‹ Les théâtres anglais. Avec une préf. de Edwin O. SachsChapitre 21 sur 36 · L OLYMPIA · texte numérisé non relu

L OLYMPIA

Est-ce, à proprement parler, un théâtre?... C'est un lieu de spectacles nautiques.

L'entreprise n'est pas nouvelle. Paris a eu jadis son Théâtre-Nautique, en 1834, à la salle Ventadour, qui fut depuis le Théâtre-Italien, et qui, aujourd'hui succursale de la Banque de France, voit circuler des richesses que le théâtre ne lui mon-

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tra jamais. Mais lo Thoàtre-Nautiquc de la salle Ventadour était un jouet d'enfant à côté de ce que fut l'Olympia de Kensington. Imaginez un hall immense, de forme ovoïde, ayant 121 mètres dans sa plus grande dimension, 56 dans sa plus petite ; partagez cet ovale en deux parties dans le sens de la longueur : d'un côté, édifiez des gradins, qui montent jusqu'au faîte et peuvent recevoir dix mille spectateurs ; de l'autre, étalez une nappe d'eau, au-dessus de laquelle se dessine un cadre de scène de 76 mètres d'onverture : c'est l'Olympia. La nappe d'eau qui, en avant du cadre, épouse la forme de la construction, vient affleurer le premier rang des spectateurs, et figure ainsi une sorte de proscenium liquide et convexe. Tout au fond, face au public, et sur les cotés de cette scène mouvante, des immensités de toiles peintes et des châssis monumentaux représentent un décor de port de mer et de ville fortifiée. Bientôt arrivent des bateaux de guerre, qui évoluent, virent, manœuvrent. Puis Tescadre ennemie se montre : c'est la bataille ; les canons tonnent, les torpilles éclatent, des navires désemparés se penchent, coulent, disparaissent; la nuit interrompt le combat; la flotte victorieuse rallie ses vaisseaux épars, les feux s'allument, des signaux lumineux brillent dans la nuit, et, quand ]•' joui- -o lève, une revue, solennellement passée

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par le bateau amiral, aux accents du God save the Qiieen, écoulé debout par les assistants, met fin au spectacle.

Et c'est un très beau spectacle. Car tout y est réglé avec un extraordinaire souci du détail et une incroyable précision. Ce n'est pas deux ou trois bateaux qui sont en présence, mais bien une douzaine. Leur allure n'est pas celle de barques de plaisance, mais ils vont à une grande vitesse, et leurs évolutions sont merveilleusement ordonnées. Lorsque les canons tonnent, ils n'éclatent pas au hasard, mais bien dans la direction de l'ennemi qu'ils ont visé. On en voit l'éclair et la fumée. On voit la torpille sorlir de son tube avant d'aller éclater au but qui lui est assigné. Et, quand les pavois montent au grand mât, quand, la nuit, les signaux électriques communiquent les ordres de l'amiral, les manœuvres ne se font pas à l'aventure : les pavois répondent aux pavois, les signaux répondent aux signaux.

A vrai dire, ceci ne relève pas du théâtre, mais du « spectacle », et il n'y a là que le fait d'une mise en scène habile. Quant au « truc », il est élémentaire : chacun de ces bateaux a environ 3", 50 de long; il est pourvu d'un moteur électrique, et un homme allongé au fond de sa coque dirige ses mouvements. Quoi de plus simple?... Il fallait le trouver.

Pendant l'I^xposition de 1000, on a, du reste, organisé ù, Paris des spectacles semblables ; mais ilsn'y rénssirent qne médiocrement. Je dois ajouter que rOlympia de Londres, que cependant j'ai toujours vu bondé, n'existe plus depuis un an.

LKS MUSIG-H.VLLS

Il y (H d plusieurs : FAlhambra, l'Empire, le Palace, le London Pavilion, pour ne citer que les principaux, presque tous d'une superbe magnificence et d'un goût parfait. Les nôtres les ont copiés, mais sans faire oublier les originaux.

Nous n'avons pas à parler des spectacles qui y sont offerts au public : des chansons, des scènes d'imitation, de ventriloquie, d'équilibrisme ou d'escamotage, des exercices de force ou de voltige, des ballels, etc.. La mise on scène de ces ballets est toujours somptueuse et, jusqu'à ce jour, inégalée à Paris. De la machinerie, rien à dire. Mais la décoration de leurs édifices est grandiose.

L'Alliambra, l'Empire, le Palace sont comme (les palais de féerie, où la salle elle-même ne serait qu'un resplendissant décor, disposé pour le plaisir et l'agrément des yeux.

L'Alhambra est tout velu de vieil or, le Palace est bardé de marbre veiné, l'Empire cbatoie dans les

étoiles légères. Tout y est élégant, joli, solide, puissant. Les splendeurs des ballets qui se développent sur la scène y semblent des choses attendues et escomptées, elles s'identifient avec les merveilles de la salle, elles en émanent, elles les prolongent, elles leur deviennent pareilles. Le spectacle est complet, le plaisir parfait. Le rideau de velours qui tombe sur Tapothéose finale ne marque nul arrêt, ne crée nulle dissonance; les mains retrouvent près d'elles ce que les yeux viennent de quitter; le spectacle est ici des deux côtés de la rampe, car les acteurs, tandis que nos regards les accompagnent dans leurs palais de toile peinte, voient devant eux un parterre de gorges nues dans un palais d'or vrai.

Cherchez à Paris, dans nos salles de concerts: les gorges n'y manquent pas, môme trop nues; mais où sont les palais d'or vrai?

Bornons ici cette revue des théâtres de Londres.

A quoi bon aller à l'Adelphi, ou à l'ApoUo, ou au Saint-James's, où joue ce parfait comédien qu'est M. George Alexander, ou au Griterion, théâtre tout en cave, comme jadis l'Athénée du (( père » Montrouge, ou encore au Shaftesbury, ou au Savoy, ou au Terry's, ou au Comedy, théâtres du second ordre?...

Dès à présent, les faits probants ou simplement caractéristiques sont notés. Nous ne pensons pas en avoir omis qui soient de quelque importance.

Voilà donc ce que sont les théâtres de Londres. Ils constituent, dans leur ensemble, une contribution précieuse. Mais aucun d'eux n'est parfait, et pourtant il en est qui sont construits d'hier. C'est l'occasion de nous demander ce que pourrait être ce théâtre idéal que nous n'y avons point rencontré.

QUATRIÈME PAKTIE

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