections de coquilles, atteignant 2 mm. de diamètre, présentant 6 à 8 loges enroulées, prenant très rapidement de grandes dimensions ; leur têt est perforé. Elles ressemblent aux sections de Cribrospira Panderi Müller. Elles sont rares.

Endothyra Phill. (PI. I, fig. 6). — La plupart des Foraminifères des différents gisements de calcaire viséen, étudiés, appartiennent à ce genre. M. Stanislas Meunier en a signalé l’existence à Cussy-en-Morvan dès 1885 [47, p. 921] ; il en donne des figures en 1888 dans le Bulletin de la Société d'Autun !69, p.232, pl. VII]. J'en ai retrouvé à l’Huis-Prunelle dans le Morvan et dans tous les gisements de la Loire et de l’Allier ; ils y sont en très grand nombre ; une section de 2cmq. dans un bloc calcaire, pris au hasard, en montre jusqu’à 30 individus. Leur coquille se compose d’une spire, formée de loges progressivement croissantes, enroulées sur un, deux ou trois tours, dans un plan ; le nombre de ces loges varie de 10 à 28 (PI. 1, fig. 6, «. c. d.) ; leur paroi est quelquefois mince (PI. I, fig. 6, g), d’autres fois épaisse (PI. I, fig. 6, e. f), suivant les espèces ; elles communiquent entre elles par des ouvertures intermédiaires qui sont situées, dans chaque tour, vers l'axe de la spire, dans le plan médian transversal ; les cellules initiales et celles du premier tour se confondent sur les sections non rigoureusement centrées en un ensemble qui figure une loge unique, contenant plusieures cavités irrégulièrement réparties (PI. F, fig. 6, a) ; mais dans quelques rares sections bien centrées, apparaissent deux loges initiales presque égales, en forme de demi-sphères accolées par leur base (PI. I, fig. 6, à).

Les dimensions vont de 0 mm. 60 à 1 mm. 40, dans le sens diamétral.

Les diverses sections observées paraissent se rapprocher principalement de

celles de deux espèces : Endothyra crassa Brady (PI. I, fig. 6, e), du Viséen de Belgique, de Russie et d'Angleterre, abondant surtout à Cussy-en-Morvan où M. Stanislas Meunier l’a signalé ; Endothyra Bowmani Phill. (PI. I, fig. 6, a), de beaucoup la plus répandue, avec environ trois tours de spire, composés chacun de 6 à 7 loges ; ses parois sont très minces. Elle existe dans tous les gisements viséens de la Loire et de l'Allier. C’est elle que j'ai trouvée à l'Huis-Prunelle,dans le Morvan.

A côté de ces sections s’en rencontrent de plus réduites encore, qui présen tent un plus grand nombre de loges, disposées sur 3 ou 4 tours et ayant un accroissement très lent (PI. L fig. 6, c. d.).

De cette courte étude sur les Foraminifères des calcaires viséens, nous retiendrons ce fait de la prédominance du genre Ændothyra. X est intéressant de rappeler ici que M. Barrois [95, p. 40] a rapporté, en 1902, au Viséen les galets de phtanites blonds à Foraminifères, riches en Ændothyra et en Textularia, contenant en moindre quantité des Lagena et Valvulina, recueillis dans le Boulonnais (dans le Portlandien de la Rochette près Wimereux).

On a pu voir dans un chapitre précédent que tous les gisements de calcaires viséens du faisceau synelinal dela Loire, de Propières et Azolette jusqu’à l’Ardoisière, se sont montrés plus ou moins riches en Foraminifères. Cette constatation, rapprochée de celle de l'existence des mêmes Foraminifères dans les calcaires de Cussv et de l’Huis-Prunelle, dans le Morvan, est pleine d'intérêt ; car ces derniers calcaires, sur l’âge desquels les auteurs ont jusqu'alors hésité, nous apparaissent comme viséens.

D'autre part, J'ai trouvé dans les calcaires que M. P. Lemoine a bien voulu me rapporter récemment des environs d’'Evaux, dans la Creuse (carrière du Chat- Cros), des sections de Cribrospira et d'Endothyra, pareilles à celles décrites précédemment. Le lambeau dinantien d’Evaux, dont la direction est O. N. O., par conséquent armoricaine, se compose de tufs microgranulitiques, de schistes et de calcaires, semblables à ceux des lambeaux de l’Ardoisière, Ferrières, etc. Il est probable que ce lambeau jalonne la continuation, vers l'Ouest, du faisceau synclinal de la Loire. La découverte des Foraminifères dans ces calcaires apporte une confirmation à cette hypothèse et permet, en tous cas, d’y affirmer la présence du Viséen.

Il sera intéressant de rechercher si le Viséen du faisceau synclinal d'Ancenis, en Bretagne, contient ces mêmes Foraminifères. C’est, en effet, à ce faisceau que le faisceau synclinal de la Loire paraît être relié par l'intermédiaire du lambeau d'Evaux.

Page 1