Cette grande première sera donnée le 12 juin
leurs aises avec les onlaïuumees policièi-e-s, cpie nr» pouvait-il se permettre, en ce leinps de laisser-faire el de laisser-aller, où ce n*élail pas le seul café i*ojal qui prenail le camp? D'ailleurs^ il se savait soutenu, par le peuple «la bord, jHMir lequel (c'est un mini-^tre qui le tlisnil). il fallail des spectacles, ensuite [>ur les l^rands seigneurs licencieux et les grandes dames iléver^ondees, par Mme du Barry elle-même, qui loul à riu^ure appellera à Choisy les principales troupes du boulevard flu Temple. Très dédaigneux ilonc des lettres orticielles, qui sont pour lui lettres mortes, Nicolcl, luin d'inlerrorapre ses jeux, les *Heud et les rend plus attrayants encore. Il augnienle le nombre de ses sauteurs, de ses instrumeuls et Je ses acteurs. Il iw doit avoir que dix tlanseurs : il en recrute soixante; on ne lui loière que six violons : il en prend vingt, et non seulement des violons, mais des instruments de toute espèce; tous ses acteurs sont supprimés : il en enrôle trente. Et violonistes, sauteurs, comédiens, de racler, danser et déclamer de plus belle sur le boulevard du Temple.
1 1 leu r fa ut s'escriraer d'à u La n t mieux * ni' u n nouveau concurrent» très redoutable, le sieur Audînol, vient de s'établir dans le voisinage, à V Ambigu-Comy que, désormais rival de la Giiitê.
Au moment de la Réunion^ Audi no t avait été plus heureux que Taconnet: acteur, lui aussi, de rOuéra- Coniique, il était entré aux Italiens. Mais forcé, à la suite d'une brouille, dr <piitter ses camarades et de s'évertuer par lui-même, il était revenu au préau Saint-Germain pour y ouvrir un spectacle de ma-
RENAISSANCE DES THÉÂTRES FORAINS. 215 intervenir en personne, et plus étonné encore quand il apprit que Son Éminence sollicitait avec une vivacité singulière la conservation des théâtres forains. L'intervention était pourtant bien naturelle, puisqu'elle était intéressée:' les fonds abondants que ces spectacles assuraient à M. de Beaumont, qui touchait pour ses pauvres un quart des recettes, ne justifiaientils pas ses démarches? Malheureusement pour la Foire et pour l'Église, les efforts de Monseigneur demeurèrent inutiles. Après plusieurs grands conseils des dépêches, la suppression de l'Opéra Comique fut résolue ; et, si étrange que cela paraisse, la sympathie de la Cour pour les Forains ne fut pas étrangère à cette décision. On désirait beaucoup à Versailles entendre les acteurs de la Foire ; mais l'étiquette ne permettait pas et ne permettra que dans dix ans de faire jouer devant la famille royale des histrions non revêtus -du titre de Comédiens du Roi, On le pouvait maintenant, puisque les Forains, à la suite de la Réunion, consacrée par une ordonnance royale, jouissaient des mêmes honneurs et privilèges que leurs nouveaux associés.
En 1680, Louis XIV avait réuni les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne à ceux de la rue Guénégaud. En janvier 1762, Louis XV réunissait au théâtre italien de la rue Mauconseil les spectacles du préau Saint-Germain et du faubourg Saint-Laurent. Le genre nouveau de l'Opéra-Comique, le genre moderne, était fondé en France ; mais les Forains, une fois de plus, étaient exterminés.
Mais c'était une extermination provisoire.
la ('onr vinrent réveiller à ce spectacle original leur curiosilé blasée, et les amateurs se félicilèrenl de voir établi dans Paris un séminaire où de bons snj(»ts pourraient se former à loisir. Mai> que de bauts cris en même temps dans le monde des austères, des dévcMs et des jaloux! Cette institution allait corrompre les mœurs dans leur source; la licence de la scène allait créer une école de liberlinage, bien plus que de talents dramatiques. N'étaitce pas abominable, écrivait TArchevôque au Lieutenant de police, de j)rofaner ainsi Tenfance et TÉglise? (lar le sieur Audinot s'est permis, dans une parodie iWilcrste, de travestir les cérémonies religieuses, (raiïubler ses petits acteurs de costumes sacerdotaux, (M)pics sur ceux des prêtres chrétiens. — Évidemment, son Kminence n'était jamais allée à l'Opéra, el ne connaissait i)as Af/talie. On laissa crier Son Kminence.
Plus vives encore et mieux écoutées furent les récriminations des (Comédiens rivaux. Ainsi, ce n'était pas assez d'être sacrifié aux danseurs de Nicolct;on allait encore se laisser supplanter par des enfants ! ('omme, en vérité, cela devenait intolérable, une triple alliance fut conclue entre les grands théâtres. Les Français et les Italiens s'étaient déjà chargés de Nicolct ; l'Opéra fît son affaire d'Audinot. Et il faut lui rendre cette justice, qu'il la fit vite et bien. Du jour au lendemain, danses, chants et musique furent supprimés. A l'exemple de son voisin et concurrent, la victime allait sans doute protester et passer outre ; mais le public, c'est-à-dire
populaires qu'on entendrait les œuvres de Philidor et de Monsigny, mais dans leur vrai milieu, aux Italiens, sur un théâtre protégé et subventionné par ce môme roi qui, dix années auparavant, avait pris parti contre la nouvelle venue. Quant aux deux troupes, pour qui cette réforme avait un intérêt très particulier, on devine leurs sentiments. La Comédie Française ne pouvait que se réjouir d'une jonction dont Timmédiate conséquence était de la délivrer de son irréconciliable ennemie. L'Opéra, en revanche, se montrait désolé, consterné. C'est au moment même oii, par suite des progrès de la musique itahenne, ses affaires allaient très mal*, qu'on songeait à le priver du tribut annuel payé par les Forains ^ et surtout qu'on lui opposait une concurrence, dont la seule menace était très redoutable. Du moins, essaya-t-on de le consoler par avance en décorant son chef Rebel du grand cordon de Saint- Michel. Les gouvernements, comme les chirurgiens, ont des bandages pour toutes les plaies.
Donnée le 3 février 1762, presque au jour où se faisait l'ouverture, assez maussade cette année-là par suite du départ des Comédiens, de la Foire Saint-Germain, la première représentation des deux troupes réunies fut un gros événement parisiien, dont
1. « On a repris aujourd'hui Zak's à l'Opéra (paroles de Cahusac, musique de Rameau). Jamais on n*a vu spectacle si abandonné. Les premières loges étaient absolument nues, les secondes très peu garnies, surtout en femmes, le reste à l'avenant ». Bachaumont, 1762.
2. L'Opéra se trompait. Non seulement on ne le priva pas de son tribut, mais on le porta de 20000 à 40000 livres.
les témoins se plaisaient plus tard à rappeler le souvenir. « Jamais les Italiens ne s'étaient vus assiéger par une foule pareille. C'était une fureur sans exemple. Des flots de curieux se succédaient sans interruption, et débordaient dans toutes les rues voisines. Tout était loué depuis plusieurs jours, jusqu'au paradis » ^ Et ce qui attirait ainsi le public, C(^ n'étaient pas en réalité les spectacles annoncés, puis([u'on devait donner Biaise le Sabotier et On ne s'avise jamais de tout, de Sedaine, Monsigny et Philidor, opéras comiques connus, déjà joués à la Foire : on se pressait à la porte de l'Hôtel de Bourgogne parce que, depuis trois mois, on ne parlait que de Réunion, parce que celte affaire avait divisé la Cour et la ville, le Ministère de la police, dont les Forains dépendaient naguère, et les premiers gentilshommes d(* la Chambre du roi, à qui appartenait désormais la haute direction de la nouvelle troupe. On était bien curieux aussi de voir ce que serait l'inévitable cérémonie d'inauguration. Favart ayant été, tour à tour et simultanément, le collaborateur impartial et avisé des deux Comédies, ce fut à lui qu'on confia TA-propos de circonstance ; et les Parisiens fêtèrent, comme il convenait, la scène finale de la Nouvelle troupe, qui montrait le mariage de raison des deux spectacles. On s'embrassait et se congratulait : d'aucuns auraient voulu s'entre-dévorer.
i. Bachaumont, 5 février 1702. Cette année-là, la part de chaque acteur fut de 11500 livres. Et le succès ne devait pas se ralentir. En mars 1765, le même Bachaumont écrivait : « La fureur de ce spectacle continue, le tiers des loges est loué à l'année ».
En somme, ce fut une belle soirée, malgré les prédictions alarmantes des partisans exclusifs de la Comédie Française et des anciens combattants du Coin du Roi, qui déclaraient impossible « le triomphe des tréteaux sur la majesté des deux grandes scènes ». Et leurs critiques du lendemain n'eurent pas un résultat plus avantageux. Ils allaient partout, reprochant aux acteurs italiens d'avoir vainement cherché à se parer de la gaîté naïve des Forains, et à ceux-ci, enflés de leur nouvelle dignité de Comédiens du roi, et tout fiers de n'être plus excommuniés*, de mettre dans leur jeu une importance ridicule. Vains efforts, impuissants à refroidir l'enthousiasme général. Ceuxlà même le partagèrent, qui regrettaient le plus les spectacles de la Foire. Il est vrai qu'on venait de leur promettre une rare compensation: les deux nouvelles troupes réunies auraient le privilège exclusif de jouer la semaine de la Passion; et ces jours là, elles se transporteraient au préau Saint-Germain. La perspective de ce changement de scène, de ce retour momentané au bercail, redoubla encore Tallégresse publique. Dans la salle foraine de la rue des Boucheries, toutes les places furent retenues, longtemps d'avance : on se disputait à prix d'or les troisièmes loges. Assurément, disait-on, les pièces les plus connues et les plus usées ne pouvaient manquer, reprises sur la scène où elles étaient nées, de redevenir neuves et fraîches. Ainsi le retour au pays rajeunit les exilés. Par malheur, ce projet fut ajourné,
1 . C'était un privilège des Italiens, que les Forains avaient acquis grâce à la Réunion.
c'esl-à-dire, comme il arrive d'ordinaire, pour toujours abandonné, à la suite d'un incendie terrible qui dévasta la Foire Saint-Germain.
« M(»rcn»di, 17 mars, à trois heures du matin, le feu a pris dans la lo^e du nommé Nicolet, bateleur, dans le jeu du(|uel on avait tiré de Tartifice. 11 faisait froid et vent; peu de secours prompt à une pareille heure. Le feu, ne trouvant de résistance que dans des planches et du vieux bois, a fait en peu de temps un progrès considérable. On a apporté tout le secours de la police: guet, soldats aux gardes, moines, magistrats, premier présidtMit, procureur général, lieutenant de police et autres, les commissaires, tout y est venu, et y a passé une partie de la nuit et le jour; mais il n'a pas été possible de l'arrêter; tout a été consumé, et ce grand emjïlacement de loges et de boutiques est une place entièrement vide. On juge par là qu'il y a eu beaucoup de pertes pour les marchands de la Foire, qui, dans la nuit, n'ont pas pu avoir le temps de sauver leurs marchandises et leurs effets. Cela a causé un grand désastre; il paraissait encore du feu dans l'Intérieur de la Foire à deux heures après midi*.
Les partisans de ralliance italo-foraine supportèrent ce malheur avec résignation. L'un d'eux môme, l'auteur de la description qui vient d'être citée, assez insensible au désespoir d'une foule de petits bouli- ([uiers ruinés, le déclara « en quelque sorte moins important, à cause du changement dans les spectacles de Paris ». Évidemment, ce sinistre ne touchait pas l'Opéra Comique, depuis six semaines fondu et confondu avec la troupe italienne, que les flammes n'étaient pas allées, par delà la Seine, chercher rue Mauconseil ; mais certains autres théâtres, très pari-