‹ Les terrains primaires du Morvan et de la LoireChapitre 22 sur 47 · BRACHIOPODES · texte numérisé non relu

BRACHIOPODES

L'étude des Brachiopodes du Morvan a été poussée très avant par Julien dans les gisements de la Varville, de Siguret, du domaine des Roches. Dans les nouveaux gisements de Boucharin, de Pomeray, d’Apussy, de St-Seine, j'ai retrouvé la plupart des espèces que cet auteur a décrites. Je n’en ai aucune nouvelle à présenter ici avec certitude ; je ne reviendrai sur les espèces, signalées par mon prédécesseur, que pour discuter l'exactitude des déterminations de certaines d’entre elles. On sait combien les empreintes sont, en général, écrasées et déformées dans le Morvan, et combien il est délicat d’y fixer les caractères d'espèces, déjà difficiles à déterminer lorsqu'elles sont à l’état de moules bien conservés.

Productus scabriculus Mart. — Les Productidés se montrent relativement rares dans nos gisements. Toutefois, l'on y rencontre assez fréquemment Productus semireticulatus Mart., qui y est bien net, et Productus scabriculus Mart. ; quelques empreintes à rapporter à ce dernier genre pourraient être prises pour des éléments de Prod. pustulosus Phill., espèce viséenne. Il est donc utile d'indiquer certains caractères très apparents sur quelques-unes de mes empreintes et qui sont bien particuliers au Prod. scabriculus Mart. Les stries d’accroissement sont peu prononcées et irrégulières ; les tubercules, d’où partent les épines, sont radialement oblongs, allongés et à cheval sur plus d’une strie d’accroissement, disposés en quinconce ; dans Prod. pustulosus Phill., ils sont plus fins et disposés en lignes entre les stries d’accroissement, sur lesquelles ils n’empiètent pas.

Une empreinte interne d’une valve dorsale m'a montré une apophyse centrale qui se rattache à l’apophyse cardinale par deux branches formant un angle très aigu et dessinant un triangle isocèle très étroit ; c’est là un caractère de Productus scabriculus que Davidson oppose à l’apophyse centrale à une seule branche de Productus pustulosus (fig. 46, a, b).

Spirifer cf. tornacensis Kon. — Julien attache une importance considérable à sa découverte de très nombreux spécimens d’un Spirifer qu'il n'hésite pas à identifier avec Spirifer tornacensis Kon. ; ne retrouvant pas tous les caractères

de cette espèce dans les échantillons que j'ai recueillis à Boucharin et à Apussy, j'ai cherché à les comparer aux échantillons types de Julien (collection personnelle de cet auteur).

Julien lui-même semble avoir longtemps hésité avant d'arriver à cette détermination ; de Koninck, consulté par lui en 1885, c'est-à-dire deux ans après qu’il eut créé Spirifer tornacensis, jusqu'alors confondu avec Spirifer cinctus Kayser, vit, dans les empreintes de la Varville, Spirifer calcaratus M'Coy. Cette espèce est considérée aujourd'hui comme le jeune de Spirifer Verneuili Murch. ; tous les auteurs sont d'accord sur ce point (Davidson n’en tenait plus compte dès 1856). Or l'espèce de la Varville ne doit certainement pas être rapportée au Spirifer Verneuili Murch. Il n’en reste pas moins que de Koninck, qui cependant connaissait bien Sp. fornacensis, puisqu'il en était l’auteur, ne le reconnut pas dans les échantillons du Morvan.

J'ai pu comparer les empreintes de Julien avec d'assez nombreux Spirifer tornacensis Kon., provenant de Belgique, que possède la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand.

Il convient d’abord de formuler quelques observations sur les variations dont paraît susceptible Spirifer lornacensis Kon. Dans la diagnose qu’en donne de Koninck, il indique que la coquille, quelle que soit sa taille, est toujours transverse et beaucoup plus large que longue ; il ajoute que, cependant, sa longueur s'accroît plus rapidement que sa largeur, ce qui rend un peu variable ses proportions relatives. Le bourrelet de la valve dorsale, le sinus de la valve ventrale ne sont ni très prononcés, ni nettement définis ; chacune des deux valves est ornée de nombreux plis rayonnants, d’une largeur presque égale et dont le diamètre s’accroît avec le développement de la coquille. Les plis sont au nombre de 10 à 12 sur le bourrelet et le sinus ; ils se bifurquent rarement. Ils sont arrondis et couverts de lamelles d’accroissement, imbriquées et très minces.

Les aréas des valves sont à bords parallèles ; celui de la valve ventrale est plus large que celui de la valve dorsale et à angle droit sur ce dernier. Leur surface est striée en travers. L'ouverture deltoïde est triangulaire.

Les échantillons de Sp. fornacensis Kon., provenant de Belgique, que j'ai étudiés, ne rentrent pas tous exactement dans l'espèce ainsi décrite. Ils se groupent en deux types : l’un franc, présentant des lignes d’accroissement formant un angle obtus vers l'extérieur avec la ligne cardinale, bien plus large que long ; l’autre à peu près aussi large que long, ses lignes d’accroissement formant un angle presque droit avec la ligne cardinale ; les aréas sont dans ce deuxième type, légèrement triangulaires ; il se rapproche de Sp. trigonalis Dav. Sp. tornacensis apparaît comme un type non entièrement fixé, transitoire entre Sp Verneuilh Murch.et Sp. mosquensis Fischer.

Un caractère commun aux deux types de Sp. fornacensis réside dans ce fait que le bourrelet se relie insensiblement aux ailes avec une pente ménagée ; il n'est indiqué que par les deux sillons qui le bordent et qui sont seulement légèrement plus profonds que les autres sillons.

Il est certain que les empreintes que Julien a recueillies à la Varville et a assi-

milées au Sp. {ornacensis Kon., rappellentle type franc de cette espèce. La forme nettement transverse, les aréas rectilignes, le grand nombre de côtes rayonnantes (34 environ sur chaque aile, très légèrement plus larges sur le bourrelet et le sinus) sont des caractères de Sparifer tornacensis Kon. Le bourrelet et le sinus paraissent un peu plus nettement délimités.

Fig. 46. — à. b. Apophyses centrales et cardinales

a. de Productus scabriculus Mart., b. de Productus pustulosns Phill., c. Spirifer cf. tornacensis Kon. (valve dorsale) des schistes tournaisiens d’Apussy, d. le même (valve ventrale), e. Spirifer tornacensis Kon. de la Varville (in Julien), contours de la valve dorsale, f. g. sections transversales des valves dorsales, f. de Sp. tornacensis Kon., g. de Sp. cf. tornacensis Kon. d’Apussy, h. i. Spirifer sp. de Boucharin, h. valve dorsale, i. valve ventrale.

Par contre, les empreintes que j'ai recueillies à Apussy (fig. 46 €, d, g et PI. IV, fig. 3 a, b) ont certains caractères différents, qui les rapprocheraient plutôt du type aberrant.

Voyons d’abord leurs caractères communs avec les empreintes de la Varville : ligne cardinale, prolongée très au delà de la plus grande largeur des ailes ; même aréa à bords subparallèles, étroit, strié transversalement ; plis sur les lobes latéraux, de valeur semblable et de nombre égal à une même distance du crochet ; stries d’accroissement également fines et se prolongeant le long de la ligne cardinale.

Ils diffèrent par les caractèressuivants : forme générale beaucoup moins transverse (abstraction faite des prolongements de la ligne cardinale non accompagnés par les lobes latéraux) ; les lignes d’accroissement arrivent fort près de la ligne cardinale avec une direction perpendiculaire, puis elles se réfléchissent brusquement vers l'extérieur pour lui devenir presque parallèlles et ne l'atteindre que sous un angle très aigu.

Le bourrelet de la valve dorsale est bien mieux délimité par deux sillons profonds et par une variation brusque dans la déclivité, plus grande sur les flancs du bourrelet que sur les lobes latéraux.

Le sinus de la valve ventrale est bien défini et assez profond. Il présente 4 côte médiane plus large et 3 côtes de chaque côté, à 20 mm. du crochet (7 côtes en tout).

Les échantillons d’Apussy se rapprochent donc du type aberrant de Sp. fornacensis Kon. qui paraît avoir des affinités avec Sp. trigonalis Dav.

On voit, en résumé,qu'il est prudent de ne rapporter qu'avec doutes les débris très incomplets des Spirifères de la Varville et d’Apussy au Spirifer tornacensis Kon.

Spirifer Rœmerianus Kon.— J’aitrouvéun assez grand nombre d’empreintes qui correspondent bien à la description de Spirifer Rœmerianus Kon. Julien signale cette espèce à la Varville et en donne les principaux caractères [79,p. 93, PLAT EMA

Spirifer sp. (fig. 46 k, à). — Des échantillons, provenant de Boucharin et qui présentent certains caractères de l’espèce précédente en diffèrent cependant par la forme et les proportions générales.

Ils ont, comme cette dernière, une valve ventrale plus profonde que la valve dorsale, un crochet assez aigu et recourbé sur la valve ventrale, le même nombre de côtes à 2 cm. du crochet (10 sur chaque lobe latéral, 3 à 5 sur le lobe médian); la partie médiane du sinus est large et un peu proéminente ; elle se traduit, sur le bourrelet, par une côte médiane plus large que ses voisines et méplate ; les sillons qui limitent le bourrelet et les côtes qui limitent ie sinus, sont bien marqués.

Mais tandis que la coquille de Sp. Rœæmerianus Kon. est nettement transverse, plus large que longue, celle du Spirifer de Boucharin est franchement plus longue que large et cela, à un stade de développement comparable. Les côtés latéraux sont presque perpendiculaires à la ligne cardinale et forment avec elle un angle arrondi et non aigu. L'aréa n’occupe pas tout à fait la plus grande largeur de la coquille.

11 me paraît impossible de faire rentrer les empreintes de Boucharin dans le Sp. Rœæmerianus Kon. Elles rappellent Spirifer pentagonus Kon., mais ne peuvent lui être identifiées. Elles constituent vraisemblahlement une espèce nouvelle.

Spirifer Urii Flem. -— Julien a trouvé à la Varville quelques spécimens de Spririfer Uri Fleming, à coquille lisse et portant un sillon médian sur chaque valve, à ligne cardinale droite et bien plus courte que la plus grande largeur de la coquille. Cette espèce se montre en abondance à Boucharin et à Pomeray.

Martinia lineata Mart. (fig 47 et pl. IV, fig 4 à, b, c). — Je nereviendrai sur Mariinia lineata Mart., signalé à la Varville par Julien [79, p. 98, PI. IL et VII] et décrit par Davidson, que pour indiquer sa fréquence à Saint-Seine (laForge de la Loge) et pour insister sur l’ornementation offerte, sur les empreintes externes, par les points d'insertion des longues épines imbriquées qui forment une série de franges régulières, se débordant l’une l’autre, sur toute la coquille. Les empreintes des épines sont généralement absentes et les points d’insertions apparaissent seuls, alignés suivant des lignes concentriques et équidistantes,

correspondant à des bourrelets successifs d’accroissement. Sur chacune de ces lignes, les épines étaient insérées obliquement vers le bord palléal et en bouquets de deux ou trois sur de petites protubérances également équidistantes ; chacune de ces protubérances se trouve ainsi percée généralement de deux, plus rarement de trois cavités profondes où s’engageait la base des épines (fig. 47); ces cavités s’enfoncent lrès obliquement vers le crochet ; il est probable que les épines étaient sécrétées par des prolongements filiformes du bord du manteau, sortant de dessous la valve, et que les lignes concentriques d’épines sont nées successivement au fur et à mesure de la croissance.

Fig. 47. — Insertions des épines sur la surface externe de Martinia lineata. Mart.

(grossiss. 15 diam.)

Sur l'empreinte externe très grossie (15 diam.), telle que nous la montre la fig. 4c, PI IV, les protubérances apparaissent en creux dans ces cavités; les trous d'insertion se montrent sous forme de tubercules oblongs, au nombre de deux, plus rarement au nombre de trois par cavité. Ces tubercules sont insérés vers le bord palléal et couchés vers le crochet.

J'ai hésité quelque temps avant d’être fixé sur l’origine réelle de ces lignes régulières de tubercules oblongs, microscopiques. Ils m'ont apparu d’abord sur des débris de coquilles informes, simulant des surfaces foliaires, couvertes de stomates, ou des organes inconnus d'animaux problématiques ; c’est un examen microscopique attentif d'empreintes mieux conservées de Martinia lineata Mart, qui m'a éclairé sur leur véritable origine.

Je ne m'arrêterai pas à certaines espèces trouvées et bien décrites par Julien, bien que j'en aie recueilli moi-même de bons échantillons, telles que Chonetes variolata d'Orb., Orthothetes crenistria Phill., Rhipidomella Michelini Lév., Schizophoria resupinata Mart., Syringolhyris cf. distans Sow., Spiriferina partita Portl., Athyris Roissyi Lév., Rhynchonella acutirugata Kon.

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