‹ Les terrains primaires du Morvan et de la LoireChapitre 8 sur 47 · E PS · texte numérisé non relu

E PS

Fig. 24. — Carrière de calcaire viséen, au milieu des tufs microgranulitiques, dans le vallon de Fayé, près Cussy-en-Morvan (en plan).

m. tufs microgranulitiques viséens, v. calcaire viséen à Foraminifères, F. failles, Echelle 2.000°, équidistance des courbes de niveau 10 m.

Le calcaire est gris foncé et se trouve à l’état de brèche, mélangé à des cailloux roulés et à des fragments aigus de tufs ; il rappelle le niveau des calcaires viséens, entremêlés de poudingues, qui couronne le sommet des carrières de Néronde, dans la Loire. On peut y distinguer trois faciès différents :

40 Un calcaire gris bleuté fin, compact, à cassure fétide, où les restes organisés ont été presque entièrement effacés par une calcification secondaire. Des grains de quartz y apparaissent. C’est de beaucoup le plus abondant.

20 Un calcaire plus spathique, souvent rubéfié ou verdi, qui porte, sur les surfaces usées par les eaux, des traces de tiges d'encrines. Ses débris très décomposés montrent des restes de Cyathophyllum, sp., de Chonetes, sp., et de Spirifer, sp. Au microscope, il se montre pétri de restes organisés : Bryozoaires, tiges d’encrines, Foraminifères (Saccamina, sp., Cribrospira, sp. Endothyra, Sp.).

30 Un calcaire pisolithique (à pisolithes clairs sur fond gris), dans lequel le microscope décèle des pisolithes sphériques ou ellipsoïdaux, à accroissements

réguliers autour d’un ou de plusieurs centres, généralement formés par des débris organisés (Foraminifères) ou par des grains de quartz. Ce calcaire est identique au calcaire pisolithique de la Forêt-Thizy ou de Montagny, dans la Loire ; dans ces derniers gisements se trouvent de bien plus beaux exemples de pisolithes, formés autour de Foraminifères, principalement d'£ndothyra.

Collenot, dans sa description géologique de l’Auxois [12, p. #6}, a, le premier, signalé le gisement de Gussy. Il y indique d’abord l'existence d’un Cyathophyllum et en fait du calcaire dévonien analogue à celui de Diou, Gilly ; mais après consultation de M. de Fromentel qui vit dans son Cyathophyllum, un Lophophylum, il rectifie ses premières conclusions et en fait du Carbonifère [12, p. 154].

En 1879, M.Michel-Lévy, considérant le gisement de Cussy comme traversé et disloqué par sa granulite à mica noir (7?), lui attribue un âge dévonien.

En 1885, M. Stanislas Meunier [47, p. 921] y trouve quelques Foraminifères appartenant aux genres Saccamina Sars., Cameroconus St-Meun., Climaccamina Brady, Endothyra Phill., Septammina St-Meun., Archædiscus, Brady ; il annonce en outre, qu'il y a trouvé quelques échantillons de Fusulines ; il en conclut que le calcaire de Cussy est viséen. Revenant sur la question en 1888 !60, p. 2327, il donne quelques dessins et des descriptions de ses Don ns 2e en omettant toutefois les Fusulines qu’il passe sous silence.

En 1896, Julien [79] y détermine le Cyathophyllum multiplex Keyserl., et en conclut à l’âge tournaisien.

Mes propres recherches m'ont démontré l’entière analogie des calcaires de l’'Huis-Prunelle et de Cussy avec les calcaires viséens de la Loire. J’ai trouvé à Cussy un Cyathophyllum mais sans pouvoir en déterminer l'espèce, l’échantillon étant médiocre ; les plaques minces m'ont fourni des Foraminifères ; j'en ai déterminé seulement quelques genres (Saccamina, Nodosinella, Cribrospira, Endothyra) ; je pense que les Sepfammina, figurés par M. Stanislas Meunier sont le groupement d'Ændothyra accolés à des éléments de Bryozoaires ; je n'ai trouvé aucune Fusuline.

Les données paléontologiques sont donc assez restreintes. Cependant l’existence des mêmes sections de Foraminifères dans les plaques minces du calcaire de Cussy et dans celles des calcaires viséens de la Loire où je les ai partout retrouvées, suffit à établir la conviction que le gisement de Cussy est viséen. La similitude de faciès des calcaires fétides, souvent associés à des poudingues, de Cussy et de la Loire, l’identité des types pisolithiques de Cussy et de Montagny ne pouvaient qu’affermir cette conviction. J’ajouterai que le Tournaisien ne se présente nulle part, là où il est largement développé, dans le Morvan, sous forme de calcaires compacts mais seulement sous forme de schistes et de grès peu calcarifères ; or, aucune trace de ces formations n’existe ni à Cussy, ni à l’'Huis-Prunelle, et il n’eut pas été naturel de trouver brusquement À une assez faible distance du Tournaisien authentique, qui apparaît tout près dans les lambeaux de l’anticlinal n° V, un faciès entièrement nouveau. J'ai démontré d'autre part que le métamorphisme intéressait, dans le Morvan, le Tournaisien, mais s’arrêtait à lui; les lambeaux de Cussy et de l’'Huis-Prunelle sont situés dans

une région où le granite a digéré presque tout le Tournaisien et n’en a laissé subsister que de rares flottements toujours métamorphisés ; or, les lambeaux de Gussy et de l’Huis-Prunelle sont indemnes de tout métamorphisme. Ce nouvel argument pour leur âge viséen, me paraît convaincant. Ils sont interstratifiés à la base des tufs microgranulitiques.

Nous verrons dans un prochain chapitre que la base de ces mêmes tufs est formée, dans la Loire, par des alternances de calcaires viséens fossilifères, d’arkoses tuffacées, de poudingues à galets de calcaire (coupe de la route de Tarare à Montagny). Cet ensemble de formations rappelle celui des deux gisements de calcaires viséens du Morvan.

Mais l’argument le plus probant est encore dans la détermination de l’âge de la montée du granite dans les deux faisceaux synclinaux (Morvan, Loire). Les poudingues du Viséen de la Loire contiennent fréquemment des galets de granite comme M. Michel-Lévy l’a signalé dans la vallée de l’Azergue (feuille de Bourg). Les poudingues tournaisiens de la région sont au contraire très métamorphisés (Montagny, Valsonne), comme dans le Morvan.

Nous pouvons donc conclure à l’identité de gisement des calcaires de l'Huis- Prunelle et de Cussy avec les calcaires viséens de la Loire. Faciès pisolithiques tout à fait analogues, Foraminifères communs, postériorité au granite immédiatement antérieur, tout milite en faveur de l’âge viséen de ces deux points si intéressants qui terminent l'assimilation du Morvan et de ses tufs avec la Loire. Julien a donc eu raison d'attribuer au Tournaisien la majeure partie des gisements carbonifères fossilifères du Morvan; mais les conclusions tectoniques qu'il a voulu en déduire, mouvement de bascule autour du géosynclinal permien Blanzy-Bert, âges différents du début des tufs microgranulitiques du Morvan et de la Loire, me paraissent manquer absolument de fondement.

Plissements anticlinaux secondaires avec apparition du Towurnaisien. — Au milieu du synclinal de tufs viséens que nous parcourons, apparaissent, grâce à des plis anticlinaux secondaires, très pincés, des lambeaux tournaisiens en bandes étroites, allongées dans une direction régulièrement E.-0. On traverse ainsi trois plissements entre les parallèles de Chissey et de Brazey ; ce sont :

1° Celui qui passe au Sud de Ménessaire et sur la route de Chissey à Villiers (en face de « Comme Grain »).

29 Celui de Palaizot, Villiers.

3° Celui de Brazey, Vianges.

1° Sur la route de descente du Signal de Gien à Ménessaire (redan du ravin de Ménessaire) et d'autre part sur la route de Ménessaire à Cussy, après le château, affleurent des grès tachetés et micacés et des quartzites à cassure brillante (chemin de la Croix au ruisseau), qui rappellent ceux de l’anticlinal no V. Les bancs schisteux à anthracite avec flore du Culm qui sont à la base des tufs viséens, au S. O. de Ménessaire, viennent au-dessus de ces quartzites tournaisiens (un essai d'exploitation d’anthracite fut tenté sans succès, il y à 40 ans).

Sur la prolongation vers l'Ouest du pli pincé de Ménessaire, j'ai trouvé sur la route de Chissey à Villiers, en face du vallon de « Comme Grain », un passage

de Tournaisien (sur 100 m. de large), composé de schistes psammitiques, de grès blancs quartziteux, de poudingues à pâte arkosienne noire et de cornes feldspathisées.

20 Dans la montée de Palaizot à la butte 534 m., on recoupe au milieu des tufs très feldspathiques, de minces bancs de quartzites, de cornes feldspathisées et de poudingues tournaisiens métamorphisés. J'ai retrouvé ces mêmes bancs sur la rive droite du Ternin, en face de Palaizot, sur la route nationale de Chissey à Saulieu, au-dessus de Vauchezeuil, enfin à l'Ouest de Villiers.

3° De Villiers à Brazey-en-Morvan, la route remonte un vallon, entaillé dans les tufs feldspathiques ; 500 m. avant la station de Brazey, elle recoupe un lambeau tournaisien composé de schistes noirs psammitiques avec débris de poudingues et de coulées interstratifiées d’un orthophyre vacuolaire qui rappelle tout à fait celui de la Forge de la Loge, près de Ternant.

Le ruisseau des Chevannes, affluent du Liernais, creuse la première partie de son cours au milieu de ce lambeau tournaisien, prolongé vers l'Est. La route de Brazey à Vianges montre de beaux affleurements des mêmes formations sur la rive gauche de ce ruisseau.

Orthophyres, obsidiennes perlitiques et tufs orthophyriques de Bar-le-Réqulier. — Sur la bordure septentrionale des tufs microgranulitiques apparaît, sous l'auberge de Bar-le-Régulier et jusqu'à la grande route, une formation d’orthophyres assez vitreux pour que plusieurs plaques minces aient encore montré la structure perlitique. C’est la réapparition, tout à fait à l'Est, des formations éruptives que nous avons appris à dater à la Vieille-Montagne et aux environs de Savigny Poil-Fol. On sait que des roches similaires s’y intercalent dans le Tournaisien. [1 faut aussi les rapprocher des orthophyres qui, à Vianges, s’associent à un lambeau de schistes et de poudingues tournaisiens,. |

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