‹ Les théâtres anglais. Avec une préf. de Edwin O. SachsChapitre 20 sur 36 · HAYMARKET THEATRE. — WYNDHAM'S THEATRE · texte numérisé non relu

HAYMARKET THEATRE. — WYNDHAM'S THEATRE

UAYMAIIRKT THKATRK ROYAL

J'auraisainié pouvoir donner ici auHaymarketIa place qui revient à l'un des premiers théâtres de Londres. Mais la description que nous en pourrions faire répéterait, sur beaucoup de points, celle du Majesty.

Le Haymarket est parmi les théùtres les mieux ac^encés, les plus confortables, les plus élégants et les plus recherchés que possède la grande ville. Les comédies qu'on y joue y attirent inlassablement la société la plus choisie. Lorsque M. BeerbohmTree songea à construire sont héàlre, il dirigeait le Haymarket, et c'est d'ailleurs juste en face de celui-ci qu'il l'installa; il reproduisit donc, dans le nouvel édifice, toutes les dispositions heureuses dont il avait apprécié le mérile dans son ancien théâtre: «'t le Majesty n'est, en somme, qu'un Haymarket perfectionné.

La salle du Haymarket contient moins de places

que sa jeune rivale. Elle n'en a que douze ou treize cents. Elle s'en distingue principalement en ceci, que le premier balcon, au lieu de surplomber les fauteuils d'orchestre ou de parterre, leur fait suite en surélévation, comme Tamphithéàtre de rOpéra de Paris. Elle comprend trois balcons, très profonds et étages de hauts gradins, des avantscènes, et des loges en pan coupé, au fond de la salle, mais aucune autre de côté ni de face. L'or domine dans la décoration, encadrant aux balcons des panneaux décoratifs. Les couloirs sont tapissés de rouge. Des tapis également rouges couvrent le parquet à tous les étages. Le foyer, les bars, les vestiaires, etc., sont installés avec le confortai)le accoutumé. La scène n'a pour ainsi dire pas de proscenium. Des tentures de velours grenat tiennent lieu de manteau d'Arlequin. Nous avons signalé ailleurs l'ingénieuse installation de l'orchestre des musiciens, entièrement dissimulé sous la partie antérieure du plateau de scène, et tout à fait invisible des spectateurs.

Le Haymarket est renommé pour l'heureux choix de ses pièces, pour l'excellence coutumière de ses acteurs, pour la perfection de ses mises en scène. Il n'est pas moins justement apprécié pour la sagesse de son administration.

Il est présentement dirigé par deux hommes, de capacités diflérentes et de mérite égal.

M. Frédéric Harrison, comédien de talent, qui ne pratique plus guère l'art oii il excella, fut le « manager » de M. Irving au Lyceum et celui de M. Tree dans ce môme théâtre du Haymarkct, où il commande aujourd'hui. C'est un homme d'un jugement fin, d'un goût sûr, d'une application rare et d'une élégante bonne grâce dont j'ai pu goûter le charme. 11 est, déplus, un administrateur de premier ordre, dont la vigilante gestion a amené le Haymarkct à son plus haut degré de prospérité. Cet heureux théâtre ne pratique que le succès triomphal. On n'y sait pas ce que c'est qu'un « four v, et une pièce qui n'y aurait que deux cents représentations y marquerait une date. J'y ai vu jouer à deux reprises, l'été dernier, une comédie en quatre actes, the Second in Commande du capitaine Robert Marshall, qui avait déjà dépassé la deux centième ; chaque fois, je me suis trouvé au milieu d'une sane comble du haut en bas, où je ne pus, à la lettre, constater aucun vide; et c'est avec le même spectacle que M. Harrison se proposait de rouvrir son théâtre au mois d'octobre.

A ce propos, voici un trait particulier et assez significatif des mœurs britanniques.

Tlie Second in Conunand met en scène des militaires, qui, entre le troisième et le quatrième actes, vont se battre au Transvaal et en reviennent. J'avais déjkété surpris de trouver mêlés à la même

action des officiers de tous grades, colonel, major, lieutenants, sous-lieutenants, et de les voir en user entre eux avec la plus grande familiarité, se prenant par la tunique et se colletant par plaisanterie, ou se redressant contre leurs supérieurs, le verbe haut et la bouche coléreuse.

Mais ce n'était rien. Au dernier acte, les protagonistes sont de retour de la guerre d'Afrique; ils ont rudement bataillé, et ils sont tous plus ou moins éclopés, l'un traînant la jambe, l'autre portant le bras en écharpe, un troisième s'appuyant lourdement sur une canne. Ainsi éprouvés, ils se mouvaient au milieu d'une action de comédie plaisante, qui, presque à chaque réplique, provoquait l'hilarité du public... Je regardais la salle avec étonnement : je la voyais rire et se pâmer de joie devant des officiers, qui exposaient sous ses yeux des blessures reçues dans une guerre pénible, qui occupait le monde depuis deux ans et demi et n'était point finie, qui a mis en deuil des milliers et des milliers de familles, et qui souleva l'àme britannique d'une passion de carnage. Guerre nationale s'il en fut, où s'acharna ets'aveugla l'orgueil d'une grande nation !

Et, par la pensée, je transportais the Second in Command en France, sur un théâtre parisien; je rifiiaginais jouée dans des conditions identiques, au lendemain de la retraite de Langson, ou tandis que des soldats français mouraient de fièvre sur la route

de Tananarivo, et je me disais qu'une telle entreprise de gaieté y eut été alors impossible. En passant, je note cette observation, où Ton prendra sur le fait la dilVérence de tempérament des deux peuples.

M. Frédéric Harrison a trouvé l'aide la plus précieuse dans la collaboration de son associé, M. Cyril Maude. M. Maudo, qui, à l'exemple de M. Tree, commença parjouer la comédie en amateur, est maintenant l'un des comédiens les plus appréciés de Londres. Il adelagrùce, de l'élégance, de la finesse, une façon de dire simple et pittoresque, qui rappelle celle de M. Xoblet, avec un peu plus de gravité.

A eux deux, M. Frédéric Harrison et M. Cyril Maude, l'un commandant à l'avant-scèno, l'autre régissant l'administration, dirigent le Haymarket avec un éclectisme remarquable et un bonheur justifié, et leurs noms sont de ceux qui ne pouvaient être oubliés dans cette revue des théâtres anL'-lni'^.

AVVDIIN AM S THF. A THE

C'est encore un comédien, sir Charles Wyndham, qui a ouvert, à Charing Cross, il y a près de deux an<. h' théâtre au(juel il a donné son nom.

M. Wyndham dirigeait — et dirige encore du reste, de concert aA^ec M. Arthur Bonrchier, acteur lui aussi — le Criterioh, à Piccadilly. C'est un des comédiens les plusjustementréputésà Londres. Bien campé, élégant et fin, le geste rare et net, la voix bien timbrée, grave et chaude, M. Wyndham, par la discrétion de son jeu, me rappel aitM. Febvre, mais un Febvre plus délié, plus délicat, plus expert dans l'art des nuances ; point d'acteur qui lui soit supérieur dans l'interprétation de la comédie moderne.

il supporte sans faiblir le poids de sa double direction, et il a su faire de son nouveau théâtre l'un des plus élégants de la ville.

La salle contient deux étages de balcons, et il est superflu dénoter une fois de plus que ces balcons, ici comme partout, sont étages en amphithéâtre. Point de loges, mais seulement des avant-scènes joliment drapées de rideaux relevés par des embrasses.

La décoration est blanche, rehaussée d'ornements et de filets d'or. Les fauteuils sont tendus d'étofTe bleu tendre; les murs des couloirs sont d'un bleu plus foncé. Le long des balustrades des balcons, se succèdent une série de cartouches peints de sujets aimables. Un ascenseur donne accès, à l'étage supérieur. L'orchestre des mucisiens est en contre-bas. Le vestibule elles couloirs répètent, dans des cadres

sculptés, des panneaux de soie vieux rose. Un salon élégant, outre le foyer, est réservé aux dames. Des plantes vertes et des ileurs garnissent tous les coins. L'ensemble donne une impression de grand confort, mêlé à beaucoup de gn\ce.

M. Wyndham, outre son talent de comédien, possède un don rare de metteur en scène, et son thoàtro est estimé pour les parures ingénieuses dont il vèt les œuvres quiy sont représentées. Il n'y donne guère que des comédies modernes (cependant, c'est M. Wyndham qui joua à Londres une traduction de Cfjrano de Bergerac), et il ne s'est point soucié d'innover, ni dans la construction de son théâtre ni dans l'installation de la machinerie. A titre documentaire, voici les mesures de la scène du Wyndham's :

Hauteur, du plateau au cintre 20"", 00

Profondeur 10'",50

Largeur, de mur à mur 12", 00

Hauteur du cadre 12™, 00

Largeur du cadre 9'", 30

Le plancher de la scène a très p<Hi d'inclinaison. Le proscenium est réduit à sa plus simple expression. Le manteau d'Arlequin est supprimé, le décor s'appliquant directementau cadre de scène. Le rideau s'ouvre par le milieu : il est d'un gros velours bleu gris, drapé et relevé sur une lourde tenture de soie jaune.

Nous en aurons assez dit du Wyndham's, quand nous aurons ajouté qu'il contient environ douze cents places. L'éclairage delà salle est obtenu par des appliques de bougies électriques au balcon, par un lustre peu important, et par une rampe circulaire, non apparente, qui circonscrit le plafond.

Les Parisiens diraient du Wyndham's que c'est une « bonbonnière.)).

THE LONDON HIPPODROME. — DALY'S THEATRE i;OLYMPIA. -- LES MUSIC-HALLS

THE LO.NDON IlIPi'ODROMK

L"lii|)[)odiome, construit par rarcliitccte Frank Matchani, et dirigé par M. II. E. Moss, a été inauguré en 1900. C'est un édifice magnifique, et son aménagement est incomparable. Il réalise à merveille la combinaison du cirque et du théâtre, vainement cherchée a l'Hippodrome de Paris.

Il est édifié à Tangle formé par Granbourn street et Charing Cross. Trois larges baies, fermées par de massives portes d'acajou, et séparées par des colonnes de granit, y donnent accès. Des pilastres et des colonnes de marbre et de granit ornent la façade. Au sommet de ces colonnes, de puissants fanaux électriques pendentàl'extrémité de lances tenues en main par des personnages vêtus à la romaine. Couronnant Tédifice, au-dessus d'un dôme de fer, un quadrige de bronze est conduit par un

Romain casqué. Et Tensemble se distingue par une grandeur assez simple.

Dès le vestibule, le luxe éclate. Il se manifeste dans les promenoirs, au foyer, au bar, au salon des dames. Voici des parquets de mosaïque, des murs vêtus de marbres d'Italie, des plafonds sculptés, un largo escalier de marbre blanc, des panneaux de peintures choisies dans des cadres sculptés, des tapis épais, et encore et partout des colonnes et des revêtements de marbre poli.

Un large couloir circulaire enveloppe la salle, et ici s'étale tout ce que l'imagination anglaise peut inventerde luxueux, de confortable et de pratique.

Un rectangle allongé, voilà la salle de l'Hippodrome. Au milieu, s'inscrit une piste circulaire, autour de laquelle montent, sur trois cotés, en épousant sa forme, des rangées de fauteuils, dominées par une succession de loges qui s'ouvrent de plaiu-pied sur le couloir extérieur. Au-dessus des loges, deux balcons rectangulaires. Sur l'un des plus petits côtés du rectangle, et l'occupant tout entier, la scène se dresse, fermée par un rideau de velours rouge partagé par le milieu. En face de la scène, et s'enfonçant jusqu'à l'extrémité du rectangle, deux étages de profonds amphithéâtres supportent d'innombrables fauteuils. Le théâtre entier peut recevoir deux mille cinq cents spectateurs.

LES THÉÂTRES ANGLAIS 2il

La salle est décorée dans le style de la Renaissance flamande. Les balustrades ajourées, les balcons ouvragés, les sculptures, les statues, les panneaux de peinture, les lustres de îer forgé s'y harmonisent dans une débauche d'or éclatant, de colonnes de marbre, de chapiteaux de bronze. Le plafond est ouvert au centre, sur sept mètres carrés environ, et, au-dessus de cette ouverture, on aperçoit une colonnade qui supporte une toiture mobile à coulisses. Les fauteuils de velours sont spacieux. Des tentures drapent toutes les loges et toutes les portes.

Au sommet de l'édifice est établie une chambre de ventilation, de vingt mètres carrés, qui, selon un système entièrement nouveau, attire incessamment l'air extérieur et le projette dans le théâtre, après qu'il a passé, l'hiver, sur des calottes (l'eau chaude, VéU^ sur des conduites d'eau glacée.

Comme celle du .\ou veau-Cirque, à Paris, la piste, recouverte d'un tapis-brosse, est constitué»' par une plate-forme d'acier, portée sur un piston hydraulique, et qui, en s'abaissant, forme le fond d'un bassin qu'une minute suffit à remplir d'eau. Deux couloirs, ménagés en pans coupés, adroite et à gauche de la scène, donnent accès dans la piste : ces couloirs peuvent être au^vj imiiKM'^n's, (]o t(>llo sorte qu'il est possible de

faire entrer, évoluer et défiler des gondoles sou;? les yeux des spectateurs.

Mais la principale originalité de la construction est dans Faménagement de la scène.

La scène a dixmètres d'ouverture et seize mètres de profondeur, et son plancher, qui est d'un seul tenant, est supporté par des solives d'aci<M' qui peuvent à volonté en abaisser le niveau jusqu'à celui de la piste, de manière à ne former avec celle-ci qu'un immense plateau, où se déploient à l'aise leschasses, les poursuites et les cavalcades. A sa hauteur extrême, qui est de deux mètres, la scène est pareille aux scènes de tous les théâtres, avec l'inclinaison habituelle. Abaissée à des niveaux intermédiaires, elle permet, par sa combinaison avec la piste, transformée ou non en bassin, toutes les réalisations possibles de mises en scène, pour les spectacles les plus divers.

Telle est, brièvement résumée, la disposition de l'Hippodrome. Elle réalise le type du théâtrecirque. La réunion, dans un môme édifice, d'une piste et d'une scène constitue un problème qui, à notre connaissance, n'avait pas encore été résolu : dans un cirque, les places sont disposées circulairement autour de l'arène ; dans un théâtre, elles sont tournées face à la scène. Ce problème l'est aujourd'hui. Par l'habileté de ses plans, l'architecte de l'Hippodrome de Londres a construit un théâtre-

cirqu»' où tous les spectateurs sont également bien placés pour apercevoir le spectacle de la scène et celui de la piste. Un directeur intelligent, M. Moss, sait y organiser des divertissements infiniment variés. Etonnez-vous, après cela, qu'avec ses deux représentations quotidiennes riHppodrome soit devenu, dès son ouverture, l'un des théâtres les plus prospères de Londres !

DALY S TUF.ATP.K

Le Daly s'ouvre sur Leicester square, entre rLmpire et l'Alhambra, ces deux « music-halls » qui semblent des décors de féerie, et il fut construit un an avant le Majestv. Il fut Tœuvre et la propriété de M. Daly, mort depuis. M. Daly était un magnifique imprésario américain, accoutumé à voir grand et à faire beau, et il possédait à New- York un théâtre analogue à celui-ci, et qui porte le ?n«*me nom, celui d»» son chef, Daly's Theativ

Je signale le Daly pour la richesse et la magniiicence de sa décoration. Décoration un peu lourde, à mon sens, où Lor s'étale sans mesure, triomphe sans modestie, mais jolie néanmoins, et qui nous donne une salle charmante dans son

épanouissement de luxe, avec ses portes d'acajou, pleines et lentes, ses panneaux de bois incrusté, ses fauteuils somptueux, ses couloirs élégamment tapissés, ses vestiaires larges, et la tenue sévère qui donne à tout ce luxe l'aspect d'une richesse de bonne maison.

Les mises en scène du Daly, nous savons ce qu'elles sont : en or solide, comme les massives ligures de la salle, et d'un goût merveilleux.

Mais c'est tout. Le théâtre a bien une arrièrescène, mais il n'a ni machinerie nouvelle, ni dessous, sinon un sous-sol de 2™, 25, qui sert de magasin d'accessoires. Le cintre est également peu élevé; ce théâtre peut faire des mises en scène élégantes : les décors nombreux, les changements rapides lui sont interdits.

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