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LES PANORAMAS

On se souvient que, décrivant la mise en scène du Chemineauh Londres, nqus avons dit que Thorizon du premier acte y était figuré par un « panorama)). Qu*est-ce donc que le panorama, et quel peut être son rôle?

Un décor do plein air se compose de deux parties essentielles : d'abord, une toile de fond, qui ferme la scène au lointain et prolonge les derniers plans en trompe-l'œil, avec des illusions de perspective plus ou moins profondes; puis, de chaque côté, des châssis qui limitent le tableau et masquent la coulisse.

Si le décor se bornait à ces deux éléments, TefTet en serait désastreux. Toute la partie supérieure du théâtre, cette cheminée monstrueuse où s'entassent, comme dans la mâture d'un navire, les toiles, les rideaux, les cordages, les ponts, les passerelles, apparaîtrait béante au public, parce que, si haute que soit la toile de fond, elle ne le serait jamais assez pour dissimuler la vue de ce bric-à-brac. On a imaginé alors

l'artifice des frises, ou bandes d'air, qui arrêtent l'investigation du regard, cachent en môme temps les herses qui servent k éclairer les divers plans de la scène, et viennent, à droite et h gauche, se raccorder aux châssis latéraux.

Mais les inconvénients des frises sont grands. En premier lieu, elles sont laides à voir et destructrices de toute illusion. Il faut que l'accoutumance nous ait fait un œil spécial pour que nous ne soyons pas choqués h chaque occasion par le spectacle de ces loques peintes, qui pendent lamentablement au-dessus do la scène, s'agitent à tous les courants d'air et se balancent mollement avec la prétention de figurer les profondeurs du ciel. Et cet inconvénient s'aggrave avec le temps; car elles s'effilochent, se recroquevillent, se salissent, se détériorent à la poussière, se marquent de rigoles détrempées sous les inévitables infiltrations de la pluie, et, comme elles sont peintes de couleurs claires et tendres, les taches y apparaissent avec une indiscrétion d'autant plus fâcheuse.

Quant aux châssis, nous avons déjà dit ce qu'ils valent pour Tillusion de Tensemble.

On a donc été amené à chercher un mode de décoration qui supprime, ou tout au moins diminue notablement Tusage des châssis et des frises. Et Ton a trouvé le panorama, ou « horizon ».

C'est un large rideau de toile, auquel on donne

la plus grande hauteur possible, mais qui, au lieu d'être plat et de ne fermer la scène que dans sa largeur, s'incurve au contraire, lui fait une ceinture de toile peinte, et vient se fixer, à droite et à gauche de la scène, le long de cylindres verticaux, sinon au premier, du moins au second plan, présentant ainsi une vaste surface semi-cylindrique, qui enveloppe presque la totalité de la scène.

Il en résulte donc que : Vie panorama supprime la plus grande partie des châssis; 2* il réduit en môme temps à leur minimum, en raison de sa hauteur, le nombre des frises : une seule suffit généralement (on a proposé de compléter le panorama par une coupole semi-sphérique qui viendrait s'appuyer contre le mur de face et dispenserait totalement des frises ; mais ce système est à peu près inutilisable); 3^ enfin — et ceci n'est pas le moindre bénéfice — en abolissant dans la décoration les arêtes, les brisures, les lignes verticales qui coupent le décor et rompent les perspectives, il permet au décorateur des effets infiniment plus complets et plus saisissants, et aide puissamment à l'illusion totale.

Mais un horizon est une surface peinte considérable, par conséquent coûteuse et encombrante. Il s'enroule sur un cylindre au moyen d'un appareil de glissement particulier. Où loger dans un théâtre tous les horizons afférents aux nombreuses pièces

qui y sont jouées, et comment oser en engager la dépense?

On peut parer à cette difficulté en se bornant à deux ou trois panoramas, représentant des ciels caractéristiques, et qui seraient complétés, selon les besoins, par des fermes ou des constructions, et variés au moyen de Téclairage. A TOpéra de Buda-Pesth, on Ta tournée de la manière suivante : on n'y poss.ède qu'un seul panorama, mais il a cent cinquante mètres de long, et il figure des ciels différents, qui vont du plein solçil à l'orage, en passant par tous les aspects intermédiaires. Le panorama tout entier peut se déroulei^ sous les yeux du spectateur, s'il le faut, mais on peut aussi n en exposer qu'une partie, celle des nuages ou celle du soleil, selon les besoins de la mise en scène.

Nous n'avons eu que rarement à Paris l'occasion de voir employer les horizons. /

L'une des premières applications en fut faite, il y a peu d'années, dans un décor à' Idylle rouge ^ au Gymnase, sous la direction de MM. Porel et Carré ; il faut reconnaître que nous en avons vu plusieurs autres depuis, notamment dans /'A /(//on. L'usage n'en est guère plus répandu à Londres.

A coup sûr, il ne saurait être généralisé, et toutes les décorations ne s'en accommoderaient pas; mais

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il faut en attendre, dans des cas fort nombreux, des effets de pittoresque, d'ensemble et d'harmonie, trop éclatants et trop sûrs pour que remploi n'en soit pas préconisé dans la plus large mesure.

Le panorama est le plus puissant facteur d'illusion de l'arsenal décoratif.

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