‹ Les testament politique du Général Von Bissing, avec notes critiques et un commentaireChapitre 4 sur 8 · QUELQUES RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES RÉFLEXIONS

Les pièces ci-dessus publiées appellent quelques réflexions.

La comparaison qu'il s'impose d'en faire avec les actes publics de la carrière administrative du défunt Gouverneur général de la Belgique occupée, révèle chez celui-ci un phénomène extraordinaire d'astuce et de duplicité.

Pendant tout le temps qu'il exerça ses fonctions, le général von Bissing ne cessa de protester de la droiture de ses intentions à l'égard de la Belgique et des Belges. Dès son arrivée en Belgique, il proclama qu'il venait avec le mandat d'administrer le pays dans son intérêt propre et non dans celui de l'Allemagne, avec la volonté de se conformer aux règles du droit international qui assignent avant tout à l'occupant une tâche de conservation et d'ordre public, et non avec le dessein de faire acte de vainqueur et de conquérant. A l'entendre, il continuait l'œuvre de son prédécesseur, lequel avait solennellement déclaré aux Belges qu'il « ne demandait à personne de renier ses sentiments patriotiques », mais seulement de faciliter à l'occupant l'accomplissement de sa charge vis-à-vis de la population dont les circonstances lui confiaient la garde.

Le 18 juillet 1915 encore, le général von Bissing tint à renouveler de la manière la plus solennelle l'affirmation de ce programme dans une Lettre ouverte au peuple he/fje, qui fut affichée partout en Belgique et

reproduite par la presse germanisée de la Belgique occupée, ainsi que par tous les journaux allemands de l'époque.

En voici le texte intégral repris dans Le Bruxellois, du 26 juillet 1915, n° 299, édition A (nous soulignons) :

Lettre ouverte.

La Convention de L^a Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre stipule ce qui suit :

Article 42.

Un territoire est considéré comme occupé lorsqu'il se trouve placé de fait sous l'autorité de l'armée ennemie.

Article 43.

L'autorité du pouvoir légal ayant passé de fait entre les mains de l'occupant, celui-ci prendra toutes les mesures qui dépendent de lui en vue de rétablir et d'assurer, autant qu'il est possible, l'ordre et la vie publics en respectant, sauf empêchement absolu, les lois en viguenr dans le pays.

En exécution de ce devoir imposé par le droit des gens, Sa Majesté V Empereur allemand, après l'occupation du Royaume de Belgique par nos troupes victorieuses, m9a confié V administration de ce pays et m'a chargé d'exécuter les obligations résultant de la Convention de La Haye. En dirigeant V administration du pays en ma qualité de Gouverneur

général, je n'agis nullement par amour du despotisme, ni pour favoriser uniquement les intérêts de l'Empire allemand; f accomplis la mission difficile qui ma été confiée et les multiples devoirs qu'elle m'impose envers la Belgique occupée.

Pour cette raison, je suis en droit d'attendre et j'attends de tout sujet belge, et surtout des autorités du pays qui ont pu être laissées en fonctions, que tous secondent mes efforts tendant à rétablir et assurer l'ordre et la vie publics. Je reconnais volontiers qu'un nombre relativement considérable de bourgmestres, de fonctionnaires de VEtat, de membres du clergé, d'habitants des villes et de la campagne et surtout de personnes charitables a su comprendre mes intentions ; je reconnais qu'il en est résulté de sérieux avantages dont Vintérêt public — non leur intérêt personnel — a tiré profit. Nombreux sont cependant ceux qui opposent encore une résistance ouverte ou secrète aux mesures que je juge nécessaire d'appliquer. Beaucoup, me semble-t-il, estiment, bien a tort, faire acte de patriotisme ou de courage en contrecarrant les dispositions du pouvoir actuel; d'aucuns croient qu'en secondant mes efforts, ils s'attireraient des ennuis ou même courraient des dangers si, par la suite, r ancien régime revenait au pouvoir.

Ces deux façons de penser sont très regrettables ; l'\ine provient d'un malentendu fondamental ; l'autre es/ 1 indice d'un caractère peu digne.

Quelle que soit la destinée que l'avenir réserve à

la Belgique, celle-ci esl placée à présent sous V administration allemande, sous mon administration, en vertu du droit des gens. Tout Belge qui obéit à cette administration ou seconde ses efforts ne sert pas le pouvoir occupant, mais sa propre patrie. Tout Belge qui résiste à V administration établie de fait ne nuit pas a V Empire allemand, mais a son pays, à la Belgique même, et telle manière d'agir n'est ni courageuse ni patriotique. Jamais celui qui, sans réserve, coopérera au bien-être public, avec le pouvoir occupant, ne pourra, équitablement, être accusé de soumission à l'étranger ni de trahison envers sa patrie.

Je ne demande à personne de renoncer à ses idéals ou de désavouer hypocritement ses convictions. Mais j'exige que chacun tienne compte de Vétat de choses existant ; f exige que tous les Belges reconnaissent que le droit des gens et le droit de la guerre m obligent à administrer le pays ; j'exige qu'ils comprennent que j'ai légalement le droit de recourir a la collaboration des autorités du pays, de ses chefs intellectuels, religieux et laïques. Tous ceux qui, ayant de l'influence, s'abstiennent, par faux patriotisme, de la mettre au service de la cause commune, desservent la patrie qu'ils prétendent aimer.

Je respecte toute conviction religieuse, politique ou patriotique et j'accueille avec plaisir toute collaboration loyale, d'où qu'elle vienne. Mais j'ai le devoir de sévir sans ménagement contre ceux qui

troublent ouvertement ou secrètement l'ordre dans le pays et s efforcent d'empêcher le rétablissement et le développement paisibles de la vie publique. Accomplissant ma mission, je punirai, sans égards pour la personnalité, tous ceux qui résisteront par actes ou par paroles et, s ils occupent des fonctions publiques, je les destituerai.

J'attends du bon sens de la population belge et de ses dirigeants que mes paroles dissipent certaines idées fausses et fassent comprendre à tous, sans distinction de classes, que je désire servir les intérêts du pays et que, dans les circonstances présentes, le SEUL MOYEN DE FAIRE ACTE DE VRAI PATRIO- TISME EST DE SECONDER MES EFFORTS, DE CONTRIBUER A LEUR RÉALISATION.

Bruxelles, le 18 juillet 191$.

Le Gouverneur Général en Belgique, Freiherr von B1SSING, Gêner aloberst.

Telles étaient les déclarations publiques par lesquelles le gouverneur général von Bissing s'efforçait de capter la confiance des Belges, et de gagner leur coopération bénévole à l'administration allemande, au moment même où, dans le secret de son cabinet, n'ayant d'autre témoin que sa conscience, il confiait à la discrétion momentanée du papier les vrais mobiles de sa politique : préparer l'assujettissement définitif du pays, en vertu du droit de conquête, et la suppression de toutes les libertés politiques du peuple belge au profit de TA1lemagne.

La Frankfurter Zeitung a cru habile d émettre le doute que von Bissing eût rédigé lui-même le Mémoire parce que, d'après elle, il ne serait pas naturel de voir un général invoquer l'autorité de Machiavel.

En réalité, von Bissing faisait pis que de citer le fameux Florentin. Toute sa politique n'était que l'application délibérée et la plus nette des principes du machiavélisme.

Cela se voit avec une évidence particulière dans la partie du Mémoire qui traite de la question flamande : quand von Bissing multipliait les avances à la popualtion flamande pour la détacher des voies du loyalisme belge et l'attirer vers l'Allemagne, qu'il s'attachait à réaliser artificiellement tout le programme du mouvement flamingant, faisant sonner bien haut la prétendue amitié désintéressée de l'Allemagne pour les Flamands et agitant constamment devant eux le mirage d'une soidisant « libération de la Flandre », son dessein n'était, en réalité, que de resserrer les chaînes de l'occupation et de river le peuple flamand à l'Empire.

Il trompait même la poignée d' « activistes » qu'il avait embrigadés au service de cet idéal puisque, tout en se déclarant leur ami et leur protecteur, il prenait secrètement la précaution de recommander, dans son Mémoire, de se méfier des Flamands et de ne pas leur accorder l'autonomie réelle dont il les bernait.

L'immense majorité du peuple flamand, on l'a vu par les fières protestations de ses leaders, n'eut garde de se laisser prendre au piège tendu à sa bonne foi. Son patriotisme est demeuré aussi inébranlable que clairvoyant. Quant aux rares individus qui s'étaient faits les complices de l'envahisseur, ils n'auront pas attendu longtemps pour voir s'ajouter à la honte de leur trahison le ridicule d'en être les premières dupes.

Les écrits posthumes du général von Bissing apportent encore la preuve d'une autre duplicité et d'un autre machiavélisme : celui de la politique allemande ellemême en ce qui concerne ses buts de guerre.

Le général von Bissing déclare, dans sa lettre au Dr Stresemann, que les vues énoncées dans son Mémoire sont celles mêmes qui ont inspiré et dirigé toute sa politique, au cours de sesdeux années d'administration de la Belgique occupée. Déclaration précieuse ! Nul autre assurément ne pourrait être plus qualifié que l'artisan pour définir son œuvre. Mais, de plus, la qualité même de l'auteur du Mémoire et des lettres leur confère une autorité qui dépasse de loin celle d'une simple opinion politique particulière.

La responsabilité de l'Empire allemand même est ici engagée par les déclarations de son représentant officiel en Belgique.

Choisi par l'Empereur allemand pour gouverner en son nom le territoire occupé de la Belgique, — dépendant directement du souverain, — responsable uniquement devant lui de l'exécution de son mandat, — investi, du reste, depuis longtemps, de la confiance personnelle de Guillaume II, — couvert de marques réitérées de son amitié et de son estime, — objet des louanges impériales après sa mort et proposé en modèle à son successeur dans la lettre d'investiture de ce dernier : il est logiquement interdit de supposer qu'un tel personnage aurait trahi, clans l'exercice de sa charge, les intentions du pouvoir quify avait commis et maintenu jusqu'à sa mort.

Or, cet homme écrivant au Dr Stresemann, pour l'encourager, lui et ses amis, dans leur campagne pangermaniète, se prévaut de « la confiance dont l'Empereur

l'honore » et lui exprime l'impatience où il est de pouvoir, sa convalescence accomplie, reprendre la direction des affaires belges, non seulement « au nom de l'Empereur », mais encore d'après Sa volonté.

Le Mémoire ne serait donc que le reflet de la pensée intime et non avouée de Guillaume II au sujet de la Belgique et des conditions de la paix allemande ?...

Le doute en faveur de cette conjecture est d'autant plus sérieux que le général von Falkenhausen, successeur de von Bissing à la tête du gouvernement de la Belgique occupée a déjà déclaré à plusieurs reprises, et encore après la publication du Mémoire, n'avoir d'autre programme propre que de suivre les traces de son prédécesseur. De son côté, le professeur Dr Richard Fester, de Halle, déclare (Das Grôssere Deutschland, n° 22 du 2 juin 1917) que le premier Mémoire « plus court » auquel le général von Bissing fait allusion au début de celui-ci, a été « manifestement adressé à l'Empereur et au Chancelier ».

Lorsque les représentants de l'Allemagne officielle font allusion aux buts de guerre de celle-ci, ils se gardent bien de parler avec autant de franchise et de netteté que le général von Bissing dans ses écrits secrets et lettres privées.

Dans ces manifestations diplomatiques ou parlementaires, la préoccupation apparaît de voiler le plus possible les ambitions pangermanistes qui fermentent au fond de la politique allemande. Il s'agit d'endormir la méfiance des neutres et de surprendre, si on le pouvait, la bonne foi des démocraties alliées contre l'impérialisme prussien.

Le 9 novembre 1916, le Chancelier de l'Empire, amené à s'expliquer devant le Comité central [Haupi-

ausschuss) du Reichstag, sur les buts de guerre de l'Allemagne, les opposait aux projets « annexionnistes » prêtés par lui aux Puissances 'alliées, en disant avec une ambiguïté voulue :

« Dans la discussion de nos buts de guerre, je nai jamais indiqué V annexion de la Belgique comme étant notre intention. »

Pareille circonspection, il est vrai, pouvait tout aussi bien masquer une simple réticence qu'abriter le désintéressement : l'opinion universelle exigea précision.

Le 12 décembre 1916, dans son offre générale de paix, l'Empereur dit :

« Constamment, les quatre puissances alliées ont été fermement persuadées que leurs propres droits et leurs revendications fondées ne sont pas du tout en contradiction avec les droits des autres nations. »

Et il répétait, à la même date, au Pape Benoit XV :

« L'Allemagne fait une guerre défensive contre la volonté de détruire de ses ennemis. Elle combat pour la sécurité réelle de ses frontières, pour la liberté de son peuple, pour la revendication par celui-ci du droit de développer ses forces spirituelles et économiques, en une concurrence pacifique, sans entraves et à égalité avec tous les autres Etats. »

Enfin, le secrétaire d'Etat Zimmermann, dans sa note en réponse au Président Wilson, du 31 janvier 1917, accentuait encore l'affirmation que toute pensée de conquête était exclue des intentions de l'Allemagne :

« En ce qui concerne particulièrement la Belgique, qui est aux Etats-Unis l'objet de chaudes sympathies, le Chancelier avait déclaré peu de semaines auparavant [c'est-à-dire avant l'offre de paix du 12 décembre 1916] qu'une incorporation de la Belgique n avait

jamais été comprise dans les intentions de V Allemagne. L'Allemagne voulait, dans la paix a conclure avec la Belgique, prendre tout simplement des précautions afin que ce pays, avec lequel le Gouvernement impérial souhaite de vivre en relations de bon voisinage, ne puisse pas être utilisé par ses adversaires pour rendre plus rapides des opérations d'attaque ennemies. »

La comparaison de ces déclarations officielles avec le texte des documents posthumes du général von Bissing démontre que la politique allemande a, comme le dieu Janus, deux visages.

Alors qu'en pays neutres, elle prodigue les assurances de son désintéressement territorial vis-à-vis de la Belgique, parlant seulement de vagues « garanties » à y prendre pour la sécurité de l'Empire ; — qu'elle cherche à faire pénétrer la conviction de cette modération jusque dans les pays alliés; — qu'elle délivre des passeports à ses <t socialistes du Gouvernement », pour aller défendre à Stockholm l'idée d'une paix « sans annexions ni indemnités » ; — qu'elle s'efforce de séduire par ce mirage la candeur de l'opinion publique dans la Russie nouvelle, les hommes de confiance de l'Empereur, tels que von Bissing, administrent « en son nom » et « d'après sa volonté » la Belgique occupée avec le dessein secret mais parfaitement arrêté d'en préparer la rétention sous la domination allemande en vertu du droit de conquête.

Il est, du reste, formellement faux que les « garanties » ou « précautions » dont parlèrent cauteleusement le Chancelier et M. Zimmermann, comme d'une condition modérée de la paix allemande, respectent les droits de la Belgique, puisqu'elles auraient pour effet de supprimer son indépendance et de la placer sous le contrôle

politique de l'Allemagne. Elles équivalent à la suppression des attributs essentiels de la souveraineté de l'Etat belge au point de vue international. On en arrive par là à penser qu'entre les « buts de guerre » du Chancelier et ceux du général von Bissing, il n'y a probablement d'autre différence que celles qui séparent, dans l'expression d'un même dessein, la prudence de l'homme d'Etat et la circonspection du diplomate, de la brutale franchise d'un soldat qui sait moins bien farder la vérité.

On remarquera, à ce point de vue, que le général von Bissing envisage catégoriquement la perspective d'une guerre future, comme s'il s'agissait, de la part de l'Allemagne, d'un événement d'ores et déjà accepté pour probable.

En ce qui concerne les autres parties du Mémoire, on peut abandonner au lecteur le soin d'apporter lui-même les rectifications qui s'imposent au jugement que prononce le Gouverneur général von Bissing sur l'issue de la guerre.

D'après les éléments de fait contenus dans le corps de la pièce, la rédaction du Mémoire doit remonter à la fin de 1915 ou au début de 1916. Le Dr R. Fester, dans le commentaire déjà cité ci-dessus, en fournit les preuves ci-après : « Comme le Mémoire se rapporte à la réponse du Chancelier à l'interpellation social-démocratique au sujet de la paix, et qu'il prend en considération une conclusion de la paix en 1916, il fait clairement connaître qu'il fut écrit, probablement comme méditation du jour de l'an, après le 9 décembre 1915 et avant le 1er janvier 1916. »

Le Gouverneur en rédigeant alors son Mémoire s'imaginait évidemment que l'Allemagne serait victorieuse ou du moins aurait le moyen d'imposer le genre de paix qu'il lui plaît.

Cette opinion, déjà fort risquée en 1915, Tétai devenue bien davantage encore treize mois après, en janvier 1917, lorsque fut écrite la lettre au Dr Stresemann ; elle est tout à fait utopique depuis que, au début d'avril 1917, à la veille même de la mort de l'auteur des deux documents, les Etats-Unis, entrant dans la lutte, sont venus jeter dans la balance le poids formidable de leur puissance financière et matérielle, en adoptant un programme de paix qui comporte précisément cette même condition première et essentielle de la restauration intégrale de la Belgique avec réparations et garanties, qui fut toujours une des bases du programme de paix des Puissances de l'Entente et qui est inscrite dans leur fameuse Déclaration de Sainte-Adresse du l i février 1916 à la Belgique, ainsi que dans leur réponse solennelle au président Wilson du 30 décembre 1916.

Les Belges sont bien tranquilles sur ce point et les illusions ambitieuses du général von Bissixg ne changeront rien au cours de la destinée : la Belgique doit être rétablie dans l'intégrité de son indépendance politique et économique ; la justice et aussi l intérêt de la paix européenne l'exigent ; elle le sera.

Enfin, on peut laisser pour compte à l'auteur du Mémoire et de la lettre les appréciations qu'il porte sur la consistance et la viabilité de l'État belge, sur diverses particularités de sa vie sociale et spécialement sur les dispositions naturelles des Flamands et du clergé catholique belge à l'égard de l'Allemagne *.

1. Voir sur ces divers points nos études : Y a-t-il une nation belge? (in-12, 24 p., Vax Oest, 1917); — Pour teutoniser la Belgique (in-16, 120 p., Bloud et Gay, 1916) ; — La question flamande et V Allemagne (in-16, 325 p., Berger-Levrault, 1917), et l'excellente brochure de F. Vax Laxgexhoye, L État belge est-il une création artificielle? [Cahiers belges, n° 8; Van Oest, 1917 .

Au sujet de l'attitude de ce dernier, on s'étonnera de voir déraisonner de la sorte un haut fonctionnaire qui a vu se dresser sur sa route une personnification aussi grandiose de la « liberté delà parole apostolique » et de « l'autonomie spirituelle de l'Église » que le Cardinal Mercier, archevêque de Malines.

Quanta la politique allemande de scission et de dislocation par lui inaugurée en Belgique occupée, ce que le général von Bissing en dit suffît à en révéler le caractère tout à fait artificiel.

Manifestement, le Gouverneur général défunt, qui confessa en août 1915, dans un Congrès international d'architectes tenu à Bruxelles, que le caractère du peuple belge était « une énigme psychologique », est mort sans l'avoir déchiffrée.

Les Allemands peuvent, à sa suite, continuer à se bercer de l'illusion de trouver dans l'affinité ethnique, toute superficielle, des populations flamande et allemande un point d'appui pour l'organisation future de la « sympathie germanique » entre opprimés d'aujourd'hui et oppresseurs d'hier et de demain : les faits euxmêmes se chargeront bien de les tirer de cette erreur, à défaut des enseignements de l'histoire dont la « savante Allemagne » est maintenant devenue incapable de tirer profit.

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