‹ Les théâtres de la foireChapitre 30 sur 51 · Extrait des naeoleurs · texte numérisé non relu

Extrait des naeoleurs

parleront auront aussi beaucoup de naïveté et de droiture, de gaîlé et de pittoresque. C'est une harangère bien forte en gueule, Mme Saumon; mais que d'entrain, de verve et de franchise! Et quelle bonne mère cela fait! « Dieu de Dieu, par la jarni, trente millions de cocrodilles », comme elle retrousse ses manches, dès qu'on ose toucher à ses filles! Et comme les petites aussi, griffes tendues, savent défendre leur maman, même contre des soldats et des sergents du roi! « Eh! parle donc, moule à chandelles des vingt-quatre à la livre ! T'nez, c'minois de lambour de basque, dire qu'ma mère est une harangère, une femme qu'élève ses enfants comme des duchesses! » Elle est bien brutale, bien gouailleuse et bien cruelle pour le pauvre Jérôme, l'insensible Fanchonnette; mais quelle jolie fleur de tendresse naïve s'épanouit au fond de son cœur, resté bon, dès qu'elle croit son amoureux noyé.

« Quoi ! le soutien de ma vie S'ra mangé des poissons!

Ah ! tout mon sang charrie, Car j'y sens des glaçons.

Si l'on n' rapport' mon amoureux,

J'suis prête, Prête à m'arracher tous les ch'veux D'ia tête. »

Plus charmante encore est la petite Bastienne, mais combien moins vraie! C'est aussi qu'elle n'appartient déjà plus que par son jargon à la grande confrérie des poissards. Elle, et son fiancé Bastien, personnifient le paysan tel que d'aucuns, avec Vadé, se plaisaient à le représenter au xviii® siècle, le paysan

vorluoiix, de goûts simples, de sentiments nobles, m<>mo raffinés, et qui se pftme de tendresse au seul nom (lu roi bien-aimé. Ici, Vadé ne peut prétendre «juil peint ilaprès nature. Ce type de Thomme des champs, dont il reste un des créateurs responsables, est aussi faux (\ue sont vrais, aussi faits de chic que sont pris sur le vif les forts-à-bras du port aux blés, les marchandes de la Halle, les buveurs de la Courlille et les pècheux du Gros-Caillou.

C'est aux Foires Saint-Germain et Saînt-Laurenl de 1750 qu'étaient représentés les Racoleun, la comédie poissarde par excellence. L'été suivant, mourait à trente-huit ans, victime de ses excès, celui qu'on appela le Cdllot de la poésie^ le Téniers de la littérature, le Corneille des halles,

Monnet déplora la mort de Vadé comme une perte irréparable, et ce sera tout à Theure une des causes (le sa retraile. Du moins, ne voulut-il pas laisser partir son ami sans un dernier adieu public; et c'est Favart qui se chargea de l'oraison funèbre. Dans un prologue, représente à la Foire Saint-Germain de 1758, Monnet cause avec un de ses comédiens :

LK DIRECTELR.

« Oh! mon cher ami, nous avons perdu un auteur qui était la plus belle rose de notre chapeau.

l'acte l'R.

C'est une perle diflicile à réparer.

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