‹ Les terrains primaires du Morvan et de la LoireChapitre 7 sur 47 · S.S.0 NNE · texte numérisé non relu

S.S.0 NNE

Fig. 21. — Coupes schématiques dans le lambeau de Vouchot, les Brenets. 1) au droit de Vouchot, 2) à 1 km. à l'Est.

m. tufs microgranulitiques viséens, c. poudingues, arkoses à plantes (F) du Tournaisien,

poudingues amphiboliques à la base, f. schistes, cornes micacées et amphiboliques du Famennien, #. diorites, y. granite. Echelle 35,000.

Brenets et les Brenots, sur 150 m. de hauteur. Deux routes permettent d'aboutir aux extrémités opposées du lambeau ; celle de Corency à la Manille, prolongée jusqu’au Vouchot et celle d'Arleuf aux Brenets et aux Brenots; mais aucune route ne le traverse et il faut, pour l'étudier, suivre les sentiers qui montent sur les flancs escarpés du Gros Mont ou qui longent la rivière.

Vers l'Ouest, on traverse, en venant de la Manille, du granite percé par de

nombreux filons de microgranulite et de porphyre à quartz globulaire ; quelques parties de cornes, incomplètement digérées au milieu du granite, sont recoupées par la route. Au Sud, le granite schisteux limite le lambeau; mais au N.E., aboutissent les tufs viséens qui occupent les hauteurs du Signal du Taureau et se relient au synclinal de tufs du Frétoy et de Ménessaire.

La succession de terrains, observée dans ce lambeau, est particulièrement complète et intéressante. Aux maisons du Vouchot, à 20 m. au-dessus du fond du ravin, affleurent de nombreux blocs de diorite très grenue età gros éléments, mêlés de blocs plus rares de cornes amphiboliques ; tous ces blocs surgissent au milieu d’un granite gris à grains fins qui forme le lit même de la rivière. En remontant la vallée jusqu’au premier ravin latéral, sur la rive droite, on rencontre des schistes psammitiques, gris noir, non métamorphisés, très froissés (N. 1200 E., pendage N. E.), bordés au Sud et à l'Est par du granite fin qui y détermine, au contact, une zone étroite de corne noire micacée. Des bancs de cornes amphiboliques se rencontrent de nouveau à cette extrémité orientale du lambeau ; ils paraissent inférieurs aux schistes.

Au-dessus de ces formations de base, s’étagent des niveaux de poudingues, d’abord métamorphisés, à pâte quartziteuse verte et à galets de quartz gras et de quartzites lusirés, puis intacts et alors à pâte arkosienne noire, à galets de quartz, d’arkoses et de lydiennes noires ; ces derniers poudingues sont caractéristiques de la base du Tournaisien; des intercalations schisteuses et arkosiennes, avec débris de plantes, qui apparaissent à leur partie supérieure sur le chemin de descente des Brenets à Vouchot, confirment cette hypothèse. La direction des bancs de poudingues qui affleurent jusqu'à l’entrée du hameau des Brenets est N. 800 E. Les tufs viséens viennent au-dessus et complètent la série.

Telle est cette succession dans laquelle on reconnaîtra aisément les niveaux suivants : |

Viséen. Tufs microgranulitiques ;

Tournaisien. Poudingues et arkoses à plantes ;

Famennien ? Schistes psammitiques, inférieurs aux poudingues ;

Frasnien. Diorites et cornes amphiboliques.

6° Flotiement entre Roche-Macon et la forêt d'Anost. — La route de Lavaultde-Frétoy à Bussy traverse un lambeau de terrains anciens qui occupe le versant occidental des sommets 709 et 795 de la forêt d’Anost. Les talus mêmes de la route en constituent les meilleurs affleurements, car les bois forment une couverture épaisse, difficile à pénétrer (fig. 22).

Ils montrent une succession de bancs quartziteux et schisteux, métamorphisés par endroits. Les quartzites sont blanc verdâtre, à cassure brillante; ce sont ceux que nous avons trouvés si souvent en galets dans les poudingues de la base du Dinantien. Ils sont ici en bancs de 5 à 20 cm. d'épaisseur, plissés; mais leur stratification est remarquablement bien conservée ; leur ensemble atteint au moins 50 cm. d'épaisseur ; ils contiennent, à leur partie supérieure, quelques bancs de poudingues qui supportent immédiatement les tufs microgranuli tiques.

1° Flottements de la forêt de Bussy et de Sanceray. — La route d'Arleuf à Bussy recoupe au N.E. du sommet 739, dans la descente de la vallée de la Selle, un lambeau formé par les mêmes quartzites à cassure brillante, alternant avec des bancs de schistes maclifères, et très disloqués par des montées de granite fin ; la stratification y est cependant encore visible; les bancs sont dirigés N. 1200 E. et plongent vers le N. E.

À 2 km. plus à l’Est, sur le chemin de Bussy à Athey (à l'Ouest des bois de Sanceray), on traverse un deuxième lambeau qu’il faut rattacher, avec évidence, au pré-

cédent ; les mêmes bancs de quart- Fig. 22. — Route de la Roche-Maçon à zites lustrés, avec leur stratifica- Pussy, en forêt d’Anost. Talus dans les tion bien conservée (direction N quartzites tournaisiens lustrés, en petits

bancs de 5 a 20 cm.

100 à 1200 E.), en forment la partie Nord alors que la partie Sud est en schistes micacés et en cornes noires feldspathisées. Tous ces lambeaux flottent au milieu du granite à grains fins.

8° Pointements dioritiques de Bussy et d’Anost. — Egalement au milieu de ce granite affleurent, autour de Bussy et d’Anost, de fort belles diorites et diabases à grands éléments. Telles sont celles de la route d’Arleuf, à 1 km. à l'Ouest de Bussy (2 pointements) et celles de Bussy même (3 pointements). Ces diorites forment des masses probablement lenticulaires au milieu du granite ; quelquefois, elles n'existent plus qu’en grands blocs, ayant résisté à l’érosion, dans un granite transformé en arènes; il est difficile d'établir quelles sont ici leurs relations avec les quartzites des lambeaux voisins.

90 Flottement de Dront, Villebœuf, La Vallée. — L'ancienne feuille au 80.000 de Château-Chinon indique, à partir de Villebœuf vers l'Est, une suite non interrompue de terrains anciens, se prolongeant jusque vers Manlay. C’est là une interprétation un peu trop synthétique. Le granite, en effet, disloque ces terrains au S. O. de Cussy et dans la vallée du Ternin, les séparant en flottements isolés.

Le flottement de Dront, Villebœuf, la Vallée occupe principalement les hauteurs qui séparent la vallée d’Anost de celle de Cussy et Vignerux (sommets 551 m. et 559 m.). Je signalerai de suite l'existence dans le fond de Villebœuf et sous le sommet 559, de blocs de diorites, de microdiorites, de cornes amphiboliques et grenatifères, de porphyrites amphiboliques, jusqu'alors ignorés, apparaissant au milieu du granite à grains fins.

Au-dessus de ces roches amphiboliques se montrent des poudingues tournaisiens à pâte verte, à galets de quartz et de quartzites, très analogues à ceux rencontrés au Beuvray ; ils garnissent les hauteurs entre le sommet 559 et les Jours, au-dessus et au N. E. de Villebœuf, et forment des bancs peu métamorphisés, alternant avec des schistes et des arkoses, sur la route des Billons aux Creux ; ils bordent ainsi, au Nord et au Sud, l'axe occupé par les roches dioritiques. Le

reste du lambeau est principalement constitué par des quartzites et des cornes micacées et feldspathisées.

109 Flottement de Cussy, Vignerux, A llye. — Ce flottement, dont l'étendue est bien plus considérable que celle des flottements précédents, s’allonge sur environ 7 km. de l'Ouest à l'Est, entre la vallée de Cussy-Vignerux et celle du Ternin; ilest partout entouré par le granite qui le découpe en contours sinueux et le pénètre profondément vers Maison-Bourgoux et sur la descente d’Allye. Cependant, au N.O., dans le vallon qui remonte de Fayé vers Montloiron, les tufs viséens, très riches en débris de feldspaths, viennent à son contact. La succession que l’on y observe est la même que dans le lambeau précédent. Des formations amphiboliques, cornes et porphyrites, représentent au col du Crapissot, sur la route de Cussy à Lucenay-l’Evêque, le passage du Frasnien. De part et d'autre, au Nord et au Sud (butte 590 m.et sommet au-dessus de la route d’Allye), se rencontrent des poudingues tournaisiens. Vers Vignerux et vers Allye affleurent des schistes psammitiques, gris verdâtre, à débris de plantes et traces de vers, qui peuvent être tournaisiens, mais qui ressemblent également aux schistes famenniens des environs de Chalmoux. La montée, au Sud de Cussy, de la route venant de la Petite Verrière (vieille route surtout) offre de fort beaux exemples de roches de métamorphisme au contact du granite; ce sont des schistes psammitiques, plus ou moins gréseux, probablement tournaisiens, devenant micacés, maclifères et même feldspathisés, injectés par des filonnets de granite (types de métamorphisme par juxtaposition et par superposition),

Lucenay

Fig. 23, — Route de Cussy à Lucenay-l’Evêque (au 2° chemin de Frétoy).

c. grès arkosiens à plantes (F), schistes et quartzites lustrés, y. granite, Echelle 4 .200e (hauteurs amplifiées 2 fois).

Enfin sur la descente de Cussy à Lucenay-l'Evêque, à environ 3 km. 1/2 de Cussy, au fond du premier grand redan dela route, on peut voir des bancs arkosiens alternant avec des schistes à plantes, rappelant ceux du Tournaisien inférieur de la région de Bourbon-Lancy ; ils passent à des quartzites blancs lustrés, contenant encore un banc de poudingues au contact du granite qui pointe à l'extrémité de l’affleurement (fig. 23).

1l9et 120 Région de Mortaise, les Petits-Jours, Visemoux, et de Ruisselle, Le Guidon, Le Lomont. — Les formations sédimentaires anciennes sont de moins en moins disloquées par le granite à partir de la vallée du Ternin : elles forment une bande qui va en s’amincissant vers l'Est, pincée entre les deux grands synclinaux de tufs viséens voisins. Le métamorphisme y est très intense sauf sur la bordure méridionale entre les Petits Jours, Mont-Regard et Visemoux, où les schistes psammitiques tournaisiens paraissent intacts.

Au centre de la bande, un prolongement du granite traverse le Ternin et s’'avance vers l'Est jusqu'au sommet 541 m. {sur les Grands Jours). Les roches et terrains que j'ai rencontrés en recoupant la bande ancienne, au droit de Chissey, de Savilly et de Manlay, sont les mêmes que dans les flottements situés plus à l'Ouest. Au sommet 541 m. et sur le chemin qui monte des Petits Jours, j'ai trouvé des débris de diorites franches et de cornes amphiboliques, épidotifères et grenatifères ; aux Petits Jours, affleurent les poudingues tournaisiens métamorphisés à galets de quartz et de quartzites. Ces poudingues affleurent également à Saube près de Mortaise. Partout ailleurs ce sont des quartzites et des cornes feldspathisées.

43° Les réapparitions sous le Secondaire au Passeux et au Sud de Suze. — La bande ancienne, se prolongeant vers l'E. N. E , sous le mince manteau infraliasique et liasique qui s'élève lentement sous les contreforts orientaux du Morvan, réapparaît dans le fond des vallées affluentes de la rive droite de l’Arroux (vallée du Passeux et de la Suze). Quelques schistes, avec un passage de poudingues tournaisiens, affleurent au Passeux, disloqués par de larges filons de microgranulite.

Au Sud de Suze et dans les bois de Liseuil, ce sont des schistes micacés et maclifères, jouant avec quelques bancs de quartzites blancs métamorphisés.

Liaison entre les différents flotiements de terrains primaires apparaissant dans la zone granitique Moulins-Engilbert, Manlay. Unité dans la succession des terrains qui les forment. Existence d'un anticlinal se suivant de Moulins-Engilbert à Manlay (No V). — On est amené à concevoir la zone granitique Moulins-Engilbert, Manlay et les flottements de terrains primaires qu’elle supporte, comme formant un seul anticlinal (n° V) dont l'importance est comparable à celle de l’anticlinal n° IT (Diou, La Roche-Millay) et dont la composition a été la même.

Au centre de la zone et formant un axe assez régulièrement jalonnéet continu, nous avons rencontré des pointements de diorites et de diabases, accompagnées de porphyrites et de cornes amphiboliques (cornes de Montjoux, Grand-Ry, Sermages, diorites de la Comme, de Château-Chinon, des Rolins, de Vouchot, de Bussy et d’Anost, de Villebœuf, du Crapissot près de Cussy, du sommet 541 sur les Petits Jours). D'un regard jeté sur la carte au 320.000°, on peut aisément se convainere qu’il s’agit bien là d’une seule traînée, embrassant dans un même ensemble les diorites, les porphyrites et les cornes amphiboliques et correspondant à l'existence d’un niveau anciennement calcaire, profondément métamorphisé par l’envahissement du granite. Les diorites franches nese montrent qu'en

plein granite; seules, les cornes amphiboliques, d’ailleurs plus rares, existent conjointement avec d’autres formations sédimentaires non entièrement digérées (Grand-Ry, Vouchot, les Petits Jours). Les porphyrites amphiboliques se groupent avec les cornes, notamment à Villebœuf et au Crapissot.

’étude de Panticlinal n° If, dans lequel j'ai démontré que les diorites, les porphyrites et les cornes amphiboliques proviennent vraisemblablement du Métamorphisme de calcaires frasniens, d'autre part, l’identité de faciès des terrains qui s’étagent au-dessus de ces roches amphiboliques dans les deux anticlinaux n° IT et n° V m’induisent à conclure que la traînée amphibolique, qui jalonne l’axe de ce dernier anticlinal, représente d’anciens calcaires vraisemblablement frasniens.

Des schistes famenniens, si développés au Sud de l’anticlinal n° IF, il ne reste ici que des témoins rares et douteux, soit par suite de lacunes dans la sédimentation, soit par suite de leur érosion au Tournaisien, soit enfin par suite du métamorphisme de contact qui empècherait de les distinguer des schistes tournaisiens immédiatement supérieurs. Néanmoins, il est vraisemblable que les cornes noires, feldspathisées, qui succèdent dans le lambeau de Montjoux, Grand-Ry, aux cornes amphiboliques, sont d'âge famennien. J’en dirai autant des schistes psammitiques, supérieurs aux cornes et diorites dans le lambeau du Vouchot, des cornes noires micacées et feldspathisées qui accompagnent les cornes amphiboliques du Crapissot, à l’Est de Cussy-en-Morvan et enfin de celles du chemin des Petits Jours au sommet 541 m.

A l'encontre de la formation précédente, les poudingues tournaisiens et les grès à plantes, les arkoses, les quartzites lustrés et les schistes qui les accompagnent se retrouvent dans presque tous les lambeaux, intacts ou métamorphisés et transformés en quartzites et en cornes.

Le cordon littoral de poudingues apparaît dans les lambeaux de Vouchot-les- Brenets, du Creux-Villebœuf, du Crapissot, de Saube et des Petits Jours, au N. et au N. E. de Lucenay-l'Evêque. Il forme une bande parallèle à l’axe dioritisé E. N. E., tantôt au Nord (Vouchot-les-Brenets), tantôt au Sud {les Petits Jours) de cet axe, tantôt des deux côtés à la fois (les Creux, Villebœuf, Crapissot).

Les bancs de poudingues les plus inférieurs sont toujours métamorphisés et ont une pâte souvent amphibolique (le Vouchot, Crapissot) ; ils sont analogues à ceux du Mont-Beuvray. Les bancs supérieurs sont quelquefois intacts (le Vouchot) et ont alors un ciment arkosien noir verdâtre qui les rapproche absolument du type des environs de Ternant. Lorsque ces bancs supérieurs sont métamorphisés, leur ciment passe à l’état de quartzite blanc et de corne micacée et feldspathisée, sans jamais devenir amphibolique.

Des grès arkosiens, noir verdâtre, accompagnent souvent les niveaux de poudingues, soit par interstratification, soit par passage latéral. Ces grès contiennent, à l’occasion, des restes de plantes, d’ailleurs peu instructifs (la Comme, le Vouchot, descente du Crapissot). Les schistes près de Vignerux, au Sud de Cussy, contiennent ces mêmes restes végétaux.

Au pointde vue stratigraphique, les empreintes végétales, quoique indétermi-

nables, présentent un certain intérêt ; les quartzites blanc Jaunâtre, à stratification conservée, qui forment le lambeau de la forêt d’Anost, celui des bois de Bussy et qui se retrouvent sur la descente de Cussy à Lucenay-l'Evêque, contiennent parfois ces mêmes empreintes ; ils sont une forme métamorphisée des grès et arkoses tournaisiens auxquels ils passent progressivement ; le contact des bancs schisteux et arkosiens et du granite que l'on rencontre dans la descente de Cussy à Lucenay en est une preuve convaincante (fig. 23).

Résumé sur la région Moulins-Engilbert, Manlay. — La disposition zonaire des formations, avec un axe frasnien et deux bordures famenniennes et tournaisiennes, caractérise un anticlinal, le n° V. On peut le suivre dans une direction N.E., ensuite E. N.E., depuis Moulins-Engilbert jusqu’à Manlay, sur environ 50 km. de longueur. La découverte des cornes amphiboliques de Montjoux, Grand-Ry,des diorites de la Comme, vers l'Ouest et de celles de Villebœuf, du Crapissot et des Petits Jours, vers l'Est, a grandement contribué à sa mise en évidence et s’est associée heureusement à celle des diorites que M. Michel- Lévy avait reconnues aux environs de Château-Chinon et d’Anost. Postérieurement à la confection des cartes de Château-Chinon et d’Autun, mon prédécesseur a établi, à propos de ses études sur le Lyonnais, que ces différentes formations amphiboliques proviennent de l’action exomorphe et endomorphe du granite sur les sédiments calcaires, et étendu au Lyonnais, au Beaujolais, au Morvan, à l'Auvergne, les conclusions qu'il a tirées de cette vue théorique. J’ai personnellement contribué à déterminer l’âge probablement frasnien de ces sédiments calcaires, transformés en cornes vertes, diorites, diabases et porphyrites amphiboliques, dans le Morvan et dans la Loire.

On remarquera l'appui utile qu'apporte, à la compréhension de l’anticlinal n° V, la connaissance du cordon des poudingues tournaisiens qui se retrouvent avec une continuité remarquable et des caractères constants, à de très grandes distances. Indépendamment de l'intérêt que présente cet anticlinal pour l'étude tectonique du Morvan, il offre un curieux exemple d’une voûte, plus ou moins plissée et surbaissée, de terrains sédimentaires, dont il ne reste que des témoins épars, respectés par l'érosion et incomplètement digérés par le granite. Il diffère par là de l’anticlinal n° II dans lequel la zone de métamorphisme correspond à une surface de contact du granite que les plissements ont rendue oblique et non parallèlle à la surface éroldée. Cependant, nous ne devons pas oublier que de nombreux indices nous ont prouvé que le granite n’est pas loin, en profondeur, au-dessous de cet anticlinal n° IT ; quelques centaines de mètres d’érosion supplémentaire l’auraient probablement transformé en une région très semblable à celle de Moulins-Engilbert, Manlay.

4° Synclinal des tufs microgranulitiques du Frétoy, Ménéssaire, Bar-le-Régulier. Calcaires viséens de l’Huis-Prunelle et de Cussy-en-Morvan.

A VE. N. E. de Château-Chinon, s'étend une aire synclinale, occupée principalement par des tufs microgranulitiques, limitée, au Sud, par la bordure de l’anticlinal précédemment décrit, au Nord, par une région de granite qui commence vers Frétoy, au N de Gien-sur-Cure et vers Blanot. Cette aire synclinale disparaît au S. E. de Château-Chinon par suite du relèvement des axes ; la région de Dommartin et de St-Hilaire est en effet composée uniquement de granite à grands cristaux. Sur la première édition de la feuille de Château-Chinon la zone, ainsi définie, embrasse des régions marquées non seulement en tufs et en microgranulites, mais aussi en granulite à mica noir (y) que l’on peut considérer comme une forme de tufs particulièrement riches en débris de feldspaths. Telles sont les régions qui s'étendent entre l’Huis-Prunelle et Gien-sur-Cure, entre Ménessaire, Palaizot, Villiers et Blanot. Le contour en dents de scie engrenées, qui limite, sur l’ancienne carte, les tufs et la granulite à mica noir (7?) à l'Ouest de Ménessaire, montre nettement combien grande était la difficulté de distinguer ces deux formations qui passent en toutes proportions de l’une à l'autre.

Je signalerai sous le cimetière de Ménessaire une variété de tufs verts montrant, parallèlement à la schistosité, des parties enclavées plus foncées, surmicacées, à contours arrondis, mais sans épaisseur ; il s’agit peut-être là d’une brèche laminée.

Les tufs microgranulitiques contiennent à leur base, aux environs de Giensur-Cure et de Ménessaire, des schistes anthracifères, à Sfigmaria et à Lepidodendron, du Dinantien.

C’est au milieu de variétés feldspathiques (ancien ?) de ces tufs, que se rencontrent deux gisements de calcaire, celui de l’'Huis-Prunelle au S. O0. de Giensur-Cure, et celui du vallon de Fayé près de Cussy ; ils sont fort réduits en étendue et apparaissent par failles.

1° Gisement de l Huis-Prunelle : il est assez difficile à trouver, car il est exclusivement constitué par une excavation d’environ 8 m. de longueur et 1 m. de profondeur, ouverte à l’extrémité d’un champ, derrière la dernière maison des Roux, sur la rive droite du ruisseau qui se jette dans l'étang de l’'Huis Prunelle ; il n’a été que rarement exploité; le calcaire y est finement cristallin, gris bleuté, traversé par des veinules de calcite blanche, remplissant les nombreuses cassures qui l’ont fragmenté. Il est en bancs dirigés N. 95°E. avec pendage N. de 40e. Il fut, pour la première fois, signalé par M. Michel-Lévy {34 p. 940] en 1879 et comparé ainsi que celui de Cussy au calcaire dévonien de Diou, Gilly. On n'y avait, jusqu'alors, trouvé aucun fossile. En plaques minces, j'y ai découvert des restes indubitables de Foraminifères (Ændothyra, sp.) et de tiges d’encrines. Malgré la mauvaise conservation des Foraminifères, ils permettent cependant

de paralléliser, avec certitude, le calcaire de l’Huis-Prunelle avec celui de Cussy.

2° Gisement de Cussy-en-Morvan : Sur le flanc droit du petit vallon qui descend du haut de Montloiron vers Fayé, à environ 2 km. au N.E. de Cussy, apparait un gisement de calcaire, formant placage sur 10 m. de haut, contre les tufs viséens riches en feldspaths. Une carrière y fut autrefois ouverte (en 1859 d’après M. Delafond), et un four à chaux construit; carrière et fours ont aujourd’hui abandonnés. L'exploitation a été assez considérable pour épuiser presque entièrement l'esquille calcaire ; elle a rejoint au fond de la carrière, au S. E. et au S. O., les Lufs feldspathiques, ou du moins des brèches de ces mêmes tufs. Le calcaire est donc limité vers le Sud par deux failles verticales N. E. et 0. N. O., formant un angle obtu entre elles ; au Nord, il a été entamé par l'érosion du vallon. Partout apparaissent de nombreuses traces de frictions.

Page 1