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LA COMÉDIE ITALIENNE

Efiectivement; on ne sait comment faire pour le contenter. 11 est soûl des vieilles pièces, les nouvelles le rassasient dès la première représentation.

Il est vrai que vos nouveautés passent comme des ombres.

LA COMÉDIE FRANÇAISE {levant les yeux au ciel). Que Paris est aujourd'hui de mauvais goût!

Vous le trouvez raisonnable Lorsqu'il va s'amuser chez vous; Mais vient-il s'amuser chez nous, Son goût vous paraît détestable.

Mais vient-il s'amuser chez nous, Son goût vous parait détestable. »

Cinq ans plus tôt ces impertinences et toutes celles qui suivent eussent amené une répression prompte et brutale. Car ce n'était plus seulement dans leurs privilèges, c'était aussi dans leur dignité qu'on alla-

tjLun't les Coraédiens du Hui. Mnis le Régenl, qui commenrail ù p^rmeHre toiiles les audaces et qui conservail di^s plaisirs forains — on TavaiL souvent rencontré, chez le père Dubois, en joyeuse compagnie — un souvenir reconnaissant, ne songea pas à sévir; bien au eonlraire : il fil représenter /rt Querelle tles ThêâliT>i sui* Ja scène môme de t'Opéra. El la même laveur fut accordée à la Princesse de Carizme, celte merveilleuse beauté qui rend fous tous ceux qui la conlempïent, à tlle des Amazones et aux Amours de Nimterre. Quel Iriompbe pour les Forains 1

Triomphe bien épliémère. Ces allaques iiicessanlt^s et ces empiélemenls scandaleux exaspérèrent la Comédie Française, qui rédîj^ea inie nouvelle [ïclilion; et la Cour ayant décidé ta suppression de tous les spectacles forains, le Bégenl n'osa pas résister. Du moins voulul-il donner à ces vieux amis, qu'il sacrinaitàconlre-cœur, un dernier lénioiguage de synipalhie. Il fit jouer an Piilais-Royal les Ftinérmlles de la Foin-, cl honora de sa présence celte comique oraison funèbre, composée cl dite par les défunls eux-m<^nies. Les Forains faisaient rire jusqu'après tour morl, et de leur mort. « L*Opéra-Comique, disait le Duc en sortant de la représcntalion, ressemble au cygne, qui ne cbanle jamais plus mélodieusement que quand il va mourir. »

Mais les viclimes ne voulurent pas mourir sans vengoauce. De la scène même du Pcdais-Hoyab cctle ancienne scène des Comédiens du Iloi, ils lancèrent

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contre leurs persécuteurs une suprême imprécation:

€ Public, dans ce malheur qui nous regarde tous, Maudissez les Romains, et dites avec nous :

Que le Grand Diable les emporte ! »

La Foire était morte.

Vive la Foire !

CHAPITIIE IV

LES ACTEURS FORAINS ET LES COMÉDIENS ITALIENS RAPPEL DE LA FOIRE A LA VIE

Hoslililé des conicdiens ilalicns conlre les acleurs forains au moment de la suppression des théâtres de la Foire. — Leur union sous le précédent rèfçne. — Les Italiens à la Foire. Leur insuccès. — Résurrection des spectacles forains.

Ce que le duc d'Orléans avait appelé le chant du cygne était donc en réalité un cri de malédiction, un anathémc lancé contre les Comédiens Français.

Mais si, dans leurs Funérailles, comme dans les pièces précédentes, les Forains s'étaient attaqués, avec une violence redoublée, aux auteurs responsables de leur mort prochaine, ils n'avaient pas non plus ménagé les acteurs de la troupe italienne. Même, on peut dire que les critiques et les railleries avaient été prodiguées aux uns et aux autres avec autant d'équité que de libéralité. C'est soutenue parla Comédie Italienne que, dans la Querelle des théâtres, la Comédie Française fait sur la scène de TOpéra- Comique une entrée si majestueusement ridicule, et c'est d'elle qu'elle attend les forces nécessaires pour assister sans défaillance au triomphe de sa rivale.

ACTEURS FORAIiNS ET COiMKDlENS ITALIENS. 83

Toutes deux s'exaspèrent pareillement contre le public qui les abandonne, et les gémissements grotesques de l'une répondent aux plaintes burlesques de l'autre. Toutes deux sont fières à l'envi de ne jouer que de vieilles pièces, et s'entendent pour mépriser les nouvelles, parce que les nouveautés qu'elles donnent passent, semblables à des ombres. Toutes deux enfin poursuivent leur ennemie avec un égal acharnement. La Comédie Française veut étrangler la Foire, mais la Comédie Italienne voudrait bien la dévisager. Aussi est-ce avec un même entrain qu'elles sonnent la charge, après avoir sonné de l'injure, et qu'elles montent à l'assaut du théâtre forain; avec la même fureur qu'elles brutalisent leur victime, avec la même allégresse qu'elles célèbrent sa mort. Dans les Funérailles de la Foire, elles arrivent des premières, la main dans la main, radieuses, avides de contempler l'agonie de la pauvre condamnée, à qui le médecin vient de confesser son impuissance :

€ J'offrirais en vain mes recettes ; Tous mes soins seraient superflus.

Dans vos jeux on ne rira plus.

Adieu, paniers! Vendanges sont faites. >

Et quand le cortège funèbre se met en marche, les hymnes de la Comédie Française ne sont pas plus joyeux et triomphaux que les danses itahennes.

D'où venait cette hostilité entre la troupe étrangère et les troupes foraines, cette haine réciproque, si brusquement née, semble-t-il, et si peu prévue? Car enfin, les Italiens n'étaient de retour à Paris quo depuis deux ans, depuis 1716, et jusqu'à leur départ

m LA FOIRE.

vaienl vécu avec les Forains en bonne* ligpnre. llsf^iiihip rjoe les nus ni If^sfiiilrrs ne ijpv*i avoir oublié les bons oflices auLreruiîi éelmngés, les efforts pareils faits pour atlirer la public, et leurs communs griefs contre la Comédie Française* Les persoonnf^os des Ihéûlres forains n'étnient-ils pas les mi^'mes que ceux des Italiens? En se frottant aux Crispins et aux Lisettcs des Kegnard el des Lesage, Arle<|uin, Seara mouche et Colomhine avaient pu prendre 1 esprit parisien*, mais leurs noms soigneusement conservés et leurs costumes fidèles à la tradilion llorentine et napolilaine disaient assez leur origine. Et fpiclqnesuns des acteurs (jui jouaient ces j^erson nages n'étaient- ils pas autant de traits d*union entre les deux Ihéàlresrpii les avaient tour à tour possédés? Avant de s'engager à la Foire, Oclave^ frère de Mez^elin, avaif joué rhez les Italiens, à rilôtel de ïîourgogne; Dominique, le premier »ujet de la troupe Saint-Edme, était le (Ils d'un comédien bolonais et Félcve d'un acleur florenlin, Pascarie! : il est anjourtriuii chez te Parisien Fran-

i. hç rlassb^wc Arlequin dltatie étail im valet ignorant et *iim|jle, poltroti, onturier el gourmand. Tel il tîlîiU joué par THvelin. Les Forains, sachant qne le Franrais aimait resprit, enflrent nnperf^onnagespirilypl.el les lialîenii les imiti'rent* • FôrHipie re personnage, dit Hiceolioni» a et*'- manié par des arloiirsdr (Quelque gt'^nie, il a fait les délices des phis firands rnis v\ des gens du meilleur gofiL C'est un caméléon qui pti:nd hiutes les couleurs, et devient un earact^re admirable qm peut divertir les princesses, les dames de condilion et Iph lilletà les pltïs simpleii- ■ L'Arlequin de la l^^oiren'a gardé de fcion nncélrc que les gestes comiques, Tagililéj l'art de bien danser, de hicn sauter, de bien culbuter — C'est Pierrot qui remplira l'Arbiquin primitif.

cisque, mais il jouera demain, sous l'habil de Pierrot, au Théâtre Italien de la rue Mauconseil. C'est à la Foire encore, dans la troupe d'Octave, où il faisait les rôles d'amoureux, qu'avait débuté Romagnesi, fils de Cinthio, acteur du théâtre italien. Les pièces elles-mêmes se ressemblaient, et les Forains n'avaient pas toujours méprisé celles de leurs camarades étrangers. C'est à eux qu'ils avaient emprunté l'idée des parodies, dont ils abuseront peut-être tout à l'heure; et, de même qu'après la malencontreuse représentation de la Fausse Prude, ils s'étaient attachés quelques-uns des acteurs en déroute, de même ils n'avaient pas hésité à puiser dans le répertoire italien et a adopter plusieurs des canevas, scènes ou comédies publiés en 1694 par Gherardi.

Mais les haines partagées unissent mieux que les services rendus, et les deux comédies, la Foraine et l'Italienne, avaient eu longtemps une haine commune. Même, les Italiens avaient précédé les F'orains dans la guerre contre la grande ennemie, dont ils redevenaient aujourd'hui les alliés sans rancune. Huit ans avant de se tourner contre Bertrand, les Comédiens du Roi s'étaient attaqués à ceux dont ils avaient été si longtemps, sur les scènes du Palais- Royal et de la rue Guénégaud, les voisins pacifiques. Ils leur reprochaient d'avoir, à peine installés à l'Hôtel de Bourgogne, donné des représentations en français; et ce reproche était parfaitement justifié. H y a des gens qui, à peine ont-ils mis un pied chez vous, en prennent quatre. Les Italiens avaient procédé d'autre sorte, avec un sans-gêne plus prudent.

Pour empii'lt»r sur los privilèfj^es delà Comédie Française, ils avaient attendu d'en t^tre sortis. Mais aussitôt dt^Iivrés de la surveillance immédiate de leurs amis de la veille, eomme ils avaient vile regagné le temps perdu! A peine établis sur un théûtro à eux, dès lOS?), il avaient osé donner des pièces françaises. Arlequin, Mercure f/altint, suivi bientôt d'Arlequin /ingère du Palnix, de la Matrone d'Ephèse, d^irlequin empereur dans la lune] et le succès de ces comédies, de la dernière surtout, que les Forains s'approprièrent en 1712, et qu'on jouait encore en 1752, avait élé tel, 4jue la salle, <lit un contemporain, s'était trouvée trop petite pour Taffluence du monde qui y accourait.

Victimes d'une concurrence qui devenait redoutable, les Comédiens Français n'avaient pas eu recours, comme on a vu qu'ils s'y résignèrent ensuite dans leur lutte contre les Forains, aux procédures embarrassantes, aux sergents, procureurs, avocats, substituts, rapporteurs, jufçes et leurs clercs. Ayant affaire à des étrangers, et décidés à frapper vite un grand coup très fort, ils avaient porté au roi lui-môme leurs doléances, académiquemenl développées par Baron. Invité à préscMiler la défense de ses camarades, l'orateur de la troupe italienne, Dominique, avait débuté par ces mots : « Quelle langue Votre Majesté désire-t-elle que je parle? » - « Parle comme tu voudras », avait répondu Louis XIV. — « Je n'en demande pas plus, s'était alors écrié Dominique: Sire, ma cause est gagnée » — El le roi, riant d'avoir été surpris ainsi, avait répliqué: « Ma foi,

la parole est lâchée; je n'en reviendrai pas ». — Et c'est ainsi que le roi Louis XIV avait ouvert luimême une première brèche clans les privilèges de ses Comédiens.

Fiers de ce triomphe, les Italiens s'étaient empressés de donner à la décision royale une éclatante publicité. Le 9 septembre 1684, dans une parodie française, Arlequin Jason ou la Toison d'or comique, Médée annonçait aux spectateurs la nouvelle conquête de celui qui avait déjà conquis son cœur et la toison.

< Le burlesque Jason

A conquis la toison : Il est tout fier de cette victoire.

Tout retentit du bruit de sa gloire.

Mais le plus grand de ses exploits

Est de parler françois*. »

Et ce parler français, les Italiens s'en étaient aussitôt servis contre ceux qui prétendaient le leur interdire. Auteurs, acteurs et répertoire, rien n'avait été épargné. Ce fut pendant quelques mois un joyeux débordement de représailles. « Croiriez-vous, dit Jason dans la Toison comique^ que cet animal d'Arlequin s'est permis, dans je ne sais quelle farce, de tourner en ridicule un empereur romain, nommé Titus? C'est bien à lui, ma foi, de berner un homme de cette qualilé-là ! Voyez, je vous prie, le bel emploi

1. « Ce qui donna lieu à ces vers, raconte Gherardi, ce fut que les Comédiens Français s'étaient plaint au roi, il n'y avait pas longtemps, de ce que les comédiens italiens parlaient français dans leurs pièces, et que le roi leur avait répondu : a Parlez italien, vous autres. »

de railler Bérénice, quia failpleurer toute la France, et qui fera rire dorénavant les halles et la friperie. Voilà de ces sortes de choses qui font saigner le cœur'. » On s*est étonné que cette parodie de Bénénice ait pu être donnée sur la scène de THôtel de Bourgogne treize ans après la représentation de la tragédie. « On ne conçoit pas, remarque M. Despois, quel à-propos pouvait alors présenter cette

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