‹ Les théâtres de la foireChapitre 31 sur 51 · LE DIRECTEUR · texte numérisé non relu

LE DIRECTEUR

Nous n'avons que la ressource de le proposer pour exemple ii ceux qui voudront courir la même carrière.

l'acteur.

Voici ce que j'ai déjà dit à plusieurs

Observez

Et suivez

Ce modèle; Gomme lui, peignez les mœurs; Prenez de ses couleurs La teinte naturelle.

Que le trait

Du portrait

Soit fidèle.

Consultez

La vérité; L'art n'a rien mérité

Sans elle...

Unissant

Le plaisant

A l'utile, 11 traitait tous les sujets; Et, selon les objets, Il variait son style.

Tout y prend

Différent

Caractère, Il n'est point de mauvais ton, Lorsque l'on a le don

De plaire. >

Cependant, malgré son admiration, et si vif que fût le succès de son ami, Monnet avait très vite compris l'impossibilité de transformer complètement le théâtre forain en une académie poissarde, et d'imposer au public, avec continuité, les pièces que leur stylo risquait de rendre plus monotones que d'autres. Aussi, dès les débuts du genre nouveau, avait-il, comme tous les directeurs prudents qui redoutent un échec ou cherchent à varier leurs spectacles, pris ses mesures et fait ses provisions. Il avait notam-

ment reronciuis Favart, son ancien collaborateur, cjui, après avoir dirigé le théâtre de Bruxelles et la troupe avec laquelle Maurice de Saxe égayait ses étapes, se consolait de mésaventures pénibles en travaillant pour la Comédie italienne. L'année même où il risquait Jérôme et Fanchonnctte, pastorale de la Grenouillère, Monnet donnait les Xymphes de Diane; et si les spectateurs aimaient la diversité, ils étaient servis à souhait. La forêt de la chasseresse divine ne ressemble guère aux boqueteaux du Gros- (^aillou ; et quelle distance entre la Grecque Thémirc (»l la Parisienne Fanchonnelte, surtout entre Taudacieux Agénor, ce digne contemporain des antiques Satyres, et le timide Jérôme, sujet du roi Louis XV, et pécheur (le friture de Seine! Quel contraste encore centre le Siège de Troyes, en Champagne, par Vadé, et c(»lui de Cyt Itère, par Favart ! Puis brusquement, au milieu de ses excursions dans la mythologie et la fantaisie, Monnet, rappelant son public à la réalité glorieuse, lui donnait le Mariage par escalade, pièce de circonstance, qui célébrait les exploits de nos armées à Minorque, et traduisait, à la grande joie universelle*, les sentiments peu bienveillants des Français pour Tennemi héréditaire. Des Halles à Cythère, et de Cythère à Port-Mahon, que d'étapes! Comédies poissardes, opéras comiques, vaudevilles

1. Ouelques critiques anglomanes, comme on n'en devrait jamais voir, se plaignirent, il est vrai, qu'on ne ménageât pas assez les Anglais. On avait tort, disaient- ils, de rendre injure pour injure et d'imiter l'indécence des spectacles de Londres à notre égard. Mais Favart leur répondit : « Ce sentiment fait honneur à notre nation; mais une délicatesse trop scrupuleuse aurait empêché de faire parler les per-

et pièces militaires, quelle variété! Et tout cela mêlé de ballets avec des décorations peintes par Boucher, et des costumes dessinés par Bocquet, ballets singuliers et magnifiques, qui transportaient le spectateur un peu partout, en Chine avec les Fêtes chinoises, en Flandre avec /es Réjouissances flamandes, dans les pays fabuleux avec la Fontaine de Jouvence, Jamais, de mémoire foraine, les Parisiens n'avaient été à pareilles fêtes.

Dans le vaudeville, composé par Piron, du Mariftge par escalade, de Favart, comédie patriotique et militaire représentée à la Foire Saint-Laurent le 11 Septembre 1756, les acteurs groupés sur la scène chantaient :

< L'Anglais en a dans l'aile :

Nous lui donnons tout net Son paquet;

Et son Polichinelle

N'aura plus de caquet.

Et cousi, cousa, A et' heur' là,

C'est la France qui rira. »

Or, précisément à cette époque, le Polichinelle anglais caquetait joyeusement à cette même Foire Saint-Laurent. Il se consolait d'avoir perdu Port-Mahon en escaladant le théâtre forain; et c'est Monnet qui le conduisait à l'assaut. Toujours curieux de nouveautés et de surprises, jaloux peut-être des importations anglaises de Voltaire, l'ancien entrepreneur

sonnages selon leur caractère. D'ailleurs, quelques traits lAchés par le zèle du patriotisme ne sauraient offenser une nation qui serait respectée des Français sans l'esprit de vertige qui la conduit dans la circonstance présente ». — N. B. Ces lignes n ont pas été écrites en 1900. mais en 1756;

<l<* sporlaclos français à Londres faisait représenler 1 un<» pirco qu'il avait vu jouer par Garrick, J^evilto pay^ fa Donhh* Métamorphose, ou le Diable à qualn. L'auliMir (le collo traduction était Sedaine, un nouveau venu dans les lettres. Trois années auparavant, il avait publié un reeueil de poésies fugitives, dont (iuel(|ues-unes semblaient indiquer une réelle vocation <Iraniati<jue. El c'est précisément en trouvant dans ee volume «les dialogues charmants de naturel et de vérité, «les couplets gaîment tournés, de jolies îui(»[les naïves, surtout des bouffonneries- vaudevilles, comm<» fff Tt^ilntion de Saint- Antoine, que Monnet, dont la mauvaise santé n'émoussait pas le flair subtil, songea à adjoindre à ses fournisseurs ordinaires celle nouvelle recrue. Lorsqu'il pénétrera à la Comédie Française pour aller de là à TAcadémie, Fauteur du l^hlluxoplw san.^ Ir savoir fera bien de se rappeler que c'est un directeur de spectacles forains qui l'a le premier, en lui ouvrant ses portes, poussé danssa véritable voie. Voltaire disait qu'il c ne connaissait personne entendant mieux le théi\tre que Sedaine et faisant parler ses acteurs avec plus de naturel ». Eh bien, c'est à la Foire, puis aux Italiens, toujours dans des opéras comiques, que ces qualités, en germe dans les premiers essais, se perfectionnèrent d'abord. Modeste fut le début, puisque celui à qui le même Voltaire disait un jour, en séance académique: « Vous, du moins, vous ne volez rien à personne », n'apportait qu'une farce prise aux Anglais. Mais cette libre traduction était si ingénieusement faite, si bien appropriée au public dont elle devait causer

la joie, qu'elle semblait avoir été de tout temps destinée au théâtre forain. Lesage et Fuzelier l'auraient volontiers reconnue et admise dans leur recueil; et, s'il s'intéressait encore à ces divertissements, dont le caractère avait tant changé, le vieux d'Orneval dût frémir d'aise au fond de sa retraite.

C'est qu'en effet plusieurs des éléments familiers (!(» l'ancienne farce foraine se retrouvent dans la Double Métamorphose^ ou le Diable à quatre. Plaisants jeux de scène, changements de théâtre, métamorphoses, tours de magie noire, apparition de démons costumés en abbés, en plumets, en procureurs, intervention d'un personnage allégorique, la Vengeance, danses, airs de vielle, vaudevilles, bien entendu, rien n'y manque. Il y a aussi, comme partout alors (et cela suffirait pour dater la pièce), une gaie satire de la noblesse, représentée par une marquise hautaine qui ne sait que battre et faire le diable à quatre, et un hymne en l'honneur de la liberté, de l'humanité, de la pauvreté.

c De l'argent gros comme une futaille Ne nous rend ni joyeux ni plus sain; La gaîté sur un siège de paille Se plaît mieux que sur un maroquin.

Net' bonheur est dans not' caractère.

Un méchant ne rit presque jamais.

Mais un gars toujours prêt à bien faire Vit content, et vit toujours en paix. »

Le théâtre forain venait d'être, pendant quelques semaines, pris d'assaut par les Anglais; il le fut bientôt par les Italiens. Peu de temps après la clôture de la Foire Saint- Laurent, « où M. Sedaûv^

nvail rommencé a faire fonnnîlre ses tnlents pouMf Ihédlrt* », un personnage, hauLplacnâ la cour de Don Phïli[>pe, h Parme, écrivit à Monnet de lui envoyer (les parol«*s rran(;aises pour un certain M. Du ni. ba- Inle musicien, paraîl-iU attaeh<^ h la m<^me cour, cl ipii avnil la plus ^'rande envie d** fain* un intennArJe pour les Forains. Gomme il avait vivement pris parli eoiitre la musique italien ne \ Monnet se trouva fort enibarrasî^é. Il essaya de se tirer rradaire en faisanl des observations sur les diffieultés qu'un compositeur élrtmger aurait à vaincre dans la prosodie de noire langue; il ajoolailque M. Duni, ne connaissanl ni le ^oût de la nalion ni la qualité des acteurs de la Foi ri', risqua il rie Iravaîller infrurhieusernent. Mais toutes <!es ol»jecLions furent vaines, et ne rebuliS rent pas Tenh^té musicien. Venu à Paris, reçu pensionnaire de la Comédie italienne, et protégé par la diploma!it\ il parvint à faire jouer à la Foire Sain Laurent de 1757 le Pcinire amoureux de son modèle, Ce fui, sur retle m^me scène où Ton avait si vaî lannnenl défendu la musique française, le triomphe de la inusîtjue ilalienne, « Ctile pièce, disait plus tard Monnet avec mélaneolie, est restée au tliéAlrc et c'est elle qui acheva de fixer le goût des Françaîi pour la musique ultramonlaine. •

G est alors qu'humilié dans ses goùls et dans son amourq>ropre, abattu par la mort de son ami Vadé, et plus encore par la maladie, Monnet abandonna s direction, qu'il céda à Favarl et au sieur Corbyas

L Ci? ijni ne l'empt^ha p.is de placer une grande partie dt Ba fortune en rentes viagères sur la C^unieili« Jteltennc.

le

ciés, avec son théâtre, son magasin, les décorations, les habits, et un privilège valable pour trois années encore. Il finira sa vie, sans dettes et sans soucis, en composant ses Mémoires* et un recueil des chansons françaises faites depuis les origines jusqu'au milieu du xvni« siècle.

Nécessairement, le premier devoir d'un nouveau directeur de théâtre est de se conformer aux goûts nettement exprimés par le public auquel il doit plaire. Les Parisiens venaient de se déclarer pour la musique italienne: il fallait les satisfaire. C'est à quoi Favart et Corby s'ingénièrent, non sans succès. Aidés, poussés même par Duni, très résolu à garder la position conquise, et par d'autres compositeurs de la môme école, tels que Laruette, Monsigny, et Philidor, qui avait fait la musique du Diable à quatre, ils achevèrent bénévolement, sans en deviner les dangers, une transformation que les circonstances avaient imposée à leur prédécesseur. En peu de temps, le théâtre forain devint une sorte de Conservatoire italien. C'étaient bien des pièces françaises qu'on y jouait, le Soldat magicien^ le Cadi dupé, le Maréchal- ferrant, On ne s avise jamais de tout^ un nouveau début de Sedaine qui, cette fois-ci, imitait La Fontaine dans un conte déjà mis à la scène par Panard; mais la musique de tous ces opéras comiques était italienne.

Ces empiétements ne pouvaient convenir aux co-

1. Les Mémoires secrets les annoncent ainsi à la date du 18 février 177^2 : « Le sieur Monnet fait imprimer les Mémoires de sa vie sous le titre de Supplément au Roman Comique. Il annonce qu'ils sont écrits par lui-même ? »é

mrdions do rilôlel do Bourgogne. Ils essayèrent (Paliord do lullor contre la concurrence en donnant oux aussi, dos piôccs musicales; mais le public restait fidôlo aux Forains. Sans doute, les acteurs de la ruo Mauconsoil avaient la voix presque toujours justo, ol «luolqucfois très belle: mais, en général, ils étaient sans action, sans grâce, sans noblesse. C'est alors (juo pour se débarrasser de leurs rivaux, les Italiens proposèrent une fusion, qui, dans leur pensée, devait (Mro une suppression. Mais ils eurent beau onuinoror tous les avantages de cette offre inlérosséo : pcMMiiission assurée par TOpéra de chanter tout à son aise ol d'avoir Torchestre qu'on voudrait, ongagonKMit pris par eux-mêmes d'accueillir tous les auteurs et les meilleurs artistes du théâtre sacrifié, Sedaine, Ansoaume, Laruette, Bouret, Audinot, Mlles Doschamps et Neissel, les Forains firent la sourde oreille. Ils avaient lu La Fontaine, qu'ils imitaient volontiers, et connaissaient la fable du Li(tn mdhuUuH du Henar<L

« Oue sa Majesté nous dispense :

Grand merci de son passe-port.

Je le crois bon; mais dans cet antre Je vois fort bien comme l'on entre, Et ne vois pas comme on en sort. >

Exaspérés [)ar ce refus, les Italiens firent requête au Roi ; et, s'il faut en croire Bachaumont, cette afiaire, qui semblait n'en devoir être une que dans les ruelles, fit une grande sensation à la Cour; elle y causa morne dos schismes. De son côté, le Tout- Paris d'alors fut très étonné de voir Mgr l'Archevêque

RENAISSANCE DES THÉÂTRES FORAINS. 215 intervenir en personne, et plus étonné encore quand il apprit que Son Éminence sollicitait avec une vivacité singulière la conservation des théâtres forains. L'intervention était pourtant bien naturelle, puisqu'elle était intéressée:' les fonds abondants que ces spectacles assuraient à M. de Beaumont, qui touchait pour ses pauvres un quart des recettes, ne justifiaientils pas ses démarches? Malheureusement pour la Foire et pour l'Église, les efforts de Monseigneur demeurèrent inutiles. Après plusieurs grands conseils des dépêches, la suppression de l'Opéra Comique fut résolue ; et, si étrange que cela paraisse, la sympathie de la Cour pour les Forains ne fut pas étrangère à cette décision. On désirait beaucoup à Versailles entendre les acteurs de la Foire; mais l'étiquette ne permettait pas et ne permettra que dans dix ans de faire jouer devant la famille royale des histrions non revêtus du titre de Comédiens du Roi, On le pouvait maintenant, puisque les Forains, à la suite de la Réunion, consacrée par une ordonnance royale, jouissaient des mêmes honneurs et privilèges que leurs nouveaux associés.

En 1680, Louis XIV avait réuni les comédiens de rriôtel de Bourgogne à ceux de la rue Guénégaud. En janvier 1762, Louis XV réunissait au théâtre italien de la rue Mauconseil les spectacles du préau Saint-Germain et du faubourg Saint-Laurent. Le genre nouveau de TOpéra-Comique, le genre moderne, était fondé en France ; mais les Forains, une fois de plus, étaient exterminés.

Mais c'était une extermination provisoire.

miVliens de THôlcl de Bourgogne. Ils essayèrent d'abord de lutter contre la concurrence en donnant, eux aussi, des pièces musicales; mais le public restait fidèle aux Forains. Sans doute, les acteurs de la rue Mauconseil avaient la voix presque toujours juste, et quelquefois très belle; mais, en général, ils étaient sans action, sans grâce, sans noblesse. C'est alors que pour se débarrasser de leurs rivaux, les Italiens proposèrent une fusion, qui, dans leur pensée, devait ôtre une suppression. Mais ils eurent beau énumérer tous les avantages de cette offre intéressée : permission assurée par l'Opéra de chanter tout à son aise et d'avoir l'orchestre qu'on voudrait, engagement pris par eux-mêmes d'accueillir tous les auteurs et les meilleurs artistes du théâtre sacrifié, Sedaine, Anseaume, Laruette, Bouret, Audinot, Mlles Deschamps et Neissel, les Forains firent la sourde oreille. Ils avaient lu La Fontaine, qu'ils imitaient volontiers, et connaissaient la fable du Lion malade et du Renard,

« yue sa Majesté nous dispense :

Grand merci de son passe-port.

Je le crois bon; mais dans cet antre Je vois fort bien comme l'on entre, Et ne vois pas comme on en sort. »

Exaspérés par ce refus, les Italiens firent requête au Roi ; et, s'il faut en croire Bachaumont, cette affaire, qui semblait n'en devoir être une que dans les ruelles, fit une grande sensation à la Cour; elle y causa même des schismes. De son côté, le Tout- Paris d'alors fut très étonné de voir Mgr l'Archevêque

populaires qu'on entendrait les œuvres de Philidor et de Monsigny, mais dans leur vrai milieu, aux Italiens, sur un théâtre protégé et subventionné par ce môme roi qui, dix années auparavant, avait pris parti contre la nouvelle venue. Quant aux deux troupes, pour qui cette réforme avait un intérêt très particulier, on devine leurs sentiments. La Comédie Française ne pouvait que se réjouir d'une jonction dont l'immédiate conséquence était de la délivrer de son irréconciliable ennemie. L'Opéra, en revanche, se montrait désolé, consterné. C'est au moment même où, par suite des progrès de la musique italienne, ses affaires allaient très mal*, qu'on songeait à le priver du tribut annuel payé par les Forains *, et surtout qu'on lui opposait une concurrence, dont la seule menace était très redoutable. Du moins, essaya-t-on de le consoler par avance en décorant son chef Rebel du grand cordon de Saint- Michel. Les gouvernements, comme les chirurgiens, ont des bandages pour toutes les plaies.

Donnée le 5 février 1762, presque au jour où se faisait l'ouverture, assez maussade cette année-là par suite du départ des Comédiens, de la Foire Saint- Germain, la première représentation des deux troupes réunies fut un gros événement parisien, dont

L « On a repris aujourd'hui Zaïs à TOpéra (paroles de Cahusac, musique de Rameau). Jamais on n'a vu spectacle si abandonné. Les premières loges étaient absolument nues, les secondes très peu garnies, surtout en femmes, le reste à l'avenant »>. Bachaumont, 1762.

"1. L'Opéra se trompait. Non seulement on ne le priva pas de son tribut, mais on le porta de 20000 à 40000 livres.

l(*s irmoins s>e plaisaient plus tard à rappeler le souvenir. « Jamais les Italiens ne s^étaient vus assiéger |)ar une foule |)areille. C'était une fureur sans exemple». lies flots «le eurieux se succédaient sans interruption, et «lébordaient dans toutes les rues voisinc^s. Tout était loué depuis plusieurs jours, jusipiau paradis » *. El ce qui attirait ainsi le public, re n'étaient pas en réalité les spectacles annoncés, puisqu'on devait donner Biaise le Sabotier et On ne s\ir lac jamais lit; tout, <le Sedaine, Monsigny et Philidor, opéras comicpies connus, déjà joués à la Foire : on se pressait à la porte de THôtel de Bourgogne parce (jue, depuis trois mois, on ne parlait que de Rrmiinn, parce (pie cette affaire avait divisé la Cour et la \[\\i\ le Ministère de la police, dont les Forains dépendaient naguère, et les premiers gentilshommes de la Chambre du roi, à «jui appartenait désormais la haute direction de la nouvelle troupe. On était bien curieux aussi de voir ce que serait l'inévitable cérémonie d'inauguration. Favart ayant été, tour à lourd simultanément, le collaborateur impartial et avisé des deux Comédies, ce fut à lui (|u'on confia l'A-propos de circonstance: et les Parisiens fêtèrent, comme il convenait, la scène finale de la Nouvelle troupe, qui montrait le mariage de raison des deux spectacles. On s'embrassait et se congratulait : d'aucuns auraient voulu s'entre-dé vorer.

1. Bachaumont, 5 février 1702. Cette année-là, la j)art de chaque acteur fut de 11500 livres. Et le succès ne devait pas se ralonlir En mars 1765, le même Bachaumont écrivait : « La fureur de ce spectacle continue, le tiers des loges est loué à Tannée ».

En somme, ce fut une belle soirée, malgré les prédictions alarmantes des partisans exclusifs de la Comédie Française et des anciens combattants du Coin du Roi, qui déclaraient impossible « le triomphe des tréteaux sur la majesté des deux grandes scènes » . Et leurs critiques du lendemain n'eurent pas un résultat plus avantageux. Ils allaient partout, reprochant aux acteurs italiens d'avoir vainement cherché à se parer de la gaîté naïve des Forains, et à ceux-ci, enflés de leur nouvelle dignité de Comédiens du roi, et tout fiers de n'être plus excommuniés*, de mettre dans leur jeu une importance ridicule. Vains efforts, impuissants à refroidir l'enthousiasme général. Ceuxlà même le partagèrent, qui regrettaient le plus les spectacles de la Foire. Il est vrai qu'on venait de leur promettre une rare compensation : les deux nouvelles troupes réunies auraient le privilège exclusif de jouer la semaine de la Passion; et ces jours là, elles se transporteraient au préau Saint-Germain. La perspective de ce changement de scène, de ce retour momentané au bercail, redoubla encore l'allégresse publique. Dans la salle foraine de la rue des Boucheries, toutes les places furent retenues, longtemps d'avance : on se disputait à prix d'or les troisièmes loges. Assurément, disait-on, les pièces les plus connues et les plus usées ne pouvaient manquer, reprises sur la scène où elles étaient nées, de redevenir neuves et fraîches. Ainsi le retour au pays rajeunit les exilés. Par malheur, ce projet fut ajourné,

1. C'était un privilège des Italiens, que les Forains avaient acquis girâce à la Réunion.

«•*<»sl -à-dire, comme il arrive d'ordÎDaîre, pour los-l joiir*^ ah^ndoiinr. à la suite d'un incendie lerriblf| qui «Irvîisla la Foire Saint-Germain.

< MrnrnMJi. 17 mars, à trois heures du matin, le feaa pris dans la loi;e du nommé Nicolet, bateleur, danskl j(Mi duquel on avait tiré de Tartifice. II faisait froid et | vriit: pru d«; secours prompt à une pareille heure. Le r<*u. ne trouvant de résistance que dans des plaDches et du vi<Hix bois, a fait en peu de temps un progrès consid«'*mhle. On a apporté tout le secours de la poÙce: ^nn-t. soldats aux gardes, moines, niag-istrats, premier prrsidrnl, procureur général, lieutenant de police el aulrrs. los commissaires, tout y est venu, et y a passé un<* partie de la nuit et le jour; mais il n*a pas été pos^ sibli; de l'arrêter; tout a été consumé, et ce grand enifilacenient de loges et de boutiques est une place enlii'-n'mfnt vide. On juge par là qu'il y a eu beaucoup de pertes pour les marchands de la Foire, qui, dans la nuit, n'uni pas pu avoir le temps de sauver leurs marchandises et leurs effets. Cela a causé un grand désastre; il paraissait encore du feu dans rintérieur de la Foin* à deux heures après midi*.

Les partisans d(5 Talliance italo-foraine supportèrent ce nialhcnir avec résignation. L'un d'eux même, l'aulcur (le la description qui vient d'être citée, assez insensible au désespoir d'une foule de petits bouli- (piiers ruinés, le déclara « en quelque sorte moins important, à cause du changement dans les spectacles de Paris ». Évidemment, ce sinistre ne touchait pas rOpéra (Comique, depuis six semaines fondu et confondu avec la troupe italienne, que les flammes n'étaient pas allées, [)ar delà la Seine, chercher rue Mauconseil; mais certains autres théâtres, très pari-

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